01/10/2009

Le rapport Tagliavini est arrivé.

Le rapport de Madame Tagliavini sur le déclenchement de la guerre d'août a été présenté à Bruxelles aujourd'hui.

Expo Rustaveli 08

« La Géorgie a provoqué la guerre en attaquant Tskhinvali. Mais tout au long du rapport, la responsabilité est partagée par les deux pays. Parce que, comme indiqué dans le rapport, les bombardements dans la nuit du 7 et 8 août n'était que le point culminant d'une série de provocations et d'incidents. Le rapport a eu un accueil positif, chacun l'interprétant à sa manière. » Heidi Tagliavini (CH), chef de la commission d’enquête.

Le document de près de 900 pages, préparé par un groupe d'experts indépendants sous la direction de la diplomate suisse Heidi Tagliavini, a été présenté aujourd'hui à Bruxelles et mis en ligne (ici). Et les commentaires vont bon train, que ce soit chez les politiques ou dans les titres des médias. Les titres principalement, parce que les articles sont, tout comme le rapport lui-même, nettement plus nuancés.

Exemple de titre, relayé à l'extrême par la plupart des quotidiens occidentaux (AFP): « Tbilissi responsable du déclenchement du conflit russo-géorgien ». .. A Moscou, cela faisait plusieurs jours qu'on l'affirmait... et c'est ce que tout le monde retiendra sans doute à propos de la guerre russo-géorgienne, s'il ne va pas plus loin que le titre ou que les commentaires de Lavrov et autre Tchourkine.

La représentante géorgienne auprès du Parlement européen, madame Samadashvili, commente :

« La conclusion de cette commission a confirmé tous les faits que la partie géorgienne a présentés depuis le début de la guerre. La Russie a menti à plusieurs reprises et toutes leurs explications quant à la nécessité de l'attaque menée sur la Géorgie, se sont avérées être des mensonges. Ce rapport a démontré que la guerre n'a pas commencé le 7 août, mais a été le résultat d'une agression à très long terme contre la Géorgie. Ce rapport a également confirmé que, malheureusement, la société internationale n'a pas été en mesure d'empêcher ce conflit ».

Aleksander Szyglo, ministre polonais de la défense : « Le rapport est conforme avec ce que je sais sur les exigences de certains États membres de l'UE, insistant pour que la responsabilité de cette guerre soit également répartie sur les deux parties (...). Je ne peux pas dire de qui ça vient, mais ce sont les pays qui voulaient que le rôle de la Russie dans ce conflit soit réduit.

Ce rapport m'a révélé que, même si la Géorgie a commencé cette guerre, il l'a fait sur son propre territoire, défendant sa souveraineté en réponse à la provocation russe.

L' Abkhazie et l' « Ossétie du Sud » ont été, et font dans la pratique aujourd'hui aussi, partie intégrante de la Géorgie.

La Pologne trop engagée du côté de la Géorgie dans ce conflit? Bien au contraire. Notre pays a justement pris le parti de Tbilissi. La Géorgie a eu hier, a aujourd'hui et aura encore le droit de défendre l'intégrité de son territoire, et la Pologne sera toujours engagée du côté des pays qui sont attaquées et dont le territoire est détruit. »

Dans Le Soir à paraître demain, mais déjà en ligne, nous lisons sous le titre "Tbilissi responsable du déclenchement du conflit russo-géorgien", toujours d'après AFP (extrait) : « Le rapport tord ainsi le cou à la thèse défendue jusqu'ici bec et ongles par le président géorgien Mikheïl Saakachvili, qui a présenté son offensive comme un acte de légitime défense. » 

Le fait d'écrire ces mots démontre combien il est difficile, pour un journaliste d'AFP comme du Soir ou du Monde, de lire 900 pages et d'en rédiger un résumé de 10 lignes, et cela en une heure... sans être influencé par les annonces des agences de presses russes relayant les « informations » du Kremlin depuis plusieurs jours.

Notons que le titre de l'afp d'où est tiré l'article est bien différent de celui du Soir, à savoir "Russian provoked Georgia into starting war"

Côté Russe, retenons (puis oublions) les déclarations faites par le ministère des affaires étrangères :

« Certaines parties «ambiguës» d'un rapport financé par l'UE pour la mission d'enquête sur la guerre d'août ne peuvent pas masquer "la conclusion majeure de la faute de Tbilissi par l'agression lancée contre la « pacifique Ossétie du Sud ».  A notre avis, les efforts de la Commission n'ont pas vains - toute personne pensante peut tirer du rapport publié ce 30 Septembre la principale conclusion que l'agression contre l'Ossétie du Sud pendant la nuit du 8 août 2008 a été déclenchée par les autorités actuelles de Géorgie. » (ndla : la boucle est bouclée, puisque ça fait 5 ans que Moscou souhaîte pendre le président géorgien)

Il a également dit que le rapport comprend un certain nombre d 'ambiguité, de formulations qui reflètent «les approches politisées de nombreux Etats membres de l'UE envers développements et leurs conséquences d' Août 2008. » La section du rapport sur l'utilisation disproportionée de la force par la partie russe soulève de nombreuses questions, mais en réalité il est facile de trouver de tels arguments dans le rapport, qui confirment le caractère artificiel de ces considérations...  Il a également déclaré que la Russie a dû recourir à la force au-delà de l'Ossétie du Sud, afin de « supprimer les postes » sur le territoire de la Géorgie, qui ont été utilisés pour attaquer l'Ossétie du Sud. »

Faut dire ça aux habitants des villages géorgiens au sud de Tskhinvali qui furent pilonnés, assassinés, pillés, comme à Gori, Senaki, Poti, Gali, Zugdidi, Borjomi et qui aujourd'hui encore sautent sur des mines russes au milieu de champs ou de prairies...

On peut imaginer que le Parlement européen, l'ONU et l'OSCE commenteront le rapport après une lecture approfondie de celui-ci, mais se feront-il entendre des journalistes...?

D'ici quelques jours (il faudra bien ça), vous pourez lire sur Tbilisite.skynetblogs un rapport sur le rapport.

D.P.

 

01/07/2009

Tbilisite, le blog belge qui résume l'actualité géorgienne en français

Pour ceux qui n'auraient pas suivi....

L'actualité dans ce pays du Sud-Caucase aux portes de l'Europe, à l'histoire multi-millénaire, s'y vit chaque jour avec la même intensité, tant elle est enrichie par les provocations quotidiennes en provenance de Moscou...

L'été dernier, le monde a été secoué par l'invasion russe et les bombardements sur tout le territoire de Géorgie. Comment cela a-t-il pu se produire, sous les yeux des observateurs de l'OSCE et de l'ONU présents dans ces zones à risques depuis presque 20 ans, sans que quiconque ne puisse le prédise afin d'empêcher le pire de se produire? Mais les autorités géorgiennes ont maintes fois prévenu la communauté internationales de l'imminence d'un tel conflit, sans que l'Europe ne bouge, alors que la Géorgie fait partie du Conseil de l'Europe.

Les Etats-unis ont envoyé quelques instructeurs pour former les officiers géorgiens et aider à moderniser l'armée qui, jusqu'en 2003, ne bénéficiait que de financements très limités depuis des années. Durant ce conflit, c'est sans doute ce qui a aidé le plus efficacement à la survie de ces dizaines de milliers de réfugiés fuyant leurs villages incendiés et pillés par les milices.

La guerre éclair d'août 2008 a vu plus d'une centaine de milliers de personnes déplacées, la plupart vers Tbilissi, d'autre vers l'Ossétie du Nord. Un nouveau drame, moins de vingt ans après les premiers nettoyages ethniques de 1992-1994, la première guerre civile, où ils étaient plus de 300,000 géorgiens à fuir la province sécessionniste d'Abkhazie, dont la milice était à l'époque déjà soutenue par l'armée russe...

Présent en Géorgie à de nombreuses reprises entre 1998 et 2008 - et donc durant la guerre - j'ai vu ce pays aux infrastructures déplorables et à la corruption pourrissante, souvenir de l'ère soviétique, se muer rapidement en un état démocratique qui aurait pu être, j'ose le dire, idyllique... si Moscou n'y avait pas des intérêts considérables. Tous les enjeux géopolitiques importants pour l'administration de Poutine, puis de Medvedev, ont amené les Russes à tout entreprendre, surtout illégalement bien entendu, pour garder un pied en Géorgie: la manipulation des extrémistes séparatistes issus de la première guerre civile, leur financement, leur armement, et surtout le soutien politique de la Douma et du FSB ont transformé les deux provinces géorgiennes en un bouillon explosif où toute idée anti-raciale a été stigmatisée ces dix dernières années, facilité en cela par l'absence d'une force d'interposition neutre, pourtant demandée par la Géorgie depuis 1994, mais toujours, bien entendu, refusée par le côté russe, partie prenante du conflit, voire partie dirigeante du conflit.

Depuis la dernière offensive russe d'août dernier, et malgré l'accord en 6 points signé par Saakashvili, Medvedev et Sarkozy, la Russie a entrepris de s'installer définitivement sur le territoire géorgien, y construisant de nombreuses bases militaires, y organisant de grandes manoeuvres, tout en accusant les quelques dizaines de patrouilles de police géorgienne et les observateurs onusiens d'approcher « leurs frontières » de trop près... C'est que depuis, la Russie a reconnu l'indépendance des provinces séparatistes, et donc imagine que cela leur donne tous les droits sur ces territoires à présent totalement annexés à la Russie, faisant fi de toutes les accusations  émises à leur encontre, préférant noyer le poisson en accusant la Géorgie des mêmes "crimes". Les exemples ne manquent pas, tous l'ont constaté en suivant les informations ET russe ET géorgienne durant le conflit.

Cet été, officiellement, plus aucun observateur ne sera présent sur le territoire géorgien. La Russie et les séparatistes se retrouvent dès lors libres d'entreprendre de nouvelles avancées sur le territoire de Géorgie non encore occupé. La moindre étincelle pourrait mettre à nouveau le feu aux poudres, et les autorités géorgiennes ne peuvent que constater, dénoncer, prévenir encore et encore du danger. Comme au printemps 2008, comme depuis 20 ans. Il ne sera jamais question pour les russes de quitter les territoires qu'ils occupent de fait depuis bientôt 90 ans, si on compte les années soviétiques, et il n'est pas question pour la Géorgie d'abandonner ses provinces aux russes sous prétexte qu'ils les ont unilatéralement reconnues comme « indépendantes ».

Toutes les diplomaties du monde sont officiellement opposées à la politique de Poutine sur la « question géorgienne » à part le Nicaragua par solidarité avec l'administration russe, ainsi que la Transnitrie et le Haut Karabagh...

Pour résumer, car ce serait trop long et trop compliqué à détailler, c'est le commerce des hydrocarbures, dont dépendent un grand nombre de pays d'Europe et dans lesquels certains chefs d'états ont personnellement des intérêts financiers potentiellement très importants, tel Berlusconi ou l'ex-chancelier allemand Schreuder (mais ça c'est une autre histoire!), qui motive les russes dans leur tentative d'annexion.  Et l'Europe, quant à elle, a oublié que le Sud-Caucase est une alternative primordiale pour leur indépendance énergétique vis-à-vis de la Russie (il serait temps de se réveiller!). En effet, la route que doivent emprunter les gazoducs en provenance de la mer Caspienne passe par la Géorgie, et c'est la raison première, voire unique, des intérêts de Moscou vis-à-vis de son ancienne république: le contrôle de ce passage leur permettrait de contrôler la quasi-totalité de l'approvisionnement en hydrocarbures et en Gaz vers l'Europe... ce que l'Union Européenne a totalement sous-estimé. Une arme de chantage absolu pour la Russie et qui peut mener l'Europe entière en guerre (juste économique?) contre la très gourmande Russie post-soviétique.

Le combat pour l'empêchement de l'entrée de la Géorgie au sein de l'Alliance Atlantique (OTAN) est bien entendu logique dans ce contexte, car si la Géorgie fait partie de l'Alliance, l'Alliance aura l'obligation légale de forcer la Russie à quitter le territoire géorgien, de force s'il le faut, puisque l'ensemble des pays membres ont le devoir de défendre n'importe quel autre pays membre contre toute attaque étrangère, ce qui serait le cas de la Géorgie...

Dans ce même contexte, il est fort peu probable que la fédération de Russie dirigée par le clan Poutine et l'ex-KGB, devenu FSB, retire ses troupes des territoires occupés et fasse marche arrière pour rendre à César ce qui appartient - de droit - à César, ni pour la Géorgie d'accepter de quelconques concessions vis-à-vis de la Russie concernant l'indépendance des provinces séparatistes.

Aujourd'hui 1er juillet, la reprise des discussions entre toutes les parties (Russie, Géorgie ainsi que les représentants des territoires séparatistes) à Genève devrait logiquement aboutir... à rien du tout, la Russie refusant le terme « provinces géorgiennes » et les géorgiens refusant bien entendu toute autre dénomination pour qualifier ses provinces séparatistes.

D.P.

N'hésitez pas à réagir !

22/06/2009

INTERNATIONAL CRISIS GROUP : un rapport attendu.

Rapport mis en ligne aujourd'hui 22 juin par

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Comme les média belges n'en diront bien sûr pas un mot, vous pouvez lire ce rapport ici, traduit de l'anglais.

Le texte original se trouve ici.

Dix mois après la « guerre d'août » entre Géorgie et Russie, les violents incidents et le manque d'un véritable régime de sécurité dans et autour des zones de conflit des provinces d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie,créent une atmosphère dangereuse dans laquelle des combats plus importants pourraient éclater à nouveau. La Russie n'a pas respecté certains points fondamentaux de l'accord de cessez-le que le président Medvedev a signé en septembre 2008 avec le président français Nicolas Sarkozy lors de sa présidence de l'U.E.

Son veto au Conseil de sécurité d'une extension du mandat (de seize ans au départ) de la mission d'observation des Nations Unies en Géorgie et en Abkhazie, et son apparente intention d'exiger le retrait de la mission de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) à la fin du mois sont des coups portés contre la sécurité dans la région aptes à alimenter les tensions. La plupart des points de contrôle est donc en train d'être démantelée.

Moscou devrait revoir sa position et travailler sur un compromis raisonnable qui permettrait à l'ONU et aux observateurs de l'OSCE de poursuivre leur important travail.

La Russie affirme qu'il est la garantie de la sécurité à la demande de l'Ossétie du Sud et d'Abkhazie, qui ne font pas confiance aux observateurs internationaux, mais il a l'obligation légale de faire plus pour la sécurité et la sûreté des populations locales, indépendamment de leur origine ethnique, et de prévenir les violations des droits humains dans les zones qui sont de fait sous son contrôle. Surtout, elle doit accroître ses efforts pour permettre le retour des personnes déplacées (PDI), en particulier les quelque 25.000 Géorgiens de souche qui n'ont pas été en mesure de retourner dans leurs foyers en Ossétie du Sud.

Il y a eu des abus de la part de toutes les parties du conflit - Géorgie, Russie et d'Ossétie du Sud, mais les actions des milices ossètes, qui ont systématiquement pillés, incendiés, et dans certains cas bulldozer les villages géorgiens, ont été particulièrement graves. L'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE) a qualifié ces abus de « nettoyage ethnique » dont Human Rights Watch a cité de nombreuses preuves en les nommant « crimes contre l'humanité » et « crimes de guerre».

L'APCE a également noté l'échec de la Russie et des autorités de facto pour mettre un terme à ces pratiques et de remettre leurs auteurs à la justice. En effet, les troupes russes était largement, volontairement ou non, dans l'incapacité de s'acquitter de leurs tâches de sécurité.

VolgaDepuis août 2008, la Russie a consolidé sa position en Abkhazie et en Ossétie du Sud face à relativement peu de critiques internationales. Il n'a pas retrouvé sa présence militaire d'avant-guerre ni en nombre (3700 hommes, armes légères) ni en lieux, comme le demande le plan en six points du 12 août, et, en avril 2009, elle a envoyé des troupes supplémentaires en Ossétie du Sud et en Abkhazie (10,000 hommes par province). En violation de ses accords avec l'UE des 7 et 8 septembre, le Russie a empêché l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) de poursuivre ses activités d'avant-guerre en Ossétie du Sud, y compris le suivi et la mise en œuvre d'un programme de réhabilitation et de reconstruction. Elle justifie sa position en disant «nouvelles réalités» l'emportent, car il a reconnu en août l'indépendance de l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie et conclu des accords de sécurité.

La Russie a maintenant passé plus de deux étapes, non seulement rejeter la mission de l'ONU qui a travaillé en Abkhazie, mais aussi le blocage d'un renouvellement du mandat de la mission de l'OSCE en Géorgie qui fut actif en Ossétie du Sud. Même si aucun des 56 autres Etats membres de l'OSCE n'appuie cette dernière étape, la quatrième plus grande mission de l'OSCE est à la veille de la clôture, le 30 Juin.

Plusieurs séries de discussions parrainées par l'ONU, l'UE et l'OSCE, mettant l'accent sur la sécurité et les questions humanitaires, ont eu lieu entre les représentants des quatre parties à Genève sans résultats tangibles. La présence de l'excès de troupes et de l'absence d'un régime de sécurité ont fait de même, il est impossible pour certaines personnes déplacées qui vivaient dans l'ancienne "zones tampons" Russes en Géorgie à se sentir suffisamment en sécurité pour retourner dans leurs foyers. L'afflux de personnes déplacées a présenté un sérieux problème aux autorités géorgiennes, alors qu'ils étaient déjà aux prises avec au moins 200.000 personnes déplacées par le conflit en Abkhazie et en Ossétie du Sud du début des années 1990. Après les événements du mois d'août, le gouvernement a rapidement construit des logements semi-permanents pour les personnes nouvellement déplacées. Maintenant, il doit développer une approche plus globale pour intégrer les nouveaux et les anciens déplacés internes dans le pays.

En août 2008, Crisis Group a recommandé une série de mesures pour résoudre le conflit. Nombre de ces recommandations restent insatisfaites, mais toujours valables: afin de stabiliser la situation de la sécurité, réduire les chances de renouvellement majeur des hostilités et à améliorer la situation humanitaire, la Russie doit:

  • s'engager de nouveau pleinement aux discussions au sein du Conseil de sécurité de manière à aller au-delà de son veto du 15 juin et de parvenir à un accord sur un régime de sécurité fonctionnelle et la mise en œuvre d'un mécanisme visant à faciliter la poursuite du rôle de l'ONU en Géorgie;

  • respecter pleinement les accords de cessez-le-feu, en particulier par le retrait de ses troupes des zones qu'elles n'occupaient pas avant le 7 août 2008 (le district d'Akhalgori en Ossétie du Sud, Perevi village du côté géorgien de la frontière administrative avec l'Ossétie du Sud et la région de la gorge de Kodori en Abkhazie );

  • permettre à la Mission de surveillance de l'UE (EUMM) et aux institutions internationales dont les Nations unies un accès immédiat à l'Ossétie du Sud pour superviser la sécurité et fournir une aide humanitaire;

  • encourager l'Ossétie du Sud, les autorités de facto, d'annoncer que les personnes déplacées géorgiennes seront autorisées de revenir immédiatement et de trouver un financement pour la reconstruction de villages détruits, ainsi que pour d'autres régions d'Ossétie du Sud endommagées pendant la guerre;

  • participer de manière constructive dans les négociations de Genève, et

  • accepter la proposition de la présidence grecque de soutien neutre pour la poursuite de la mission de l'OSCE.

Le gouvernement géorgien et les autorités de facto de l'Ossétie du Sud et en Abkhazie devrait:

  • avoir un accord sur des mesures conjointes, y compris l'accès pour les missions de contrôle à toutes les régions, pour prévenir les incidents et les violations des droits humains dans les zones de conflit et faciliter le retour volontaire, sûr et digne des personnes déplacées;

  • mettre en œuvre une stratégie d'intégration des personnes déplacées et l'augmentation de la capacité de participer pleinement à la vie politique, sociale et économique;

  • d'éviter la rhétorique belliqueuse et de faux rapports de médias sur la situation dans les zones de conflit, et

  • accueillir les projets humanitaires et de reconstruction financé par les gouvernements occidentaux ou des organisations internationales, y compris l'OSCE, des Nations unies, et l'UE, et de modifier les lois qui pourraient entraver un tel travail.

L'UE, les États-Unis et le Conseil de l'Europe et d'autres organisations internationales devraient:

  • appuyer les enquêtes internationales sur la conduite de la guerre du mois d'août et de ses violations de tous les côtés;

  • suspendre le droit de vote de la Russie à l'Assemblée si elle ne coopère pas à inverser le nettoyage ethnique en Ossétie du Sud, notamment en s'acquittant de ses engagements des 12 août et 7-8 Septembre;

  • encourager le Comité International Olympique à étudier si les Jeux olympiques d'hiver de 2014 peut être tenue à Sochi, en Russie, si un régime de sécurité n'a pas été établi dans la région voisine, l'Abkhazie;

  • encourager le Conseil de sécurité de rester saisi de la question, en dépit de la cessation de la Mission des Nations unies;

  • exhortons le Secrétaire général des Nations Unies à continuer d'exercer ses bons offices en nommant un envoyé spécial, et de poursuivre les efforts visant à faciliter le processus de paix;

  • investir la mission de l'UE avec un rôle élargi pour répondre à la situation sur le terrain et

  • participer de manière constructive aux efforts visant à résoudre immédiatement les problèmes de sécurité et humanitaires, y compris en encourageant les parties à s'engager pleinement dans les négociations de Genève, comme un premier pas vers la résolution des conflits plus larges.

Cet exposé se concentre principalement sur la situation en Ossétie du Sud; subséquente, il sera destiné à la situation en Abkhazie.

Texte traduit de l'anglais.

D.P.

 

01/06/2009

L'Union européenne a déclaré qu'elle « n'accepte pas la légalité des « élections » en « Ossétie du Sud »

L'Union européenne a déclaré qu'elle « n'accepte pas la légalité de ces « élections » en « Ossétie du Sud » séparatiste ce dimanche, et ni ses résultats. »

 

La présidence tchèque de l’Union Européenne a déclaré aujourd’hui 1er juin que «la tenue de ces élections est illégitime et constitue un recul dans la recherche d'un règlement pacifique et durable de la situation en Géorgie. L'UE réaffirme son ferme appui à la souveraineté et l'intégrité territoriale de la Géorgie dans ses frontières internationalement reconnues. »

Pour la petite histoire, voici les résultats de ces « élections »:

Parti de l’Unité (parti d’Edouard Kokoïty, actuel « président » pro-russes) : 46,3% = 17 sièges / 34

Parti Populaire (pro-Kokoïty) : 22,6% = 9 sièges / 34

Parti Communiste (pro-Kokoïty) : 22,2 = 8 sièges / 34

Le Parti La Mère Patrie, qui se décrit comme «une attitude constructive, et non pas d'opposition radicale", a obtenu 6,37% = 0 siège / 34. Pour obtenir un siège, il fallait faire au moins 7% des voix.

Pour ceux qui ne saisissent pas, c’est le genre de résultat auquel on pourrait s’attendre dans les Fourons (frontière linguistique Flandres/Wallonie) si les Flamands, sous protection hollandaise, chassent, tuent, expulsent les francophones qui y vivent, et empêchent les opposants flamands de voter, ou interdisent les partis d’opposition, etc...

Bon, on a bien ri, mais maintenant que son parti est assuré d'avoir tout le soutien nécessaire pour changer la "constitution", Kokoïty va pouvoir se faire réélire dans 2 ans pour l'éternité, à moins qu'il devienne premier ministre pour se permettre de se représenter 4 ans plus tard, méthode Poutine.

D.P.

 

Elections parlementaires en ossétie du sud


Les bureaux de vote ont ouvert à travers la région sécessionniste géorgienne d'Ossétie du Sud pour les élections législatives, à 8 heures ce matin. De nombreux journalistes de la Fédération de Russie couvrent l’événement.

Quatre partis sont en concurrence pour les 34 sièges du Parlement, mais la Commission centrale des élections a empêché les deux seules partis « infidèles au président Edouard Kokoity » de participer au scrutin.

Les séparatistes affirment que 110 observateurs étrangers de 20 pays ont suivi le processus...

Dans le reste de la Géorgie, et en principe dans le reste du monde sauf en Russie et au Nicaragua, on estime que ces élections n’ont aucune valeur légale.

« Ce qu'ils appellent les élections, est trop loin de la réalité des élections. Nous avons vu plusieurs « moniteurs » avec un passeport étranger, ne représentant personne sauf eux-mêmes. Je pense que personne ne va donner une légitimité à de telles actions. Ce que nous voyons est un régime d’occupation de la région », a dit Temur Lakobashvili, le ministre d'état géorgien pour la réinsertion.

Une journaliste géorgienne du quotidien Rezonansi a été refoulée du district d’ Akhalgori (région de Tskhinvali) par les combattants ossètes. Mari Otarashvili a pu entrer sur le territoire, sans aucune entrave, pour couvrir les élections, mais après avoir réalisé des interviews de plusieurs personnes au bureau de vote, des miliciens ossètes l’ont arrêtée et emmenée au poste de la Division de police. La journaliste pourrait avoir caché les enregistrements qu'elle a réalisé au bureau de vote.

Mari Otarashvili a donc été fouillée et interrogée, puis conduite au check-point russe, d'où l'U.E. l’a reconduite vers le territoire sous contrôle géorgien.

Les Géorgiens vivant à Akhalgori disent que l’'activité autour des élections est très faible. La situation est calme, seuls les contingents militaires supplémentaires ont été déployés dans les points de contrôle russes. Apparemment, la milice d' « Ossétie du sud » patrouille dans les villages géorgiens du district d’Akhalgori.

Peu ou pas de géorgien de souche vivant encore dans la province a pu se rendre dans les bureaux de vote.

D’après Rustavi2, civil.ge, Ria Novosti.

D.P.


19/05/2009

Guerre d'août : Recueil de témoignages

A lire absolument.

C'est le complément indispensable au "rapport Dubié - Ecolo Belgique".

ICI

Une série impressionante d'interviews réalisées dès le 15 août entre Kaspi et Tskhinvali. Voilà un travail bien plus intéressant que lorsqu'il est réalisé par un "pro" belge guidé par les ossètes et les russes uniquement.

D.P.

15/04/2009

Guerre d'août : Human Rights Watch publie un rapport sur l'utilisation de bombes à sous-munitions par la Russie et la Géorgie.

Human Rights Watch a publié un rapport sur l'utilisation de bombes à sous-munitions en Géorgie.

HRW

Texte complet sur le site de HRW i c i

Le rapport complet (en anglais) i c i

Pour ceux que 80 pages de rapport rebuteraient, en voici un résumé commenté:

1. GEORGIE (extrait)

Lors d'une réunion avec Human Rights Watch le 21 Octobre 2008, le Premier Vice-Ministre de la Défense Batu Kutelia a présenté une position plus nuancée sur la Géorgie quant à l'utilisation de bombes à sous-munitions. Il a dit que la Géorgie a un stock limité de M85 et ne les a utilisé que contre les troupes russes et seulement dans la zone située au nord de Tskhinvali. Il ne nie pas, cependant, que les M85s répertoriés par Human Rights Watch en Géorgie pourraient être géorgiens.

Mr Kutelia a dit qu'il ne pouvait pas expliquer la présence de sous-munitions M85 dans les zones sud de l'Ossétie du Sud, la frontière administrative. Il a dit:

" Nous avons reçu des rapports concernant des M85 dans un certain nombre de villages géorgiens. Comment ils se sont retrouvés là, ce n'est pas clair. Nous ne pouvions pas tirer sur nous-même! Peut-être un accident. C'est peut-être l'explication .... C'est un vrai mystère comment ils se sont retrouvés là. Il est physiquement impossible que quelqu'un les a tirés.

Il a dit que la Géorgie a ouvert une enquête sur la situation et a demandé l'assistance de la société à laquelle ils ont acheté les armes. Il n'a pas divulgué le nom de la société, mais il est probable qu'il s'agit d' Israël Military Industries.

Un immense échec est une explication possible pour les nombreux ratés M85 que Human Rights Watch a documenté au sud de la frontière d'Ossétie du Sud. Dans les villes autres que Tirdznisi et Shindisi, Human Rights Watch n'a trouvé aucune preuve de sous-munitions M85 qui a explosé à l'impact et beaucoup de preuves de M85s qui n'ont pas pu fonctionner. Selon des témoins, il n'y avait pas non plus les troupes russes dans les zones touchées à l'époque des tirs.

2. RUSSIE (extrait)

Pendant des missions multiples à Gori et des zones Kareli juste au sud de la frontière administrative d'ossétie du sud, les chercheurs de l'Observatoire des droits de l'homme ont trouvé des sous-munitions inexplosées, des pièces de sous-munitions et des roquettes. Ils ont aussi conduit des entretiens avec des victimes et des témoins des explosions de sous-munitions dans le secteur.

Par ces sources, les chercheurs ont rassemblé la preuve de sous-munitions russes dans ou près des villages, des villes surtout dans une bande au sud du secteur examiné : Akhaldaba, Dzlevijvari, Gori, Pkhvenisi, Ruisi, Variani et Varianis Meurneoba. Au début de 2009 ils ont trouvé la preuve de sous-munitions 9N210 russes d'Août 2008 dans deux villages supplémentaires : Kvemo Khviti et Zemo Nikozi.

Dans des déclarations officielles, la Russie niait à plusieurs reprises utiliser des B.S.M. Néanmoins, l'Observatoire des droits de l'homme a conclu que ces incidents sont attribuables aux actions russes. Selon des témoins, les cibles étaient des troupes géorgiennes, pas russes. Bien que des troupes géorgiennes ne soient pas d'habitude dans le voisinage immédiat d'un bombardement, ils étaient dans le secteur et les troupes russes ne l'étaient pas.

etc...

site HRW

3. CONCLUSIONS :

Au-delà du fait que personne et en aucune circonstance ne devrait utiliser de bombes à sous-munitions (B.S.M.), dans aucun conflit quel qu'il soit, la Russie autant que la Géorgie sont responsables, dans le conflit qui nous intéresse, d'en avoir utilisé. Mais ici, nous devons malgré tout distinguer l'utilisation faite par la Russie et celle par la Géorgie.

L'armée géorgienne a utilisé ses armes à sous-munitions entre Tskhinvali et le tunnel de Roki d'où arrivaient les blindés russes. Des objectifs militaires. D'autre part, des sous-munitions non-explosées ont été trouvées en grande quantité au sud de l'ossétie du sud, dans des zones où les géorgiens n'avaient aucune raison de tirer. Par contre l'armée russe et/ou les milices ossètes, ayant repris depuis 2 jours le contrôle de l'ossétie du sud, ont aisément pu récupérer le matériel abandonné par l'armée géorgienne en fuite, et tenter de lancer ces M85 sur des positions géorgiennes, sans réussir à les armer correctement. Rien d'exceptionnel dans cette manière de faire, les M85 se lançant à partir du sol.

Quoi qu'il en soit, il y eut quand même 4 civils tués par des B.S.M. géorgiens. Comparés aux 2000 morts annoncés par les russes et Dubié, on est loin du compte. Si l'armée géorgienne avait planifié un génocide en ossétie, ils auraient utilisé bien plus de B.S.M., me semble-t-il.

Les Russes, quant à eux, ont utilisé des bombes à fragmentation et des B.S.M. dans nombre de villages et villes en Géorgie, et uniquement sur des civils, notamment à Gori, la ville martyre de cette guerre. HRW à pu prouver que ces bombardements ont tué et grievement blessé 60 civils en Géorgie. Il est encore trop tôt pour savoir si ces munitions ont été utilisées ou non par les forces russes dans la région séparatiste contre d'autres villages géorgiens.

D.P.


28/01/2009

Les députés européens débattent

 

STRASBOURG:

Les députés européens débattent à propos de la guerre Géorgie-Russie

Voici l'article paru sur le site de la télévision géorgienne :

Les députés européens débattent à propos de la guerre Géorgie-Russie, de ses conséquences et des plans pour la résolution du conflit. L'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe a écouté aujourd'hui les rapports du député russe Konstantin Kosachov et le chef de la délégation géorgienne Petre Tsiskarishvili.

Les discussions ont commencé par les rapports de Matyas Eorsi et Luk Van de Brande. Ils ont tous deux repproché à la Russie d'ignorer les termes des résolutions précédentes et des accords de cessez-le-feu signés par les autorités russes. Ils ont souligné aussi que la Géorgie avait réalisé toutes les obligations depuis le cessez-le-feu.

Ils ont signalé encore une fois la situation en Géorgie dans les régions occupées. Ils ont dit que les forces russes étaient encore présentes dans la Gorge de Kodori et le district d'Akhalgori. Ils ont parlé de nombreux faits de violation des droits humains, 23 000 personnes ayant fui leur habitation pendant l'intervention russe et sont incapables de regagner leur terre. De plus, les séparatistes sont tous armés, condition préalable sérieuse pour raviver le conflit.

Le chef de la délégation russe, le député Konstantin Kosachov n'a pas réfuté le fait que la Russie ignorait les termes de la résolution et de l'accord de cessez-le-feu et a essayé de justifier sa position. Il a réitéré son argument, que le `diagnostic par l'Europe` sur le conflit de Géorgie-Russie était incorrect dès le début, parce que c'était une guerre entre la Géorgie et l'Ossetie du Sud. Selon Kosachov, le traité rédigé par l'Europe était incorrect aussi. Kosachov affirme que la Géorgie reprendra la guerre si les forces russes quittent les régions occupées, parce que c'est l'unique façon pour la Géorgie de restituer son intégrité territoriale.

Le chef de la Délégation géorgienne, le député Petre Tsiskarishvili, a demandé au Conseil de l'Europe de rester très attentif à ses principes et aux résolutions précédentes, et faire en sorte que la Russie se conforme à tous ses engagements.

Source : Rustavi2

Trop partial, cet article? Bon, ok, voyons ce que le JDD (Journal du Dimanche - France) a écrit comme dépêche sur ce même sujet :

Géorgie: Moscou tancé à Strasbourg

International 28/01/2009 - 19:04

L'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe a déploré mercredi le peu d'empressement de la Russie à mettre en oeuvre ses recommandations pour remédier aux conséquences du conflit du mois d'août dernier, entre ses troupes et celles de la Géorgie en Ossétie du sud. "En ce qui concerne Moscou, la plupart des points de la résolution (adoptée en octobre dernier) n'ont pas été mises en oeuvre", a souligné à Strasbourg le libéral hongrois Matyas Eorsi, co-rapporteur d'un nouveau projet de résolution. La Géorgie est en revanche créditée d'une attitude "constructive" dans ce texte adopté par 118 voix contre 25.

Maintenant, voyons la version russe, trouvée sur le site d'un journal officiel - Ria Novosti

STRASBOURG, 27 janvier - RIA Novosti.

L'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE) exhorte la Géorgie, la Russie et les autorités d'Ossétie du Sud, ainsi que d'Abkhazie à livrer aux observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) l'accès des deux côtés de la "frontière sud-ossète effective".

L'APCE les appelle également à concerter une augmentation du nombre d'observateurs, lit-on dans le projet de rapport sur les conséquences humanitaires de la guerre entre la Géorgie et la Russie dont RIA Novosti a obtenu copie mardi.

Le mandat de l'OSCE en Géorgie où l'Organisation travaille depuis 1992 a expiré le 1er janvier 2009. Le 22 décembre dernier, au cours d'une réunion du Conseil permanent de l'OSCE, la Russie s'est opposée à sa prorogation, estimant que, comme l'actuel mandat de la "mission géorgienne" comprenait des composantes abkhaze et sud-ossète, il devait être revu. En août 2008, Moscou a reconnu l'indépendance de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie. Aussi la prolongation du mandat actuel de la "mission géorgienne" serait-elle illégale au regard de la législation russe.

Le projet de rapport dont l'APCE sera saisie mercredi 28 janvier invite aussi les parties à "s'entendre sur l'élargissement du mandat de la mission d'observation de l'Union européenne (UE) pour qu'il s'étende aux mesures de protection de la population et, peut-être, de maintien de la paix des deux côtés de la frontière effective de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie.

L'auteur du rapport Mme Corien Jonker appelle, en outre, la Russie et l'Ossétie du Sud, ainsi que l'Abkhazie à "garantir l'inviolabilité et la sécurité de toutes les personnes se trouvant sous leur contrôle effectif non seulement en Ossétie du Sud et en Abkhazie, mais aussi dans les territoires occupés dans le district d'Akhalgori et à Perevi, ainsi que dans les gorges de Kodori".

D'autre part, l'APCE exhorte la Géorgie à "élever le niveau de sécurité de toutes les personnes vivant à la frontière effective et dans les anciennes zones du conflit".

Le 8 août dernier, l'armée géorgienne a lancé une offensive militaire contre l'Ossétie du Sud, détruisant Tskhinvali, la capitale, et tuant des centaines de civils et des soldats de la paix russes déployés dans cette république autoproclamée. La Russie a opposé une riposte militaire de grande envergure destinée à contraindre la Géorgie à la paix avant de reconnaître le 26 août l'indépendance de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie.

Source : Ria Novosti

No comment.

D.P.

 

15/12/2008

Aout 2008, récit de vacances... en Géorgie

Intro:

La Géorgie est un pays magnifique. Je ne pense pas m'avancer en écrivant que tout ceux qui un jour y ont été on eu envie d'y retourner. C'est ce que j'ai eu la chance de faire depuis dix ans, et j'ai eu le plaisir de publier les photographies (de Tbilissi principalement) sur la toile, et des expos à Bruxelles ont accueilli quelques tirages.

Mais si j'ai décidé de m' aventurer dans la création de ce blog, ce n'est pas pour vous exprimer mon attachement à ce pays, mais pour vous faire partager mon expérience de cet été lors des événements qui ont débuté au mois d'août, et ensuite exprimer quelques "coups de gueule" quant aux jugements hâtifs, manipulés, disproportionnés et/ou idiots de certains de mes compatriotes, journalistes, politiques ou simples citoyens, suite à ces mêmes événements.

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En Géorgie, cet été, ce fut chaud! Très chaud même.

Et mon voyage en Géorgie aussi, du coup.

En voici un résumé, chronologique, à l'intention de celles et ceux qui aimeraient savoir ce que c'est de se trouver en vacances dans un pays d'Europe orientale, et de se faire envahir par les Russes (en 2008 !!! Extraordinaire!)

Nous sommes partis à Tbilissi mon épouse et moi le 21 juillet, rejoindre ma fille déjà sur place depuis 15 jours. Voyage sans problème via Vilnius, si ce n'est la perte d'un de nos bagages à Vilnius, que nous récupérerons 2 jours plus tard.

A Tbilissi, il fait chaud, comme d'habitude en été. C'est la première fois que je reviens en Géorgie depuis la "révolution des roses", ou plutôt depuis la visibilité de ses effets sur la ville et sur la société en général. Beaucoup de routes ont été refaites, des squares et des places réaménagées, des fontaines, des bancs, des... poubelles, partout tout est propre... Si ce n'était la pollution des voitures et, surtout, des vieux camions et cars! Certains quartiers ont été complètement rénovés, mais en général les ruelles sont défoncées, et les façades lépreuses, comme il y a 3 ans. Ça et là de nouveaux bâtiments ont grignoté quelques terrains-vagues où auparavant s'amoncelaient des déchets en tous genres. Et de nombreux camions à ordures, modernes en plus!

Des vieux HLM repeints en bleu, vert ou mauve... Spécial.

Nous restons quelques heures à Tbilissi (le temps d'avoir des nouvelles du susdit bagage) puis nous partons pour la campagne où nous avons une maison bien plus "fraîche" que l'appartement de Tbilissi Nous passerons donc de 38 à 29°c. et c'est pas plus mal. L'été, Tbilissi, c'est chaud, surtout quand on vient de Belgique. Alors autant ne pas traîner, et monter 60 km plus haut. D'autant que notre fille nous attend avec impatience.

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La route est rapide entre la capitale et Mtskhêta. En fait, c'est une autoroute toute neuve, et de la voiture nous pouvons observer tous les 500 mètres de (vieilles) femmes balayer ou arroser la berne centrale et ses nombreuses fleurs. Beaucoup de petits boulots, mais aussi beaucoup de grands magasins, beaucoup de concessionnaires ont poussé à la sortie de Tbilissi Mercedes, BMW, Toyota, Peugeot... pas un ne manque. Impressionnant comme la Géorgie s'est modernisée en si peu de temps. Il y a des éclairages partout, et chaque quartier de la ville est alimentée en eau, en gaz et en électricité 24h/24...

Le pouvoir en place avait promis, lors des dernières élections, à ce qu'il y ait non seulement toutes les énergies, mais aussi un réseau gsm de qualité et un médecin pour chaque village du pays. En ce qui concernait la capitale, c'en est pas loin.

En tout cas, de ce point de vue-là. Car un des fléaux en Géorgie, reste la corruption. Après seulement deux jours sur place, c'est trop tôt pour avoir un avis, mais il semblerait que les géorgiens soient assez satisfaits de la situation dans l'ensemble. La police reçoit enfin un salaire et fonctionnerait correctement, ainsi que l'administration, mais la justice et certains ministères seraient encore corrompus ou simplement mal dirigés.

Le salaire moyen a augmenté, autant grâce aux entreprises étrangères que géorgiennes, grâce aussi aux dollars qui pleuvent suite au passage du pipeline BTC, mais ces entreprises ont pas mal soufferts de l'embargo russe de 2006 sur nombre de produits traditionnels, comme le vin et les eaux minérales, très réputés. Le taux de chômage est encore très élevé, les pensions beaucoup trop faibles. Les salaires très inégaux et les protections sociales à peine existantes malgré les traités signés. Mais bon, le monde ne s'est pas fait en un jour, et ça va mieux, mais pas (encore) pour tout le monde. D'où sans doute le gain de popularité pour l'opposition, fin 2007, vainement mais de justesse avec une confiance en Saakashvili renouvelée avec 53% des votes. Un résultat somme toute classique en pays démocratique.

Les problèmes abkhazes et ossètes sont au point mort. De temps en temps des tirs ossètes sur un village géorgien, suivis parfois de tirs géorgiens sur les tireurs ossètes, comme d'habitude. Ou un drone géorgien abattu par l'armée abkhaze, ou un survol de la Géorgie par des avions russes, bref, la routine.15 ans que c'est ainsi.

J'apprends quand même que les russes ont distribué des passeports russes aux habitants d'Ossétie et d'Abkhazie. Ah bon. Les deux provinces séparatistes de Géorgie deviennent de facto russes? Ils sont gonflés, mais bon, les géorgiens se disent que si c'est ainsi que les Ossètes et les Abkhazes veulent protéger leur culture de la Géorgie, en devenant russes ils prouvent qu'ils n'ont rien appris de leur histoire de ces 200 dernières années. Et quand on sait ce qui se passe en Russie sous Routine.

J'apprends aussi que les Russes ont terminé la reconstruction d'une voie de chemin de fer reliant la Russie à l'Abkhazie "pour faciliter l'aide humanitaire"disent-ils.

A part ça, tout va très bien. Je prends quelques jours de vraies vacances en famille. Soleil, montagnes, rivières, la pleine nature, presque inchangée depuis des milliers d'années, c'est magnifique. Le jardin d'une petite chapelle orthodoxe jouxte notre jardin, ce qui empli d' Histoire l'atmosphère des lieux. Et quel temps! Bien sûr, ce serait encore mieux si nous pouvions avoir l'eau courante et l'électricité 24h sur 24 ici aussi... mais nous avons la télé et le satellite, et le courant a fini par être plus stable, ce qui nous a permis de suivre les infos chaque jour (pendant que la piscine des enfants se remplissait lentement, lentement...).

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La guerre arrive. Elle sent déjà. Nous sommes le 1er août.

Aux infos, un soir vers le 1er août, sur une chaîne russe (RTP) on apprend que la population ossète du sud est évacuée vers l'Ossétie du nord (Russie) par autobus entiers. Des femmes, des enfants et des vieillards principalement. Des combats ont semble-t-il débutés entre forces de paix géorgiennes - en poste pour protéger les villages géorgiens en Ossétie du nord - et les milices ossètes (Forces de paix totale en Ossétie : 1/3 soldats russes, 1/3 soldats ossètes, 1/3 soldats géorgiens). La télévision géorgienne annonce la même chose, sans donner de raisons à ces mouvements de population, et pour cause: à priori, il n'y a pas de raisons. Pas plus que quelques mois plus tôt, quand quelques échanges de tir ont eu lieu. Pas plus que depuis 15 ans.

Dans notre village, pas très éloigné de Kaspi, le week-end se termine calmement, les mômes pataugent... en fin de semaine nous partons en Kakhétie, à Tsinandali, pour quelques jours. Magnifique chateau près de Telavi et de Gremi, entouré de vignes centenaires. Les meilleurs vins du monde nous attendent...!

Mercredi 6 août, nous entendons aux infos géorgiennes que des séparatistes ossètes ont attaqué un village géorgien en Ossétie, près de Tskhinvali (capitale de la province séparatiste). Les soldats géorgiens, ayant déjà perdu 3 hommes, répliquent vers les forces séparatistes, tout en demandant à rencontrer le président ossète et le responsable des forces russes d'Ossétie du sud. Ceux-ci ne déclinent pas la demande de discussion en vue d'un cesser-le-feu, mais se disent dans l'incapacité de se rendre à Tskhinvali pour rencontrer les responsables géorgiens: voiture en panne!

Ça commence à sentir mauvais, et les gens en parlent un peu, dans la rue. Mais ce n'est pas trop grave, finalement. Quand on a connu la guerre civile, en 1992, 93 et 94, ce ne sont pas ces quelques échanges de tirs qui font peur.

Le jeudi, 7 août, les forces de paix géorgiennes reçoivent des renforts de l'armée, quelques dizaines de chars et plusieurs centaines d'hommes sont dépêchés vers Tskhinvali, dans le but de déloger les tireurs de la milice ossète qui, entretemps, ont quitté les sous-bois pour rejoindre Tskhinvali. L'armée géorgienne renforce ses positions autour de la capitale ossète, se positionnant entre Tskhinvali et les villages géorgiens, au nord. Ces événements, dans les médias, occupent une place de plus en plus importante d'heure en heure. Ça craint.

Vendredi soir, 8 août, Tskhinvali est occupée à 90% par l'armée géorgienne. Elle avait été désertée de ses habitants (rappelez-vous, c'était il y a 7 jours) et la milice ossète a reculé vers le tunnel de Roki., attendant...

Les quelques chars géorgiens à proximité du tunnel voient alors des dizaines et des dizaines de chars qui en sortent, ainsi que des milliers d'hommes. L'armée russe intervient. C'est le 53ème régiment, bien connu en ex-urss pour avoir envahi l'Afghanistan d'abord, et la Tchétchénie ensuite. Aïe, la guerre commence vraiment... si on peut dire. Les chars géorgiens tirent bien quelques salves vers eux (dont, semblerait-il, des bombes à fragmentations), mais à 1 contre 100... Même les "orgues de Staline" sont impuissants contre une telle armada de blindés.

Les engins russes, appuyés par l'aviation, tirent vers Tskhinvali pour en déloger l'armée géorgienne qui y avait pris position depuis 24h. Le nombre de chars et d'avions engagés par les russes est impressionnant, en quelques heures des quartiers entiers de la ville sont pilonnés, bombardés, et les géorgiens sont contraints de se retirer, laissant derrière eux une ville à 20% détruite par les bombardements russes.

Dans une interview de la télé (russe), Poutine déclare vouloir tirer le président Saakashvili par les c... pour le sortir du pays une fois pour toute. C'est du joli. Il prévoit donc d'envoyer ses chars jusque Tbilissi...

Le samedi, Gori sort d'une nuit d'épouvante: la ville a été bombardée par l'aviation russe, touchant autant d'habitations que d'usines. C'est la panique et, lorsque les chars russes (j'ai toujours tendance à vouloir écrire "soviétiques"...) arrivent à Gori, la ville est déjà presque désertée entièrement. Les chars se positionnent rapidement, et bloquent chaque entrée de la ville. Des check-points sont immédiatement installés: il faut un visa russe pour entrer à Gori. Les milices, suivant toujours l'armée russe de quelques heures, pénètrent dans Gori. Pillages, assassinats, viols, etc... Gori, c'est 30 km au sud de Tskhinvali, en plein centre de la Géorgie. A 60 km de la capitale Tbilissi. Et à 20 km de ma famille. De moi.

Ils ont aussi bombardé d'autres villes de Géorgie, et quelques aérodromes militaires, désaffectés depuis 20 ans pour la plupart. Je n'ai pas les détails, mais j'apprendrai plus tard que les russes se dirigent à la fois vers Poti et et Gori.

De là où nous sommes, nous n'entendons rien de la guerre qui fait trembler la terre entre le Tunnel de Roki, et Gori. Beaucoup de villes et de villages sont bombardés, des forêts et des champs brûlés. Nous sommes entre Gori et Tbilissi, et c'est certains que les russes ont prévu d'aller jusqu'à Tbilissi afin de renverser Saakashvili. Nous hésitons à quitter notre maison de campagne pour Tbilissi où les gens sont tous dans la rue, face au parlement, à manifester leur soutient au président. J'ai très envie de rejoindre tout ce monde.

La télévision russe, pendant ce temps, annonce que "la Géorgie ayant attaqué l'Ossétie du sud, les forces de paix russes ont été contraintes d'intervenir afin d'empêcher un génocide de la part des Géorgiens sur le peuple ossète". Ils parlent aussi de l'aviation géorgienne qui aurait bombardé Tskhinvali avec des bombes à sous-munitions. Ça nous étonne.... Les Géorgiens n'ont pu faire décoller aucun de leurs avions, et pour cause, il n'y en n'a pas. A la télévision géorgienne, nous apprenons rapidement la décision des français de se rendre en Géorgie. Kouchner doit arriver d'ici quelques heures. Rapides. Je contacte l'ambassade de France pour savoir qui est responsable à Tbilissi pour les ressortissants belges. On me donne le numéro du seul officiel belge présent dans la région, qui me confirme ce que pensaient les français: c'est l'ambassade des Pays-Bas qui est chargée de nous rapatrier, au cas où. Je leur laisse nos coordonnées, au cas où.

Nous sommes dimanche matin, et les chars russes ont entièrement encerclé Gori. Des chars, des soldats russes blasés, ivres, et des snipers de-ci, de-là... Quand midi arrive, nous apprenons la mort de journalistes étrangers, un hollandais notamment. Sniper. Je ne sais que penser, nous nous sentons de moins en moins en sécurité. Les quelques soldats russes interviewés par la télé française se moquent des européens comme du reste du monde. Doigts d'honneur, insultes en tout genre destinées aux télévisions occidentales. Et pendant ce temps, la milice ossète nettoie. Grave.

J'appelle à nouveau l'ambassade de Hollande, endeuillée, afin de savoir s'ils organisent quelque chose pour ceux qui souhaiteraient être rapatriés. Je ne sais pourquoi, l'employée de l'ambassade ne cesse de rire. Mon accent anglais? Son accent français? Elle m'explique finalement qu'un autocar prêté par le ministère géorgien des affaires étrangères part vers Erevan ce soir ou demain matin, et qu'on me téléphonera pour m'avertir du lieu et du moment du départ. J'en parle à la famille. On ne sait pas s'il faut rire ou pleurer nous aussi: le voyage Tbilissi- aéroport d'Erevan est risqué, nous n'avons pas de visa pour l'Armenie (pro-russe) ce qui veut dire grosse "surtaxe" douanière. Et puis attente d'un hypothétique avion vers l'Europe... Deux jours? Trois jours? Le tout à nos frais, bien entendu. Quelle organisation...! Nous décidons de ne pas encore quitter le village, nous nous y sentons isolés, mais en sécurité... pour l'instant. Et puis nous sommes surtout optimistes. Surtout les Géorgiens. Je ne peux m'empêcher de penser au pire, mais j'acquiesse: mais tout ira bien. Sarko arrive dans 2-3 jours, Kouchner est là ce soir, les Russes ne tireront pas sur Tbilisi. Pas maintenant.

Nous zappons pendant que ma fille joue chez nos voisins et amis, à 500 m de chez nous. Un peu de détente. La nuit tombe doucement, les chauves-souris géantes sortent de leur abris sans un bruit, il fait bon... Le mot "vacances" semble reprendre du sens, quelques instants.

089Les cinq énormes hélicoptères, lorsqu'ils fondirent littéralement sur le village, venant du nord-ouest, ont fait sursauter toute la famille. Mon épouse risque un regard vers le ciel mais n'arrive pas à savoir s'ils sont russes ou géorgiens. Ils tournent autour de nous, et lorsqu'à mon tour je sors, tentant de les photographier et les identifier, l'un d'entre eux est juste au-dessus de la maison, stationnaire une trentaine de seconde. Je me dis "Si ça tombe (façon de parler) ce sera mon premier face à face avec l'armée russe" et, connaissant leur manière de procéder lorsqu'ils investissent un village, je dois bien avouer que j'en ai des sueurs froides. Bruyant. Ils finissent par repartir, survolant encore longtemps les forets aux alentours.

Même si nous avons appris ensuite qu'ils s'agissait de Géorgiens en retraite, cet événement m'a décidé à rentrer vers Tbilissi dès le lendemain. Ma fille, très impressionnée par son court séjour dans la cave de nos amis qui, ayant eu le reflexe de s'abriter, de protéger les enfants en y descendant rapidement, nous racontent "leur courage"!. Ma fille ne doit pas rester ici. Une expérience de guerre à son age...

Mardi matin, nous reprenons la route pour la capitale. Route très calme, pas beaucoup plus de circulation que d'autres jours. Nous n'apercevons plus les soldats chargés de la protection des ponts au-dessus de la rivière Mtkvari, nous ne croisons aucun blindé, pas même à Tbilissi. Tous ont eu l'ordre de rejoindre leurs bases.

Les Russes, pendant ce temps, bombardent encore Gori, au centre de la Géorgie. Et se déploient tout le long de la route nationale, entre Tskhinvali et Gori, puis entre Gori et Kaspi, au centre de la Géorgie, 45 km au sud de la frontière sud-ossète. En Abkhazie, un deuxième front s'ouvre contre la Géorgie: les chars russes arrivent par centaines via le chemin de fer "rouvert pour raison humanitaire" entre la Russie et la Géorgie Abkhazie quelques semaines plus tôt. De là, les Russes encerclent Poti. Poti, c'est le poumon économique de la Géorgie. Port maritime en Mer Noire situé à plus de 30 km au sud de l'Abkhazie, et à . Malgré les protestations des autorités de la ville, et de nombreuses manifestations des habitants et du maire devant les soldats russes, ces derniers ont fini par couler la totalité des bateaux se trouvant dans le port, rendant tout accès au port impossible, puis bombardé les terminaux pétroliers, ratant leur cible.

91 Mer Noire entre Poti et Batumi.

En Russie, la propagande tourne à plein "régime". Chaque accusation venant des responsables géorgiens (agression disproportionnée, populations pillées, assassinats, déportations et autre génocide) est systématiquement détournée, et à entendre les journalistes russes (ceux qui vivent encore, et qui donc sont aux ordres du pouvoir) les géorgiens sont tous des tueurs barbares sous les bottes des États-Unis. Les "Forces de Paix" russes ne faisant que leur devoir en sauvant les ossètes de la terrible invasion géorgienne! "Des russes sont mis en dangers sur notre territoire, nous avons le devoir politique et moral de les aider. C'est ce que nous faisons." C'est pas stupide. On distribue des passeports russes à tous les "ossètes du sud", on provoque les forces de paix géorgiennes en ossétie, puis on vient porter secours, violant toutes les lois internationales au passage, à la milice ossète. Avec 3.000 blindés et minimum 60.000 hommes à 6h de route, ce sera un jeu d'enfant d'aller "tirer les c... de Saakashvili" (sic Poutine).

Comme machine à diriger la population, l'armée russe est très bien organisée:  d'abord les chars entrent dans le village, pour neutraliser les forces géorgiennes qui s'y trouveraient, ensuite empêchent toute personne, géorgien ou étranger (journalistes ou observateurs OHCR) d'approcher de la zone en plaçant des barrages sur les routes et des snipers tout autour du village. Ils laissent alors entrer les milices ossètes et abkhaze (on y a vu quelques Tchetchenes aussi), qui se chargent des civils : nombreux meurtres, nombreux enlèvements, viols, etc... Et pillages systématiques.

Les observateurs comme les reporters sur place ont pu constater tout cela, et ont relayés ces infos, images à l'appui: des blindés russes quittant le territoire géorgien par le tunnel de Roki, surchargés de machines à laver, de radiateurs, de télévisions et autres objets de consommation. Assis sur leur butin, les militaires russes, bourrés à la Vodka, doigt d'honneur en direction des journalistes européens. Poutine, quant à lui, insulte toujours (ouvertement) le président Saakashvili. Bush n'a pas été aussi vulgaire avec Saddam ou Ben L.

Mardi 12 août, suite. La Belgique et la Hollande, qui ensemble ont une centaine de ressortissants en Géorgie, ne font toujours rien pour leur évacuation. Mais Sarko est là, avec deux avions du ministère des affaires étrangères. C'est finalement avec eux que nous rentrerons en Belgique. Les militaires français ont été d'une efficacité et d'une gentillesse à notre égard, merci à eux. Arrivés à Roissy, nous avons été accueillis par les autorité françaises avec la même attention, la même gentillesse. Médecins, psychologues, etc... Tous aux petits soins. D'accord, dans le contexte, ce sont des détails. Mais je vous assure qu'après tous ces événements, ça nous a fait beaucoup de bien. Un seul point "bof": le consul de Belgique chargé de prendre nos coordonnées à la sortie de l'avion était aussi accueillant et attentionné qu'un gardien de prison.... Fonctionnaire sorti trop tôt de son lit sans doute... C'est vrai, il est 5h du matin. A force, on ne sait plus très bien quoi.


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Saakashvili n'est certainement pas sans tort, c'est évident. Mais ses interventions face aux nombreuses agressions des miliciens et de l'armée russe avant le 7 août (et depuis plusieurs années) sur le territoire géorgien dans la province d'Ossétie ont toujours été minimes, prudentes, et contrôlées. C'est la réaction de Poutine qui fut totalement disproportionnée. De toute manière, même si les soldats géorgiens en Ossétie (rappel: eux aussi Force de Paix) avaient tirés avec un lance-pierre sur un chien errant, les russes en auraient profité de la même manière, envoyant les troupes venger la mort du chien. Le plus important, pour les russes, étaient d'envahir la Géorgie, de renverser Saakashvili pour le remplacer par un pantin semblable à Edouard Kokoïty ("président" ossète) ou Sergueï Bagapsh ("président" abkhase) ou Ramzan Kadyrov (président tchétchène) tous mis en place par Poutine, avant que la Géorgie ne rentre à l'OTAN décision qui devait être prise avant fin 2008.

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Mtskhêta. Vestiges du 1er siècle. Au sommet de la montagne, Djvari, église du 6ème siècle.

 

 

 

Au moment où j'écris ces lignes, 3 mois plus tard, les soldats de Poutine sont toujours présents sur 30% du territoire géorgien. La province d'Abkhazie est devenue russe de facto, pour le plus grand bonheur de la mafia locale (russe) et des propriétaires des villas de la riviera (russes). Quant à l'Ossétie du Sud, cette province inventée du temps de Staline, elle a été vidée de tous ses habitants géorgiens pour n'y laisser que les citoyens d'origine russe (d'Ossétie du Nord) et leurs descendants, installés là il y a 70 ans.

Faisant suite aux accords signés en août par Medvedev et Saakashvili, et sous les injonctions (timides) de l'Europe et des Etats-Unis, ainsi que de l'ONU, les autorités russes devraient permettre aux habitants déplacés durant le conflit de regagner leur maison (vide). Ce n'est toujours pas fait. Les différentes armées et milices devraient regagner leurs positions d'avant le 7 août. Ce n'est toujours pas fait côté russe: les régions frontalières avec l'Abkhazie sont encore occupées à ce jour, et des tirs de snipers sont régulièrement observés par l'OHCR, et ce jusqu'à Zugdidi, à 10 km de la province abkhaze. Une partie de la province mengrele est aussi contrôlée par les russes. Les observateurs européens devraient avoir accès aux régions séparatistes, mais au lieu de cela, ils sont refoulés aux frontières "devenues russes", au même titre que tout ceux n'ayant pas de visa russe.

Ce soir, je lisais encore un article sur les manifestations anti-gouvernement russes, ayant eu lieu aujourd'hui encore, manifestations évidemment interdites puis réprimées par Moscou. Et qui diabolisait les "répressions" de Saakashvili et de sa police, chargée d'empêcher les manifestants de commettre des actes violents, autour du Parlement lors des manifs d'opposants fin 2007? Ces mêmes personnes qui ont des intérêts en Russie, apparemment. Tant de choses sont critiquées par nombre de mécontents ou juste ignares: lorsque Saakashvili se fait élire avec 53% des voix, c'est assimilé à un échec plutôt qu'à un succès. Sarko s'est fait élire avec 53,06%, et Obama avec 52,6%. En 2004, Saakashvili avait obtenu plus de 90%, suite à la révolution des roses. Là, il a été critiqué en occident par nombre de journalistes: 90%, c'est louche!

Kasparov, le maître d'échecs, qui s'essaie à la formation d'un nouveau parti d'opposition, avec le soutien de nombreuses autres personalités. "Solidarité" qu'ils ont appelé ce nouveau parti. Poutine ne laissera pas faire. Affaire à suivre...

En octobre, un ex-journaliste de la rtbf devenu sénateur écolo, accompagné par une sénatrice MR, s'est rendu en Ossétie. De leur voyage, ils nous ont ramené un témoignage type, tel qu'on pouvait en entendre du temps de Brejnev lorsqu'un occidental revenait de Moscou. (Les soldats géorgiens ont rasé Tskhinvali, assassiné 2000 ossètes, etc...)

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Ce qu'il faut savoir : personne ne rentre en Ossétie, pas même (surtout pas, devrais-je écrire) les observateurs de l'OHCR. Les journalistes sont simplement refoulés, quand on ne leur tire pas dessus. Ce que ce sénateur a réussi à entreprendre, c'est de se faire guider par des militaires russes (seule possibilité pour visiter l'Ossétie), soutenus par les témoignages de quelques "civils" ossètes. Je pense que jamais ils n'ont demandé à connaître la version géorgienne. Tout ce qu'ils ont rapporté comme info n'est que la propagande russe circulant depuis des mois, voire des années, dans tous les journaux moscovites. Les maisons sois-disant ossètes, sois-disant pillées par les géorgiens...! Faites-moi rire! La moitié des maisons détruites qu'ils ont vues l'ont été lors de la première guerre séparatiste, et le reste sont des maisons d'habitants géorgiens chassés entre 1994 et 2008, et les maisons détruites par les milices ossètes après la retraite des soldats géorgiens, et pour cause puisque ces villages sont géorgiens. Les habitants, trop vieux pour partir ou ne sachant où aller et qui n'ont par conséquent pas fuit après la retraite de l'armée géorgienne ont eux, par contre, du subir la présence des russes, puis des milices diverses (Abkhazes et Ossètes, toujours sur les pas des blindés russes) et en effet, qui sait ce qu'ils et elles sont devenus. Réfléchissez... c'est clair qu'en 24h, sous le feu russe, ils n'avaient que ça à faire les soldats géorgiens. C'est bien connu aussi que les géorgiens sont des horribles tortionnaires sous les ordres du tyran Saakashvili, l'ami de Bush, et Poutine un grand bienfaiteur démocrate libéral qui a envoyé des missionnaires construire des routes, des écoles et des magasins de jouets en Tchétchénie depuis 10 ans !!! Même les géorgiens en rient, comme ils en riaient déjà sous Staline (rire jaune).

Militaires américains présents en Géorgie, c'est pas nouveau ! Les russes ont l'air de s'en offusquer depuis... le 10 aout!

Lien : http://www.regard-est.com/

Et la journaliste belge envoyée par la télévision vers le 14 août, et qui n'a pas quitté Tbilissi mais racontait des inepties basées sur les dires récoltés dans les rues de la capitale, au hasard de ses rencontres. Ce ne sera pas son témoignage qui aidera à contredire les deux autres clowns! Par contre, je tire mon chapeau à France 2 et France 24. Leurs journalistes ont été à Gori ou Poti dès les premiers jours du conflit, ont tenté de rentrer en Ossétie, ont interviewé des civils et des militaires des deux camps, et sont revenus en France avec des reportages qui, eux, étaient honnêtes, impartiaux.

Bien entendu, il y eut des fautes commises des deux côtés. Mais comme je l'expliquais plus haut, même si l'armée géorgienne n'était pas intervenue, Moscou aurait agit tôt ou tard. Cette guerre était planifiée depuis plus de 4 ans par Poutine: trop de vieux intérêts russes dans le Caucase du Sud, capitaux pour Moscou, et ce petit président géorgien de ce minuscule pays n'allait pas être plus difficile à renverser qu'un autre! Tout analyste vous expliquera aussi que l'engagement d'une telle armée sois-disant pour défendre les civils ossètes - rappel: devenus citoyens russes en territoire géorgien, par décision russe... - n'était pas destinée à la seule Ossétie, ni même à l'Abkhazie, mais aurait du envahir l'entièreté du territoire géorgien, ainsi que l'Azerbaidjan. Ils auraient pu y parvenir en quelques jours sans l'intervention ultra-rapide de l'Europe et des menaces étasuniennes. Ces soutiens, c'est le travail remarquable de Saakashvili ces dernières années qui les ont rendues possibles.

Moscou pensait aussi que l'opposition géorgienne allait les soutenir. Et bien non! Non seulement Saakashvili est soutenu par l'opposition, qui renoue ses relations avec le pouvoir, il l'est aussi des États-Unis, de l'Europe et... du reste du monde (sauf Shavez... et De Gucht!). Bien entendu, alors que la situation se "stabilise" un peu, l'opposition au président Saakashvili reprend ses vieilles habitudes, critiques diverses florissant à nouveau dans leurs discours. S'ils ne peuvent attaquer la présidence pour ses actions d'après le 7 août, ils s'en prennent à la cause du conflit en relayant ce que tout le monde peut croire: que c'est Saakashvili qui a ordonné cette guerre contre l'Ossétie. Comme vous l'aurez compris (j'espère), c'est pas si simple.

Vous l'aurez compris, à travers ce récit je tenais à remettre les événements à leur place, prenant parti sans aucun doute, sans aucune hésitation. Comment pourrait-il en être autrement? Au risque de me répéter, comment pouvez-vous imaginer une seule seconde qu'un petit pays (4,500,000 habitants sur un territoire grand comme le Benelux) puisse déclarer la guerre à la Russie, qui en comprend 200x autant, et avec une capacité militaire plus de 5000x supérieure?

J'aurai plaisir à tenter de répondre à vos interventions, éclaircir certains points. J'aurai le même plaisir à répondre à ceux qui doutent encore que la Russie, en 2008, soit capable d'engager une guerre contre un état souverain de la même manière qu'ils le firent en Tchétchénie. Poutine n'a pas de morale. Poutine est un kagébiste. Poutine est un assassin. Point.

Dans cette guerre, il aura fait des centaines de morts, mais aussi entre 120.000 et 150.000 personnes déplacées.


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