09/03/2010

Nicolas Sarkozy accueille à bras ouverts Dmitri Medvedev à Paris

Mis à jour le 10 mars 2010 à 23:42

Alors que Nicolas Sarkozy accueillait à bras ouverts Dmitri Medvedev à Paris pour deux journées de travail sur les échanges commerciaux entre les deux pays, la presse française a largement commenté la signature pour la vente par la France de 4 bâtiments de guerre de classe Mistral à la marine russe, ainsi que les accords de partitipation de GDF-Suez dans le projet de pipeline russe South Stream, points d’orgue de ces deux jours de « foire commerciale ».

Certains quotidiens ont bien entendu décrit ces accords comme étant salvateurs pour l’industrie française et les chantiers navals de Saint-Nazaire, mais d’autres ont une nouvelle fois mis l’Elysée en garde : la France, qui fait partie de l’Alliance Atlantique, devrait refléchir à deux fois avant de vendre des bateaux de guerre particulièrement offensifs – tansport de troupe, de matériels lourds, d’hélicoptères – à un pays ayant déclaré l’Otan « ennemi n°1 de la Russie », et sachant que Moscou est encore en guerre en Géorgie, n’ayant pas encore retiré ses troupes des zones occupées (et construisant des bases navales, aériennes et terrestres un peu partout dans les provinces séparatistes) en contradiction avec l’accord en 6 points signé par la Russie, la Géorgie et... la France. Cela rend cette vente d’autant plus étonnante aux yeux d’une certaine presse française qui saute sur l’occasion pour critiquer la politique de Sarkozy. Ces signes plus qu’évidents de rapprochement entre les deux « vieux amis » sont en parfaite logique avec la mentalité de la présidence française : se mettre en valeur, se différencier des Etats-Unis, relancer l’économie du pays, à tout prix.

Bernard Kouchner à commenté la vente des Mistral disant que Dmitri, ce n’est pas Poutine. Un peu simple... et irréfléchit. Par contre, il a signalé son désaccord concernant la vente des bateaux aux russes.

Dmitri et Poutine savent jusqu'où ils peuvent aller ensemble. L'un, l'homme fort, patron du FSB, "patron" de Gazprom, chef de la Douma, des armées et des stratégies militaires. L'autre, comme le dit si bien Lilia Chevtsova, c'est à la fois la galerie, la mise en confiance des chefs d ‘états étrangers, et les relations publiques en général. Homme de loi, il est autant le conseiller de Poutine que Poutine l'est pour Medvedev sur les stratégies plus "tordues", comme la tentative d'envahir la Géorgie qui ne cache qu’à peine le besoin de s'approprier "définitivement" la province séparatiste géorgienne d'Abkhazie, pour des raisons non de protection des populations - illégitime - mais de pure géopolitique.

Une différence importante: sous Poutine, la Russie était dépendante de la seule vente d'hydrocarbures, et grâce notamment aux manières maffieuses de Gazprom, avec les moyens infinis du FSB pour s'approprier des marchés importants, en oragnisant des procès truqués contre les concurrents, ou en utilisant la guerre en Géorgie pour déstabiliser la région et faire capoter le projet de pipeline européen Nabucco... qui aujourd'hui est déserté par les compagnies Allemandes, Hollandaises, Françaises, Grècques... pourtant soutenues par l'Europe qui a annoncé injecter 200 millions d’euros il y a quelques jours, suite la visite de Medvedev à Paris..., au profit des projets russes Northstream et Southstream).

Aujourd'hui, sous Medvedev, ce sont les industriels de tous les secteurs qui demandent à être soutenus par le Kremlin, ces derniers ayant accompagné le président russe à Paris. Le Business des hydrocarbures (extrêmement juteux, faut-il encore le préciser!) accompli à 80%, Medvedev se doit d’attirer d'autres investisseurs occidentaux, par tous les moyens, et acheter quelques Mistral au passage, ce qui fait sans doute office de « remerciements » à la France pour le « rapprochement Franco-Russe », mais qui, très cyniquement, serviront à protéger les positions « acquises » illégalement en Mer Noire, en Géorgie.

Un quotidien français, France-Soir en l'occurence, a été racheté par un oligarque russe il y a peu. Le journal était en surcis, tout comme les chantiers de Saint-Nazaire, ce qui ne peut que faire du bien à l’économie en crise de l’Hexagone... et servira l'énorme outil de propagande du FSB. Tiens, à propos du FSB : jamais il n'y a eu autant d'espions russes que depuis ces deux dernières années, à Paris, et sans doute aussi dans de nombreuses capitales européennes. Coincidence?

La Russie, qui investi de plus en plus à l'étranger, doit absolument trouver des investissements en Europe, et des investisseurs européens qui s'établiraient en Russie. Mais la guerre avec la Géorgie, les relations tendues avec l'Otan, le soutien à l'Iran (maintenant que les iraniens ont signé un accord pour la vente d'hydrocarbures à Gazprom - Nabucco n'aura pas un seul litre de gaz iranien - les Russes peuvent retourner leur veste et accepter de soutenir la politique américaine de sanctions contre l'Iran, timidement bien sûr), les très nombreux problèmes des droits de l'Homme, des libertés de la presses, etc... n'ont pas aidé Medvedev dans ces démarches. Engager l'ancien chancelier Gherard Schroder comme patron d'une filliale de Gazprom chargée de la construction du pipeline North Stream, est une idée de génie. Un ancien chef d'état démocrate européen travaillant avec le régime russe afin de recruter d'autres chefs d'états européens pour soutenir le programme russe d'étranglement de l'Europe par son futur monopole du Gaz... C’est un peu la même tactique que celle utilisée par Staline de soutenir Hitler, jusqu’en 1942, pour ensuite le renverser et hériter de son empire...

 

Le choix des 3 « grands » européens, Allemagne, Italie, France, comme partenaires pour des investissements massifs dans les projets de pipelines South Stream et North Stream s'explique dès lors aisément, et le retournement de veste de Sarkozy, du coup, de même. D'où sa précipitation à Tbilissi et à Moscou pour obtenir un cessez-le-feu, le 12 août 2008, et les erreurs très dommageables à la petite Géorgie, qui en découlèrent immenquablement. Et aujourd’hui, Moscou a gagné, en moins de 10 ans, tous les marchés gaziers d’Europe, de Chine et d’Inde, avec des retombées financières infinies pour les entreprises actionnaires et... pour Schroder, Berlusconi et Sarkozy, personnellement. Tel était le plan de Poutine depuis dix ans. Mission presque totalement menée à bien, avec les jeux de Sochi (ancienne ville géorgienne) en prime.

Mais que ces pays d’Europe acceptent ce jeu de dupes (pas les olympiques mais ceux des politico-financiers russes) c’est tomber dans un piège pourtant grossier, tant la « stratégie criminelle » est transparente. En impliquant les chefs d’états européens en personne, Poutine s’assure des marchés inespérés, et un soutien indéfectible. L’argent n’a pas d’odeur, le pouvoir pas d’odorat, et les citoyens que nous sommes... juste un peu pigeons. Pourtant, les états européens ex-soviétiques ont maintes fois allerté Bruxelles qui, c'est vrai, vient d'injecter 200 millions d'€ dans le pipeline Nabucco. Un signe? Une goutte d'eau dans le gaz russe. A l'image de la présidence européenne sans doute.

D’où l’importance de la vigilance, sans cesse.

 

En Géorgie, 300.000 personnes ont été déplacées par les conflits soutenus, organisés par la Russie. Victimes de la "nouvelle politique" de Poutine et Medvedev...

 

D.P.

 

Pour compléter cet article, je vous propose de lire celui paru dans Le Soir du 1er mars sur le sujet de la visite de Medvedev à Paris, de leur correspondant à... Moscou (ça ne s'invente pas) qui dit en clôture, "Tout cela ne pourrait toutefois n’être de la part du Kremlin qu’un message à usage interne : prévenir l’industrie russe, réputée très lente à se moderniser, qu’elle doit vite réagir…" (sic). J'en ris encore.

Plus instructif, l'article de Vincent Jauvert sur globe.blogs.nouvelobs.com

 

 

26/02/2010

Gary Kasparov au "Guardian"

Article de Gary Kasparov dans "The Guardian"

 

Le « Guardian » a publié ce mardi 23 un article intitulé «L'Europe ne doit pas séduire la Russie ! »écrit par le chef de l'opposition russe Gary Kasparov. Le voici, suivit d'un commentaire.

Dans les capitales des démocraties européennes, les dirigeants saluent une nouvelle ère de coopération avec la Russie. Berlin revendique une «relation spéciale» avec Moscou et va de l'avant sur une série de grands projets avec le géant énergétique russe Gazprom, dont une filiale est dirigée par l'ancien chancelier allemand Gerhard Schröder. Le Premier ministre italien Silvio Berlusconi s'est rendu à Saint-Pétersbourg l'année dernière pour se joindre à la célébration de 59ème anniversaire de son « grand ami » Vladimir Putin. Et à Paris, des négociations sont en cours pour une vente importante d'armes qui permettrait à la Russie d'acquérir l'un des navires les plus avancés de la marine française."

Pendant ce temps, l'opposition démocratique en Russie est étouffée. Le 31 Janvier encore,  le gouvernement russe a refusé la tenue d'une réunion pacifique de citoyens qui voulaient manifester en faveur du ... droit à la liberté de réunion, consacré à l'article 31 de la Constitution de la Fédération de Russie: le "droit de se réunir pacifiquement et d'organiser des réunions, des rassemblements, des manifestations, des marches et des piquets de grève".

De même, les journalistes russes ont été de plus en plus harcelés pour avoir exprimé leurs critiques du gouvernement. Mais les poursuites ne sont pas vraiment le pire pour les journalistes russes qui omettent de signaler les nouvelles de manière "patriote". En 2009, plus d'une douzaine de journalistes, de militants des droits de l'homme et d'opposants politiques ont été tués.

Après avoir étouffé la critique interne par rapport à ses actions dans le Caucase, le gouvernement russe porte maintenant son attention à ceux qui les critiquent de l'étranger - et il est encouragé en ce sens par les entreprises et par les gouvernements européens. La dernière victime des censeurs de Moscou et de leurs amis occidentaux est appelé Perviy Kavkazskiy. Cette jeune station de télévision en langue Russe a été, jusqu'à la fin de Janvier, librement accessible aux personnes vivant dans les zones russophones. Maintenant, Eutelsat - le premier fournisseur européen de satellites basé à Paris - refuse d'appliquer le contrat négocié avec la station.

Il semble que la société russe Interspoutnik ait fait une offre qu' Eutelsat ne pouvais pas refuser, le 15 Janvier, soutenant la possibilité de millions de dollars d'échanges avec des exploitations médias du géant gazier russe Gazprom à condition qu'Eutelsat cesse de faire affaires avec la chaîne du Caucase en question. Eutelsat a capitulé et a envoyé un message désastreux au monde: pas de télévision en langue russe qui ne soit pas contrôlée par le Kremlin ne sera autorisée en Fédération de Russie. Même si ellel est basée à l'étranger. Même si elle a un contrat avec un fournisseur européen de satellites.

La chaîne par satellite en langue anglaise, Russia Today, financée et contrôlée par le gouvernement russe, n'est pas confrontée à de tels problèmes avec les opérateurs de satellites européens. Cette chaîne a récemment lancé un blitz publicitaire aux Etats-Unis et au Royaume-Uni avec des scènes montrant le visage du président américain Barack Obama en morphing vers celui du président iranien Mahmoud Ahmadinejad. Personne n'a soulevé d'inquiétudes sur la Russie d'aujourd'hui et les téléspectateurs de l'Ouest sont autorisés à recevoir la propagande déjà diffusée en Russie. Mais l'idée même d'un canal alternatif en langue russe semble trop "provocatrice" pour certains Européens. L'adhésion à ces politiques est une violation flagrante de l'esprit de la législation européenne protégeant la liberté de la presse, et les tribunaux français vont bientôt constater que l'opérateur a violé plus que l'esprit de la loi, l'affaire contre Eutelstat se déroulant dans les semaines à venir.

Pourtant, ce n'est que le dernier exemple de la complicité européenne dans la consolidation du pouvoir politique du Kremlin à l'intérieur du pays et de la reconstitution de l'armée utilisée pour contraindre les nations qui se trouvent juste à sa frontière. Tel est le contexte dans lequel je reçois les récents rapports selon lesquels le gouvernement français entend aller de l'avant avec la vente à la Russie d'un ou plusieurs navires d'assaut amphibie de la classe Mistral. L'armée russe n'a pas caché ses intentions pour l'utilisation de ces armes. En Septembre de l'année dernière, l'amiral russe Vladimir Vysotsky a triomphalement déclaré qu' "un bateau comme cela aurait permis à la flotte de la mer Noire d'accomplir sa mission [envahir la Géorgie] en 40 minutes au lieu de 26 heures».

Il y a un peu plus d'un an, alors que les chars russes occupent des parties de la Géorgie, le secrétaire général de l'Otan Jaap de Hoop Scheffer a déclaré qu'il ne pouvait y avoir "aucune sorte d'affaire habituelle avec la Russie dans les circonstances actuelles". Les forces russes occupent toujours le territoire géorgien, en violation du cessez le feu négocié par le président français Nicolas Sarkozy, et pourtant l'Otan, elle aussi, est de retour aux affaires, comme d'habitude, avec le régime de Poutine.

Que Moscou ferme les journaux d'opposition, arrête les journalistes qui ne veulent pas suivre la ligne du gouvernement, et soumette à leur tyranie ses voisins démocratiques...  certains dirigeants européens ne sont pas silencieux. Au contraire, ils arguent en faveur de liens plus étroits avec Moscou, pour une coopération énergétique, pour des ventes d'armes !

Les dirigeants européens doivent prendre position pour la liberté d'expression et la défense de la liberté des médias qu'ils permettent chez eux. Cela commence par faire clairement comprendre aux entreprises européennes qu'elles ne sont pas censées être les instruments dociles du Kremlin a sa censure. Les mêmes dirigeants devraient également montrer que, au début du 21e siècle, on ne peut pas occuper un territoire étranger [la Géorgie] sans conséquences. Elle n'implique évidemment pas vendre des armes aux forces d'occupation. L'enjeu n'est pas seulement la liberté des citoyens russes, mais aussi le sens même de l'Europe et l'honneur de l'Europe.

Gary Kasparov

Source :  " Don't cosy up to Russia, Europe !" Guardian.co.uk, Tuesday February 23 2010 


Gary Kasparov nous rappelle à sa manière, et surtout selon sa position de chef de l'opposition en Russie et donc du point de vue russe avant tout, le danger réel qui pèse sur nos démocraties en soutenant les politiques de Poutine.

Durant plus de 70 ans, l'Europe n'a jamais hésité à critiquer la Russie soviétique, à juste titre faut-il le dire, mais tout en faisant des affaires avec ses dirigeants, cautionnant ainsi les déportations, le génocide de millions de citoyens en achetant le Gaz de Sibérie pour chauffer nos maisons, finançant, du même coup, l'ensemble de leurs politiques. Par exemple.

Avec la "chute" de l'empire soviétique, rien n'a réellement changé, ni d'un côté ni de l'autre, mais le business a pris le pas sur la politique, et la politique de Poutine, c'est le business. Poutine, c'est le super-patron de l'immense entreprise, l'Etat/Gazprom, mais contrairement à Total ou Exxon par exemple, ne contrôle pas uniquement quelques équipes de vente et autres hommes de mains pour faire des affaire, mais bien les dizaines de milliers d'hommes du FSB (ex-KGB), avec la coûteuse complicité de la Douma, et... de l'armée, et pas n'importe laquelle. Une des plus brutales, et je reste poli. La soi-disant démocratisation de la Russie (et de la CEI) permettant enfin le business "sans déshonneur" pour les chefs d'états occidentaux. Ce n'est pas qu'ils se trompent, c'est qu'ils s'en arrangent. Mais avec la guerre en Géorgie, Poutine a été "un peu trop loin" et il a fallu l'arrêter. (Laissons-lui les deux provinces séparatistes quand-même! En "oubliant" de dater le document de cessez-le-feu par exemple... Ce qui fut fait. Document caduque. Merci messieurs Sarkozy et Kouchner. Quelques centaines de morts, 200.000 déplacés en Géorgie... )

La guerre de Géorgie était une évidence pour beaucoup de citoyens russes et ex-soviétiques, tant ce petit pays  était critiqué, diabolisé par les médias d'Etat et dans de nombreux meetings politiques. Si un attentat avait lieu, c'était soit les Tchétchènes financés par des géorgiens, soir des Géorgiens financés par des azéris. Comme en 1999 avec les seuls tchétchènes, avant la deuxième guerre de Moscou contre Grozny décidée par Poutine. Le FSB a une expérience dans la propagande de plus de 80 ans...

Depuis 2005, toutes les ripostes des forces de paix géorgiennes aux tirs provocateurs des milices séparatistes ont systématiquement été décrites en inversant les rôles, malgré la présence d'observateurs européens sur place, dans les provinces d'Abkhazie et d'ossétie du sud. Ajoutez à cela bon nombre de manipulations, de payements de commissions, de violations de toutes sortes de lois nationales et internationales, et vous obtenez les conditions idéales pour bombarder et envahir son voisin ( "et ami historique" d'après Medvedev ). Ce qui fut fait.

Aujourd'hui, Moscou commence à en récolter les fruits, au détriment de 4.5 millions de Géorgiens (Abkhazes et sud-ossètes compris). Le piège a marché à merveille, les affaires vont reprendre de plus belle. Le chaos provoqué depuis 20 ans dans le Caucase par Moscou permet à Poutine d'empêcher "pour raisons de sécurité" le passage du pétrole de la Caspienne par la Géorgie. Donc, il faut acheter le gaz et pétrole russes, investir dans les pipelines russes, et payer l'Etat russe, c'est à dire Poutine.

La boucle est bouclée.

Mais l'armée d'occupation en Géorgie, elle, s'impose gravement. Pas pour maintenir le chaos spécialement, mais pour... "sécuriser" la Mer Noire (et les jeux de Sochi, à quelques km de la Géorgie) tout en maintenant le chaos.

Gary Kasparov a raison quand il dit qu'il s'agit de l'honneur de l'Europe. Ne pas cautionner un tel jeu de massacres, massacre des libertés en Russie, massacre de toute idée démocrate, massacre des valeurs humanistes, massacre des consciences, celles qui survivent aux propagandes et aux assassinats, au nom du profit de quelques uns.

Comme toujours.

D.P.

traduction de l'article de Kasparov : D.P.

SHAKE YOUR SOUL

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23/02/2010

L E S G R O S T I T R E S D E L A V R O V

L E S   G R O S   T I T R E S   D E   L A V R O V

Sergueï Lavrov, lors de son interview à la station de radio Ekho Moskvy la semaine dernière, a une nouvelle fois diffusé les contre-vérités usuelles concernant l'agression de la Russie en août 2008. Niant les faits rapportés dans le rapport Tagliavini de l'Union Européenne, lequel est, rappelons-le, clair quant aux accusations de fortes provocations de la part des russes, que ce soit en Abkhazie ou en « Ossétie du sud », les jours précédant le 07 août.

Rappelons qu'avant d'intervenir et de déclencher ce qui deviendra une (tentative d') invasion totale de la Géorgie (en prenant soin de continuer le nettoyage ethnique débuté il y a près de 20 ans dans les deux provinces séparatistes, de piller, d'assassiner, de raser les villages géorgiens et de bombarder des civils dans tout le pays...) il a été clairement établi que Moscou n'a jamais considéré son rôle de « force de maintien de la paix » comme tel, mais bien comme une force d'abord de préparation à l'annexion de l'Abkhazie et de l' « ossétie du sud », ensuite de russification massive et intensive des populations par le FSB, empêchant en cela toute idée d'un retour à la mère-patrie géorgienne, avec en « récompense » l'octroi d'un passeport russe, de force pour certains, sur le territoire géorgien, bafouant les lois plus élémentaire du droit international. Et enfin la remise en état des infrastructures leur permettant de faire pénétrer très rapidement leurs armées et leurs blindés stationnés juste de l'autre côté des frontières géorgiennes depuis plusieurs mois... Tout cela sans sanctions, sans même d'avertissements de la part de la communauté internationale. L'Europe a laissé faire, sans doute trop occupée à se demander quel serait le prix à payer pour... sa prochaine facture de Gaz russe.

Je cite Lavrov : « Moscou n'avait pas de plans pour s'emparer de Tbilissi en août 2008. C'est M. Saakachvili qui parle toujours de cela », ajoutant que « une idée comme celle-ci ne peut provenir que de son imagination malade. (Le journaliste a répondu en disant que Saakachvili parle quand il n'a aucune cravate dans sa bouche. Haha.) Notre tâche [en août 2008] a été facile: elle était de défendre les citoyens pacifiques et nos casques bleus. Comme pour les actions hors des frontières de l'Ossétie du Sud, sur le territoire de la Géorgie, nous avons travaillé uniquement sur les points d'où provenaient les tirs visant l'Ossétie du Sud », a donc déclaré le ministre russe, ajoutant que, lorsque cette tirs ont cessé, les troupes russes étaient de retour sur territoire sud-ossète.

« Rien n'était prévu », a- t-il encore ajouté. Quel cynisme... Les troupes russes, suivies par des milices et mercenaires divers, tout en bombardant Poti, Gori, Tbilissi, Kutaisi, Telavi, Batumi, Bakuriani et 36 villages répartis dans toute la Géorgie, sont descendues jusque Kaspi... 30 km de Tbilissi. Sans l'intervention (10 ans trop tard) de l'Europe et de Sarkozy (qui a très mal géré cette crise, soi dit en passant), Là aussi, ce sont des faits depuis longtemps dénoncés, mais pour lesquelles la force de la propagande russe a réussi à jeter le discrédit aux yeux des médias occidentaux.

Le Rapport Tagliavini... Parlons-en. Incomplet bien que déjà pas mal documenté, un résumé tendancieux, probablement tronqué par maintes fausses preuves (notons que les éléments fournis par Tbilissi étaient accompagnés de nombreuses preuves en images satellites et autre enregistrement, ce que les russes étrangement n'ont pu faire). Sa remise au parlement européen eu lieu le 30 septembre 2009, et déjà à partir du 26 septembre les russes faisaient courir le bruit - via Lavrov notamment - que c'étaient les géorgiens qui avaient commencé la guerre, et que Moscou n'avait fait que son devoir en tentant de protéger « sa population » (des russes donc, depuis la distribution généreuse de passeports russes en ossétie du sud). Quatre jours avant que Mme Tagliavini remette ce rapport... Le lavage de cerveaux, ceux de nos journalistes en premier, ceux de nos élus en second, ont pour beaucoup été convaincus de la véracité de ce discours. Pour preuve, les titres des articles parus à l'époque. Sans équivoque, c'est Tbilissi qui attaqua le premier! Sans équivoque? D'accord, les titres le disent. Il ne faut pas fâcher Moscou. Mais lisez les articles jusqu'au bout, ces articles que la plupart des lecteurs ne prennent la peine de lire, ni même le FSB apparemment, et déjà le journaliste un peu pus scrupuleux nous nuance son titre,expliquant ce que moi-même je vous explique ici : LE mensonge russe.

Un jour sera diffusé sur nos ondes le film de Sir Andrei Nekrasov, cinéaste-documentariste russe présent en Ossétie et en ossétie du sud avant, pendant et après la guerre. "Les Leçons Russes", un reportage. Pas une fiction comme celle sortie des studios du FSB. Du vécu, et par un russe qui plus est!

Lavrov devrait en chiquer ses boutons de manchettes... mais vu l'aisance avec laquelle il trompe le monde, je doute qu'un seul sourcil ne fronce.

 

D.P.

 

15/12/2009

L'Europe et ses contradictions... stratégiques?

L'Europe et ses contradictions... stratégiques?

Les faiblesses que la Russie apprécie.

Depuis la guerre russo-géorgienne du mois d'août 2008, l'Europe s'est très fortement fragilisée face à la politique étrangère de messieurs Poutine, Medvedev et autre Lavrov. Ce que nous constatons au travers de nombreuses décisions, de nombreuses démarches entreprises par certains membres de la communauté européenne. Petit rappel historique :

Dès le début de 2008, le gouvernement géorgien, via le Conseil de l'Europe, a maintes fois averti la communauté internationnale de l'intention affichée par la Russie de renforcer ses troupes en présence dans les provinces séparatistes d' « Ossétie du Sud » et d'Abkhazie, en contradiction des accords de paix signés après la guerre civile de 1992, ainsi que d'autres infractions graves commises par le pouvoir russe dans le cadre de ses responsabilités en tant que « force de maintien de la paix » dans ces deux provinces.

La distribution de passeports russes aux citoyens légalement géorgiens des deux territoires fut sans aucun doute la plus grande provocation de la Russie non seulement vis-à-vis des géorgiens, mais surtout vis-à-vis de la communauté internationale. Mais, bien entendu, l'erreur commise par cette dernière a été d'admettre, en 1992, que seule les forces russes seraient présentes en Géorgie en tant que force d'interposition entre les séparatistes et Tbilissi. Une Russie pas très neutre, et dont tous connaissaient les intérêts dans le sud Caucase, ne pouvait qu'amener à une solution violente de règlement de ce conflit à leurs seuls profits.

Depuis 1992, la Russie, bien installée en Géorgie pour des années dans un statu-quo relatif, a uniquement joui de sa position pour envenimer la situation déjà explosive entre les parties. De provocations en provocations, sans autre réaction que la simple constatation des faits par les observateurs européens présents dans la région.

Lorsque Mikhaeil Saakashvili arrive au pouvoir en 2003, après la Révolution des Roses, il affiche clairement sa volonté de régler la « question des séparatismes » lors de son mandat, et très rapidement contraint le gouverneur pro-russe d'Adjarie de quitter le pouvoir. Ceci se passe sans aucune violence de la part de Tbilissi: c'est le peuple adjare qui réclame la démission d'Aslan Abashidzé à Batoumi, en mai 2004. Depuis, la province adjare, dont aucune infrastructure ne fut modernisée depuis la chute de l'empire soviétique, peut se venter d'être entrée au XXIème siècle dans l' « ère moderne », pour le plus grand bonheur de ses 400,000 citoyens. Mais pour l'Abkhazie et l' « ossétie du sud », qui ont une frontière commune avec la Russie, c'est nettement plus compliqué. La diplomatie russe, sous le contrôle de Lavrov, n'a aucun désir de voir le gouvernement pro-occidental de Tbilissi récupérer leurs territoires. Les provocations, d'un côté comme de l'autre, vont dès lors se multiplier en nombre et en intensité. Sous l'oeil des observateurs européens, impuissants. Mais, un fait est certain, l'Europe sait ce qui se passe, mais n'intervient pas. De toute façon, quoi qu'elle décide, la Russie ne respectera aucune de ses obligations. Tbilissi patiente.

Mais plusieurs événements vont contraindre les russes à intensifier leurs provocations envers la Géorgie. La Russie, dont l'économie repose essentiellement sur la vente des hydrocarbures à l'Europe, voit d'un très mauvais oeil le projet de contournement de leur territoire par le pipeline Nabucco, projet de multinationales européennes et américaines pour amener les hydrocarbures azerbaidjanais et irakiens de la Mer Caspienne vers l'Europe centrale et du sud via la Géorgie et la Turquie. Rendre le Caucase instable ruinerait ce projet, et la Russie aurait ainsi le quasi-monopole du gaz vendu à l'Europe, via l'Ukraine et via deux autres projets, russes ceux-là: Southstream et Northstream. Poutine, avec diabolisme et autres manipulations diverses, envoie les patrons de Gazprom recruter des investisseurs en Europe : Shröder, l'ex-chancelier allemand (engagé par Gazprom dès l'élection de Mme Merkel), Berlusconi et le groupe italien ENI, et Sarkozy via EDF, décident d'injecter des millions d'euros dans les projets russes, en totale contradiction avec les recommandations de la Communauté Européenne qui soutient Nabucco, plus désireuse de diversifier l'approvisionnement en gaz que d'empocher des dividendes de Gazprom.

Lorsque l'on sait tout cela, on comprend qu'on peut légitimement avoir de gros soupçons sur qui a provoqué qui dans le déclanchement de la guerre d'août 2008. Rappelons-le, outre de nombreuses victimes des génocides organisés par les milices ossètes et abkhazes soutenus par les « forces de paix » russes (voir rapport Tagliavini), cette guerre a vu des centaines de milliers de personnes déplacées : leurs villages entièrement détruits par l 'armée russe entre le 1 août et le 15 août ne leur donnant d'autres choix que de fuir vers Tbilissi. Les deux provinces séparatistes ont été totalement vidées de leurs citoyens autres que russes, abkhazes ou « sud-ossètes ».

La signature de cessez-le feu entre Sarkozy, Medvedev et Saakashvili a sans aucun doute sauvé l'état géorgien d'une totale annexion à la Russie - projet initial de Poutine - mais n'a rien résolu quant au fond. D'autant que Moscou, en reconnaissant l'Abkhazie et l' « ossétie du sud », se donne ainsi le droit de ne respecter aucun des points d'accords du cessez-le-feu en question, et laissant ainsi dans l'impunité totale les criminels de guerre russes, abkhazes, ossètes... (Pour pousser la provocation, nombre de ces criminels de guerre viennent d'être décorés par Medvedev...)

De toute manière, la Russie a toujours été la nation de l'impunité totale : les dizaines de millions de morts du soviétisme n'ont toujours pas été "vengés", contrairement à ceux de l'Allemagne nazie, ou du Rwanda, de Serbie, du Kosovo... Alors pourquoi s'en ferait-elle?

Ria Novosti, agence de presse sous la coupe de la propagande ex-soviétique, étant une des seules sources d'informations pour les agences occidentales, l'opinion publique européenne ne peut comprendre le conflit russo-géorgien que du point de vue russe, donnant raison à l'intervention de l'armée russe en ossétie sous couvert de « protection des citoyens russes », alors que ce sont les russes eux-même qui 1. ont distribué illégalement les passeports russes - de gré ou de force - aux ossètes, 2. ont attaqué les villages géorgiens d'ossétie - bien avant le 8 août, s'attendant à une riposte de l'armée géorgienne de maintien de la paix pour protéger ses citoyens, et 3. ont depuis des mois préparé cette intervention, amassant des milliers d'hommes et de matériels dans le Caucase Nord aux frontières géorgiennes, etc... (voir le documentaire du cinéaste russe Andrei Nekrasov « Russian Lessons »)

Le gouvernement géorgien, dont les seuls torts ont été de vouloir se rapprocher de l'Europe occidentale et se moderniser au même rythme que les autres pays démocratiques sortis de l'Empire Russe après la chute du mur de Berlin, et de permettre aux gazoducs européens BTC et Nabucco de passer sur son territoire en contournant la Russie, se voit à présent sanctionnée par ce même monde occidental auquel ils souhaitaient s'allier idéologiquement, culturellement et économiquement, et, pour se protéger de la folie des grandeurs russes, militairement.

L'allemagne, l'Italie et la France jouent à présent un très mauvais rôle pour la Géorgie. Sarkozy et Kouchner, les instigateurs de la « paix » entre Russie et Géorgie en 2008, souhaitent vendre des navires de guerre aux russes qui, bien entendu, jubilent de ce que leur propagande donne comme résultat inatendu ! Ceux qui ont « sauvé » la Géorgie vendant du matériel militaire de pointe aux aggresseurs... et ce n'est pas une blague! Une poignée de navires de la classe Mistral dans la Baltique et la mer Noire ferait une grande différence. «Dans le conflit en août dernier un navire comme cela aurait permis à la flotte de la mer Noire d' accomplir sa mission en 40 minutes, et non pas 26 heures, ce qui est le temps qu'il nous a fallu,"a récemment déclaré l'amiral commandant la marine russe Vladimir Vyssotski, se référant à l'invasion russe de la Géorgie en août 2008. (Blog du JDD)

Oui, l'Europe joue un drole de jeu! D'un côté ils fêtent la chute du mur de Berlin, et d'un autre ils sont muets face au nouveau mur soviétique séparant les provinces sécessionistes du reste de la Géorgie... Et ce n'est certes pas les nouveaux patrons de la CE - Van Rompuy en tête, qui vont changer quoi que ce soit. Imaginez un têtes à têtes Poutine/Lavrov/Medvedev - Van Rompuy/Baroso/Ashton ! Savent-ils seulement que la Géorgie existe?

Et les Etats-Unis, dans ce contexte, que fait-elle? Obama soutient, comme le reste de la communauté internationale sauf Nicaragua et Venezuela pro-russes, l'intégrité territoriale géorgienne, mais doit prendre en considération le besoin de rapprochement avec la Russie sur plusieurs dossiers, notamment le dossier Afghan (encore un problème créé par l'URSS en toute impunité). Mais l'aide américaine à la Géorgie est réelle. Des millions d'euros d'investissement pour la reconstruction du pays après les bombardement russes, l'envoi d'instructeurs et de matériels de défenses aériennes, etc....

D.P.

Pétition contre la vente de Mistrals à la Russie par la France : cliquez ICI

"Boycott LUKOIL" reste d'actualité !

Pour tout renseignement, n'hésitez-pas à me contacter !


 

15/11/2009

Interview de l'ambassadeur de Géorgie à Paris

Tbilissi négocie un accord d’Association avec l’UE et souhaite développer ses échanges économiques avec la France.

La diplomatie géorgienne fait feu de tout bois. Avec Bruxelles d’abord, un accord d’Association à l’Union européenne, facilitant la délivrance des visas dans un premier temps et permettant de constituer une zone de libre-échange dans un deuxième temps, est en cours de négociation. Avec Paris ensuite, une délégation de l’organisation patronale MEDEF International se rend à Tbilissi les 16 et 17 novembre 2009 pour engager le développement des échanges économiques bilatéraux.

Interview de l’ambassadeur de Géorgie en France, Mamuka Kudava, sur ces questions et sur d’autres :

Article original (et d'autres) paru sur Colisée.org

jeudi 12 novembre 2009, par Mirian Méloua

Ambiance. L'accueil est orchestré en parfait français par deux jeunes femmes géorgiennes, dont l'assistante de l'ambassadeur. Dans les couloirs, les conseillers se croisent silencieusement et viennent chercher leurs visiteurs, non sans avoir attardé leur regard dans le salon d'attente. Un poste récepteur de télévision y diffuse discrètement une chaîne géorgienne, caché parmi des tableaux du vieux Tiflis. Mamuka Kudava arrive, smartphone à la main. Il vous invite à entrer et vous reçoit dans son bureau personnel autour d'une table de travail garnie de documents. L'assistante et les conseillers seront appelés à tour de rôle pour apporter une précision, ou fournir une copie de tableau. Malgré la légendaire courtoisie géorgienne, et le café proposé, un coup d'oeil sera jeté de temps en temps sur le smartphone. L'entretien ne sera interrompu qu'une seule fois, Tbilissi, le Quai d'Orsay ou un important opportun ? Allez savoir. Une heure de temps d'ambassadeur, au coeur de la modernité du XXiéme siècle, c'est peu et c'est beaucoup pour défendre une culture vieille de plusieurs millénaires !

Question 1. Après 30 mois au poste d'ambassadeur de la Géorgie auprès de la France, quelles sont -d'après vous- les principales missions de l'ambassade ?

Je vois deux missions prioritaires, celle relevant de la politique étrangère et celle relevant du domaine économique.

Lors de la réunion annuelle des ambassadeurs de Géorgie à l'étranger, en septembre 2009, il est apparu clairement que nos objectifs étaient de consolider la non-reconnaissance par la communauté internationale de l'indépendance des territoires géorgiens sécessionnistes (1) et d'engager une nouvelle approche vers l'intégration européenne. Nous espérons que, fin 2009, les négociations sur la facilitation du régime des visas avec l'Union européenne seront concrétisées par la signature d'un Accord. La prochaine étape sera la conclusion d'un Accord d'Association (qui comprend un accord sur le libre échange) comme cela a été fait pour l'Ukraine, afin d'illustrer le Partenariat oriental. L'Union européenne, tout comme la communauté internationale, soutient l'intégrité territoriale de la Géorgie : c'est pour nous essentiel.

Nous sommes évidemment très reconnaissant à la France qui présidait l'Union européenne à l'époque de l'invasion russe. Le Président Sarkozy a joué un rôle très important pour arrêter la guerre et négocier un accord de cessez-le-feu en six points. L'Union européenne a déployé sa mission d'observation (EUMM) mais elle est malheureusement empêchée d'assurer sa mission sur les territoires des régions séparatistes occupées par les Russes. La mission constate également sur place le non-respect de cet accord par Moscou. Outre de nombreuses provocations qui ont lieu sur ces territoires, les organisations internationales ont condamné le nettoyage ethnique perpétré contre la population géorgienne forcée à quitter ses foyers (plus de 300 000 réfugiés suite aux conflits). A cause de cela, les deux provinces géorgiennes sont aujourd'hui quasiment dépeuplées (120 000 habitants en Abkhazie et 30 000 en Ossétie du Sud). D'ailleurs, la Russie n'entend pas s'arrêter là et continue à construire des bases militaires dans les régions annexées (deux bases par région) et y a déjà déployé près de 15 000 soldats selon des sources différentes. Ce qui fait que nous avons les deux régions (Abkhazie et Ossétie du Sud) les plus militarisées d'Europe !

Question 2. Et les missions économiques ?

L'ambassade en France essaie de contribuer au développement de la Géorgie et de sa prospérité, en projetant l'image d'un pays attractif pour les compagnies étrangères. La Banque mondiale classe aujourd'hui la Géorgie au 11 ème rang mondial en termes de facilitation des affaires et d'attractivité des investissements (2) : c'est grâce à sa législation, à ses dispositions de protection des investissements, à son niveau réduit de taxes, d'impôts et de droits de douanes, à ses zones franches comme Poti et Koutaïssi.

La France, historiquement, est moins présente dans les pays de l'Europe de l'Est et en Géorgie.

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Photo Tbilisite - D.P. - 2009               Tsinandali, caves du chateau (Kakhétie) Grands crus français du XIXème ...

Pourtant des fleurons de l'activité française y sont présents, comme Société Générale (Republic Bank), Pernod Ricard (vins et spiritueux), Areva (lignes électriques hautes tensions avec la Turquie), Thales (radars de l'aéroport de Tbilissi) ou Alstom (énergies hydrauliques).

Un forum économique est organisé, à Tbilissi, les 16 et 17 novembre 2009, pour une dizaine d'entreprises françaises du MEDEF, avec des entretiens au plus haut niveau et des entretiens ministériels afin de mieux faire connaître le potentiel économique de la Géorgie (3).

Question 3. Quelles autres missions remplit l'ambassade de Géorgie en France ?

Fort évidemment les missions culturelles sont importantes pour notre pays.

Après l'inscription par l'UNESCO au Patrimoine mondial de la ville de Mtskhéta, des cathédrales de Guélati et de Bagrati, de la vallée de Svanétie, nous travaillons sur différents projets de conservation et de mise en valeur de ces sites. Je souhaite également souligner que les chants polyphoniques géorgiens sont inscrits sur la liste du Patrimoine immatériel, et à cet effet l'UNESCO a fortement contribué à la création du Centre de polyphonie de Géorgie avec qui une coopération fructueuse et efficace est menée. La Géorgie prépare également l'inscription d'autres sites importants sur la liste du patrimoine mondial ; les projets Dmanissi et de la vieille ville de Tbilissi sont en cours d'élaboration avec les experts du Centre du patrimoine mondial de l'UNESCO.

Après l'accession de la Géorgie à l'Organisation internationale de la Francophonie au statut d'observateur, nous avons participé au sommet de Québec en novembre 2008 afin de mieux faire connaître les positions de la Géorgie, principalement aux pays d'Afrique. D'ailleurs dans la déclaration finale du sommet, adoptée par les pays membres, l'attachement à la souveraineté de la Géorgie au sein de ses frontières internationalement reconnues est fermement affirmé. La Géorgie compte aujourd'hui de 70 à 100 000 personnes francophones, selon les âges et les niveaux auxquels l'on se situe. Le français est enseigné dans 319 écoles et 18 universités géorgiennes. Il existe plusieurs partenariats entre établissements français et géorgiens, dont un filière francophone en informatique à Tbilissi avec l'Université Paris VIII, l'Université de Versailles Saint Quentin en Yvelines et l'INALCO (diplôme français), une convention entre la Sorbonne et l'Université d'Etat de Tbilissi, une convention entre l'Université de Versailles et l'Université Akaki Tsérétéli de Koutaïssi, une convention entre l'Institut de Nantes et celui d'Akhaltsikhé.

Nous continuons à développer différentes facettes de l'image culturelle de la Géorgie en France et nous avons pour projet d'organiser une saison culturelle géorgienne fin 2010 : concerts, expositions, cinéma, patrimoine et art moderne seront de la fête durant plusieurs semaines. L'année 2010 sera pour la France l'année de la Russie, et il est important que le message de la Géorgie soit également entendu.

Question 4. Une partie des universitaires et chercheurs (INALCO, EHESS,...) et des journalistes (Courrier international, Le Monde, Le Figaro, Regard sur l'Est,..) français s'intéressant à la Géorgie utilise le canal de la langue russe pour s'informer et passent souvent par Moscou. Ne pensez-vous pas que ce prisme donne une coloration particulière à leurs propos et influence l'opinion publique française ?

Cette analyse est correste. Elle s'explique à l'évidence par le passé et l'Union soviétique.

D'abord, nous essayons de communiquer en français : le site Internet et la lettre d'information de l'ambassade sont opérationnels depuis 2008 (4). Nous sommes présents auprès des médias français chaque fois qu'ils nous le demandent. D'ailleurs le Président Saakachvili donne l'exemple au plus haut niveau puisqu'il accorde régulièrement des entretiens en français.

Ensuite, lorsque la langue française ne peut pas être utilisée, la langue anglaise l'est. Les jeunes générations géorgiennes, scientifiques, chercheurs, artistes, hommes d'affaires et diplomates parlent aujourd'hui l'anglais, l'allemand, le français, ainsi que le russe, ce qui leur permet de communiquer directement avec les journalistes, les chercheurs et les scientifiques internationaux et de donner une idée plus exacte de la réalité géorgienne.

Enfin, et c'est le point fondamental de notre stratégie : sur décision de l'Etat géorgien, et avec le soutien de la Commission européenne, un projet d'ouverture à Tbilissi d'une Maison de l'Europe a été lancé, dans lequel des partenaires français pourraient être partie prenante.

Question 5. Quelles missions l'ambassade de Géorgie remplit-elle auprès des diasporas ?

Je dirais d'abord que nous côtoyons quotidiennement les différentes diasporas géorgiennes et que nous assurons les missions traditionnelles qui en découlent (5). Mais tout compte fait, elles assument plutôt seules leurs vies en France : moins d'un millier de Géorgiens s'était inscrit sur les listes électorales ouvertes à Paris aux dernières élections présidentielles et législatives !

L'Etat géorgien a pris récemment une décision importante pour les jeunes géorgiens, celle de financer leurs études supérieures aux Etats-Unis et en Europe sans contrainte de retour ou de remboursement de frais : deux étudiants sont déjà dans ce cas en France. Cette décision a été prise pour encourager les jeunes générations à une ouverture accentuée vers l'Occident : plus grand sera le savoir de ces jeunes générations, plus rapide sera l'intégration de la Géorgie à la famille européenne, qui est historiquement la sienne.

Notes :

(1) Aujourd'hui seuls la Russie, le Nicaragua et le Vénézuela ont reconnu l'indépendance des républiques auto-proclamées d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud. D'après Mamuka Kudava, la Russie ferait pression sur un certain nombre d'autres pays pour qu'ils s'engagent sur cette voie, en particulier auprès des pays francophones d'Afrique.

(2) Le classement de la Banque mondiale situait, en 2005, la Géorgie au 112ème rang en termes d'attractivité des investissements.

(3) Les principales entreprises du MEDEF présentes à Tbilissi les 16 et 17 novembre 2009 devraient être Alstom, BNP Paribas, Bouyghes, Cifal, Etde, Egis Bceom, Oberthur, Panhard, Sfeh, Société Générale, Systra, Thales et Veolia.

(4) Site Internet de l'ambassade de Géorgie en France http://www.ambassadegeorgie.fr

(5) Selon Mamuka Kudava, l'avenir de la résidence d'exil en 1922 des dirigeants de la Ière République de Géorgie (majorité parlementaire et opposition) à Leuville-sur-Orge avance lentement : si toutes les parties sont d'accord pour que le "château" revienne à l'Etat géorgien, les conditions juridiques ne sont pas encore réunies.


Merci encore à Mirian Melua.

D.P.

 

01/07/2009

Tbilisite, le blog belge qui résume l'actualité géorgienne en français

Pour ceux qui n'auraient pas suivi....

L'actualité dans ce pays du Sud-Caucase aux portes de l'Europe, à l'histoire multi-millénaire, s'y vit chaque jour avec la même intensité, tant elle est enrichie par les provocations quotidiennes en provenance de Moscou...

L'été dernier, le monde a été secoué par l'invasion russe et les bombardements sur tout le territoire de Géorgie. Comment cela a-t-il pu se produire, sous les yeux des observateurs de l'OSCE et de l'ONU présents dans ces zones à risques depuis presque 20 ans, sans que quiconque ne puisse le prédise afin d'empêcher le pire de se produire? Mais les autorités géorgiennes ont maintes fois prévenu la communauté internationales de l'imminence d'un tel conflit, sans que l'Europe ne bouge, alors que la Géorgie fait partie du Conseil de l'Europe.

Les Etats-unis ont envoyé quelques instructeurs pour former les officiers géorgiens et aider à moderniser l'armée qui, jusqu'en 2003, ne bénéficiait que de financements très limités depuis des années. Durant ce conflit, c'est sans doute ce qui a aidé le plus efficacement à la survie de ces dizaines de milliers de réfugiés fuyant leurs villages incendiés et pillés par les milices.

La guerre éclair d'août 2008 a vu plus d'une centaine de milliers de personnes déplacées, la plupart vers Tbilissi, d'autre vers l'Ossétie du Nord. Un nouveau drame, moins de vingt ans après les premiers nettoyages ethniques de 1992-1994, la première guerre civile, où ils étaient plus de 300,000 géorgiens à fuir la province sécessionniste d'Abkhazie, dont la milice était à l'époque déjà soutenue par l'armée russe...

Présent en Géorgie à de nombreuses reprises entre 1998 et 2008 - et donc durant la guerre - j'ai vu ce pays aux infrastructures déplorables et à la corruption pourrissante, souvenir de l'ère soviétique, se muer rapidement en un état démocratique qui aurait pu être, j'ose le dire, idyllique... si Moscou n'y avait pas des intérêts considérables. Tous les enjeux géopolitiques importants pour l'administration de Poutine, puis de Medvedev, ont amené les Russes à tout entreprendre, surtout illégalement bien entendu, pour garder un pied en Géorgie: la manipulation des extrémistes séparatistes issus de la première guerre civile, leur financement, leur armement, et surtout le soutien politique de la Douma et du FSB ont transformé les deux provinces géorgiennes en un bouillon explosif où toute idée anti-raciale a été stigmatisée ces dix dernières années, facilité en cela par l'absence d'une force d'interposition neutre, pourtant demandée par la Géorgie depuis 1994, mais toujours, bien entendu, refusée par le côté russe, partie prenante du conflit, voire partie dirigeante du conflit.

Depuis la dernière offensive russe d'août dernier, et malgré l'accord en 6 points signé par Saakashvili, Medvedev et Sarkozy, la Russie a entrepris de s'installer définitivement sur le territoire géorgien, y construisant de nombreuses bases militaires, y organisant de grandes manoeuvres, tout en accusant les quelques dizaines de patrouilles de police géorgienne et les observateurs onusiens d'approcher « leurs frontières » de trop près... C'est que depuis, la Russie a reconnu l'indépendance des provinces séparatistes, et donc imagine que cela leur donne tous les droits sur ces territoires à présent totalement annexés à la Russie, faisant fi de toutes les accusations  émises à leur encontre, préférant noyer le poisson en accusant la Géorgie des mêmes "crimes". Les exemples ne manquent pas, tous l'ont constaté en suivant les informations ET russe ET géorgienne durant le conflit.

Cet été, officiellement, plus aucun observateur ne sera présent sur le territoire géorgien. La Russie et les séparatistes se retrouvent dès lors libres d'entreprendre de nouvelles avancées sur le territoire de Géorgie non encore occupé. La moindre étincelle pourrait mettre à nouveau le feu aux poudres, et les autorités géorgiennes ne peuvent que constater, dénoncer, prévenir encore et encore du danger. Comme au printemps 2008, comme depuis 20 ans. Il ne sera jamais question pour les russes de quitter les territoires qu'ils occupent de fait depuis bientôt 90 ans, si on compte les années soviétiques, et il n'est pas question pour la Géorgie d'abandonner ses provinces aux russes sous prétexte qu'ils les ont unilatéralement reconnues comme « indépendantes ».

Toutes les diplomaties du monde sont officiellement opposées à la politique de Poutine sur la « question géorgienne » à part le Nicaragua par solidarité avec l'administration russe, ainsi que la Transnitrie et le Haut Karabagh...

Pour résumer, car ce serait trop long et trop compliqué à détailler, c'est le commerce des hydrocarbures, dont dépendent un grand nombre de pays d'Europe et dans lesquels certains chefs d'états ont personnellement des intérêts financiers potentiellement très importants, tel Berlusconi ou l'ex-chancelier allemand Schreuder (mais ça c'est une autre histoire!), qui motive les russes dans leur tentative d'annexion.  Et l'Europe, quant à elle, a oublié que le Sud-Caucase est une alternative primordiale pour leur indépendance énergétique vis-à-vis de la Russie (il serait temps de se réveiller!). En effet, la route que doivent emprunter les gazoducs en provenance de la mer Caspienne passe par la Géorgie, et c'est la raison première, voire unique, des intérêts de Moscou vis-à-vis de son ancienne république: le contrôle de ce passage leur permettrait de contrôler la quasi-totalité de l'approvisionnement en hydrocarbures et en Gaz vers l'Europe... ce que l'Union Européenne a totalement sous-estimé. Une arme de chantage absolu pour la Russie et qui peut mener l'Europe entière en guerre (juste économique?) contre la très gourmande Russie post-soviétique.

Le combat pour l'empêchement de l'entrée de la Géorgie au sein de l'Alliance Atlantique (OTAN) est bien entendu logique dans ce contexte, car si la Géorgie fait partie de l'Alliance, l'Alliance aura l'obligation légale de forcer la Russie à quitter le territoire géorgien, de force s'il le faut, puisque l'ensemble des pays membres ont le devoir de défendre n'importe quel autre pays membre contre toute attaque étrangère, ce qui serait le cas de la Géorgie...

Dans ce même contexte, il est fort peu probable que la fédération de Russie dirigée par le clan Poutine et l'ex-KGB, devenu FSB, retire ses troupes des territoires occupés et fasse marche arrière pour rendre à César ce qui appartient - de droit - à César, ni pour la Géorgie d'accepter de quelconques concessions vis-à-vis de la Russie concernant l'indépendance des provinces séparatistes.

Aujourd'hui 1er juillet, la reprise des discussions entre toutes les parties (Russie, Géorgie ainsi que les représentants des territoires séparatistes) à Genève devrait logiquement aboutir... à rien du tout, la Russie refusant le terme « provinces géorgiennes » et les géorgiens refusant bien entendu toute autre dénomination pour qualifier ses provinces séparatistes.

D.P.

N'hésitez pas à réagir !

22/06/2009

INTERNATIONAL CRISIS GROUP : un rapport attendu.

Rapport mis en ligne aujourd'hui 22 juin par

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Comme les média belges n'en diront bien sûr pas un mot, vous pouvez lire ce rapport ici, traduit de l'anglais.

Le texte original se trouve ici.

Dix mois après la « guerre d'août » entre Géorgie et Russie, les violents incidents et le manque d'un véritable régime de sécurité dans et autour des zones de conflit des provinces d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie,créent une atmosphère dangereuse dans laquelle des combats plus importants pourraient éclater à nouveau. La Russie n'a pas respecté certains points fondamentaux de l'accord de cessez-le que le président Medvedev a signé en septembre 2008 avec le président français Nicolas Sarkozy lors de sa présidence de l'U.E.

Son veto au Conseil de sécurité d'une extension du mandat (de seize ans au départ) de la mission d'observation des Nations Unies en Géorgie et en Abkhazie, et son apparente intention d'exiger le retrait de la mission de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) à la fin du mois sont des coups portés contre la sécurité dans la région aptes à alimenter les tensions. La plupart des points de contrôle est donc en train d'être démantelée.

Moscou devrait revoir sa position et travailler sur un compromis raisonnable qui permettrait à l'ONU et aux observateurs de l'OSCE de poursuivre leur important travail.

La Russie affirme qu'il est la garantie de la sécurité à la demande de l'Ossétie du Sud et d'Abkhazie, qui ne font pas confiance aux observateurs internationaux, mais il a l'obligation légale de faire plus pour la sécurité et la sûreté des populations locales, indépendamment de leur origine ethnique, et de prévenir les violations des droits humains dans les zones qui sont de fait sous son contrôle. Surtout, elle doit accroître ses efforts pour permettre le retour des personnes déplacées (PDI), en particulier les quelque 25.000 Géorgiens de souche qui n'ont pas été en mesure de retourner dans leurs foyers en Ossétie du Sud.

Il y a eu des abus de la part de toutes les parties du conflit - Géorgie, Russie et d'Ossétie du Sud, mais les actions des milices ossètes, qui ont systématiquement pillés, incendiés, et dans certains cas bulldozer les villages géorgiens, ont été particulièrement graves. L'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE) a qualifié ces abus de « nettoyage ethnique » dont Human Rights Watch a cité de nombreuses preuves en les nommant « crimes contre l'humanité » et « crimes de guerre».

L'APCE a également noté l'échec de la Russie et des autorités de facto pour mettre un terme à ces pratiques et de remettre leurs auteurs à la justice. En effet, les troupes russes était largement, volontairement ou non, dans l'incapacité de s'acquitter de leurs tâches de sécurité.

VolgaDepuis août 2008, la Russie a consolidé sa position en Abkhazie et en Ossétie du Sud face à relativement peu de critiques internationales. Il n'a pas retrouvé sa présence militaire d'avant-guerre ni en nombre (3700 hommes, armes légères) ni en lieux, comme le demande le plan en six points du 12 août, et, en avril 2009, elle a envoyé des troupes supplémentaires en Ossétie du Sud et en Abkhazie (10,000 hommes par province). En violation de ses accords avec l'UE des 7 et 8 septembre, le Russie a empêché l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) de poursuivre ses activités d'avant-guerre en Ossétie du Sud, y compris le suivi et la mise en œuvre d'un programme de réhabilitation et de reconstruction. Elle justifie sa position en disant «nouvelles réalités» l'emportent, car il a reconnu en août l'indépendance de l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie et conclu des accords de sécurité.

La Russie a maintenant passé plus de deux étapes, non seulement rejeter la mission de l'ONU qui a travaillé en Abkhazie, mais aussi le blocage d'un renouvellement du mandat de la mission de l'OSCE en Géorgie qui fut actif en Ossétie du Sud. Même si aucun des 56 autres Etats membres de l'OSCE n'appuie cette dernière étape, la quatrième plus grande mission de l'OSCE est à la veille de la clôture, le 30 Juin.

Plusieurs séries de discussions parrainées par l'ONU, l'UE et l'OSCE, mettant l'accent sur la sécurité et les questions humanitaires, ont eu lieu entre les représentants des quatre parties à Genève sans résultats tangibles. La présence de l'excès de troupes et de l'absence d'un régime de sécurité ont fait de même, il est impossible pour certaines personnes déplacées qui vivaient dans l'ancienne "zones tampons" Russes en Géorgie à se sentir suffisamment en sécurité pour retourner dans leurs foyers. L'afflux de personnes déplacées a présenté un sérieux problème aux autorités géorgiennes, alors qu'ils étaient déjà aux prises avec au moins 200.000 personnes déplacées par le conflit en Abkhazie et en Ossétie du Sud du début des années 1990. Après les événements du mois d'août, le gouvernement a rapidement construit des logements semi-permanents pour les personnes nouvellement déplacées. Maintenant, il doit développer une approche plus globale pour intégrer les nouveaux et les anciens déplacés internes dans le pays.

En août 2008, Crisis Group a recommandé une série de mesures pour résoudre le conflit. Nombre de ces recommandations restent insatisfaites, mais toujours valables: afin de stabiliser la situation de la sécurité, réduire les chances de renouvellement majeur des hostilités et à améliorer la situation humanitaire, la Russie doit:

  • s'engager de nouveau pleinement aux discussions au sein du Conseil de sécurité de manière à aller au-delà de son veto du 15 juin et de parvenir à un accord sur un régime de sécurité fonctionnelle et la mise en œuvre d'un mécanisme visant à faciliter la poursuite du rôle de l'ONU en Géorgie;

  • respecter pleinement les accords de cessez-le-feu, en particulier par le retrait de ses troupes des zones qu'elles n'occupaient pas avant le 7 août 2008 (le district d'Akhalgori en Ossétie du Sud, Perevi village du côté géorgien de la frontière administrative avec l'Ossétie du Sud et la région de la gorge de Kodori en Abkhazie );

  • permettre à la Mission de surveillance de l'UE (EUMM) et aux institutions internationales dont les Nations unies un accès immédiat à l'Ossétie du Sud pour superviser la sécurité et fournir une aide humanitaire;

  • encourager l'Ossétie du Sud, les autorités de facto, d'annoncer que les personnes déplacées géorgiennes seront autorisées de revenir immédiatement et de trouver un financement pour la reconstruction de villages détruits, ainsi que pour d'autres régions d'Ossétie du Sud endommagées pendant la guerre;

  • participer de manière constructive dans les négociations de Genève, et

  • accepter la proposition de la présidence grecque de soutien neutre pour la poursuite de la mission de l'OSCE.

Le gouvernement géorgien et les autorités de facto de l'Ossétie du Sud et en Abkhazie devrait:

  • avoir un accord sur des mesures conjointes, y compris l'accès pour les missions de contrôle à toutes les régions, pour prévenir les incidents et les violations des droits humains dans les zones de conflit et faciliter le retour volontaire, sûr et digne des personnes déplacées;

  • mettre en œuvre une stratégie d'intégration des personnes déplacées et l'augmentation de la capacité de participer pleinement à la vie politique, sociale et économique;

  • d'éviter la rhétorique belliqueuse et de faux rapports de médias sur la situation dans les zones de conflit, et

  • accueillir les projets humanitaires et de reconstruction financé par les gouvernements occidentaux ou des organisations internationales, y compris l'OSCE, des Nations unies, et l'UE, et de modifier les lois qui pourraient entraver un tel travail.

L'UE, les États-Unis et le Conseil de l'Europe et d'autres organisations internationales devraient:

  • appuyer les enquêtes internationales sur la conduite de la guerre du mois d'août et de ses violations de tous les côtés;

  • suspendre le droit de vote de la Russie à l'Assemblée si elle ne coopère pas à inverser le nettoyage ethnique en Ossétie du Sud, notamment en s'acquittant de ses engagements des 12 août et 7-8 Septembre;

  • encourager le Comité International Olympique à étudier si les Jeux olympiques d'hiver de 2014 peut être tenue à Sochi, en Russie, si un régime de sécurité n'a pas été établi dans la région voisine, l'Abkhazie;

  • encourager le Conseil de sécurité de rester saisi de la question, en dépit de la cessation de la Mission des Nations unies;

  • exhortons le Secrétaire général des Nations Unies à continuer d'exercer ses bons offices en nommant un envoyé spécial, et de poursuivre les efforts visant à faciliter le processus de paix;

  • investir la mission de l'UE avec un rôle élargi pour répondre à la situation sur le terrain et

  • participer de manière constructive aux efforts visant à résoudre immédiatement les problèmes de sécurité et humanitaires, y compris en encourageant les parties à s'engager pleinement dans les négociations de Genève, comme un premier pas vers la résolution des conflits plus larges.

Cet exposé se concentre principalement sur la situation en Ossétie du Sud; subséquente, il sera destiné à la situation en Abkhazie.

Texte traduit de l'anglais.

D.P.

 

19/05/2009

Genève: Après l'Abkhazie, la Russie et l'«ossétie du sud» se sont retirés des négociations internationales de paix sur la Géorgie.

 

Genève: Après l'Abkhazie, la Russie et l'«ossétie du sud» se sont retirés des négociations internationales de paix sur la Géorgie.

 

A Genève, en raison de l'absence de la région sécessionniste d'Abkhazie qui a refusé de prendre part aux discussions pour ne pas avoir reçu des documents de l'ONU dans les temps, les délégations russes et ossètes ont refusé de participer elles aussi aux négotiations de paix.

"Aborder des questions graves sur la sécurité sans l'une des parties concernées me paraît un exercice inutile", a déclaré le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Grigori Karasine. Bien entendu, c'est sous les conseils de la Douma que les Abkhazes ont refusé de participer à cette réunion...

Ces séances de pourparlers, présidées par les Nations unies, l'Union européenne et l'OSCE, sont systématiquement torpillées par les sécessionistes abkhaze « qui ne veulent pas êtres considérés, dans les documents de l'ONU, comme faisant partie de la république de Géorgie ». Autant dire que, malgré le bon-vouloir de la communauté internationale et de la Géorgie, on n'est pas près de trouver de solutions pour la stabilité et la paix dans cette région.

"La situation dans le Caucase du Sud sera évoquée en relation avec les conséquences de l'agression géorgienne contre l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie, et avec un autre sujet régional: le Haut-Karabakh", a dit M.Tchijov histoire de compliquer et d'envenimer encore, si besoin était, la situation, et il ajoute : « Les volets du plan (Sarkozy) concernant la Russie sont réalisés. Si des questions concernant sa mise en application surgissent, elles peuvent être posées à la Géorgie. Le plan prévoyait le retour des forces géorgiennes vers les lieux de leur cantonnement habituel, pourtant, nous constatons la concentration d'effectifs militaires et policiers géorgiens dans les districts adjacents à l'Ossétie du Sud. »

Bien entendu, ce genre de déclaration est destinée non pas aux politiques qui savent très bien que la Russie n'a respecté AUCUN des points d'accords « Sarkozy », mais bien à la presse qui relaie l'info vers qui veut bien la lire et y croire.

Il faut bien comprendre que, quand la Russie accuse quelqu'un de quelque chose, c'est pour noyer le poisson qu'ils ont eux-même placé dans l'aquarium du FSB. Quand la Russie dit que la Géorgie ne respecte aucun point d'accord, c'est bien qu'elle n'en respecte aucun elle-même. Si la Russie accuse la Géorgie d'avoir concentré des militaires et des policiers aux frontières ossètes, c'est qu'ils en ont eux-même placé, et pas qu'un peu. Pour rappel, alors que les points d'accords Sarko demandaient aux parties d'en revenir à la situation d'avant le 7 août, c'est à dire maximum 3700 soldats de maintien de la paix en ossétie et autant en Abkhazie et aucune arme lourde, les Russes ont amassés plus de 10,000 hommes aux frontières ossètes et autant aux frontières abkhazes, avec blindés, lance-missiles, etc... La Géorgie, quant à elle, patrouille timidement avec quelques policiers le long des frontières concernées, principalement pour protéger les observateurs de l'OSCE ou de l'ONU (des enlèvements ont eu lieu à plusieurs reprises), mais aussi pour prévenir les nombreuses attaques des milices ossètes sur des villages géorgiens situés sur la frontière. Il faut signaler, par respect pour la vérité et par respect pour les famille des policiés tués, que 12 policiers ont été assassinés par les milices abkhazes ou ossètes depuis septembre...

La direction russe, qui jamais ne cèdera volontairement un seul hectare conquis par son armée d'invasion en août, se sachant en infraction totale avec un nombre impressionnant de lois internationales, ne peut que fuir devant ses responsabilités et tenter de se disculper, non pas en recherchant des preuves d'innocence - il n'y en a pas - mais en accusant l'adversaire des crimes qu'elle a elle-même commis. Peu de gens sont dupes, à part peut-être Josy Dubié et quelques autres illuminés, mais beaucoup ont plus besoin de la Russie que de la Géorgie, et contredire la politique de Moscou équivaut pour certains, sans aucun doute, à rendre plus compliqués, plus délicats, les accords gazier entre Medvedev et l'occident.

Les accusations de Human Rights Watch à l'encontre de Tbilissi, accusé d'avoir aussi commis des crimes de guerre, a fortement diminué la sympathie des (lecteurs) occidentaux pour ce petit pays du Caucase dont tout le monde parle sans le connaître. Il suffit de lire chaque article de presse qui, lorsqu 'il parle de la guerre d'août et de ses suites, ne s'abstient pas d'écrire « suite à l'agression de la Géorgie pour récupérer sa province sécessioniste d'Ossétie du Sud » à la place de « suite aux provocations russes contre les forces de paix géorgiennes en Ossétie du Sud ». Mais ces accusations de HRW sont tellement anecdotiques si on ose les comparer aux crimes commis par les milices ossètes et les soldats russes contre tous les villages géorgiens d'ossétie du sud, que je n'arrive pas à comprendre les rédactions de la presse occidentale, belge principalement, ou française de gauche, qui anihile les massacres ossètes en préfèrant la syntaxe relayée par la presse russe sous contrôle de la Douma, plutôt que celle de Tbilissi, pourtant de loin plus réaliste et indépendante.

Conférence de presse de Lavrov concernant la Géorgie? Tous les micros de la presse occidentale sont devant ses lèvres. Conférence de presse d'un ministre géorgien : seuls la presse géorgienne est présente. Que faut-il en déduire?

 

 

Ce qu'espère la Russie, et qu'elle est à quelques pas d'obtenir si on n'y fait pas plus attention, c'est de parvenir à éviter la même sympathie de l'Occident pour les victimes géorgiennes que pour les victimes tchétchènes de l'agression russe de 1999, qui à l'époque avait entraîné nombre de manifestations de soutien aux nord-caucasiens, dans toutes les capitales occidentales. Aujourd'hui, la Russie a besoin de l'Occident, plus que l'occident a besoin de la Russie, et chaque justification, aussi grossière soit-elle, à l'attaque de la Géorgie, est la seule politique possible pour les agents du FSB dirigés par Poutine. Depuis la fin de la guerre d'août, si tant est qu'on puisse parler de « fin », les russes fuient leurs responsabilités, s'appuyant sur des prétextes impossibles pour se justifier (protection des ressortissants russes dans les territoires séparatistes alors qu'ils ont eux-même distribué des passeports russes illégalement à la population géorgienne de ces provinces, avant d'inventer des attaques géorgiennes contre lesdits ressortissants pour prétexter leur intervention) Désinformer est habituel à Moscou. La propagande anti-caucasiens marche à fond depuis 5 ans dans toute la Russie, et en soit, déjà cela est un délit majeur dont le HCR n'a jamais, à ma connaissance, fait part.

D.P.

02/05/2009

Les soldats russes s'imposent aux "frontières"

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Et ça continue....

Les occupants russes ont déployé un contingent militaire supplémentaire et du matériel lourd dans la zone d'Akhalgori, près de Tskhinvali. Les militants russes ont pris les positions qu'ils ont laissées après la guerre d'Août. Les occupants ont l'intention d'y construire une nouvelle base militaire.

Les milices se déplacent aussi dans le village de Karchokhi. Trois véhicules militaires de l'Oural, quatre camions de KAMAZ et cinquante soldats ont été mobilisés sur ce territoire. La Russie continue à démontrer sa force. Le ministre des Affaires Etrangères géorgien Grigol Vashadze a dit que la Russie devra retirer ses troupes du territoire occupé et accomplir les obligations qu'il a prises selon l'accord de cessez-le-feu à six points...

Les occupants russes ont aussi envoyé des unités militaires dans la zone de Zemo Abkhazeti. Des transporteurs de personnel blindés, des missiles antiaériens et des véhicules militaires de l'Oural, chargés de matériels de guerre ont été déployés sur tout le territoire. Le ministère de défense de la république fantoche d'Abkhazie se concentre spécialement sur le district de Zemo Abkhazeti.

A part les "gardes-frontières" abkhazes, seules les forces russes ont été déployées au village d'Azhara "pour la sécurité de la région". Même les gens vivant en Abkhazie ne sont pas autorisés à entrer sur le territoire de Zemo Abkhazeti sans un visa spécial.

Etats-Unis (département d'état) :

"Nous appelons la Russie à honorer ses engagements au titre du mois d'août et le 12 Septembre 8 accords de cessez-le-feu. Cela comprend la suppression de ses troupes pour un retour aux positions tenues avant le début du conflit, en permettant un accès humanitaire sans entrave, et permettant les organisations des droits de l'homme d'enquêter sur les allégations de nettoyage ethnique dans les deux régions. La mise en place d'une "frontière" sous le contrôle de soldats russes marque une autre étape dans la direction opposée."

Union Européenne :

"La présidence de l'Union européenne rappelle que l'UE appuyait pleinement la souveraineté et l'intégrité territoriale de la Géorgie dans ses frontières internationalement reconnues, et la Présidence reste engagée et est prête à soutenir tous les efforts en vue d'une solution pacifique et durable au conflit en Géorgie. Les questions de sécurité devraient être discutées dans les instances internationales compétentes, en particulier les discussions de Genève, dont la prochaine session aura lieu les 18-19 Mai 2009."

En l'état, la Russie s'attaque ouvertement à l'Europe, qui a beau crier "aux viols"... Moscou s'en balance royalement. Pardon, mégalomaniaquement.

Toute sanction possible à l'encontre des fous de la Douma doit être décidée au plus vite.

Une chose est sûre, depuis le rachat des stations essences "Jet" par Lukoil en 2007, mes pleins de diesel sont faits ailleurs, Q8 ou Texaco je m'en fous, mais pas LUKOIL qui alimente les caisses de la dictature post-soviétique.

B O Y C O T T   L U K O I L

 

14/04/2009

Les observateurs européens empêtrés en Géorgie


Les observateurs européens empêtrés en Géorgie

LE MONDE - Article de Natalie Nougayrède. A lire avec empressement !

Extrait :

"Avec les Ossètes, ça ne cesse de se dégrader", confie un des 36 gendarmes français de la mission, qui rassemble en tout 26 nationalités européennes. "Les Ossètes refusent même de communiquer avec nous. Ils disent : “Si vous voulez pénétrer sur notre territoire, vous devez reconnaître notre indépendance”, ce que l'Europe ne peut pas faire, évidemment!" Les observateurs circulent en véhicules blindés, mais ne sont pas armés. Ils évitent de s'aventurer jusqu'aux points de contrôle ossètes, d'où, l'alcool et les esprits échauffés aidant, vont parfois fuser des menaces de tir. Le travail des Européens consiste pour l'essentiel à s'assurer que les équipements militaires géorgiens restent "défensifs", sans artillerie, mortiers ni tanks. Pendant ce temps, l'armée russe consolide ses campements en Ossétie du Sud et en Abkhazie, où quelque 10000 soldats sont désormais installés, à l'abri de toute inspection internationale.

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Obama partenaire

John TEFT, l'ambassadeur des États-Unis en poste à Tbilissi, réaffirme que les États-Unis demeurent le principal partenaire pour la Géorgie. "Les parties continuent de travailler sur les questions qui concernent les applications de la charte de partenariat (ndlr signée en janvier). (...) La nouvelle administration des États-Unis va aider la Géorgie."

L'administration Obama a alloué 242 millions de dollars à la Géorgie. Le congrès devrait confirmer cette aide assez rapidement.
L'ambassadeur des États-Unis a aussi parlé de la prochaine réunion du ministre des Affaires étrangères géorgien avec le secrétaire d'Etat américain à Washington. Le ministre Grigol Vashadze rencontre la Secrétaire Clinton aujourd'hui.

"La rencontre entre Mr Vashadze et Mrs Clinton sera l'occasion pour eux de s'asseoir et de parler de leurs intérêts mutuels. Comme vous le savez, ils se sont réunis pour une brève réunion à Bruxelles lors de la commission OTAN-Géorgie, mais ce sera une chance pour une plus longue discussion aujourd'hui de parler non seulement des relations bilatérales mais aussi la situation dans les zones de conflit, sur les négociations de Genève , sur le renouvellement de la MONUG. J'attends avec impatience les résultats de l'audience" a dit l'ambassadeur.

D'après Rustavi2

D.P.