12/09/2009

Medvedev critique la politique post-sovietique de Poutine...

La politique de Poutine critiquée par Medvedev dans une tribune publiée hier à Moscou

Que se cache-t-il derrière les critiques qu’a formulées le Président Medvedev à l’encontre de son propre pays, hier, et publiées dans la plupart des médias russes?

«  Une économie inefficace, une sphère sociale à demi soviétique, une démocratie faible, des tendances démographiques négatives, et un Caucase instable. Ce sont de très gros problèmes, même pour un État tel que la Russie. » Il reproche aussi à la politique de Poutine – puisque c’est de cela qu’il s’agit concrètement – que la dépendance aux matières premières est humiliante, que le gouvernement est excessivement trop présent dans la société et l’économie, et il condamne « des siècles de corruption débilitante ».

Comment doit-on lire ces propos? Veut-il récupérer sa place de Président en se démarquant de son premier ministre encombrant? C’est ce que pensent beaucoup d’experts et autres éditorialistes, mais c’est sans doute trop simpliste tellement cela peut sembler évident. La Douma est presque totalement et exclusivement dévouée à Poutine, et Medvedev aurait besoin d’un plus large soutien au sein du gouvernement pour espérer obtenir plus d’autorité. A moins bien entendu que le Président Medvedev, par ce discours, tente de « récupérer » les mécontents du Kremlin...

La situation de crises dans laquelle se trouve la Russie étant ce qu’elle est, gravissime, il est clair que la politique doit prendre un virage au moins équivalent, mais certainement plus radical que celui effectué lors de la chute du mur en 1989, lorsque le monde soviétique s’est (soi-disant) écroulé. L’économie, trop dépendante des cours des hydrocarbures qui ont énormément chutés depuis début 2008, associée à la crise mondiale, et aux crises dans le Caucase - Ingouchie, Tchétchénie, Daguestan, Ossétie du Nord qui tous aspirent à plus de démocratie, et donc aimeraient s'éloigner de Moscou - c'est plus complexe que ça, mais ça résume la situation explosive du nord-Caucase, tout cela oblige Moscou à puiser dans les réserves fédérales à coup de milliards de roubles pour renflouer ce qui est encore renflouable, et pour financer les conflits. Medvedev annonce son projet de démanteler les grands groupes industriels protégés et financés par Poutine depuis plus de 10 ans, et parle de « système politique ouvert, flexible et intérieurement plus complexe »...

En même temps, il tente de faire passer une loi qui permettrait à la Russie, sous son ordre exclusif, d’ intervenir dans tout pays, militairement s’entend, pour protéger ses ressortissants. Cynique après ce qu’il a fait en Géorgie, et dangereux pour ce qu’il peut décider pour l’Ukraine, ou les pays baltes... L’octroie de passeports russes aurait-il débuté aussi dans ces régions, ainsi qu’ils l’ont fait il y a 4 ans en Abkhazie et en « Ossétie du Sud », donnant alors un prétexte supplémentaire à l’invasion de la Géorgie?

La présente tentative de Medvedev, « montrer au monde » qu’il y a une facette démocratique au sens occidental du terme au Kremlin, peut donc être interprétée très différemment selon que l’on puisse croire que la Russie post-soviétique est à ce jour capable de rentrer dignement – enfin ! - dans le XXIème siècle, ou non. La Russie nous montre chaque jour qu’ils n’ont aucunement l’intention de changer quoi que ce soit dans leur politique étrangère, que du contraire. Le non-respect de tous les traités signés en faveur de la Géorgie, l'implantation de bases militaires dans les territoires occupés, Medvedev et Poutine qui ont du faire face aux critiques de l’ONU, des USA et de l’UE pour leurs visites récentes dans ces territoires nous montrent au contraire que le Kremlin n’a aucune intention de respecter quoi que ce soit, ni les lois internationales, ni aucun droit constitutionnel. Parce que l’enjeu est de taille, et que la première puissance, celle qui dirige de fait la Russie, le FSB de Poutine, est totalement opposée à tout changement.

D.P.