15/12/2009

L'Europe et ses contradictions... stratégiques?

L'Europe et ses contradictions... stratégiques?

Les faiblesses que la Russie apprécie.

Depuis la guerre russo-géorgienne du mois d'août 2008, l'Europe s'est très fortement fragilisée face à la politique étrangère de messieurs Poutine, Medvedev et autre Lavrov. Ce que nous constatons au travers de nombreuses décisions, de nombreuses démarches entreprises par certains membres de la communauté européenne. Petit rappel historique :

Dès le début de 2008, le gouvernement géorgien, via le Conseil de l'Europe, a maintes fois averti la communauté internationnale de l'intention affichée par la Russie de renforcer ses troupes en présence dans les provinces séparatistes d' « Ossétie du Sud » et d'Abkhazie, en contradiction des accords de paix signés après la guerre civile de 1992, ainsi que d'autres infractions graves commises par le pouvoir russe dans le cadre de ses responsabilités en tant que « force de maintien de la paix » dans ces deux provinces.

La distribution de passeports russes aux citoyens légalement géorgiens des deux territoires fut sans aucun doute la plus grande provocation de la Russie non seulement vis-à-vis des géorgiens, mais surtout vis-à-vis de la communauté internationale. Mais, bien entendu, l'erreur commise par cette dernière a été d'admettre, en 1992, que seule les forces russes seraient présentes en Géorgie en tant que force d'interposition entre les séparatistes et Tbilissi. Une Russie pas très neutre, et dont tous connaissaient les intérêts dans le sud Caucase, ne pouvait qu'amener à une solution violente de règlement de ce conflit à leurs seuls profits.

Depuis 1992, la Russie, bien installée en Géorgie pour des années dans un statu-quo relatif, a uniquement joui de sa position pour envenimer la situation déjà explosive entre les parties. De provocations en provocations, sans autre réaction que la simple constatation des faits par les observateurs européens présents dans la région.

Lorsque Mikhaeil Saakashvili arrive au pouvoir en 2003, après la Révolution des Roses, il affiche clairement sa volonté de régler la « question des séparatismes » lors de son mandat, et très rapidement contraint le gouverneur pro-russe d'Adjarie de quitter le pouvoir. Ceci se passe sans aucune violence de la part de Tbilissi: c'est le peuple adjare qui réclame la démission d'Aslan Abashidzé à Batoumi, en mai 2004. Depuis, la province adjare, dont aucune infrastructure ne fut modernisée depuis la chute de l'empire soviétique, peut se venter d'être entrée au XXIème siècle dans l' « ère moderne », pour le plus grand bonheur de ses 400,000 citoyens. Mais pour l'Abkhazie et l' « ossétie du sud », qui ont une frontière commune avec la Russie, c'est nettement plus compliqué. La diplomatie russe, sous le contrôle de Lavrov, n'a aucun désir de voir le gouvernement pro-occidental de Tbilissi récupérer leurs territoires. Les provocations, d'un côté comme de l'autre, vont dès lors se multiplier en nombre et en intensité. Sous l'oeil des observateurs européens, impuissants. Mais, un fait est certain, l'Europe sait ce qui se passe, mais n'intervient pas. De toute façon, quoi qu'elle décide, la Russie ne respectera aucune de ses obligations. Tbilissi patiente.

Mais plusieurs événements vont contraindre les russes à intensifier leurs provocations envers la Géorgie. La Russie, dont l'économie repose essentiellement sur la vente des hydrocarbures à l'Europe, voit d'un très mauvais oeil le projet de contournement de leur territoire par le pipeline Nabucco, projet de multinationales européennes et américaines pour amener les hydrocarbures azerbaidjanais et irakiens de la Mer Caspienne vers l'Europe centrale et du sud via la Géorgie et la Turquie. Rendre le Caucase instable ruinerait ce projet, et la Russie aurait ainsi le quasi-monopole du gaz vendu à l'Europe, via l'Ukraine et via deux autres projets, russes ceux-là: Southstream et Northstream. Poutine, avec diabolisme et autres manipulations diverses, envoie les patrons de Gazprom recruter des investisseurs en Europe : Shröder, l'ex-chancelier allemand (engagé par Gazprom dès l'élection de Mme Merkel), Berlusconi et le groupe italien ENI, et Sarkozy via EDF, décident d'injecter des millions d'euros dans les projets russes, en totale contradiction avec les recommandations de la Communauté Européenne qui soutient Nabucco, plus désireuse de diversifier l'approvisionnement en gaz que d'empocher des dividendes de Gazprom.

Lorsque l'on sait tout cela, on comprend qu'on peut légitimement avoir de gros soupçons sur qui a provoqué qui dans le déclanchement de la guerre d'août 2008. Rappelons-le, outre de nombreuses victimes des génocides organisés par les milices ossètes et abkhazes soutenus par les « forces de paix » russes (voir rapport Tagliavini), cette guerre a vu des centaines de milliers de personnes déplacées : leurs villages entièrement détruits par l 'armée russe entre le 1 août et le 15 août ne leur donnant d'autres choix que de fuir vers Tbilissi. Les deux provinces séparatistes ont été totalement vidées de leurs citoyens autres que russes, abkhazes ou « sud-ossètes ».

La signature de cessez-le feu entre Sarkozy, Medvedev et Saakashvili a sans aucun doute sauvé l'état géorgien d'une totale annexion à la Russie - projet initial de Poutine - mais n'a rien résolu quant au fond. D'autant que Moscou, en reconnaissant l'Abkhazie et l' « ossétie du sud », se donne ainsi le droit de ne respecter aucun des points d'accords du cessez-le-feu en question, et laissant ainsi dans l'impunité totale les criminels de guerre russes, abkhazes, ossètes... (Pour pousser la provocation, nombre de ces criminels de guerre viennent d'être décorés par Medvedev...)

De toute manière, la Russie a toujours été la nation de l'impunité totale : les dizaines de millions de morts du soviétisme n'ont toujours pas été "vengés", contrairement à ceux de l'Allemagne nazie, ou du Rwanda, de Serbie, du Kosovo... Alors pourquoi s'en ferait-elle?

Ria Novosti, agence de presse sous la coupe de la propagande ex-soviétique, étant une des seules sources d'informations pour les agences occidentales, l'opinion publique européenne ne peut comprendre le conflit russo-géorgien que du point de vue russe, donnant raison à l'intervention de l'armée russe en ossétie sous couvert de « protection des citoyens russes », alors que ce sont les russes eux-même qui 1. ont distribué illégalement les passeports russes - de gré ou de force - aux ossètes, 2. ont attaqué les villages géorgiens d'ossétie - bien avant le 8 août, s'attendant à une riposte de l'armée géorgienne de maintien de la paix pour protéger ses citoyens, et 3. ont depuis des mois préparé cette intervention, amassant des milliers d'hommes et de matériels dans le Caucase Nord aux frontières géorgiennes, etc... (voir le documentaire du cinéaste russe Andrei Nekrasov « Russian Lessons »)

Le gouvernement géorgien, dont les seuls torts ont été de vouloir se rapprocher de l'Europe occidentale et se moderniser au même rythme que les autres pays démocratiques sortis de l'Empire Russe après la chute du mur de Berlin, et de permettre aux gazoducs européens BTC et Nabucco de passer sur son territoire en contournant la Russie, se voit à présent sanctionnée par ce même monde occidental auquel ils souhaitaient s'allier idéologiquement, culturellement et économiquement, et, pour se protéger de la folie des grandeurs russes, militairement.

L'allemagne, l'Italie et la France jouent à présent un très mauvais rôle pour la Géorgie. Sarkozy et Kouchner, les instigateurs de la « paix » entre Russie et Géorgie en 2008, souhaitent vendre des navires de guerre aux russes qui, bien entendu, jubilent de ce que leur propagande donne comme résultat inatendu ! Ceux qui ont « sauvé » la Géorgie vendant du matériel militaire de pointe aux aggresseurs... et ce n'est pas une blague! Une poignée de navires de la classe Mistral dans la Baltique et la mer Noire ferait une grande différence. «Dans le conflit en août dernier un navire comme cela aurait permis à la flotte de la mer Noire d' accomplir sa mission en 40 minutes, et non pas 26 heures, ce qui est le temps qu'il nous a fallu,"a récemment déclaré l'amiral commandant la marine russe Vladimir Vyssotski, se référant à l'invasion russe de la Géorgie en août 2008. (Blog du JDD)

Oui, l'Europe joue un drole de jeu! D'un côté ils fêtent la chute du mur de Berlin, et d'un autre ils sont muets face au nouveau mur soviétique séparant les provinces sécessionistes du reste de la Géorgie... Et ce n'est certes pas les nouveaux patrons de la CE - Van Rompuy en tête, qui vont changer quoi que ce soit. Imaginez un têtes à têtes Poutine/Lavrov/Medvedev - Van Rompuy/Baroso/Ashton ! Savent-ils seulement que la Géorgie existe?

Et les Etats-Unis, dans ce contexte, que fait-elle? Obama soutient, comme le reste de la communauté internationale sauf Nicaragua et Venezuela pro-russes, l'intégrité territoriale géorgienne, mais doit prendre en considération le besoin de rapprochement avec la Russie sur plusieurs dossiers, notamment le dossier Afghan (encore un problème créé par l'URSS en toute impunité). Mais l'aide américaine à la Géorgie est réelle. Des millions d'euros d'investissement pour la reconstruction du pays après les bombardement russes, l'envoi d'instructeurs et de matériels de défenses aériennes, etc....

D.P.

Pétition contre la vente de Mistrals à la Russie par la France : cliquez ICI

"Boycott LUKOIL" reste d'actualité !

Pour tout renseignement, n'hésitez-pas à me contacter !


 

15/12/2008

Aout 2008, récit de vacances... en Géorgie

Intro:

La Géorgie est un pays magnifique. Je ne pense pas m'avancer en écrivant que tout ceux qui un jour y ont été on eu envie d'y retourner. C'est ce que j'ai eu la chance de faire depuis dix ans, et j'ai eu le plaisir de publier les photographies (de Tbilissi principalement) sur la toile, et des expos à Bruxelles ont accueilli quelques tirages.

Mais si j'ai décidé de m' aventurer dans la création de ce blog, ce n'est pas pour vous exprimer mon attachement à ce pays, mais pour vous faire partager mon expérience de cet été lors des événements qui ont débuté au mois d'août, et ensuite exprimer quelques "coups de gueule" quant aux jugements hâtifs, manipulés, disproportionnés et/ou idiots de certains de mes compatriotes, journalistes, politiques ou simples citoyens, suite à ces mêmes événements.

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En Géorgie, cet été, ce fut chaud! Très chaud même.

Et mon voyage en Géorgie aussi, du coup.

En voici un résumé, chronologique, à l'intention de celles et ceux qui aimeraient savoir ce que c'est de se trouver en vacances dans un pays d'Europe orientale, et de se faire envahir par les Russes (en 2008 !!! Extraordinaire!)

Nous sommes partis à Tbilissi mon épouse et moi le 21 juillet, rejoindre ma fille déjà sur place depuis 15 jours. Voyage sans problème via Vilnius, si ce n'est la perte d'un de nos bagages à Vilnius, que nous récupérerons 2 jours plus tard.

A Tbilissi, il fait chaud, comme d'habitude en été. C'est la première fois que je reviens en Géorgie depuis la "révolution des roses", ou plutôt depuis la visibilité de ses effets sur la ville et sur la société en général. Beaucoup de routes ont été refaites, des squares et des places réaménagées, des fontaines, des bancs, des... poubelles, partout tout est propre... Si ce n'était la pollution des voitures et, surtout, des vieux camions et cars! Certains quartiers ont été complètement rénovés, mais en général les ruelles sont défoncées, et les façades lépreuses, comme il y a 3 ans. Ça et là de nouveaux bâtiments ont grignoté quelques terrains-vagues où auparavant s'amoncelaient des déchets en tous genres. Et de nombreux camions à ordures, modernes en plus!

Des vieux HLM repeints en bleu, vert ou mauve... Spécial.

Nous restons quelques heures à Tbilissi (le temps d'avoir des nouvelles du susdit bagage) puis nous partons pour la campagne où nous avons une maison bien plus "fraîche" que l'appartement de Tbilissi Nous passerons donc de 38 à 29°c. et c'est pas plus mal. L'été, Tbilissi, c'est chaud, surtout quand on vient de Belgique. Alors autant ne pas traîner, et monter 60 km plus haut. D'autant que notre fille nous attend avec impatience.

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La route est rapide entre la capitale et Mtskhêta. En fait, c'est une autoroute toute neuve, et de la voiture nous pouvons observer tous les 500 mètres de (vieilles) femmes balayer ou arroser la berne centrale et ses nombreuses fleurs. Beaucoup de petits boulots, mais aussi beaucoup de grands magasins, beaucoup de concessionnaires ont poussé à la sortie de Tbilissi Mercedes, BMW, Toyota, Peugeot... pas un ne manque. Impressionnant comme la Géorgie s'est modernisée en si peu de temps. Il y a des éclairages partout, et chaque quartier de la ville est alimentée en eau, en gaz et en électricité 24h/24...

Le pouvoir en place avait promis, lors des dernières élections, à ce qu'il y ait non seulement toutes les énergies, mais aussi un réseau gsm de qualité et un médecin pour chaque village du pays. En ce qui concernait la capitale, c'en est pas loin.

En tout cas, de ce point de vue-là. Car un des fléaux en Géorgie, reste la corruption. Après seulement deux jours sur place, c'est trop tôt pour avoir un avis, mais il semblerait que les géorgiens soient assez satisfaits de la situation dans l'ensemble. La police reçoit enfin un salaire et fonctionnerait correctement, ainsi que l'administration, mais la justice et certains ministères seraient encore corrompus ou simplement mal dirigés.

Le salaire moyen a augmenté, autant grâce aux entreprises étrangères que géorgiennes, grâce aussi aux dollars qui pleuvent suite au passage du pipeline BTC, mais ces entreprises ont pas mal soufferts de l'embargo russe de 2006 sur nombre de produits traditionnels, comme le vin et les eaux minérales, très réputés. Le taux de chômage est encore très élevé, les pensions beaucoup trop faibles. Les salaires très inégaux et les protections sociales à peine existantes malgré les traités signés. Mais bon, le monde ne s'est pas fait en un jour, et ça va mieux, mais pas (encore) pour tout le monde. D'où sans doute le gain de popularité pour l'opposition, fin 2007, vainement mais de justesse avec une confiance en Saakashvili renouvelée avec 53% des votes. Un résultat somme toute classique en pays démocratique.

Les problèmes abkhazes et ossètes sont au point mort. De temps en temps des tirs ossètes sur un village géorgien, suivis parfois de tirs géorgiens sur les tireurs ossètes, comme d'habitude. Ou un drone géorgien abattu par l'armée abkhaze, ou un survol de la Géorgie par des avions russes, bref, la routine.15 ans que c'est ainsi.

J'apprends quand même que les russes ont distribué des passeports russes aux habitants d'Ossétie et d'Abkhazie. Ah bon. Les deux provinces séparatistes de Géorgie deviennent de facto russes? Ils sont gonflés, mais bon, les géorgiens se disent que si c'est ainsi que les Ossètes et les Abkhazes veulent protéger leur culture de la Géorgie, en devenant russes ils prouvent qu'ils n'ont rien appris de leur histoire de ces 200 dernières années. Et quand on sait ce qui se passe en Russie sous Routine.

J'apprends aussi que les Russes ont terminé la reconstruction d'une voie de chemin de fer reliant la Russie à l'Abkhazie "pour faciliter l'aide humanitaire"disent-ils.

A part ça, tout va très bien. Je prends quelques jours de vraies vacances en famille. Soleil, montagnes, rivières, la pleine nature, presque inchangée depuis des milliers d'années, c'est magnifique. Le jardin d'une petite chapelle orthodoxe jouxte notre jardin, ce qui empli d' Histoire l'atmosphère des lieux. Et quel temps! Bien sûr, ce serait encore mieux si nous pouvions avoir l'eau courante et l'électricité 24h sur 24 ici aussi... mais nous avons la télé et le satellite, et le courant a fini par être plus stable, ce qui nous a permis de suivre les infos chaque jour (pendant que la piscine des enfants se remplissait lentement, lentement...).

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La guerre arrive. Elle sent déjà. Nous sommes le 1er août.

Aux infos, un soir vers le 1er août, sur une chaîne russe (RTP) on apprend que la population ossète du sud est évacuée vers l'Ossétie du nord (Russie) par autobus entiers. Des femmes, des enfants et des vieillards principalement. Des combats ont semble-t-il débutés entre forces de paix géorgiennes - en poste pour protéger les villages géorgiens en Ossétie du nord - et les milices ossètes (Forces de paix totale en Ossétie : 1/3 soldats russes, 1/3 soldats ossètes, 1/3 soldats géorgiens). La télévision géorgienne annonce la même chose, sans donner de raisons à ces mouvements de population, et pour cause: à priori, il n'y a pas de raisons. Pas plus que quelques mois plus tôt, quand quelques échanges de tir ont eu lieu. Pas plus que depuis 15 ans.

Dans notre village, pas très éloigné de Kaspi, le week-end se termine calmement, les mômes pataugent... en fin de semaine nous partons en Kakhétie, à Tsinandali, pour quelques jours. Magnifique chateau près de Telavi et de Gremi, entouré de vignes centenaires. Les meilleurs vins du monde nous attendent...!

Mercredi 6 août, nous entendons aux infos géorgiennes que des séparatistes ossètes ont attaqué un village géorgien en Ossétie, près de Tskhinvali (capitale de la province séparatiste). Les soldats géorgiens, ayant déjà perdu 3 hommes, répliquent vers les forces séparatistes, tout en demandant à rencontrer le président ossète et le responsable des forces russes d'Ossétie du sud. Ceux-ci ne déclinent pas la demande de discussion en vue d'un cesser-le-feu, mais se disent dans l'incapacité de se rendre à Tskhinvali pour rencontrer les responsables géorgiens: voiture en panne!

Ça commence à sentir mauvais, et les gens en parlent un peu, dans la rue. Mais ce n'est pas trop grave, finalement. Quand on a connu la guerre civile, en 1992, 93 et 94, ce ne sont pas ces quelques échanges de tirs qui font peur.

Le jeudi, 7 août, les forces de paix géorgiennes reçoivent des renforts de l'armée, quelques dizaines de chars et plusieurs centaines d'hommes sont dépêchés vers Tskhinvali, dans le but de déloger les tireurs de la milice ossète qui, entretemps, ont quitté les sous-bois pour rejoindre Tskhinvali. L'armée géorgienne renforce ses positions autour de la capitale ossète, se positionnant entre Tskhinvali et les villages géorgiens, au nord. Ces événements, dans les médias, occupent une place de plus en plus importante d'heure en heure. Ça craint.

Vendredi soir, 8 août, Tskhinvali est occupée à 90% par l'armée géorgienne. Elle avait été désertée de ses habitants (rappelez-vous, c'était il y a 7 jours) et la milice ossète a reculé vers le tunnel de Roki., attendant...

Les quelques chars géorgiens à proximité du tunnel voient alors des dizaines et des dizaines de chars qui en sortent, ainsi que des milliers d'hommes. L'armée russe intervient. C'est le 53ème régiment, bien connu en ex-urss pour avoir envahi l'Afghanistan d'abord, et la Tchétchénie ensuite. Aïe, la guerre commence vraiment... si on peut dire. Les chars géorgiens tirent bien quelques salves vers eux (dont, semblerait-il, des bombes à fragmentations), mais à 1 contre 100... Même les "orgues de Staline" sont impuissants contre une telle armada de blindés.

Les engins russes, appuyés par l'aviation, tirent vers Tskhinvali pour en déloger l'armée géorgienne qui y avait pris position depuis 24h. Le nombre de chars et d'avions engagés par les russes est impressionnant, en quelques heures des quartiers entiers de la ville sont pilonnés, bombardés, et les géorgiens sont contraints de se retirer, laissant derrière eux une ville à 20% détruite par les bombardements russes.

Dans une interview de la télé (russe), Poutine déclare vouloir tirer le président Saakashvili par les c... pour le sortir du pays une fois pour toute. C'est du joli. Il prévoit donc d'envoyer ses chars jusque Tbilissi...

Le samedi, Gori sort d'une nuit d'épouvante: la ville a été bombardée par l'aviation russe, touchant autant d'habitations que d'usines. C'est la panique et, lorsque les chars russes (j'ai toujours tendance à vouloir écrire "soviétiques"...) arrivent à Gori, la ville est déjà presque désertée entièrement. Les chars se positionnent rapidement, et bloquent chaque entrée de la ville. Des check-points sont immédiatement installés: il faut un visa russe pour entrer à Gori. Les milices, suivant toujours l'armée russe de quelques heures, pénètrent dans Gori. Pillages, assassinats, viols, etc... Gori, c'est 30 km au sud de Tskhinvali, en plein centre de la Géorgie. A 60 km de la capitale Tbilissi. Et à 20 km de ma famille. De moi.

Ils ont aussi bombardé d'autres villes de Géorgie, et quelques aérodromes militaires, désaffectés depuis 20 ans pour la plupart. Je n'ai pas les détails, mais j'apprendrai plus tard que les russes se dirigent à la fois vers Poti et et Gori.

De là où nous sommes, nous n'entendons rien de la guerre qui fait trembler la terre entre le Tunnel de Roki, et Gori. Beaucoup de villes et de villages sont bombardés, des forêts et des champs brûlés. Nous sommes entre Gori et Tbilissi, et c'est certains que les russes ont prévu d'aller jusqu'à Tbilissi afin de renverser Saakashvili. Nous hésitons à quitter notre maison de campagne pour Tbilissi où les gens sont tous dans la rue, face au parlement, à manifester leur soutient au président. J'ai très envie de rejoindre tout ce monde.

La télévision russe, pendant ce temps, annonce que "la Géorgie ayant attaqué l'Ossétie du sud, les forces de paix russes ont été contraintes d'intervenir afin d'empêcher un génocide de la part des Géorgiens sur le peuple ossète". Ils parlent aussi de l'aviation géorgienne qui aurait bombardé Tskhinvali avec des bombes à sous-munitions. Ça nous étonne.... Les Géorgiens n'ont pu faire décoller aucun de leurs avions, et pour cause, il n'y en n'a pas. A la télévision géorgienne, nous apprenons rapidement la décision des français de se rendre en Géorgie. Kouchner doit arriver d'ici quelques heures. Rapides. Je contacte l'ambassade de France pour savoir qui est responsable à Tbilissi pour les ressortissants belges. On me donne le numéro du seul officiel belge présent dans la région, qui me confirme ce que pensaient les français: c'est l'ambassade des Pays-Bas qui est chargée de nous rapatrier, au cas où. Je leur laisse nos coordonnées, au cas où.

Nous sommes dimanche matin, et les chars russes ont entièrement encerclé Gori. Des chars, des soldats russes blasés, ivres, et des snipers de-ci, de-là... Quand midi arrive, nous apprenons la mort de journalistes étrangers, un hollandais notamment. Sniper. Je ne sais que penser, nous nous sentons de moins en moins en sécurité. Les quelques soldats russes interviewés par la télé française se moquent des européens comme du reste du monde. Doigts d'honneur, insultes en tout genre destinées aux télévisions occidentales. Et pendant ce temps, la milice ossète nettoie. Grave.

J'appelle à nouveau l'ambassade de Hollande, endeuillée, afin de savoir s'ils organisent quelque chose pour ceux qui souhaiteraient être rapatriés. Je ne sais pourquoi, l'employée de l'ambassade ne cesse de rire. Mon accent anglais? Son accent français? Elle m'explique finalement qu'un autocar prêté par le ministère géorgien des affaires étrangères part vers Erevan ce soir ou demain matin, et qu'on me téléphonera pour m'avertir du lieu et du moment du départ. J'en parle à la famille. On ne sait pas s'il faut rire ou pleurer nous aussi: le voyage Tbilissi- aéroport d'Erevan est risqué, nous n'avons pas de visa pour l'Armenie (pro-russe) ce qui veut dire grosse "surtaxe" douanière. Et puis attente d'un hypothétique avion vers l'Europe... Deux jours? Trois jours? Le tout à nos frais, bien entendu. Quelle organisation...! Nous décidons de ne pas encore quitter le village, nous nous y sentons isolés, mais en sécurité... pour l'instant. Et puis nous sommes surtout optimistes. Surtout les Géorgiens. Je ne peux m'empêcher de penser au pire, mais j'acquiesse: mais tout ira bien. Sarko arrive dans 2-3 jours, Kouchner est là ce soir, les Russes ne tireront pas sur Tbilisi. Pas maintenant.

Nous zappons pendant que ma fille joue chez nos voisins et amis, à 500 m de chez nous. Un peu de détente. La nuit tombe doucement, les chauves-souris géantes sortent de leur abris sans un bruit, il fait bon... Le mot "vacances" semble reprendre du sens, quelques instants.

089Les cinq énormes hélicoptères, lorsqu'ils fondirent littéralement sur le village, venant du nord-ouest, ont fait sursauter toute la famille. Mon épouse risque un regard vers le ciel mais n'arrive pas à savoir s'ils sont russes ou géorgiens. Ils tournent autour de nous, et lorsqu'à mon tour je sors, tentant de les photographier et les identifier, l'un d'entre eux est juste au-dessus de la maison, stationnaire une trentaine de seconde. Je me dis "Si ça tombe (façon de parler) ce sera mon premier face à face avec l'armée russe" et, connaissant leur manière de procéder lorsqu'ils investissent un village, je dois bien avouer que j'en ai des sueurs froides. Bruyant. Ils finissent par repartir, survolant encore longtemps les forets aux alentours.

Même si nous avons appris ensuite qu'ils s'agissait de Géorgiens en retraite, cet événement m'a décidé à rentrer vers Tbilissi dès le lendemain. Ma fille, très impressionnée par son court séjour dans la cave de nos amis qui, ayant eu le reflexe de s'abriter, de protéger les enfants en y descendant rapidement, nous racontent "leur courage"!. Ma fille ne doit pas rester ici. Une expérience de guerre à son age...

Mardi matin, nous reprenons la route pour la capitale. Route très calme, pas beaucoup plus de circulation que d'autres jours. Nous n'apercevons plus les soldats chargés de la protection des ponts au-dessus de la rivière Mtkvari, nous ne croisons aucun blindé, pas même à Tbilissi. Tous ont eu l'ordre de rejoindre leurs bases.

Les Russes, pendant ce temps, bombardent encore Gori, au centre de la Géorgie. Et se déploient tout le long de la route nationale, entre Tskhinvali et Gori, puis entre Gori et Kaspi, au centre de la Géorgie, 45 km au sud de la frontière sud-ossète. En Abkhazie, un deuxième front s'ouvre contre la Géorgie: les chars russes arrivent par centaines via le chemin de fer "rouvert pour raison humanitaire" entre la Russie et la Géorgie Abkhazie quelques semaines plus tôt. De là, les Russes encerclent Poti. Poti, c'est le poumon économique de la Géorgie. Port maritime en Mer Noire situé à plus de 30 km au sud de l'Abkhazie, et à . Malgré les protestations des autorités de la ville, et de nombreuses manifestations des habitants et du maire devant les soldats russes, ces derniers ont fini par couler la totalité des bateaux se trouvant dans le port, rendant tout accès au port impossible, puis bombardé les terminaux pétroliers, ratant leur cible.

91 Mer Noire entre Poti et Batumi.

En Russie, la propagande tourne à plein "régime". Chaque accusation venant des responsables géorgiens (agression disproportionnée, populations pillées, assassinats, déportations et autre génocide) est systématiquement détournée, et à entendre les journalistes russes (ceux qui vivent encore, et qui donc sont aux ordres du pouvoir) les géorgiens sont tous des tueurs barbares sous les bottes des États-Unis. Les "Forces de Paix" russes ne faisant que leur devoir en sauvant les ossètes de la terrible invasion géorgienne! "Des russes sont mis en dangers sur notre territoire, nous avons le devoir politique et moral de les aider. C'est ce que nous faisons." C'est pas stupide. On distribue des passeports russes à tous les "ossètes du sud", on provoque les forces de paix géorgiennes en ossétie, puis on vient porter secours, violant toutes les lois internationales au passage, à la milice ossète. Avec 3.000 blindés et minimum 60.000 hommes à 6h de route, ce sera un jeu d'enfant d'aller "tirer les c... de Saakashvili" (sic Poutine).

Comme machine à diriger la population, l'armée russe est très bien organisée:  d'abord les chars entrent dans le village, pour neutraliser les forces géorgiennes qui s'y trouveraient, ensuite empêchent toute personne, géorgien ou étranger (journalistes ou observateurs OHCR) d'approcher de la zone en plaçant des barrages sur les routes et des snipers tout autour du village. Ils laissent alors entrer les milices ossètes et abkhaze (on y a vu quelques Tchetchenes aussi), qui se chargent des civils : nombreux meurtres, nombreux enlèvements, viols, etc... Et pillages systématiques.

Les observateurs comme les reporters sur place ont pu constater tout cela, et ont relayés ces infos, images à l'appui: des blindés russes quittant le territoire géorgien par le tunnel de Roki, surchargés de machines à laver, de radiateurs, de télévisions et autres objets de consommation. Assis sur leur butin, les militaires russes, bourrés à la Vodka, doigt d'honneur en direction des journalistes européens. Poutine, quant à lui, insulte toujours (ouvertement) le président Saakashvili. Bush n'a pas été aussi vulgaire avec Saddam ou Ben L.

Mardi 12 août, suite. La Belgique et la Hollande, qui ensemble ont une centaine de ressortissants en Géorgie, ne font toujours rien pour leur évacuation. Mais Sarko est là, avec deux avions du ministère des affaires étrangères. C'est finalement avec eux que nous rentrerons en Belgique. Les militaires français ont été d'une efficacité et d'une gentillesse à notre égard, merci à eux. Arrivés à Roissy, nous avons été accueillis par les autorité françaises avec la même attention, la même gentillesse. Médecins, psychologues, etc... Tous aux petits soins. D'accord, dans le contexte, ce sont des détails. Mais je vous assure qu'après tous ces événements, ça nous a fait beaucoup de bien. Un seul point "bof": le consul de Belgique chargé de prendre nos coordonnées à la sortie de l'avion était aussi accueillant et attentionné qu'un gardien de prison.... Fonctionnaire sorti trop tôt de son lit sans doute... C'est vrai, il est 5h du matin. A force, on ne sait plus très bien quoi.


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Saakashvili n'est certainement pas sans tort, c'est évident. Mais ses interventions face aux nombreuses agressions des miliciens et de l'armée russe avant le 7 août (et depuis plusieurs années) sur le territoire géorgien dans la province d'Ossétie ont toujours été minimes, prudentes, et contrôlées. C'est la réaction de Poutine qui fut totalement disproportionnée. De toute manière, même si les soldats géorgiens en Ossétie (rappel: eux aussi Force de Paix) avaient tirés avec un lance-pierre sur un chien errant, les russes en auraient profité de la même manière, envoyant les troupes venger la mort du chien. Le plus important, pour les russes, étaient d'envahir la Géorgie, de renverser Saakashvili pour le remplacer par un pantin semblable à Edouard Kokoïty ("président" ossète) ou Sergueï Bagapsh ("président" abkhase) ou Ramzan Kadyrov (président tchétchène) tous mis en place par Poutine, avant que la Géorgie ne rentre à l'OTAN décision qui devait être prise avant fin 2008.

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Mtskhêta. Vestiges du 1er siècle. Au sommet de la montagne, Djvari, église du 6ème siècle.

 

 

 

Au moment où j'écris ces lignes, 3 mois plus tard, les soldats de Poutine sont toujours présents sur 30% du territoire géorgien. La province d'Abkhazie est devenue russe de facto, pour le plus grand bonheur de la mafia locale (russe) et des propriétaires des villas de la riviera (russes). Quant à l'Ossétie du Sud, cette province inventée du temps de Staline, elle a été vidée de tous ses habitants géorgiens pour n'y laisser que les citoyens d'origine russe (d'Ossétie du Nord) et leurs descendants, installés là il y a 70 ans.

Faisant suite aux accords signés en août par Medvedev et Saakashvili, et sous les injonctions (timides) de l'Europe et des Etats-Unis, ainsi que de l'ONU, les autorités russes devraient permettre aux habitants déplacés durant le conflit de regagner leur maison (vide). Ce n'est toujours pas fait. Les différentes armées et milices devraient regagner leurs positions d'avant le 7 août. Ce n'est toujours pas fait côté russe: les régions frontalières avec l'Abkhazie sont encore occupées à ce jour, et des tirs de snipers sont régulièrement observés par l'OHCR, et ce jusqu'à Zugdidi, à 10 km de la province abkhaze. Une partie de la province mengrele est aussi contrôlée par les russes. Les observateurs européens devraient avoir accès aux régions séparatistes, mais au lieu de cela, ils sont refoulés aux frontières "devenues russes", au même titre que tout ceux n'ayant pas de visa russe.

Ce soir, je lisais encore un article sur les manifestations anti-gouvernement russes, ayant eu lieu aujourd'hui encore, manifestations évidemment interdites puis réprimées par Moscou. Et qui diabolisait les "répressions" de Saakashvili et de sa police, chargée d'empêcher les manifestants de commettre des actes violents, autour du Parlement lors des manifs d'opposants fin 2007? Ces mêmes personnes qui ont des intérêts en Russie, apparemment. Tant de choses sont critiquées par nombre de mécontents ou juste ignares: lorsque Saakashvili se fait élire avec 53% des voix, c'est assimilé à un échec plutôt qu'à un succès. Sarko s'est fait élire avec 53,06%, et Obama avec 52,6%. En 2004, Saakashvili avait obtenu plus de 90%, suite à la révolution des roses. Là, il a été critiqué en occident par nombre de journalistes: 90%, c'est louche!

Kasparov, le maître d'échecs, qui s'essaie à la formation d'un nouveau parti d'opposition, avec le soutien de nombreuses autres personalités. "Solidarité" qu'ils ont appelé ce nouveau parti. Poutine ne laissera pas faire. Affaire à suivre...

En octobre, un ex-journaliste de la rtbf devenu sénateur écolo, accompagné par une sénatrice MR, s'est rendu en Ossétie. De leur voyage, ils nous ont ramené un témoignage type, tel qu'on pouvait en entendre du temps de Brejnev lorsqu'un occidental revenait de Moscou. (Les soldats géorgiens ont rasé Tskhinvali, assassiné 2000 ossètes, etc...)

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Ce qu'il faut savoir : personne ne rentre en Ossétie, pas même (surtout pas, devrais-je écrire) les observateurs de l'OHCR. Les journalistes sont simplement refoulés, quand on ne leur tire pas dessus. Ce que ce sénateur a réussi à entreprendre, c'est de se faire guider par des militaires russes (seule possibilité pour visiter l'Ossétie), soutenus par les témoignages de quelques "civils" ossètes. Je pense que jamais ils n'ont demandé à connaître la version géorgienne. Tout ce qu'ils ont rapporté comme info n'est que la propagande russe circulant depuis des mois, voire des années, dans tous les journaux moscovites. Les maisons sois-disant ossètes, sois-disant pillées par les géorgiens...! Faites-moi rire! La moitié des maisons détruites qu'ils ont vues l'ont été lors de la première guerre séparatiste, et le reste sont des maisons d'habitants géorgiens chassés entre 1994 et 2008, et les maisons détruites par les milices ossètes après la retraite des soldats géorgiens, et pour cause puisque ces villages sont géorgiens. Les habitants, trop vieux pour partir ou ne sachant où aller et qui n'ont par conséquent pas fuit après la retraite de l'armée géorgienne ont eux, par contre, du subir la présence des russes, puis des milices diverses (Abkhazes et Ossètes, toujours sur les pas des blindés russes) et en effet, qui sait ce qu'ils et elles sont devenus. Réfléchissez... c'est clair qu'en 24h, sous le feu russe, ils n'avaient que ça à faire les soldats géorgiens. C'est bien connu aussi que les géorgiens sont des horribles tortionnaires sous les ordres du tyran Saakashvili, l'ami de Bush, et Poutine un grand bienfaiteur démocrate libéral qui a envoyé des missionnaires construire des routes, des écoles et des magasins de jouets en Tchétchénie depuis 10 ans !!! Même les géorgiens en rient, comme ils en riaient déjà sous Staline (rire jaune).

Militaires américains présents en Géorgie, c'est pas nouveau ! Les russes ont l'air de s'en offusquer depuis... le 10 aout!

Lien : http://www.regard-est.com/

Et la journaliste belge envoyée par la télévision vers le 14 août, et qui n'a pas quitté Tbilissi mais racontait des inepties basées sur les dires récoltés dans les rues de la capitale, au hasard de ses rencontres. Ce ne sera pas son témoignage qui aidera à contredire les deux autres clowns! Par contre, je tire mon chapeau à France 2 et France 24. Leurs journalistes ont été à Gori ou Poti dès les premiers jours du conflit, ont tenté de rentrer en Ossétie, ont interviewé des civils et des militaires des deux camps, et sont revenus en France avec des reportages qui, eux, étaient honnêtes, impartiaux.

Bien entendu, il y eut des fautes commises des deux côtés. Mais comme je l'expliquais plus haut, même si l'armée géorgienne n'était pas intervenue, Moscou aurait agit tôt ou tard. Cette guerre était planifiée depuis plus de 4 ans par Poutine: trop de vieux intérêts russes dans le Caucase du Sud, capitaux pour Moscou, et ce petit président géorgien de ce minuscule pays n'allait pas être plus difficile à renverser qu'un autre! Tout analyste vous expliquera aussi que l'engagement d'une telle armée sois-disant pour défendre les civils ossètes - rappel: devenus citoyens russes en territoire géorgien, par décision russe... - n'était pas destinée à la seule Ossétie, ni même à l'Abkhazie, mais aurait du envahir l'entièreté du territoire géorgien, ainsi que l'Azerbaidjan. Ils auraient pu y parvenir en quelques jours sans l'intervention ultra-rapide de l'Europe et des menaces étasuniennes. Ces soutiens, c'est le travail remarquable de Saakashvili ces dernières années qui les ont rendues possibles.

Moscou pensait aussi que l'opposition géorgienne allait les soutenir. Et bien non! Non seulement Saakashvili est soutenu par l'opposition, qui renoue ses relations avec le pouvoir, il l'est aussi des États-Unis, de l'Europe et... du reste du monde (sauf Shavez... et De Gucht!). Bien entendu, alors que la situation se "stabilise" un peu, l'opposition au président Saakashvili reprend ses vieilles habitudes, critiques diverses florissant à nouveau dans leurs discours. S'ils ne peuvent attaquer la présidence pour ses actions d'après le 7 août, ils s'en prennent à la cause du conflit en relayant ce que tout le monde peut croire: que c'est Saakashvili qui a ordonné cette guerre contre l'Ossétie. Comme vous l'aurez compris (j'espère), c'est pas si simple.

Vous l'aurez compris, à travers ce récit je tenais à remettre les événements à leur place, prenant parti sans aucun doute, sans aucune hésitation. Comment pourrait-il en être autrement? Au risque de me répéter, comment pouvez-vous imaginer une seule seconde qu'un petit pays (4,500,000 habitants sur un territoire grand comme le Benelux) puisse déclarer la guerre à la Russie, qui en comprend 200x autant, et avec une capacité militaire plus de 5000x supérieure?

J'aurai plaisir à tenter de répondre à vos interventions, éclaircir certains points. J'aurai le même plaisir à répondre à ceux qui doutent encore que la Russie, en 2008, soit capable d'engager une guerre contre un état souverain de la même manière qu'ils le firent en Tchétchénie. Poutine n'a pas de morale. Poutine est un kagébiste. Poutine est un assassin. Point.

Dans cette guerre, il aura fait des centaines de morts, mais aussi entre 120.000 et 150.000 personnes déplacées.


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http://www.europarl.europa.eu/


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