10/02/2009

Mariage princier à Tbilissi

Mariage princier à Tbilissi dimanche dernier. Sans doute un acte politique, mais pas seulement.

mis à jour le 10 fév. 12h28

Ce mariage est un événement un peu hors du commun, étant donné le contexte actuel : certaines erreurs, que personnellement je peux facilement comprendre - mais ça n'engage que moi, pèsent sur le président Saakashvili. Et bien que la confiance du peuple lui soit plutôt favorable, elle vacille quelque peu depuis la guerre; l'opposition, auparavant à la limite du ridicule dans ses discours populistes, se renforce grâce à l'arrivée de quelques personnalités venant du camp de Saakashvili principalement, mais manque encore beaucoup de crédibilité, étant elle-même très divisée, n'ayant en commun que le désir de prendre le pouvoir. Et enfin, nombreux sont aussi les gens qui ne voient aucune personnalité politique réellement capable de prendre les rennes et mieux faire que le président actuel ou quiconque de quelque parti que ce soit.

Ce mariage est donc très révélateur de l'ambiance qui règne à Tbilissi et dans le reste du pays.

Ceci dit, l'aspect émotionnel n'est pas à négliger non plus. A part certains dans les provinces pro-russes et qui n'ont pas cette mémoire parce qu'arrivés très récemment dans le Caucase Sud, tels les "Ossètes" qui sont arrivés entre la fin du 19ème et les années staliniennes, une très grande majorité des Géorgiens sait que, sans le colonialisme russe puis soviétique qui dura 200 ans, ce serait - peut-être - un(e) descendant(e) du roi Davit qui serait installé sur le trône...

Et c'est donc ce dimanche que le prince David Bagrationi-Moukhraneli et la princesse Anna Bagrationi-Grouzinski se sont mariés dans la cathédrale de la Trinité à Tbilissi.

David Bagrationi, qui est né en Espagne mais vit depuis 2003 en Géorgie, ne s'est jamais, à ma connaissance, impliqué dans la vie politique géorgienne. Mais ce mariage qui unit deux branches différentes de la famille royale, est un acte symbolique autant que politique. Symbolique parce que l'union des deux principales branches de la famille Bagrationi fait penser à l'union des ethnies géorgiennes en général, et politique... pour la même raison!

C'est clair, l'union fait la force. Tiens, c'est la devise de la Belgique ET de la Géorgie. C'est pas un hasard!

Sans doute aurait-il fallu, au lendemain de la chute de l'Urss, rétablir la monarchie rapidement... après un stage chez nous, histoire de comprendre comment deux peuples d'origines aussi éloignées que Wallons et Flamands n'ont pas (encore) déclenché de guerre civile! Mais est-ce que cela aurait empêché cette énième invasion russe de cet été? Quoi qu'il en soit, le débat reste ouvert... mais cela ne doit pas nous faire oublier combien la Géorgie est encore en souffrance, qu'il y a pas loin de 400.000 personnes déplacées par les deux guerres et n'ont que peu d'espoir de regagner leurs terres, eux ! 

(Pour la petite histoire, les provinces sécessionnistes, Abkhazie et "Ossétie du Sud", n'ayant jamais connu d'autres rois que les rois géorgiens, puisque eux-même géorgiens depuis presque toujours, ne pourront jamais compter sur un quelconque monarque pour les libérer du joug russe post-soviétique!)

Tiens, serais-je royaliste? Oui, de plus en plus! Je préfère que celui qui est responsable de nous soit un vieil arrivé plutôt qu'un arriviste parvenu, en général. Bien sûr, David Bagrationi, même si formé depuis quelques années pour cette éventualité, ne connait pas encore tous les rouages et les sensibilités de la société géorgienne. Il peut à présent  compter sur l'aide de son épouse...

Signalons aussi que le Patriarche Ilia II, qui les a marié dimanche, est le premier soutien de la monarchie géorgienne.


D.P.