25/03/2009

Le cinéaste Merab Kokotchashvili à propos de l'Abkhazie.

 

Mérab Kokotchachvili nous fait le cadeau d'un texte à propos de l'Abkhazie. Je l'en remercie vivement.

MK


La Géorgie est sans doute un petit pays, mais géo-politiquement c'est un pays particulièrement intéressant : le Sud-Caucase, c'est le pont entre est et ouest, et entre nord et sud. Dès lors, toutes les puissances essayent de mettre la main sur cette région.

L'Abkhazie, c'est un tout petit territoire, 15 % de la Géorgie. Comprenant différentes ethnies, la plus importante étant les géorgiens (d'après les Abkhazes, aujourd'hui, on compte entre 40 et 60.000 géorgiens en Abkhazie), les Abkhaziens sont entre 20 et 25 % de la population totale d'Abkhazie.

Mais 250,000 géorgiens ont été déportés durant la guerre de 1992...

Ce territoire a toujours intéressé les grandes puissances. Les grecs, les romains, les byzantins, les turcs,... l'ont conquise avec les méthodes "diviser pour régner". Plusieurs ethnies, facilement manipulables pour créer des séparatismes, y ont toujours cohabité. Quand les grandes puissances conquérantes s'affaiblissaient, la Géorgie en profitait pour se réunifier et recontrôler l'ensemble du territoire. Et c'est pour ça que dans les organisations mondiales, aujourd'hui, ce territoire est reconnu comme la Géorgie, car cela a toujours été ainsi.

Quand la Géorgie était faible (économiquement ou politiquement), elle se divisait en différents royaumes. Le royaume Kartli et Kakhétie, Samegrelo, Guria, Imérétie, Abkhazie. Par contre, les bases religieuses et de langue était toujours les mêmes. Ces ethnies qui ont leur "patois", la base de ce "patois" est toujours géorgien. En ce qui concerne la langue Abkhaze, elle a la base de la langue caucasienne tout comme le géorgien. Cette base culturelle, linguistique ou religieuse a toujours existé comme force d'unification, et tant qu'existaient les conditions pour se réunir, les différents royaumes s'unifiaient. Par exemple, entre le 8ème et 9ème siècle, le processus de réunification débuta en Abkhazie. Le chef abkhaze de l'époque, Léon II, a commencé le processus avec l'aide de l'ethnie Kazar, du Nord-Caucase, de réunification des différents royaumes de Géorgie; ce processus a pris presque 2 siècles et au 12ème siècle, David le Bâtisseur a fait de la Géorgie un état très puissant. Son titre était "Le Roi d'Abkhazie, de Kakhétie, d'Imeretie, de Samegrelo, etc..."

Après l'arrivée des Mongols, qui ont envahi tout l'Orient et une partie de l'Occident, les Russes ont commencé à devenir une puissance importante. C'est à cette époque que les forces turques ont détruit Byzance . Byzance était Chrétienne, les Turcs étaient Musulmans.

La partie orientale de Géorgie était sous l'influence perse (Iran). L'influence de l'Islam était mortelle pour la partie occidentale de Géorgie, car cela voulait dire perdre la religion. Dans ces conditions, les Géorgiens ont cherché l'aide parmi les chrétiens, avec la Russie qui nous inspirait plus d'espoir. Mais pour les Russes, très intéressés par le Caucase pour diverses raisons géopolitiques, c'était très important de prendre la Géorgie en main, et comme Byzance, prendre en main l'Orient, les Balkans, le Bosphore, les Dardannelles, puis accéder à la Méditerranée. Ainsi, la Russie pouvait avoir le contrôle des routes Nord - Sud, et Est - Ouest.

La Russie, pour réaliser ses plans, avait besoin de la Géorgie, et des Géorgiens comme esclaves, car en cas de refus de la part des Géorgiens, la Russie diviserait à nouveau le pays en petites provinces (diviser pour régner).

Aujourd'hui, c'est exactement ce que la Russie est en train de faire avec la Géorgie. En premier lieu, la Russie a créé en Abkhazie et en Ossétie du Sud des séparatismes, et après, (NDLR : en "colonisant" les territoires avec des citoyens russes, en distribuant des passeports russes, en organisant des provocations entre les parties, et enfin en faisant intervenir 60.000 hommes et 3000 blindés, en bombardant des villes - Tskhinvali, Gori et Poti   entre autres) sans aucun droit, a reconnu ces territoires comme étant indépendants, et y a placé les armées russes.

Cette action peut toujours déclencher une guerre plus importante dans la région. La Géorgie n'acceptera jamais la terre enlevée par les Russes, et quand la situation le permettra, la Géorgie récupèrera ses territoires.

Aujourd'hui, le plus grand agresseur mondial, c'est la Russie. Si le monde a un peu de lucidité, il doit politiquement tout faire pour arrêter ces actions illégales des Russes. Les Abkhazes, avec la Géorgie, ont toujours eu les moyens et les droits de développer leur culture, leur économie, la religion, leur langue et d'autres intérêts propres. Ils avaient les écoles et les universités, les théâtres, la littérature, les rites religieux, même l'administration, tout était fait dans leur langue. Aujourd'hui, dans les écoles, cela se passe en Russe.

Il faut dire ici que c'est justement les Russes qui ont déportés et tués les musulmans Abkhazes durant la guerre Russie-Turquie dans les années 1876-1879, et seuls les Géorgiens défendaient les droits des musulmans Abkhazes, comme par exemple l'écrivain poète Ilia Chavchavadzé (qui fut assassiné).

Il y a peu, les Géorgiens ont proposé aux Abkhazes de créer une zone de libre-échange, de développer le tourisme, et de plus le poste de vice-premier ministre dans le gouvernement géorgien. Dans la constitution géorgienne existe le droit de se présenter pour le poste présidentiel pour tous, peu importe l'ethnie d'origine. En 1991, le parlement abkhazien avait le droit d'avoir plus de sièges de députés dans le parlement que n'importe quelle autre région, alors que, il faut souligner, ils sont minoritaires en Géorgie. On peut écrire beaucoup d'autres priorités que les Géorgiens leur ont proposé. Malgré tout ça, les Russes l'ont annexée et ce petit territoire, les Russes en ont fait une base militaire pour le Caucase. Aujourd'hui, nous aurions pu faire une zone de tourisme magnifique, mais les Russes construisent une base navale à Otchamchiré comparable à celle située à Sébastopol, ainsi qu'une base aérienne à Goudauta, et 4000 hommes à Gali, et apparemment, toujours à Gali, ils construisent un "mur de Berlin 2". C'est ce qui s'appelle une "action de paix" selon les Russes.

D'ici 10 ou 20 ans, en Abkhazie, il n'y aura plus un Abkhaze qui parlera Abkhaze. Comme aujourd'hui il n'existe plus l'ethnie qui s'appelait Ubikhi (ethie de souche abkhazienne originaire de Sochi) parce que les Russes les ont tués et déportés. (En 1919, la Géorgie a pu récupérer Sochi, mais en 1921 l'a à nouveau perdu (Bolchevics)).

Tout ce que la Géorgie a fait pendant des siècles pour unifier, les Russes et les séparatistes abkhazes et ossétiens, en 15 ans, ont tout détruit et ont créé des animosités. La Géorgie sera toujours contre cela. Elle comprend que la paix créée durant des siècles sur les terres abkhazes ou du reste de la Géorgie est basée sur des relations humaines et les égalités de droits.

MK2

Mérab Kokotchachvili

Cinéaste / réalisateur / documentariste / scénariste

Biographie de Mérab Kokotchachvili

 

 

 

 

 

 

C'est en pensant à sa sagesse que je me rendrai au rendez-vous de Mme le sénateur Isabelle Durant fixé pour demain, suite à ma réaction (publiée ici)  aux inepties du Rapport Dubié sur " l'agression géorgienne de l'Ossétie  ".  J'espère parvenir, avec l'aide de l'amie géorgienne qui m'y accompagnera, à au moins leur démontrer que la "version Dubié" est totalement tronquée. Néanmoins, je remercie Mme Durant de nous permettre de nous rencontrer et ainsi, à défaut d'être entendus des médias nationaux,  de l'être par le parti politique belge ayant le plus jeté un doute sur l'illégitimité flagrante des Russes dans leur intervention du mois d'août et dans leur gestion des "forces de paix" dans les territoires séparatistes.

Lundi, vous pourez en lire le compte rendu sur ce blog.

D.P. TbiliSite - 25 mars 2009

14/03/2009

Sur les relations Géorgie/USA/Russie

Nouvelles du jour :

Comme je vous en avais dit un mot il y a peu, deux articles importants seront publiés bientôt sur TbiliSite. Ils éclairciront certaines idées sur la Russie, sur la Géorgie. Un article écrit par Alexander Brailovsky paru sur le site d'un journal en langue russe, sur la "culture impérialiste russe". L'autre article, écrit par Merab Kokotchachvili* (en exclusivité!), sur les relations entre les peuples de Géorgie à travers le temps et les influences. Ne les ratez surtout pas !

* Merab Kokotchachvili est cinéaste. Il a tourné de nombreuses fictions ainsi que quelques documentaires sur différents aspects de la Géorgie, ancienne ou moderne. Filmographie.

D.P.

Visite officielle de Mat Bryza en Géorgie.

Le Secrétaire d'Etat pour les affaires européennes et eurasiennes des États-Unis, Mat Bryza a rencontré le président du Parlement géorgien et a examiné toutes les dossiers importants avec Davit Bakradze, y compris la politique interne du pays et la manifestation de protestation, prévue par l'opposition (le 19 avril).

Matthew Bryza dit, si certaines personnes veulent exprimer leurs protestations, ce n'est pas un problème pour les États-Unis. Il a dit, il y a peut-être certains politiciens de Washington qui aiment ou n'aiment pas, les Etats-Unis soutiennent la Géorgie et non une personne spécifique.

Le sous-secrétaire d'État adjoint a déclaré que les différents avis peuvent s'exprimer librement dans le pays, c'est donc que la démocratie existe. Les gens ont le droit d'exprimer leurs propres positions dans le cadre de la loi, sans aucune violence. Les États-Unis se félicitent d'un dialogue actif qui peut aider au développement de la démocratie et le fonctionnement des élections à la date prévue. Cela signifie le renforcement et l'approfondissement de la démocratie qui rend la Géorgie stratégique pour les États-Unis, ajoute Mat Bryza.

Davit Bakradze a commenté la réunion avec le Sous-Secrétaire d'État adjoint pour l'Europe et l'Eurasie des États-Unis: le gouvernement géorgien est d'accord que tout le monde est admissible a le droit de protestater tant que c'est dans le cadre de la loi.

Demain Matthew Bryza aura des entretiens avec le l'opposition non-parlementaire.

Commentaires : La Géorgie, comme n'importe quelle nation au monde, en accord avec les désirs des citoyens, en accord avec ses besoins, ses ambitions, a le droit de choisir ses partenaires. Le président Chevarnadzé, en connaissance de cause puisqu' ancien ministre des affaires étrangères sous Gorbatchev, a entamé ces rapprochements vers l'occident dès son arrivée au pouvoir, en 1992, sans sortir de la C.E.I.. Mais la corruption, très importante à l'époque, n'a pas rendu les choses simples. En 2003, avec Saakashvili, le processus s'accélère. Les aides européennes et américaines, les investissements dans les infrastructures, les énergies, tout cela est possible grâce aux efforts de plus en plus conséquents accordés par Bruxelles ou Washington. Jour après jour, étape par étape, le pays se porte mieux, même si ce n'est pas encore parfait, loin s'en faut. Alors les ripostes russes s'intensifient, et se précisent. De provocations en provocations, pour finir par ouvertement violer le territoire géorgien etc...

Les "anti-américains" peuvent juger la politique des Etats-Unis comme ils le désirent, et faire semblant de ne pas comprendre pourquoi les géorgiens préfèrent travailler avec eux plutôt que de retourner sous le giron russe. S'ils connaissaient ne fut-ce qu'un peu l'histoire de Géorgie (et parallèlement, l'histoire de la Russie) ils comprendraient déjà que les Géorgiens, pour rien au monde, n'accepteront de "capituler" face à la Russie, qu'elle soit de Poutine ou d'un autre président. Vouloir se rapprocher de l'occident, via les Etats-Unis ou l'Europe ou même via les deux, quitte à essuyer les salves punitives russes durant des années, est non seulement légitime, mais une nécessité vitale pour les géorgiens.

Le temps a passé, et les médias, alimentés par la crise, ont enterré le conflit. Mais depuis la guerre, la Géorgie, amputée de deux de ses provinces, a cessé d'exister pour elle-même aux yeux du monde. L'importance géo-stratégique du Sud-Caucase, colossale, devient évidente. Les géorgiens le savent depuis toujours, les occidentaux le savent grâce aux réactions rapides et très médiatisées de Sarko dès le début du conflit. Mais les russes le savent depuis tellement plus longtemps...

Que préfèreriez-vous: être marié à quelqu'un qui profite parfois de vos avantages mais qui vous donne tout ce dont vous avez besoin, ou vivre avec un ex-geôlier impuissant et alcoolique, perfide et pervers, un "ami qui vous veut du bien" mais qui vous dépouille de tout avec le sourire macabre de celui qui pense en même temps à ce dont il est capable, le pire, si un jour vous osez parler de divorce?

L' occident investit, permettant aux gens d'accéder - enfin! - aux avantages liés au mode de vie moderne quasi-mondial. Les russes, pendant ce temps, manipulent, mentent, trichent, massacrent en masse, anihilisent les oppositions jusqu'à pousser le peuple à regretter Staline!

D.P.