02/06/2009

Pourquoi je ne voterai pas ECOLO aux élections européennes.

Pourquoi je ne voterai pas ECOLO aux élections européennes.

mis à jour le 03 juin, 9h30

Voici un extrait des propositions du groupe ECOLO pour les élections européennes de ce 7 juin, concernant le Caucase et la Russie: un désastre politique du à l'ignorance des réalités de terrain et aux informations tronquées du sénateur sois-disant écolo Josy Dubié qui, heureusement, ne se représente plus aux élections cette année (mais est relayé par son frère Jean-Claude Defossé...).

A voir sur le site du parti ECOLO :

Les récents événements dans la région de même que la guerre russo-géorgienne ont montré que les « conflits gelés » et la question des minorités nationales n’ont pas été résolus depuis la fin de la guerre froide. Ce conflit déclenché par la Géorgie (1) a exalté les tensions existantes, démontrant la volonté de la Russie de s’imposer dans la région et ce particulièrement vis-à-vis de ses anciennes républiques, même si cela implique le recours à des mesures violentes, mais aussi le rôle ambigu de l’Union européenne ou de certains de ses Etats-membres dans les relations avec les ex-républiques soviétiques à tendance prooccidentale. A cela s’ajoute bien évidemment un ensemble d’enjeux géostratégiques, où les Etats-Unis se servent sans scrupules de la Géorgie (2) pour contourner la main mise russe sur l’exportation des immenses ressources gazières et pétrolières de la région de la mer Caspienne (3).

Par ailleurs, le surarmement de la Géorgie s’est opéré avec la complicité de plusieurs pays, dont certains Etats européens, les Etats-Unis et Israël (4)

La situation géorgienne a en outre montré qu’il convient, en toutes circonstances, de favoriser la voie du dialogue et de la coopération, de préférence au niveau européen : le recours à des moyens militaires ne favorise pas les solutions durables, mais qui plus est, il entraine de trop nombreuses victimes civiles.(5)

La Russie, d’un côté, doit accepter l’actuelle configuration « post-impérialiste » et multipolaire, tandis que la communauté internationale, de l’autre côté, et plus particulièrement l’Union européenne, doit se montrer plus modérée dans son soutien actuellement trop inconditionnel à des pays tels que la Géorgie (6), et favoriser la coopération avec la Russie plutôt que son isolement. Il y a lieu en effet, tout en dénonçant sans équivoque les violations de droits de l’homme en Russie lorsqu’elles existent, d’éviter la confrontation avec ce pays au profit d’un dialogue ferme, critique mais constructif (7). Il convient en outre d’imposer des critères stricts en matière de droits de l’homme et de démocratie, notamment avant d’envisager une quelconque possibilité d’élargissement de l’OTAN. En effet, tel que mentionné précédemment (voir supra « Veiller à ce que l’OTAN reste subordonnée à l’ONU et ne devienne pas un instrument d’intervention militaire »), toute nouvelle perspective d’adhésion à l’OTAN ne peut s’envisager si elle est susceptible de constituer un risque pour la coexistence pacifique entre les pays voisins et/ou membres de l’OTAN (8)

  1. « Ce conflit déclenché par la Géorgie » : c'est nier ce que tous les observateurs ont dénoncé longtemps avant le début des hostilités d'août, avec le nombre considérable de provocations russes dans les provinces séparatistes alors même que, depuis plus de 5 ans, nombre de propositions et de demandes de dialogues de la part de la Géorgie ont été systématiquement refusées par la Russie, et que l'Europe faisait la sourde oreille pour protéger ses intérêts gaziers avec la Russie.

    Qu'a fait l'Europe lorsque la Géorgie, membre du Conseil de l'Europe, a dénoncé la distribution de passeports russes dans les territoires séparatistes, donc à l'intérieur d'un territoire européen? Rien. Qu'a fait l'Europe lorsqu'un Mig a abattu un drone géorgien qui volait au-dessus de son propre territoire, c'est à dire en Europe? Y a-t-il eu sanctions ou remarques faites aux Russes pour violation de l'espace aérien géorgien, pourtant dénoncée par les (preuves radar) observateurs européens sur place ? Non, rien. Seuls les Etats-unis ont réagi pour soutenir Tbilissi et son intégrité territoriale.

  2. «  où les Etats-Unis se servent sans scrupules de la Géorgie... » : pourquoi cette formule unidirectionnelle et radicale? La Géorgie a besoin des Etats-Unis autant que les Etats-Unis ont besoin de la Géorgie. Les accords de coopérations entre les deux pays existent depuis de nombreuses années, et ont même débutés avec Shévardnadzé. Accords commerciaux, militaires et énergétiques, l'Europe se contentant d'observer et, en tout point, sans critiquer ni Tbilissi ni Washington pour ses accords. Les européens auraient du en faire autant afin de ne pas isoler la Géorgie entre Russie et USA.

  3. «  ... pour contourner la main mise russe sur l'exportation des immenses ressources gazières et pétrolières de la région de la mer Caspienne »: ignorance de la réalité : les ressources en hydrocarbures de la Caspienne n'ont justement pas de mains-mise russe (étant contrôlées par l'Azerbaidjan et l'Iran) et c'est la raison première de la tentative d'invasion de la Géorgie par la Russie! 

  4. « le surarmement de la Géorgie s'est opéré avec la complicité de plusieurs pays, dont certains Etats européens, les Etats-Unis et Israël » ... Et alors? Un état souverain n'a-t-il plus le droit de s'armer pour se protéger? Et que veut dire « surarmement »? L'armée géorgienne, avant les accords de coopérations militaires avec les States, n'existait pour ainsi dire pas. Le budjet de la défense était de 50 millions de $ en 2004 et est passé à 850 millions de $ en 2007. Pour vous donner une idée de ce que cela représente, la Belgique en a dépensé 2.53 milliards pour un territoire en "zone de paix durable", plus de deux fois plus petit que la Géorgie, et avec une armée déjà équipée depuis longtemps, alors que l'armée géorgienne devait partir de zéro. Notons par ailleurs qu'il n'y a pas d'aviation mais juste quelques hélicoptères, qu'il n'y a pas de marine mais uniquement quelques patrouilleurs des gardes côtes - coulés par les russes en août dans le port de Poti alors qu'ils n'étaient pas une menace, étant à quai!   Avec l'aide de qui la Géorgie devrait-elle se défendre si l'Europe ne la soutient pas? Sans matériel de défense, c'est tout le pays, et non seulement les deux provinces géorgiennes séparatistes, qui serait devenu province russe! Si Tbilissi avait été soutenue fermement et unilatéralement non seulement par Washington mais aussi par Bruxelles (afin de ne pas isoler la Géorgie entre Russie et USA...), il en aurait été autrement et la guerre d'août n'aurait certainement pas pu se développer. Mais surtout, si Poutine ne menait pas de politique agressive, personne n'aurait ni le besoin ni l'envie de s'en protéger et de vouloir rentrer, pour ce faire, au sein de l'Otan.

  5. « La situation géorgienne a en outre montré qu'il convient, en toutes circonstances, de favoriser la voie du dialogue et de la coopération, de préférence au niveau européen...  » Une des nombreuses contradictions des écolos ! C'est ce que Tbilissi demande depuis des années aux européens !!! Et c'est pour ne pas avoir pris au sérieux les menaces dénoncées par la Géorgie au Conseil de l'Europe, pour ne pas avoir écouté les très nombreuses demandes de la Géorgie d'envoyer des soldats de la paix européens en Abkhazie et en Ossétie, et non uniquement des « soldats de paix » russes, pour ne pas avoir aidé Tbilissi dans leurs - à nouveau très nombreuses - propositions de résolutions de conflit, qu'il a été possible pour la Russie de s'installer définitivement en Géorgie ! C'est pour ces raisons que Tbilissi a fait confiance à Washington car les States, au moins, ont toujours écouté et soutenu la Géorgie, bien entendu, mais aussi AGI, contrairement à l'Europe occidentale (malgré les recommandations des ex-pays du bloc soviétique, tels la Pologne, les pays baltes ou la Tchéquie qui savent trop bien à qui ils ont affaire avec Poutine)

  6. « Union européenne doit se montrer plus modérée dans son soutien actuellement trop inconditionnel à des pays tels que la Géorgie » : ...et qui va défendre les peuples "revendiqués" par Poutine? ...et quelles sont les conditions que les écolos mettraient sur la table des négociations entre Russes et Géorgiens? On donne 20% du territoire géorgien aux Russes et après on discute? C'est justement parce que l'Europe a été TROP MODEREE que les plans d'annexion des provinces séparatistes ont pu se mettre en place, petit à petit, par les stratèges russes et le FSB !

  7. «  d'éviter la confrontation avec ce pays (la Russie) au profit d'un dialogue ferme, critique mais constructif » L'Europe ne sera jamais forte ou crédible si elle est lâche. L'Europe doit s'affirmer. Les provocations russes, qu'elles soient à propos de la Géorgie ou des autres pays du Sud-Caucase ou des républiques du Nord-Caucase, de l'Ukraine, des pays baltes, ou des conflits gaziers de cet hiver ne trouveront pas de réponses dans un « dialogue ferme, critique mais contructifs ». Poutine en n'a rien à faire de ce que pensent les européens. Ils ne se gêneront pas pour s'en prendre à qui ils le veulent, tel qu'ils l'ont toujours fait. Medvedev n'a-t-il pas déclaré, fin août, "La Russie n'a aucune peur d'une nouvelle guerre froide"?

  8. «  toute nouvelle perspective d’adhésion à l’OTAN ne peut s’envisager si elle est susceptible de constituer un risque pour la coexistence pacifique entre les pays voisins et/ou membres de l’OTAN » : Là aussi, si l'Europe avait fait sont travail avec pertinence et intelligence, la Géorgie n'aurait pas besoin de l'OTAN pour garantir la sécurité de son territoire. Maintenant, pour avoir laissé Poutine et consors mener sa politique anti-occidentale (sauf pour les hydrocarbures!), il faudra que l'Europe, tout comme les Etats-unis, la Chine et d'autres, s'impose dans le Caucase pour y régler, le plus diplomatiquement possible, les autres conflits en attente de solution. Je pense au Haut Karabagh disputé par les arméniens et les azéris, et je pense aussi à l'Ingouchie qui souhaite de plus en plus s'éloigner de Moscou, à la Tchétchénie qui n'est pas du tout sortie indemne de sa guerre avec Moscou, etc....

 

Conclusions :     

Le projet européen du parti ECOLO concernant le Caucase est bourré de contradictions, méconnaissant égoïstement les réalités de terrain. Les Ecolos prennent délibérément parti contre la politique géorgienne de rapprochement à l'Europe et à l'Occident en général, prenant plus aisément la défense de l'agresseur plutôt que de l'agressé, par peur du voisin russe maffieux et belliqueux, niant le besoin de justice pourtant indispensable à l'équilibre dans la région. Lors de notre entretien avec la secrétaire générale du parti Ecolo, Madame Isabelle Durant, nous lui avions expliqué ces réalités. Les nombreuses résolutions du Conseil de l'Europe et de l'ONU nous donnant raison sur la quasi-totalité de nos prétentions, je n'arrive pas à comprendre l'acharnement des écologistes belges contre Tbilissi et, par voies de conséquences, contre les choix de toutes les anciennes républiques soviétiques qui souhaitent sortir définitivement de l'influence russe. 

Dubié a royalement - si j'ose dire - foutu le bordel dans la politique internationale du parti, c'est vrai, mais comment les autres mandataires écolos n'ont-ils pas été plus méfiants vis-à-vis de lui, alors que l'on sait bien que Dubié est, toute proportion gardée, un extrémiste notoire que personne n'écoute à part les nostalgiques de l' "âge d'or de la RTBF"?

Il m'est par conséquent impossible de donner ma voix aux écologistes pour les élections européennes. Les questions internationales sont trop périlleuses pour êtres prises à la légère, et, maintenant, il est clair qu'il y a incompatibilité totale entre "politique internationale" et "politique verte". Ce n'est pas le même monde. On ne peut combattre les idées hégémoniques et maffieuses de Poutine (et de 100% de la Douma)  avec des fruits et des légumes (tomates mis à part).

Pour les élections provinciales, c'est différent. Là, l'écologie y est à sa place. Ne fut-ce que pour contrer le MR anti-social ou l'extrème droite ! Mais attention, lorqu'on est capable d'avoir une politique européenne ou internationale aussi lamentable, ça ne me donne aucune confiance en eux, en général. Et je suis le premier à le regretter (ceux qui me connaissent ne me contrediront pas).

D.P.

A lire aussi, le Blog de Laure Mandeville, journaliste réellement spécialiste de la Russie, correspondante pour le Figaro. Russo-phile et -phone, amoureuse de la Russie depuis l'âge de 11 ans, ses analyses sont justes, et montrent à quel point le système post-soviétique n'est pas celui que décrivent les experts et autres politologues. Incontournable.

31/03/2009

Compte-rendu de notre entrevue avec Isabelle Durant, sénatrice Ecolo, à propos du "rapport Dubié/Defraigne"

I Durant photo rtbf

Isabelle Durant :

à propos du "rapport Dubié/Defraigne".

Bruxelles, jeudi 26 mars, début d'après-midi. Nous arrivons à la maison des parlementaires un peu en avance, mais nous ne devons pas attendre trop longtemps madame la sénatrice: Isabelle Durant arrive presque à l'heure, accompagnée par Francisco PADILLA, son conseiller en affaires internationales.

Je suis nerveux, non pas à cause de cette entrevue, mais de peur de ne pas pouvoir me retenir quant aux gros mots qui me viennent en tête à propos de ce rapport, tant il y a de quoi. Mais après les présentations d'usages, lorsqu'il a fallu lancer la discussion, face à madame Durant, le calme qui me caractérise en temps normal reprend le dessus! Il faut dire qu'en exposant le point de vue géorgien et, bien entendu, tout en expliquant nos griefs contre Josy Dubié et sa visite partiale en Ossétie, je voyais Madame Durant nous écouter attentivement, sans beaucoup réagir sinon pour quelques précisions, corrections ou avis divergeants.

Ce qu'il en est sorti, après 50 minutes d'intérêts sincèrement réciproques pour nos positions, nos points de vues, c'est que les Ecolos ne connaissent pas grand chose ni de la situation en Géorgie, ni de l'histoire de Géorgie, ni de ce qui s'est réellement déroulé en août, mais ne demandent pas mieux que de connaître. Et 50 minutes, c'était très peu. Nous aurions pu discuter encore quelques heures.

Ce qui ressort de cette entrevue, finalement, c'est quoi..? Difficile de répondre. Nous pensons qu'il est positif que Ecolo, à travers Isabelle Durant et Francisco Padilla, souhaîte peut-être en savoir plus avant de "re-juger" les événements d'août différemment de Dubié, mais a besoin de preuves au moins aussi solides et fondées que les témoignages recueillis par Dubié en Ossétie. Mais, ce que je pense aussi, c'est que même avec ces preuves, jamais Ecolo ne fera machine arrière, pour plusieurs raisons:  

1. Il existe déjà tant de preuves accessibles, surtout pour des parlementaires, que s'ils le voulaient, ils auraient déjà fait leur erratum depuis longtemps.
2. Les intérêts européens pour la Russie sont incontournables, intérêts dans des relations étroites positives afin d'éviter un retour à la guerre froide (au moment où je vous écris, les Russes construisent des bases navales et aériennes en Géorgie!!!), et sans doute aussi intérêts gaziers, une erreur au moment où il est question de diversifier les sources d'approvisionnement en évitant la Russie, et notons aussi que justement Poutine, en s'attaquant à la Géorgie, rêve de ruiner le projet Nabucco ou de s'en emparer, et nous revoilà au point de départ à acheter du gaz uniquement aux russes !.  
3. Etant le seul parti politique à avoir autant critiqué la Géorgie, la part de la population qui croit la version pro-russe
(pro-russe non par choix, mais par conséquence) de Dubié,  trouvant certainement l'ex-journaliste vedette de la rtbf impartial puisqu'il le dit, ou qui a apprécié ce rapport parce que à contre-courant de ce que tout média rapportait des événements,  ou tout simplement pour avoir apprécié le côté "anti-Bush" des propos dudit Dubié, cette part non négligeable, à un jet de pierre des élections de juin, peut avoir un impact conséquent...
4. Pourquoi n'ont-ils jamais cherché à connaître le point de vue géorgien auparavant, sinon parce qu'ils n'y trouvaient aucun intérêt?  Il existe une ambassade de Géorgie à Bruxelles, à deux pas du Parlement. C'est la moindre des démarches qu'ils auraient pu faire. En cela, ils ont adopté la méthode Dubié: on ne questionne qu'un seul camp pour n'avoir qu'un seul avis, celui qui arrange (ou qui dérange, c'est selon ce qui arrange).

Bien sûr, l'écolo en moi depuis 25 ans me pousse à croire que le parti écologiste est capable de modifier son jugement avec raison, mais je ne suis pas certain qu'on parle de la même écologie... Par contre,  puisque les écolos n'ont pas hésité à croire Poutine, Medvedev, Lavrov ou Tchourkin, alors c'est certain, on peut croire en tout. Dossier à suivre, avec beaucoup d'intérêt.

D.P. - TbiliSite, avec M.M.