23/02/2010

L E S G R O S T I T R E S D E L A V R O V

L E S   G R O S   T I T R E S   D E   L A V R O V

Sergueï Lavrov, lors de son interview à la station de radio Ekho Moskvy la semaine dernière, a une nouvelle fois diffusé les contre-vérités usuelles concernant l'agression de la Russie en août 2008. Niant les faits rapportés dans le rapport Tagliavini de l'Union Européenne, lequel est, rappelons-le, clair quant aux accusations de fortes provocations de la part des russes, que ce soit en Abkhazie ou en « Ossétie du sud », les jours précédant le 07 août.

Rappelons qu'avant d'intervenir et de déclencher ce qui deviendra une (tentative d') invasion totale de la Géorgie (en prenant soin de continuer le nettoyage ethnique débuté il y a près de 20 ans dans les deux provinces séparatistes, de piller, d'assassiner, de raser les villages géorgiens et de bombarder des civils dans tout le pays...) il a été clairement établi que Moscou n'a jamais considéré son rôle de « force de maintien de la paix » comme tel, mais bien comme une force d'abord de préparation à l'annexion de l'Abkhazie et de l' « ossétie du sud », ensuite de russification massive et intensive des populations par le FSB, empêchant en cela toute idée d'un retour à la mère-patrie géorgienne, avec en « récompense » l'octroi d'un passeport russe, de force pour certains, sur le territoire géorgien, bafouant les lois plus élémentaire du droit international. Et enfin la remise en état des infrastructures leur permettant de faire pénétrer très rapidement leurs armées et leurs blindés stationnés juste de l'autre côté des frontières géorgiennes depuis plusieurs mois... Tout cela sans sanctions, sans même d'avertissements de la part de la communauté internationale. L'Europe a laissé faire, sans doute trop occupée à se demander quel serait le prix à payer pour... sa prochaine facture de Gaz russe.

Je cite Lavrov : « Moscou n'avait pas de plans pour s'emparer de Tbilissi en août 2008. C'est M. Saakachvili qui parle toujours de cela », ajoutant que « une idée comme celle-ci ne peut provenir que de son imagination malade. (Le journaliste a répondu en disant que Saakachvili parle quand il n'a aucune cravate dans sa bouche. Haha.) Notre tâche [en août 2008] a été facile: elle était de défendre les citoyens pacifiques et nos casques bleus. Comme pour les actions hors des frontières de l'Ossétie du Sud, sur le territoire de la Géorgie, nous avons travaillé uniquement sur les points d'où provenaient les tirs visant l'Ossétie du Sud », a donc déclaré le ministre russe, ajoutant que, lorsque cette tirs ont cessé, les troupes russes étaient de retour sur territoire sud-ossète.

« Rien n'était prévu », a- t-il encore ajouté. Quel cynisme... Les troupes russes, suivies par des milices et mercenaires divers, tout en bombardant Poti, Gori, Tbilissi, Kutaisi, Telavi, Batumi, Bakuriani et 36 villages répartis dans toute la Géorgie, sont descendues jusque Kaspi... 30 km de Tbilissi. Sans l'intervention (10 ans trop tard) de l'Europe et de Sarkozy (qui a très mal géré cette crise, soi dit en passant), Là aussi, ce sont des faits depuis longtemps dénoncés, mais pour lesquelles la force de la propagande russe a réussi à jeter le discrédit aux yeux des médias occidentaux.

Le Rapport Tagliavini... Parlons-en. Incomplet bien que déjà pas mal documenté, un résumé tendancieux, probablement tronqué par maintes fausses preuves (notons que les éléments fournis par Tbilissi étaient accompagnés de nombreuses preuves en images satellites et autre enregistrement, ce que les russes étrangement n'ont pu faire). Sa remise au parlement européen eu lieu le 30 septembre 2009, et déjà à partir du 26 septembre les russes faisaient courir le bruit - via Lavrov notamment - que c'étaient les géorgiens qui avaient commencé la guerre, et que Moscou n'avait fait que son devoir en tentant de protéger « sa population » (des russes donc, depuis la distribution généreuse de passeports russes en ossétie du sud). Quatre jours avant que Mme Tagliavini remette ce rapport... Le lavage de cerveaux, ceux de nos journalistes en premier, ceux de nos élus en second, ont pour beaucoup été convaincus de la véracité de ce discours. Pour preuve, les titres des articles parus à l'époque. Sans équivoque, c'est Tbilissi qui attaqua le premier! Sans équivoque? D'accord, les titres le disent. Il ne faut pas fâcher Moscou. Mais lisez les articles jusqu'au bout, ces articles que la plupart des lecteurs ne prennent la peine de lire, ni même le FSB apparemment, et déjà le journaliste un peu pus scrupuleux nous nuance son titre,expliquant ce que moi-même je vous explique ici : LE mensonge russe.

Un jour sera diffusé sur nos ondes le film de Sir Andrei Nekrasov, cinéaste-documentariste russe présent en Ossétie et en ossétie du sud avant, pendant et après la guerre. "Les Leçons Russes", un reportage. Pas une fiction comme celle sortie des studios du FSB. Du vécu, et par un russe qui plus est!

Lavrov devrait en chiquer ses boutons de manchettes... mais vu l'aisance avec laquelle il trompe le monde, je doute qu'un seul sourcil ne fronce.

 

D.P.