15/12/2009

L'Europe et ses contradictions... stratégiques?

L'Europe et ses contradictions... stratégiques?

Les faiblesses que la Russie apprécie.

Depuis la guerre russo-géorgienne du mois d'août 2008, l'Europe s'est très fortement fragilisée face à la politique étrangère de messieurs Poutine, Medvedev et autre Lavrov. Ce que nous constatons au travers de nombreuses décisions, de nombreuses démarches entreprises par certains membres de la communauté européenne. Petit rappel historique :

Dès le début de 2008, le gouvernement géorgien, via le Conseil de l'Europe, a maintes fois averti la communauté internationnale de l'intention affichée par la Russie de renforcer ses troupes en présence dans les provinces séparatistes d' « Ossétie du Sud » et d'Abkhazie, en contradiction des accords de paix signés après la guerre civile de 1992, ainsi que d'autres infractions graves commises par le pouvoir russe dans le cadre de ses responsabilités en tant que « force de maintien de la paix » dans ces deux provinces.

La distribution de passeports russes aux citoyens légalement géorgiens des deux territoires fut sans aucun doute la plus grande provocation de la Russie non seulement vis-à-vis des géorgiens, mais surtout vis-à-vis de la communauté internationale. Mais, bien entendu, l'erreur commise par cette dernière a été d'admettre, en 1992, que seule les forces russes seraient présentes en Géorgie en tant que force d'interposition entre les séparatistes et Tbilissi. Une Russie pas très neutre, et dont tous connaissaient les intérêts dans le sud Caucase, ne pouvait qu'amener à une solution violente de règlement de ce conflit à leurs seuls profits.

Depuis 1992, la Russie, bien installée en Géorgie pour des années dans un statu-quo relatif, a uniquement joui de sa position pour envenimer la situation déjà explosive entre les parties. De provocations en provocations, sans autre réaction que la simple constatation des faits par les observateurs européens présents dans la région.

Lorsque Mikhaeil Saakashvili arrive au pouvoir en 2003, après la Révolution des Roses, il affiche clairement sa volonté de régler la « question des séparatismes » lors de son mandat, et très rapidement contraint le gouverneur pro-russe d'Adjarie de quitter le pouvoir. Ceci se passe sans aucune violence de la part de Tbilissi: c'est le peuple adjare qui réclame la démission d'Aslan Abashidzé à Batoumi, en mai 2004. Depuis, la province adjare, dont aucune infrastructure ne fut modernisée depuis la chute de l'empire soviétique, peut se venter d'être entrée au XXIème siècle dans l' « ère moderne », pour le plus grand bonheur de ses 400,000 citoyens. Mais pour l'Abkhazie et l' « ossétie du sud », qui ont une frontière commune avec la Russie, c'est nettement plus compliqué. La diplomatie russe, sous le contrôle de Lavrov, n'a aucun désir de voir le gouvernement pro-occidental de Tbilissi récupérer leurs territoires. Les provocations, d'un côté comme de l'autre, vont dès lors se multiplier en nombre et en intensité. Sous l'oeil des observateurs européens, impuissants. Mais, un fait est certain, l'Europe sait ce qui se passe, mais n'intervient pas. De toute façon, quoi qu'elle décide, la Russie ne respectera aucune de ses obligations. Tbilissi patiente.

Mais plusieurs événements vont contraindre les russes à intensifier leurs provocations envers la Géorgie. La Russie, dont l'économie repose essentiellement sur la vente des hydrocarbures à l'Europe, voit d'un très mauvais oeil le projet de contournement de leur territoire par le pipeline Nabucco, projet de multinationales européennes et américaines pour amener les hydrocarbures azerbaidjanais et irakiens de la Mer Caspienne vers l'Europe centrale et du sud via la Géorgie et la Turquie. Rendre le Caucase instable ruinerait ce projet, et la Russie aurait ainsi le quasi-monopole du gaz vendu à l'Europe, via l'Ukraine et via deux autres projets, russes ceux-là: Southstream et Northstream. Poutine, avec diabolisme et autres manipulations diverses, envoie les patrons de Gazprom recruter des investisseurs en Europe : Shröder, l'ex-chancelier allemand (engagé par Gazprom dès l'élection de Mme Merkel), Berlusconi et le groupe italien ENI, et Sarkozy via EDF, décident d'injecter des millions d'euros dans les projets russes, en totale contradiction avec les recommandations de la Communauté Européenne qui soutient Nabucco, plus désireuse de diversifier l'approvisionnement en gaz que d'empocher des dividendes de Gazprom.

Lorsque l'on sait tout cela, on comprend qu'on peut légitimement avoir de gros soupçons sur qui a provoqué qui dans le déclanchement de la guerre d'août 2008. Rappelons-le, outre de nombreuses victimes des génocides organisés par les milices ossètes et abkhazes soutenus par les « forces de paix » russes (voir rapport Tagliavini), cette guerre a vu des centaines de milliers de personnes déplacées : leurs villages entièrement détruits par l 'armée russe entre le 1 août et le 15 août ne leur donnant d'autres choix que de fuir vers Tbilissi. Les deux provinces séparatistes ont été totalement vidées de leurs citoyens autres que russes, abkhazes ou « sud-ossètes ».

La signature de cessez-le feu entre Sarkozy, Medvedev et Saakashvili a sans aucun doute sauvé l'état géorgien d'une totale annexion à la Russie - projet initial de Poutine - mais n'a rien résolu quant au fond. D'autant que Moscou, en reconnaissant l'Abkhazie et l' « ossétie du sud », se donne ainsi le droit de ne respecter aucun des points d'accords du cessez-le-feu en question, et laissant ainsi dans l'impunité totale les criminels de guerre russes, abkhazes, ossètes... (Pour pousser la provocation, nombre de ces criminels de guerre viennent d'être décorés par Medvedev...)

De toute manière, la Russie a toujours été la nation de l'impunité totale : les dizaines de millions de morts du soviétisme n'ont toujours pas été "vengés", contrairement à ceux de l'Allemagne nazie, ou du Rwanda, de Serbie, du Kosovo... Alors pourquoi s'en ferait-elle?

Ria Novosti, agence de presse sous la coupe de la propagande ex-soviétique, étant une des seules sources d'informations pour les agences occidentales, l'opinion publique européenne ne peut comprendre le conflit russo-géorgien que du point de vue russe, donnant raison à l'intervention de l'armée russe en ossétie sous couvert de « protection des citoyens russes », alors que ce sont les russes eux-même qui 1. ont distribué illégalement les passeports russes - de gré ou de force - aux ossètes, 2. ont attaqué les villages géorgiens d'ossétie - bien avant le 8 août, s'attendant à une riposte de l'armée géorgienne de maintien de la paix pour protéger ses citoyens, et 3. ont depuis des mois préparé cette intervention, amassant des milliers d'hommes et de matériels dans le Caucase Nord aux frontières géorgiennes, etc... (voir le documentaire du cinéaste russe Andrei Nekrasov « Russian Lessons »)

Le gouvernement géorgien, dont les seuls torts ont été de vouloir se rapprocher de l'Europe occidentale et se moderniser au même rythme que les autres pays démocratiques sortis de l'Empire Russe après la chute du mur de Berlin, et de permettre aux gazoducs européens BTC et Nabucco de passer sur son territoire en contournant la Russie, se voit à présent sanctionnée par ce même monde occidental auquel ils souhaitaient s'allier idéologiquement, culturellement et économiquement, et, pour se protéger de la folie des grandeurs russes, militairement.

L'allemagne, l'Italie et la France jouent à présent un très mauvais rôle pour la Géorgie. Sarkozy et Kouchner, les instigateurs de la « paix » entre Russie et Géorgie en 2008, souhaitent vendre des navires de guerre aux russes qui, bien entendu, jubilent de ce que leur propagande donne comme résultat inatendu ! Ceux qui ont « sauvé » la Géorgie vendant du matériel militaire de pointe aux aggresseurs... et ce n'est pas une blague! Une poignée de navires de la classe Mistral dans la Baltique et la mer Noire ferait une grande différence. «Dans le conflit en août dernier un navire comme cela aurait permis à la flotte de la mer Noire d' accomplir sa mission en 40 minutes, et non pas 26 heures, ce qui est le temps qu'il nous a fallu,"a récemment déclaré l'amiral commandant la marine russe Vladimir Vyssotski, se référant à l'invasion russe de la Géorgie en août 2008. (Blog du JDD)

Oui, l'Europe joue un drole de jeu! D'un côté ils fêtent la chute du mur de Berlin, et d'un autre ils sont muets face au nouveau mur soviétique séparant les provinces sécessionistes du reste de la Géorgie... Et ce n'est certes pas les nouveaux patrons de la CE - Van Rompuy en tête, qui vont changer quoi que ce soit. Imaginez un têtes à têtes Poutine/Lavrov/Medvedev - Van Rompuy/Baroso/Ashton ! Savent-ils seulement que la Géorgie existe?

Et les Etats-Unis, dans ce contexte, que fait-elle? Obama soutient, comme le reste de la communauté internationale sauf Nicaragua et Venezuela pro-russes, l'intégrité territoriale géorgienne, mais doit prendre en considération le besoin de rapprochement avec la Russie sur plusieurs dossiers, notamment le dossier Afghan (encore un problème créé par l'URSS en toute impunité). Mais l'aide américaine à la Géorgie est réelle. Des millions d'euros d'investissement pour la reconstruction du pays après les bombardement russes, l'envoi d'instructeurs et de matériels de défenses aériennes, etc....

D.P.

Pétition contre la vente de Mistrals à la Russie par la France : cliquez ICI

"Boycott LUKOIL" reste d'actualité !

Pour tout renseignement, n'hésitez-pas à me contacter !


 

01/10/2009

Le rapport Tagliavini est arrivé.

Le rapport de Madame Tagliavini sur le déclenchement de la guerre d'août a été présenté à Bruxelles aujourd'hui.

Expo Rustaveli 08

« La Géorgie a provoqué la guerre en attaquant Tskhinvali. Mais tout au long du rapport, la responsabilité est partagée par les deux pays. Parce que, comme indiqué dans le rapport, les bombardements dans la nuit du 7 et 8 août n'était que le point culminant d'une série de provocations et d'incidents. Le rapport a eu un accueil positif, chacun l'interprétant à sa manière. » Heidi Tagliavini (CH), chef de la commission d’enquête.

Le document de près de 900 pages, préparé par un groupe d'experts indépendants sous la direction de la diplomate suisse Heidi Tagliavini, a été présenté aujourd'hui à Bruxelles et mis en ligne (ici). Et les commentaires vont bon train, que ce soit chez les politiques ou dans les titres des médias. Les titres principalement, parce que les articles sont, tout comme le rapport lui-même, nettement plus nuancés.

Exemple de titre, relayé à l'extrême par la plupart des quotidiens occidentaux (AFP): « Tbilissi responsable du déclenchement du conflit russo-géorgien ». .. A Moscou, cela faisait plusieurs jours qu'on l'affirmait... et c'est ce que tout le monde retiendra sans doute à propos de la guerre russo-géorgienne, s'il ne va pas plus loin que le titre ou que les commentaires de Lavrov et autre Tchourkine.

La représentante géorgienne auprès du Parlement européen, madame Samadashvili, commente :

« La conclusion de cette commission a confirmé tous les faits que la partie géorgienne a présentés depuis le début de la guerre. La Russie a menti à plusieurs reprises et toutes leurs explications quant à la nécessité de l'attaque menée sur la Géorgie, se sont avérées être des mensonges. Ce rapport a démontré que la guerre n'a pas commencé le 7 août, mais a été le résultat d'une agression à très long terme contre la Géorgie. Ce rapport a également confirmé que, malheureusement, la société internationale n'a pas été en mesure d'empêcher ce conflit ».

Aleksander Szyglo, ministre polonais de la défense : « Le rapport est conforme avec ce que je sais sur les exigences de certains États membres de l'UE, insistant pour que la responsabilité de cette guerre soit également répartie sur les deux parties (...). Je ne peux pas dire de qui ça vient, mais ce sont les pays qui voulaient que le rôle de la Russie dans ce conflit soit réduit.

Ce rapport m'a révélé que, même si la Géorgie a commencé cette guerre, il l'a fait sur son propre territoire, défendant sa souveraineté en réponse à la provocation russe.

L' Abkhazie et l' « Ossétie du Sud » ont été, et font dans la pratique aujourd'hui aussi, partie intégrante de la Géorgie.

La Pologne trop engagée du côté de la Géorgie dans ce conflit? Bien au contraire. Notre pays a justement pris le parti de Tbilissi. La Géorgie a eu hier, a aujourd'hui et aura encore le droit de défendre l'intégrité de son territoire, et la Pologne sera toujours engagée du côté des pays qui sont attaquées et dont le territoire est détruit. »

Dans Le Soir à paraître demain, mais déjà en ligne, nous lisons sous le titre "Tbilissi responsable du déclenchement du conflit russo-géorgien", toujours d'après AFP (extrait) : « Le rapport tord ainsi le cou à la thèse défendue jusqu'ici bec et ongles par le président géorgien Mikheïl Saakachvili, qui a présenté son offensive comme un acte de légitime défense. » 

Le fait d'écrire ces mots démontre combien il est difficile, pour un journaliste d'AFP comme du Soir ou du Monde, de lire 900 pages et d'en rédiger un résumé de 10 lignes, et cela en une heure... sans être influencé par les annonces des agences de presses russes relayant les « informations » du Kremlin depuis plusieurs jours.

Notons que le titre de l'afp d'où est tiré l'article est bien différent de celui du Soir, à savoir "Russian provoked Georgia into starting war"

Côté Russe, retenons (puis oublions) les déclarations faites par le ministère des affaires étrangères :

« Certaines parties «ambiguës» d'un rapport financé par l'UE pour la mission d'enquête sur la guerre d'août ne peuvent pas masquer "la conclusion majeure de la faute de Tbilissi par l'agression lancée contre la « pacifique Ossétie du Sud ».  A notre avis, les efforts de la Commission n'ont pas vains - toute personne pensante peut tirer du rapport publié ce 30 Septembre la principale conclusion que l'agression contre l'Ossétie du Sud pendant la nuit du 8 août 2008 a été déclenchée par les autorités actuelles de Géorgie. » (ndla : la boucle est bouclée, puisque ça fait 5 ans que Moscou souhaîte pendre le président géorgien)

Il a également dit que le rapport comprend un certain nombre d 'ambiguité, de formulations qui reflètent «les approches politisées de nombreux Etats membres de l'UE envers développements et leurs conséquences d' Août 2008. » La section du rapport sur l'utilisation disproportionée de la force par la partie russe soulève de nombreuses questions, mais en réalité il est facile de trouver de tels arguments dans le rapport, qui confirment le caractère artificiel de ces considérations...  Il a également déclaré que la Russie a dû recourir à la force au-delà de l'Ossétie du Sud, afin de « supprimer les postes » sur le territoire de la Géorgie, qui ont été utilisés pour attaquer l'Ossétie du Sud. »

Faut dire ça aux habitants des villages géorgiens au sud de Tskhinvali qui furent pilonnés, assassinés, pillés, comme à Gori, Senaki, Poti, Gali, Zugdidi, Borjomi et qui aujourd'hui encore sautent sur des mines russes au milieu de champs ou de prairies...

On peut imaginer que le Parlement européen, l'ONU et l'OSCE commenteront le rapport après une lecture approfondie de celui-ci, mais se feront-il entendre des journalistes...?

D'ici quelques jours (il faudra bien ça), vous pourez lire sur Tbilisite.skynetblogs un rapport sur le rapport.

D.P.

 

26/09/2009

Saakashvili à l'ONU : un discours juste, pas juste un discours.

Saakashvili à l'ONU : un discours juste, pas juste un discours.

D'après UN.ORG

M. MIKHEIL SAAKASHVILI, Président de la Géorgie, a affirmé que la chute, il y a 20 ans, du Mur de Berlin était à juste titre apparue comme un des plus grands triomphes des principes de la Charte.  Elle avait mis fin à une ligne de séparation entre les nations et libéré les espérances, les aspirations et les talents de millions de citoyens vivant jusqu’alors sous la tyrannie de l’Union soviétique.  Nous pouvons aujourd’hui être fiers de ce que nous avons accompli, a-t-il ajouté.

Et pourtant, a aussitôt enchaîné M. Saakashvili, il nous faut bien admettre que le présent demeure amer.  En effet, a-t-il affirmé, tout le monde n’a pas tiré les mêmes leçons de la chute du Mur.  Alors que le souffle de la liberté emportait le Mur, peu de gens imaginaient que la répression et les menaces qu’il représentait réapparaîtraient.  Aujourd’hui encore, une Europe libre et en paix reste un objectif à atteindre, un défi non relevé, a ajouté le Président.  L’Europe d’aujourd'hui, a-t-il poursuivi, est coupée par un nouveau mur qui traverse la Géorgie en son milieu, défiant les progrès réalisés depuis 20 ans.

Il y a un an, mon pays a été envahi, a déclaré M. Saakashvili.  À cette heure, ces actes de brutalité sont restés sans réponse, en violation directe du droit international, des normes érigées par cette institution et des accords internationaux, a ajouté le Président, qui a parlé d’« agression armée », de « nettoyage ethnique », de « violations massives des droits de l’homme » et d’« occupation illégale ».

Rappelant les propos tenus hier devant l’Assemblée générale par le Président Medvedev de la Fédération de Russie, qui avait affirmé que son pays avait été « obligé » d’agir comme il l’a fait afin d’appliquer « le principe de l’indivisibilité de la sécurité » et pour « piétiner l’héritage du passé », M. Saakashvili a déclaré que « la seule chose qui avait été piétinée, c’était la frontière souveraine de son pays ».  « Ils ont dit qu’ils étaient contraints de le faire, comme leurs prédécesseurs l’ont dit quand ils ont envahi la Pologne en 1939, la Finlande en 1940, la Hongrie en 1956, la Tchécoslovaquie en 1968 et l’Afghanistan en 1978 », a-t-il lancé, avant de parler de la destruction de Grozny et de l’« extermination » du peuple tchétchène.

« Le peuple géorgien n’acceptera pas une nouvelle ligne de division dans son pays, c’est un engagement inamovible », a affirmé M. Saakashvili.  Appelant la communauté des nations à affirmer que le droit international n’autorise pas la modification des frontières par la force, il a ajouté: « Il nous appartient de faire tomber ce mur pacifiquement, avec le pouvoir de nos idées et la force de nos convictions ».  Mais il a reconnu que cela prendrait du temps.

Le Président a longuement remercié les nations qui ont soutenu le droit des déplacés à rentrer chez eux, refusé de reconnaître les « territoires géorgiens occupés par des forces étrangères », apporté une aide économique à son pays et  rejeté cette idée du XIXe siècle des zones d’influence ».  Il a remercié les Nations Unies pour « 16 années de contribution à la paix en Géorgie par une présence dans le pays, présence « brutalement arrêtée par l’action unilatérale d’un seul État Membre ».  Rappelant que l’Abkhazie est « le berceau de la culture et de la civilisation géorgienne », le Président a affirmé qu’elle « redeviendrait ce qu’elle a été: la partie la plus merveilleuse de la Géorgie ».

M. Saakashvili a ensuite énuméré les réformes démocratiques et économiques réalisées par son pays et celles qui le seraient dans les prochains mois, avant d’affirmer: « la Géorgie est en train de gagner la paix: Nous sommes-nous effondrés face à une invasion brutale? Non! Avons-nous réprimé l’opposition? Non! Avons-nous limité les libertés face à la récession? Non! »

Le Président a rappelé que son pays continuait à honorer ses engagements internationaux, y compris dans le combat contre les changements climatiques et dans la lutte contre le terrorisme, notamment par sa contribution militaire en Afghanistan.  Citant le Président Obama, l’ancien Président tchèque, Vaclav Havel, et la journaliste russe Anna Politkovskaya « si brutalement réduite au silence », M. Saakashvili a affirmé que le nouveau mur qui coupe la Géorgie a fait de celle-ci une idée et un test: « l’idée de la liberté et un test pour le monde que le monde doit réussir ».  Si ce test réussit, vous serez étonnés de la rapidité avec laquelle cette région développera son impressionnant potentiel! », a affirmé le Président de Géorgie.


14/08/2009

visite soigneusement chorégraphiée de Poutine en Abkhazie

 

"La visite soigneusement chorégraphiée du premier ministre russe Vladimir Poutine en Abkhazie mercredi a été conçue pour envoyer un message clair à la Géorgie et à la communauté internationale."


Expo Rustaveli 06

M. Poutine a confirmé que la Russie est en Abkhazie pour  y rester, indépendamment des viols des accords de cessez-le-feu de la guerre de l'année dernière et indépendamment des tentatives désespérées de la communauté internationale de trouver une solution acceptable sur la situation finale de l'Abkhazie et l'autre région séparatiste d'Ossetie du sud.

M. Poutine a promis une somme de 500 millions de $ pour renforcer la présence militaire russe en l'Abkhazie, et toujours rien pour reconstruire et rénover une région qui en aurait pourtant grandement besoin. Infrastructures, business... Au lieu de cela, seuls les bases (illégales) militaires, navales et terrestres, ainsi que le renforcement des infrastructures de défenses et les patrouilles le long des "frontières" feront partie des investissements.

La visite de Poutine a donc eu des odeurs de "visite d'un empereur pour un pays nouvellement acquit"! Et peu importe les remontrances occidentales, l'administration russe n'en a que faire. La propagande orchestrée soigneusement (façon de parler) par Moscou qui accuse sans cesse la partie géorgienne de provocations aux frontières abkhazes et "ossètes" ne pouvant toujours pas être vérifiées par des observateurs occidentaux (l'EUMM en l'occurance), puisque toujours empêchés d'entrer dans les parties séparatistes de la Géorgie, elle peut raconter ce qu'ils souhaitent pour justifier leurs investissements et leurs augmentations de présence militaires.

Bien entendu, les dirigeants occidentaux ne sont pas dupes, mais les citoyens, loin des réalités pour beaucoup, ne peuvent qu'y croire et soutenir la politique impérialiste de Moscou, croyant encore que la Russie agit pour le bien des populations séparatistes, alors qu'elle profite de sa main-mise sur ces territoires pour en piller ses ressources et assoir ses positions dans le Sud Caucase, passage obligé des ressources pétrolières et gazières vers l'Europe.

Ce qu'il faut savoir aussi, et qui n'est malheureusement pas répercuté comme il se devrait dans nos médias - belges principalement - ce sont les tensions grandissantes entre Moscou et nombre de régions et pays du bloc ex-soviétique. Attentats meurtriers en Ingouchie, en Ossétie du Nord, au Daguestan, en Tchétchénie, c'est le Nord-Caucase qui lutte contre Moscou, et Moscou qui réprime violemment. Mais l'absence la plus étonnante dans nos quotidiens, c'est l'annonce faire par Medvedev de faire passer une loi le rendant seule autorité à décider d'une guerre contre un pays voisin à la Russie, ne devant plus, par conséquent, passer par la Douma ou Poutine. Gravissime.

Au lendemain de cette annonce, le président Medvedev a rapatrié l'ambassade russe de Kiev (Ukraine), accusant Viktor Iouchtchenko, président ukrénien, d'avoir soutenu la Géorgie durant la guerre de 2008, et d'avoir vendu des armes à la Géorgie. L'Ukraine, pays souverain, en avait bien entendu tous les droits, faut-il le présiser...

D.P. depuis Tbilissi.

N'hésitez pas à réagir...

 

 

04/08/2009

A ECOUTER ET LIRE DE TOUTE URGENCE

Mis à jour le 5/08 - 15:55 (Tbilissi)

Depuis plusieurs jours, dans la province sécessionniste d'Ossétie du sud, nombre de provocations ont pu être observées de la part de l'armée russe comme des séparatistes. Le gouvernement géorgien, bien entendu, réagit en utilisant tous les moyens diplomatiques dont il dispose, sachant que face à Moscou il est bien impuissant. Il est clair que la Russie, dont l'armée s'est à nouveau amassée le long des frontières géorgiennes, espère qu'une nouvelle guerre débutera contre Tbilissi. Qoqoïty, le "président" ossète, vient de limoger la totalité de son gouvernement. Il réclame des terres géorgiennes supplémentaires pour agrandir son territoire, ultime provocation? Pas si sûr. Il y en aura d'autres... Irina Gagloïeva, porte-parole du gouvernement d'Ossétie du Sud, a déclaré à l'Associated Press que les mouvements à la frontière étaient légitimes et a nié toute ambition expansionniste. "Que les Géorgiens se détendent au sujet de leur territoires. Nous n'avons pas besoin d'un seul centimètre de leur sol" En omettant, bien sûr, de préciser que l'Ossétie du Sud, c'est la Géorgie!!! Et qu'Akhalgori, ré-occuppé aujourd'hui pas des troupes ossètes, n'est pas dans la province d'Ossétie...

Le président Obama vient de rappeler son état-major en vacances afin de plancher sur le sujet. L'Europe, elle, reste en vacance semble-t-il. Et 5 millions de Géorgiens attendent de voir ce que Poutine va décider. Depuis qu'il sait que la Géorgie a réuni plus de 300 preuves contre les actions russes d'il y a un an, qu'a-t-il encore à perdre?

Voici l'appel à l'aide de Saakashvili au monde occidental. A écouter de toute urgence. Et que les mauvaises langues amplifiant la voix de Moscou qui, comme il y a un an, comme depuis des années, accusent à-tout-va la Géorgie de tous les maux, se taisent! Je veux parler ici de ces médias d'irresponsables bassement anti-capitalistes qui ne se rendent pas compte des services qu'ils rendent aux mégalomanes qui dirigent la Russie sans aucun respect pour l'Humanité toute entière.

FRANCE 24, diffuse une interview du président Saakashvili. Le lien : France 24 interview Saakashvili

D.P.

Etant toujours en Géorgie actuellement, j'essaierai de vous tenir au courant des derniers développements. Autant que possible, n'ayant pas internet tous les jours. Je vous suggère de vous rendre sur "rustavi2" en anglais (lien dans la colonne de gauche)

29/07/2009

La diplomatie américaine et russe hausse le ton.

Loin du langage diplomatique adopté par Obama avec la Russie, Joe Biden, lors d'une rencontre avec des jeunes réfugiés d'ossétie et d'abkhazie, a déclaré que « la Russie utilisé un prétexte pour envahir votre région, dans l'espoir de détruire l'économie et convaincre le peuple que la démocratie ne fonctionne pas. » En accusant la Russie de l'invasion après utilisation d'un «prétexte», Biden réitère la position qu'il a prise lorsqu'il s'est rendu en Géorgie au cours de la guerre en tant que candidat à la présidentielle. Une version condamnant une nouvelle fois la Russie non seulement d'avoir organisé le conflit mais aussi de ne pas respecter les accords de cessez-le-feu.

Il ajoute par ailleurs que les Etats-Unis soutiendront économiquement non seulement l'Ukraine et la Géorgie qu'il a visité la semaine dernière, mais aussi tous les pays de l'ancienne URSS qui le désirent, et qu'il soutiendrait toute demande d'adhésion à l'OTAN. « La Russie s'est elle-même isolée des pays qui l'entourent, y compris parmi ses plus fidèles alliés qui commencent à dire des choses très dures contre la Russie... » a-t-il ajouté.

Les Etats-Unis n'ont pas confirmé la demande du gouvernement géorgien pour l'achat d'armes de défense anti-aérienne et de munitions anti-chars, mais a par contre confirmé l'envoi de formateurs pour l'armée géorgienne, et d'observateurs non-armés pour seconder les effectifs européens dont le mandat a été prolongé pour une durée d'un an.

La réaction de la Russie ne s'est pas faite attendre. Rogozine a immédiatement déclaré qu'il empêcherait toute vente d'armes à la Géorgie, et sanctionnerait tout pays qui ne tiendrait compte de cet avertissement. Le président Saakashvili, quant à lui, souhaite vivement avoir les moyens de se défendre contre une nouvelle attaque russe « tout à fait envisageable » et que le refus éventuel des Etats-Unis de lui fournir du matériel de défense aboutirait sans doute à une nouvelle tentative du Kremlin d'envahir son pays.

La diplomatie internationale ne peut, sous aucun prétexte, effacer les crimes perpétrés par la Russie ces dix dernières années pour des raisons commerciales (gaz/pétrole). Mais elle se doit aussi de maintenir des « relations normales » avec le Kremlin qui, ne l'oublions pas, possède le plus grand arsenal d'armes de destruction massive, et c'est pas peu dire. Le Kremlin le sait, et « joue » avec cette idée. Le « bouton reset » de madame Clinton ne fut qu'un jouet dans les mains de Lavrov... Ce que les pays européens ayant appartenu à la sphère soviétique comprennent et dénoncent depuis longtemps, mais que l'"ancienne Europe" ne peut réellement comprendre, ce qui implique une diplomatie extrêmement frileuse de la part de cette dernière, et des médias trop confiants en la "Nouvelle Russie" de Poutine (et Medvedev).

Avez-vous déjà visité la Russie, ces dernières années? Non pas uniquement Moscou ou Saint-Petersbourg, vitrines de cette "nouvelle Russie capitaliste" mise en avant par le Kremlin (villes extraordinaires brûlant sous les néons de l'occident), mais les campagnes ou les petites villes de province. Là où, déjà du temps de Staline et de ses successeurs soviets on ne mangeait que des pommes de terre en remerciant le pouvoir de ne pas les laisser crever de faim, ils n'ont même plus de pommes de terre! C'est aussi cela, la "nouvelle Russie"! Alors que ces dix dernières années, le pouvoir a amassé des milliards de pétro-roubles jamais réinvestis dans de quelconques infrastructures pourtant indispensables dans les campagnes...

Pendant ce temps-là... A Gali encore, une femme enceinte qui voulait rejoindre le seul hôpital de la région et devait passer par le fameux pont contrôlé par les miliciens abkhazes et les russes, après avoir payé son « droit de passage » de 500 Laris (+/- 250$) aux miliciens, s'est vue refuser le passage par les soldats russes à l'autre extrêmité du pont, n'ayant plus les moyens de les payer. Je n'ai pas pu obtenir de ses nouvelles depuis, mais on peut imaginer dans quelles conditions elle a du accoucher, chez elle, sans assistance médicale. Pourrait-on imaginer un seul instant qu'un tel acte se produise dans nos pays « civilisés »? Ceci n'est qu'un exemple parmi tant d'autres relatés chaque jour par les habitants des régions bordant les « frontières » administratives ossètes et abkhazes.

En Moldavie (pro-russe) où des élections ont eu lieu ce week-end, les observateurs géorgiens présents parmi les délégations d'observateurs internationaux, ont été empêchés de faire leur travail et ont été enfermés dans un local, sans aucune assistance - nourritures ou boissons, etc... C'est dire que les méthodes russes n'ont pas changé depuis Staline...

N'étant à Tbilissi que pour quelques heures, je n'ai hélas pas le temps de vous énumérer la totalité des nouvelles que nous avons ici, mais dès mon retour à Bruxelles, je vous promet un billet très complet sur la situation dans le pays, et bien d'autres choses encore dont je vous laisse la surprise.

Bonnes vacances à tous,

D.P.

 

23/07/2009

Joe Biden en Géorgie : Soutien inconditionnel des USA et de l'Europe.


Toujours absents de la presse belge (RTBF, Le Soir et La Libre), ces informations sont primordiales pour l'avenir de la Géorgie, bien entendu, mais non seulement : à travers elles  toute l'Europe, au minimum du point de vue énergiétique, est concernée par la visite du Vice Président Biden. La semaine dernière, une autre info capitale a été ignorée par cette même "presse": les critiques virulentes adressées par la Communauté Européenne et par l'administration américaine à la Russie, suite à la visite de Medvedev dans la "capitale" abkhaze, Sukhumi. Une provocation gravissime de plus de la part de Moscou qui, de son côté, critique ouvertement la visite de Biden à Kiev et à Tbilissi, comme si elle avait enconre son mot à dire pour ce qui est des politiques menées par ces deux pays en recherche de liberté et de démocratie, mots que les Russes n'ont pas encore intégrés dans leur dictionnaire d'australopithèques (merci Gad!) post-staliniens.

Mais voici ce que la presse rapporte de la première journée de Biden à Tbilissi :

Le Vice President des Etats-Unis, Joe Biden, a déclaré à Tbilissi que sa visite visait à envoyer « un message simple, clair et sans équivoque à tous ceux qui écoutent et ceux qui ne veulent pas écouter, que l'Amérique est avec vous et restera avec la Géorgie. »

Biden a pris la parole lors d'un banquet tenu en son honneur organisé par le Président Saakashvili peu de temps après son arrivée à Tbilissi, ce mercredi soir.

Le Vice President Biden a déclaré que le États-Unis appuient la Géorgie, car « nous avons été inspirés par votre recherche d'indépendance, que la révolution de la rose a été la voix des "gens épris de liberté, que vous avez étendu bien au-delà des frontières de la Géorgie".
Biden a déclaré que les Etats-Unis ont un « partenariat avec la Géorgie, en cause nombre de défis sécuritaires, la sécurité énergétique et les valeurs partagées de démocratie ».

« Vous êtes dans le processus de construction institutionnelle, de ces attributs dont le pays a besoin pour maintenir la démocratie. Beaucoup d'autres peuples dans le monde cherchent, grâce à vous, de voir s’ils pouvent bénéficier de la révolution de la rose à pleine maturité et des racines très profondes de la démocratie ».

Le président Saakashvili, qui a accordé à Biden l'une des plus importantes décoration de Géorgie, la médaille de l’ordre de la Sainte Victoire, a dit que le Vice President a été l'un des plus ardents défenseurs de son pays. « Comme vous le savez, nous avons réussi à construire ici quelque chose qui n'a jamais existé dans cette région - un pays moderne et qui fonctionne », a-t- dit. « Nous pouvons être fiers d'avoir réalisé cela, mais nous savons qu'il reste encore beaucoup à faire » et a ajouté que, à cette fin il a décrit les propositions pour plus de réformes démocratiques, texte révélé au Parlement plus tôt cette semaine.

Il a également déclaré que l'opposition continue ses protestations de rue, ce qui fait partie de la démocratie.
Saakashvili a aussi déclaré que son palais présidentiel (inauguré il y a une semaine), où le dîner officiel avait lieu, « est à seulement 40 kilomètres des territoires occupés» - en se référant à Akhalgori en Ossétie du Sud sécessionniste, « mais je ne veux en rien vous effrayer! Je sais qu'il est très difficile de vous faire peur!», a ajouté Saakashvili, rappelant la visite en Géorgie de Biden le 18 août 2008, environ une semaine après la fin des hostilités militaires.

Saakashvili a déclaré que malgré les attaque de grande envergure par la Russie, « le peuple géorgien fier et ne renoncera jamais. Alors que nous sommes à portée d’arme ... nous croyons que la démocratie est plus que jamais nécessaire, permettez-moi d'être clair sur ce point: pour nous il n'y a pas de compromis entre la démocratie et de la sécurité. Notre environnement de sécurité ne peut être résolu que par l'investissement dans notre démocratie », at-il dit, et a ajouté que ce serait « un chemin long et difficile et la Géorgie a besoin de l'aide de ses amis à cet égard. »

À la fin de son discours, Saakashvili a rappelé à Biden, que lorsque «vous m'avez dit [après la guerre du mois d'août]: « Misha, de nombreuses personnes vous appellent ces jours-ci, mais beaucoup plus tard, cesseront de le faire, c'est inévitable, mais je ne vous abandonnerai jamais, je serai toujours là pour votre pays ». Vous avez été toujours là pour nous et le serez toujours. »

Le dîner, auquel ont également participé des membres de la délégation américaine, le gouvernement géorgien et des hauts fonctionnaires parlementaires, a été suivit par un concert d’artistes géorgiens, chants et danses folkloriques (superbes), Nino Katamadze, et la soprano d’origine abkhaze (je pense) entre autres.

D'après Civil.ge


Pendant ce temps, à Gali, ce village à la "frontière" abkhaze peuplé par 100% de géorgiens où décidément les soldats russes ne savent plus qu'inventer, les habitants qui souhaîtent traverser l'unique pont situé au centre du village doivent leur payer 500 roubles. D'un côté c'est compréhensible puisque ces soldats ne sont pas ou peu payés par Moscou... Avant-hier, onze personnes ont été enlevées contre rançon. Autre manière de se payer. Comme au 19ème siècle, quand ces mêmes soldats n'avaient que le pillage des zones conquises comme solde. Les policiers abkhazes (pas très méchants, contrairement aux milices séparatistes et aux soldats russes) ont été désarmés par les russes, ce qui a été considéré comme une trahison supplémentaire par les abkhazes. Certains d'entre eux, ayant refusé, ont quitté leurs postes pour rejoindre le maquis, si j'ose dire, dans les forêts avoisinantes. Mais leurs maisons ont directement été perquisitionnées et leurs familles interrogées par les autorités russes. C'est clair, les abkhazes commencent à "voir rouge"....

Comme je suis actuellement à Tbilissi pour quelques heures et qu'ailleurs en Géorgie je n'ai que très péniblement accès à un réseau internet, je n'ai pas beaucoup l'occasion de tenir mon blog à jour, et je m'en excuse auprès de vous. Sachez seulement que je suis très fier des géorgiens qui souffrent beaucoup de la présence des Russes sur leur territoire mais ne perdent pas espoir de revoir un jour leur pays uni, grâce à Saakashvili pour l'instant, avec ses qualités comme avec ses défauts parfois (il est souvent impulsif comme peut l'être un Sarkozy, mais, j'en suis convaincu, seul à pouvoir actuellement diriger le pays dans la direction souhaîtée par la majorité du peuple géorgien).

Dernière chose avant de repartir vers la fraîcheur des montagnes géorgiennes : quelques photos de lieux que je ne suis pas prêt d'oublier tellement c'est magique :

Géo 2009_0185Sur la route menant vers Tusheti.

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Tusheti, après 70 km de sentiers tortueux et périlleux : un cadeau de la nature à quelques km de la Russie (frontières Daguestan/Tchétchénie/Géorgie)

Géo 2009_0304

Tusheti, vue du village côté "hiver", pris du village côté "été". Seul un couple y vit toute l'année. L'unique route qui y mène étant très dangereuse, et totalement fermée les mois d'hiver, seul un hélico peut leur venir en aide en cas de pépin...

Géo 2009_0680

Cignari, ville entièrement (ou presque) restaurée par le gouvernement géorgien. Une perle perchée au-dessus de la vallée qui borde la chaîne du Caucase. Bien plus impressionnant que la Côte d'Azur!

Géo 2009_0574

Tsinandali, le chateau du prince Tchavtchavadze donné aux russes vers 1850 en paiement d'une rançon. Abrite actuellement le musée dédié à la famille princière. Somptueux (à l'échelle géorgienne), entouré d'un parc qui fait face au Caucase. Le prince Alexandre Tchavtchavadze était un poète éminent, mais aussi un grand amateur de vins. Il fut le premier à utiliser les méthodes de vinifications à la française en Géorgie, pourtant pays du vin depuis plus de 5000 ans. Dans la cave, ont peut encore y trouver des crus de l'époque napoléonienne.... (Les occupants soviétiques, qui n'y connaissaient rien, en ont laissés quelques uns!)

 

Bonnes vacances à tous!

D.P. (photos et textes)

20/06/2009

« Puisque je ne peux venir à toi, c'est toi qui viendras à moi ! »


« Puisque je ne peux venir à toi, c'est toi qui viendras à moi ! »

L' effort de la Russie pour organiser la déstabilisation interne reste le principal danger pour l'État géorgien. C'est, en substance, ce qu'a déclaré Gela Bezhuashvili, responsable du Foreign Intelligence Service devant les députés géorgiens.

Le Kremlin est en train de renforcer son réseau d'agents, en particulier dans les territoires occupés. Le principal objectif du Kremlin, depuis l'arrivée au pouvoir de Saakashvili, est de changer le gouvernement géorgien. Le FSB recherche l'aide de la diaspora et des ex-fonctionnaires ayant trouvé asile en Russie pour réaliser leur objectif, et Gela Bezhuashvili affirme que le gouvernement russe essaie d'ouvrir la tenue d'élections extraordinaires en Géorgie.

«La Russie souhaite la déstabilisation interne du pays. Elle utilise toutes ses ressources, travaille activement avec la diaspora géorgienne en Russie, en utilisant toutes les personnes qui ont quitté la Géorgie au cours de la dernière année en tant que ressources [financières]. Le but de la mobilisation de ces ressources est de renverser le gouvernement légalement élu en Géorgie. La Russie fait tout ce qui est possible pour soutenir la déstabilisation et les problèmes de plusieurs manières, notamment en soutenant l'idée de la tenue d'élections extraordinaires en Géorgie. »

Le président de la commission parlementaire de défense et de sécurité a ensuite nommé deux hauts fonctionnaires du gouvernement de l'ex-président Eduard Shevardnadze. Ces deux fonctionnaires ont eu des contacts avec Vladimir Rushailo, l'ex-secrétaire du Conseil de sécurité russe. « La Russie a renforcé son réseau d'agents, y compris parmis les chefs du crime et des ex-hauts responsables du gouvernement de Chevardnadze. Leur principal objectif est de provoquer la déstabilisation de la Géorgie et en changer le gouvernement. » Il a parlé de la quantité d'argent qu'ils avaient détournés à l'époque, ce qui avait mené à leur limogeage par le nouveau gouvernement après la révolution des roses, et les restrictions dans le financement de la CE. Ces cinq dernières années, ils ont investi plusieurs millions en Russie, et possèdent actuellement suffisamment de ressources pour financer, entre autres choses, l'un ou l'autre parti de l'opposition radicale.

Après la guerre d'août, un échec pour la Géorgie comme pour les Russes que personne ne souhaite re-risquer - quoique² - , il est impératif pour les responsables russes d'agir différemment. Puisqu'ils ne peuvent pas annexer l'ensemble des provinces de Géorgie, (que deux, et ça fait quand-même, ne l'oublions pas, 20% du territoire), « c'est la Géorgie qui viendra à nous !» En faisant en sorte que Saakashvili démissionne, ou en le forçant à organiser des élections présidentielles anticipées. Ce que l'opposition radicale demande depuis deux mois à travers ses mouvements de protestations avec entêtement et violentes provocations.

Financer la campagne d'un(e) futur(e) marionnette ne serait alors qu'une formalité avec l'aide des « anciens » sus-nommés, et avec l'expérience du FSB pour organiser des élections « à la soviétique » comme à Grozny, dans moins de deux ans ils s'attaqueront à l'Azerbaidjan voisin pendant que la Géorgie, sous contrôle d'un pantin financé par un criminel, se vide, saccagée par 36 milices « incontrôlées ». Que du plausible. C'est ce que les différents gouvernements qui sont succédés depuis 15 ans tentent de faire savoir aux occidentaux que nous sommes, avec le faible succès que l'on sait: la rapide réaction de la diplomatie européenne et un soutien ferme de la communauté internationale. Unis, mais impuissants face à la Russie semble-t-il.

D.P.  Infos: Rustavi2

17/06/2009

Les dicours de Saakashvili et Tchourkine. Le pot de terre...

« L'échec de la Russie d'approuver son projet (modifier « province séparatiste d'Abkhazie » en « république d'Abkhazie »), dans le texte de résolution du Conseil de Sécurité [de l'ONU], qui n'a fait aucune référence sur l'intégrité territoriale de la Géorgie, est "notre victoire diplomatique," a dit le Président Saakashvili le 16 juin. »

« Il n'y a pas un gramme de chance que la Géorgie donne son consentement sur la légalité de l'occupation des territoires géorgiens, tant que le gouvernement géorgien est présent dans la diplomatie ; malheureusement, apparemment ils [la Russie] espèrent qu'ils peuvent trouver quelqu'un d'autre en Géorgie, qui, lui, y consentira. » (Faisant allusion à certains opposants pro-russes actifs à Tbilissi comme leaders dans les manifs anti-Saakashvili)

« Le but de la Russie est de faire s'effondrer l'état géorgien. Mais nous devrions aussi comprendre qu'après une telle position consolidée de nos alliés à l'ONU, chacun a vu que la Géorgie ne peut être monnayée; la Russie a essayé le compromis [sur les revendications géorgiennes] avec une résolution sur la Corée du Nord et l'Iran. La Russie était prête à payer n'importe quel prix en échange des membres de Conseil de sécurité cédant sur le dossier « Géorgie ». Mais il n'y avait pas même l'ombre d'une hésitation du côté des membres du Conseil de sécurité. »

« Hier, c'était le premier test sérieux sur la non-reconnaissance de l'occupation. Je pense que la communauté internationale, ensemble avec nous, a clairement exprimé sa position et a donné une réponse précise à cette question majeure. En attendant, ici, sur notre territoire nous sommes seuls face à face avec l'agresseur ... Sur ce point nous devons négocier non pas avec les gouvernements séparatistes, mais avec l'agresseur et l'occupant ... Nous devrions continuer notre lutte. Je pense, qu'hier nous avons reçu des arguments légaux internationaux sérieux pour notre lutte ... Nous avons une longue route à faire mais nous devrions passer cette épreuve pour faire cesser l'occupation, et libérer la Géorgie. »

Pendant ce temps, le ministère russe des Affaires étrangères a indiqué dans une déclaration, le 16 juin, que l'arrêt de la mission de l'OSCE en Géorgie, suivie par l'arrêt de la mission sous mandat de l'ONU, amènent des questions sur la sincérité « de la Géorgie et de ses patrons » dans le [désir de ]maintien de la stabilité dans la région. Le refus de notre proposition de mettre au point des documents juridiquement contraignants sur le non-recours à la force est également une source de préoccupation. Il y a moins de doute qu'à propos de l'instabilité politique interne en Géorgie, le régime de Tbilissi tenter à nouveau de détourner l'attention du public de l'« ennemi interne » avec le problème de l'intégrité territoriale. Ce n'est pas la première fois que les dirigeants géorgiens ont recours à cette méthode pour réduire la pression des problèmes socio-économiques. » (Tchourkine)

Le ministère russe des Affaires étrangères a également déclaré qu'en dépit de « certaines questions » à propos de la mission de surveillance de l'UE en Géorgie (EUMM), en particulier sur « l'efficacité potentielle en cas d'agression de Tbilissi, » la question est de savoir si la présence des moniteurs de l'UE dans les zones adjacentes à l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud « est un facteur de dissuasion important » pour Tbilissi.

D'après Civil.ge

Les russes, qui rejettent la responsabilité sur la Géorgie et ses partenaires occidentaux pour l'arrêt de l'OSCE et des missions de l'ONU en Géorgie (et donc, pour ne pas avoir cédé à leur chantage), ont déclaré que les États-Unis et les membres européens du Conseil de sécurité des Nations unies savaient que leur résolution sur la prorogation du mandat de la mission de l'ONU ne serait pas acceptée « parce que l'Abkhazie n'y figure pas en tant qu'Etat indépendant », donc il ne fait aucun doute que tout le poids de la responsabilité du départ des observateurs des Nations Unies repose sur les Etats occidentaux qui, depuis de nombreux mois, « ont fait preuve d'entêtement idéologique ».

Mais comment peut-on prendre les diplomates du monde entier pour des bandits? Certains, d'accord. Mais les russes espéraient-ils réellement que plus d'un Etat allait accepter leur chantage? Et les « entétés » serait l'ensemble des états représentés aux Nations Unies? Pauvre Russie! Deux cents ans que ça dure... et il y en a encore qui s'obstinent.

D.P.

12/06/2009

« Il n'ya pas de crise politique en Géorgie »

Ce mercredi les nouvelles se bousculent à Tbilissi. Sans faire de tri profond, en voici un résumé.

Philip H. Gordon, le Secrétaire d'État adjoint pour les affaires européennes et eurasiennes, est arrivé des Etats-Unis avant-hier soir à Tbilissi où il s'est entretenu d'abord avec trois leaders de l'opposition. Mr Gordon a insisté pour que le processus de contestation puisse aboutir à un dialogue démocratique entre le parlement et l'opposition qui, de son côté, a confirmé qu'il n'y aura pas de dialogue possible tant que Saakashvili n'admet pas l'idée qu'il y a "crise politique" en Géorgie, et qu'il n'accepte pas de démissioner. Têtus. Alors les manifestations continuent.

Insistant par ailleurs sur l'importance d'une stabilité politique, bonne pour l'aspiration de la Géorgie à rejoindre les institutions euro-atlantiques, il a aussi ajouté, à l'adresse des journalistes présents : "Nous apprécions aussi l'exemple que le gouvernement a montré en traitant ces protestations sans intervenir. (...)

Mikheil Saakashvili : "Il n'y a aucune crise politique en Géorgie," a-t-il dit à une réunion télévisée en direct avec des membres de cabinets. "Quels sont les signes de crise politique? C'est le cas lorsque le gouvernement est désagrégé, comme cela fut le cas à l'époque Shevardnadze. Alors, le gouvernement ressemblait à un cirque, avec ses membres se disputant les uns les autres et incapables de prendre des décisions. Rien de tout cela n'arrive plus maintenant ; on consolide le gouvernement. Ce signe de crise politique est absent. Le deuxième signe de crise politique: quand l'économie s'effondre totalement, avec le gouvernement qui ne peut distribuer les pensions et les salaires. Nous n'avons pas ce signe non plus."

Home Freedom squarefreedom square - Tbilissi - 10 août 2008

Pour revenir sur les leaders de l'opposition radicale, il y a un texte à lire, incontournable. Il s'agit d'un exposé que Nino Burjanadze (féroce opposante proche des russes, selon ...) a commis à Ottawa à l'époque où elle était présidente du parlement géorgien, en 2007. Comme il fait 5 ou 6 pages, en voici le lien et un extrait :

"Notre conférence a pour thème clé la démocratie et la promotion du développement démocratique dans le monde. Permettez-moi de souligner d’entrée de jeu que la Géorgie, pays en transition situé dans une région turbulente, aux jeunes institutions démocratiques encore fragiles, connaît mieux que quiconque toute l’importance de la démocratie pour bien orienter le développement d’un pays, pour établir un système d’affaires internationales juste et pour garantir la sécurité de tout petit État.

En cette ère de mondialisation, il est évident que l’instabilité dans une région du globe aura inévitablement des retombées négatives à l’échelle internationale. Dans de telles conditions, on ne peut arriver à un environnement sûr et stable qu’en élargissant l’espace démocratique commun. À cette fin, la communauté internationale ne devrait ménager aucun effort pour aider les États en transition qui veulent faire partie intégrante du monde démocratique. Bien entendu, ce processus est très difficile, car les jeunes démocraties sont pour la plupart fragiles. Mais c’est justement ce pourquoi des acteurs extérieurs ont probablement un rôle crucial à jouer pour ce qui est de faciliter la transformation démocratique de pays en transition."

La suite est de plus en plus intéressante, surtout sachant qu'à présent, elle agit dans le but d'obtenir ce qu'elle dénonçait il y a deux ans, avec les moyens qu'elle considérait elle-même comme très dangereux pour la stabilité non seulement du pays, mais de toute la région, au mieux, refusant tout dialogue avec la majorité parlementaire. Je pense sincèrement que cette "honorable Nino Burjanadze" est dangereuse.

Dans un pays civilisé quelconque, France Japon ou Argentine, de telles provocations auraient déjà été sévèrement sanctionnées. Mais ici, Burjanadze et les autres leaders de l'opposition radicale, jouant le jeu des russes sans jamais l'avouer, sait qu'elle est libre d'agir contre le gouvernement tant que celui-ci n'intervient pas, ne peut intervenir.

Les occupants russes sont prêts, à moins de 200 km de la capitale, pour intervenir, eux! D'autant que les observateurs de l'ONU doivent se retirer le 15 juin puisqu'aucun ordre de prolongation n'a été décidé à l'heure où j'écris ces lignes.

" Ce n'est pas un bon signe quand la Russie envoie ses chars T-90 et ses hélicoptères en Ossétie du Sud et en Abkhazia. C'est soit une tentative de pression soit une préparation pour une nouvelle guerre. Dans cette situation il est très important que des forces politiques réussissent à s'unir." (ancien représentant de l'Union Européenne en Géorgie, Denis Corboy, en connaisseur)

Extrait vidéo : les Russes en villégiature à Poti, 13.08.2008


Mais le Parlement géorgien reprend ses sessions aujourd'hui, sous l'ordre du Président, après deux mois de blocage par les mouvements de l'opposition radicale. La démocratie reprendrait-elle enfin ses droits?

D.P.