24/05/2009

Résumé des provocations russes et de l'opposition radicale

 

A propos de la mutinerie de Mukhrovani, des mouvements de l'opposition, des regrets de Bagapsh et d'un résultat de sondage pas surprenant.

Givi Targamadze, législateur influent d'un parti de la majorité parlementaire géorgienne, a annoncé que la mutinerie manquée de la base militaire de Mukhrovani a été patronnée par un magnat basé en Russie.

Le but du complot devait "au moins déclencher des désordres" en Géorgie ou "au mieux à ouvrir la route de Tbilissi à l'armée russe". "Je me suis abstenu de nommer la personne qui a tout organisé, mais cette personne elle-même a annoncé qu'après l'échec de la révolte il ne pouvait plus attendre et se présenterait à la présidence lors des prochaines élections." En effet, si quelqu'un peut croire qu'en Russie, aujourd'hui, il est possible d'être un oligarque à St.-Pétersbourg sans être contrôlé par le Saint-Petersbourgeois le plus célèbre, c'est-à-dire le premier ministre russe Poutine...

Alexandre Ebralidze, puisque c'est de lui dont il est question, est un magnat géorgien basé à St.-Pétersbourg qui vit en Russie depuis plus de trente ans déjà. Ce mois-ci il a annoncé son ambition de devenir président de Géorgie. Il a fait l'annonce lors d'une assemblée des peuples de Géorgie à Sotchi, la cité géorgienne de la Mer Noire devenue russe sous Staline, à présent lieu à la mode pour les oligarques et les hommes de pouvoir russes. (Note: c'est incroyable ce que la Russie s'est offert comme terres géorgiennes en moins d'un siècle...)

Alexandre Ebralidze a aussi dit que dès janvier 2009 plusieurs réunions ont été tenues dans un pays membre de la CEI, qu'il n'a pas spécifié, avec la participation "de certains des mutins" afin de préparer la mutinerie. "Ces réunions ont été tenues sous le leadership de Tariel Oniani (leader d'une organisation criminelle basée en Russie, qui a pourtant été arrêté lors d'une opération de la police russe en juillet dernier...) et Bondo Shalikiani," a dit le Député Givi Targamadze.

Nous pouvons penser, avant d'en déduire quoi que ce soit, que la Russie est totalement susceptible d'avoir organisé, ne fut-ce qu'indirectement, la mutinerie de la base de Mukhrovani. Sans doute pas "pour ouvrir la route aux chars russes" ce qui aurait été pure folie alors que l'OTAN est en manoeuvre près de Tbilissi, mais pour renforcer les positions de l'opposition radicale.

En Abkhazie, comme prédit ici-même il y a quelques mois, le président du régime sécessioniste, Sergei Bagapsh, commence a regretter son alliance avec Poutine et Medvedev.

«Le sentiment anti-russe au sein de la société est de plus en plus frappant et peut nous conduire à un résultat catastrophique», a dit le chef de l'Economic Development Party. Il a ajouté que l'acquisition du chemin de fer abkhaze par la Russie est prévue. La structure commerciale du rail russe est en crise aujourd'hui et ce plan vise à améliorer sa situation au détriment de l'Abkhazie. Ce genre d'évolution de la situation dans la "République" conduira à la perte d'une grande partie de la côte, ce qui est inacceptable, et égale à une catastrophe pour le peuple abkhaze», disent les experts. Sans compter que la culture abkhaze est en passe de devenir sujet d'études archéologiques pour les descendants, tant la main-mise des russes à tous les niveaux de pouvoir en Abkhazie est importante, et la langue de Poutine est à présent enseignée comme langue maternelle dans tous les établissements scolaires. Et ce n'est pas les 10.000 ou 15.000 soldats russes dans la province qui vont aider à remédier à quoi que ce soit dans la société abkhaze, bien au contraire: les terres le long de la côte ne sont vendues qu'aux russes pour des intérêts russes. Les citoyens abkhazes étant relégués au second plan.

A Tbilissi, l'opposition radicale, aux abois, de plus en plus impopulaire dans tout le pays, tentera une (dernière?) sortie importante le jour de la fête nationale, c'est à dire dans 2 jours, le 26. Le maire de Tbilissi, qui a accepté la demande de l'opposition, a prévenu les autorités: le défilé militaire qui doit avoir lieu dans le centre de Tbilissi pourrait dès lors être annulé afin qu'il n'y ait pas de possibilités pour les manifestants de commettre des actes de violence durant celui-ci. C'est la ligne de conduite du gouvernement depuis le début des manifestations le 9 avril dernier : laisser faire sans intervenir. Mais ici, les autorités géorgiennes me semblent aussi radicales que l'opposition: annuler le défilé militaire de la Fête Nationale pour ces quelques centaines d'irréductibles, dont une grande part est "indemnisée" par les caisses noires* de l'opposition pour rester dans la rue, n'est-ce pas démesuré?

Pour terminer, voici les résultats d'un sondage organisé par l'agence "Greenberg Quinlan Rosner". Le sondage a été conduit du 1er au 9 mai 2009  auprès de 1 200 personnes.  65% des sondés se disent satisfaits de leur président, et 45% déclarent qu'un nouveau président ne ferait qu'aggraver la situation dans le pays. Seuls 29% souhaitent son départ.
Salomé Zourabichvili, une des leaders de l'opposition, parle de « propagande » d'Etat et pense savoir que le président n'est apprécié que par 10% des Géorgiens de Tbilissi ! Ce n'est évidemment pas ce que l'on peut constater dans les faits, mais Salomé ne s'encombre jamais de faits réels.

D.P.

sources:  civil.ge, kommersant.ru, rustavi2.ge, colysee.org, caucase news, e.a.