27/05/2009

Comment insulter l'Eglise et en faire un partenaire radical, en une leçon.

L’influent chef de l'Église orthodoxe géorgienne, Ilia II, est intervenu en insinuant que l'opposition devrait mettre de côté l’ exigeance de la démission du président.

« Une partie de notre population exige la démission du président. Je tiens à dire que cette question est très complexe et généralement, dans une certaine mesure, c'est devenu une règle dans notre pays, avec le premier président [Zviad Gamsakhurdia], et le deuxième président [Eduard Shevardnadze] contraints de démissionner. Et vous savez ce que ces démissions ont fait pour nous.»

« Peut-être, il serait plus correct - c’est tout simplement mon opinion personnelle, que nous nous écoutions les uns les autres. Nous devrions être capable d'écouter tout le monde, nous devrions nous écouter les uns les autres et accepter que c’est la bonne idée», a-t-dit.

« Chaque personne a sa propre opinion, mais cela ne signifie pas que l'on doit absolument la mettre en action. Une personne doit écouter les autres et pas une unique personne(...).  Les pensées catégoriques signifient qu'une personne ne peut pas écouter les autres et il pense que la vérité est seulement en lui, et que cette idée devrait être mise en œuvre. (...) Nous devrions tous nous rappeler que nous sommes tous frères, il devrait y avoir unanimité parmi nous.(...) Des opinions différentes doivent exister, mais cela ne veut pas dire qu'ils doivent absolument être mises en oeuvre. »

«Nous sommes arrogants. L'arrogance est une de nos caractéristiques. L'arrogance est un péché terrible. L'arrogance a ruiné l'ange et le transforme en démon. »

Ces paroles prononcées lors du sermon du patriarche le jour de la fête nationale géorgienne ont fâché quelques dizaines de manifestants de l’opposition et, lors du rassemblement devant le Parlement, ont demandé aux dirigeants présents (Salome Zourabichvili, Levan Gachechiladze, Nino Burjanadze, Zviad Dzidziguri, Davit Gamkrelidze et Eka Beselia) de ne pas revenir en arrière et de continuer les actions radicales.

Quelques unes des paroles des leaders radicaux :

«Nous allons agir de façon décisive et très activement. Nous n'allons pas faire marche arrière. Probablement que personne ne devait s'attendre à ce que le patriarche géorgien aurait proposé d'aller renverser Saakashvili, le patriarche bien entendu ne dirait pas cela. » (Nino Burjanadze).

« Je savais que sa sainteté aurait fait mais n'a pas été autorisé à faire la déclaration que nous voulions. Mais il ne nous a pas dit que nous ne devons pas lutter, nous devons agir par nous-mêmes. Notre chef spirituel est un exemple et une force immense pour nous, mais il ne peut pas faire ce qui est à nous de faire, il ne peut pas lutter à notre place. » (Eka Beselia)

«Tant que le sang coule dans mes veines je ne vais pas permettre à Saakashvili de régner dans notre pays. Maintenant, je vais vous dire ce qui s'est passé aujourd'hui et vous jugerez par vous-mêmes. Aujourd'hui, le patriarche géorgien a été pris « en otage », car il n'a pas été autorisé à dire ce qu'il allait dire dans son discours. Ils l'ont effrayé et ne l'ont pas laissé dire ce qu'il allait dire. Mais de toute façon, nous lutterons jusqu’à la fin. » (chanteur et militant Giorgi Gachechiladze)

Ce qui revient à dire que le chef de l’Eglise géorgienne est aux ordres du parlement, et qu’il n’a pas le droit d’avouer qu’en fait, il soutient les actions radicales de l’opposition... donc, les manifestants sont bénits et peuvent continuer leurs blocages des trains, des camions, des avions, tout de ce qu’ils veulent jusqu’à ce que tout le monde démissionne, que tout le monde sorte dans la rue, qu’on organise une grande révolte, et qu’enfin Poutine puisse faire intervenir ses troupes et bombarder Tbilissi pour protéger ses nombreux ressortissants présents dans la capitale... Et voici comment, en manipulant un peuple exacerbé par 50 jours de manifestations improductives, on parvient à ses fins malgré l’absence d’arguments cohérents.

Sur ce, les manifestants se sont dirigés vers la gare centrale pour y bloquer les trains en partance, non sans violences.

08/05/2009

Tbilissi, une journée comme une autre.

 

Tbilissi, une journée comme une autre.

jeudi 7 mai 2009.


porte 04Ce mercredi en fin de journée, des militants de l'opposition on tenté de pénétrer dans les bâtiments de la police de Tbilissi dans l'intention de faire libérer trois autres militants qui, la veille, s'en étaient violemment pris à un journaliste de la télévision publique. Cette action visait plus certainement à provoquer les autorités plutôt qu'à libérer leurs amis. En effet, depuis près d'un mois d'actions et de provocations, les forces de l'ordre ne sont jamais intervenues contre les manifestants ou des militants, malgré le durcissement des provocations, et les opposants radicaux repoussent systématiquement leurs limites, s'ils en ont encore...

Il s'en est fallu de peu que leur projet aboutisse.

Giorgi Gachechiladze, le chanteur qui s'était enfermé dans une fausse cellule dans les studios de la télévision de l'opposition, est apparu devant les quelques centaines de manifestants rassemblés face au Parlement, pour demander à tous de se rendre vers la police demander la libérations des trois camarades emprisonnés (et "battus par la police" - sic!). Arrivés devant le bâtiment, les manifestants ont secoué les grilles, puis ont insulté les policiers qui étaient à l'extérieur, entre la grille et l'entrée du commissariat, lorsqu'un des leader est passé par-dessus puis a couru vers la porte du commissariat, mais a été aisément bloqué par une dizaine d'hommes. Ce qui suivit était assez invraisemblable: les manifestants, en réaction, ont projeté bâtons et pierres vers les agents, qui ont renvoyé les projectiles vers les manifestants. Six blessés de chaque côté puis quelques autres par la suite, aucun grièvement.

Le pire a sans doute été évité, car si les manifestants étaient parvenus à pénétrer dans les locaux de la police, où des armes sont entreposées, personne ne sait comment la soirée aurait pu se terminer.

La totalité de la scène a été filmée par les télévisions présentes, et parmi la petite foule de manifestants, on a pu voir trois ou quatre leaders radicaux, dont Nino Burdjanadzé, considérée comme la "tête" des radicaux. C'est elle qui donna l'ordre de retourner vers les grilles du commissariat, poussant plus loin les provocations alors que les manifestants s'éloignaient.

Ce matin, les trois hommes ont été relâchés. Interviewés par les médias, ils étaient en parfaite santé, contrairement au journaliste qu'ils ont tabassés il y a deux jours, et contrairement aux dires des leaders radicaux, toujours en recherche de provocations.

C'est sous l'avis du Catholicos, le chef de l"Eglise orthodoxe de Géorgie, Ilia II, que les autorités ont libéré les détenus ce jeudi matin malgré les accusations qui pèsent sur les trois jeunes gens. A présent que les leaders de l'opposition imaginent pouvoir agir sans crainte d'être inquiétés, qui peut savoir jusqu'où ils iront, et combien de journalistes, entre autre, se feront tabasser?

Hier soir, en suivant les événements à la télévision "Maestro" appartenant à l'opposition, je n'ai plus douté des graves dangers qui pèseraient sur le pays si le moindre de ses leaders devait prendre le pouvoir. Alors qu'ils réclament le départ du président actuel parce qu'entre autre "la presse est sous contrôle du pouvoir et n'a aucune objectivité", j'ai assisté à un véritable exemple de partialité. Durant trois heures, on a entendu les témoignages des seuls opposants et manifestants (très grossier et insultants vis-à-vis de ceux qui ne veulent pas les rejoindre - 99% de la population - mais aucune personne neutre, aucune personnalité, et bien entendu, aucun représentant du pouvoir. Et ce n'est qu'un exemple.

Actuellement, seul Alasania, le chef de l'Alliance pour la Géorgie, un des partis de l'opposition radicale, a accepté la proposition de dialogue de Saakashvili. Et même s'il y a mis des conditions, c'est un progrès, mais loin d'être suffisant : les autres leaders, tels Salomé Zourabishvili qui a dit aujourd'hui "Il est grand temps pour Saakashvili de se réveiller, de réaliser ce qui se passe et de nous rencontrer - comme nous le demandons depuis longtemps déjà ( !!! ) - de nous dire comment il voit une issue à cette crise". Ce que la population, celle qui n'est pas dans la rue, celle qui se fait insulter chaque jour par ceux qui y sont depuis presque un mois répondrait : que tout le monde rentre chez soi ou retourne à son travail, ce serait plus intelligent et plus constructif! Mais pour l'opposition, accepter le dialogue dans d'autres termes que ceux qu'ils exigent, serait s'avouer vaincus. Et accepter, le lendemain des heurts contre les policiers, serait s'avouer en tort. Et puis, que feraient les Russes sans leurs exécutants en Géorgie? On n'ose y penser.

Hier, des diplomates européens ont exposé leurs positions communes concernant les manifestations en cours. Quelques morceaux choisis :

" Nous condamnons fermement tous les actes d'humiliation, d'intimidation et de violence. Par exemple, des scènes à l'extérieur de la télévision publique, où les journalistes ont été physiquement et verbalement agressés, ont incité notre préoccupation car elles sont tout simplement inacceptables". Ou : " Nous encourageons les autorités, en toute transparence, à continuer les enquêtes sur toutes les allégations de violences et d'agressions, et si elles conduisent à des conclusions, les personnes devront être jugées devant les tribunaux. Nous exhortons également toutes les parties à faire preuve de retenue et de s'abstenir de violence et de propos incendiaires." Ce qui signifie primo, que les radicaux sont trop violents et secundo, que les autorités sont trop passives. C'est exact, mais face à cette violence, le gouvernement n'a pas d'autre choix que de rester distante pour ne pas additionner la violence à la violence, car il sait que l'opposition utiliserait immédiatement l'incident contre lui, comme fin 2007 dans des conditions similaires, où même les européens ont cru que la réaction d'alors contre les violences des manifestants ont été trop dures. (Fallait voir Londres ou Strasbourg....)

Bref, la Délégation de la Commission européenne et du représentant spécial de l'UE pour le Caucase du Sud, Peter Semneby, a appelé les autorités et l'opposition à s'engager "en discussions sérieuses et constructives en vue de surmonter l'impasse actuelle et d'entreprendre les réformes politiques nécessaires pour consolider la démocratie géorgienne". Ce que dit aussi l'ONU.

Pendant ce temps, un diplomate géorgien, Vakhtang Maisaia, a été arrêté pour espionnage. Comme quoi il n'y a pas que des Russes, allez-vous penser. Vous n'auriez qu'en partie raison: ce diplomate, durant la guerre d'août, a transmis les positions des soldats géorgiens aux Russes, entre autres choses. Voici ce que dit le ministère de l'intérieur:

"Au cours de la guerre Russie-Géorgie, il a transmis des informations à propos de la Géorgie et des unités militaires, du matériel militaire et de leur quantité, et aussi sur leur emplacement, en faveur de la Russie. En échange de ces informations, de l'argent a été transféré sur son compte en banque [à Bruxelles - ndlr]", a déclaré le ministère de l'Intérieur.

Maisaia, qui est titulaire d'un doctorat en sciences politiques, a servi de conseiller à la mission géorgienne au sein de l' OTAN entre 2004 et 2008 . A Bruxelles donc.

A suivre...

D.P.

 

 

10/02/2009

Mariage princier à Tbilissi

Mariage princier à Tbilissi dimanche dernier. Sans doute un acte politique, mais pas seulement.

mis à jour le 10 fév. 12h28

Ce mariage est un événement un peu hors du commun, étant donné le contexte actuel : certaines erreurs, que personnellement je peux facilement comprendre - mais ça n'engage que moi, pèsent sur le président Saakashvili. Et bien que la confiance du peuple lui soit plutôt favorable, elle vacille quelque peu depuis la guerre; l'opposition, auparavant à la limite du ridicule dans ses discours populistes, se renforce grâce à l'arrivée de quelques personnalités venant du camp de Saakashvili principalement, mais manque encore beaucoup de crédibilité, étant elle-même très divisée, n'ayant en commun que le désir de prendre le pouvoir. Et enfin, nombreux sont aussi les gens qui ne voient aucune personnalité politique réellement capable de prendre les rennes et mieux faire que le président actuel ou quiconque de quelque parti que ce soit.

Ce mariage est donc très révélateur de l'ambiance qui règne à Tbilissi et dans le reste du pays.

Ceci dit, l'aspect émotionnel n'est pas à négliger non plus. A part certains dans les provinces pro-russes et qui n'ont pas cette mémoire parce qu'arrivés très récemment dans le Caucase Sud, tels les "Ossètes" qui sont arrivés entre la fin du 19ème et les années staliniennes, une très grande majorité des Géorgiens sait que, sans le colonialisme russe puis soviétique qui dura 200 ans, ce serait - peut-être - un(e) descendant(e) du roi Davit qui serait installé sur le trône...

Et c'est donc ce dimanche que le prince David Bagrationi-Moukhraneli et la princesse Anna Bagrationi-Grouzinski se sont mariés dans la cathédrale de la Trinité à Tbilissi.

David Bagrationi, qui est né en Espagne mais vit depuis 2003 en Géorgie, ne s'est jamais, à ma connaissance, impliqué dans la vie politique géorgienne. Mais ce mariage qui unit deux branches différentes de la famille royale, est un acte symbolique autant que politique. Symbolique parce que l'union des deux principales branches de la famille Bagrationi fait penser à l'union des ethnies géorgiennes en général, et politique... pour la même raison!

C'est clair, l'union fait la force. Tiens, c'est la devise de la Belgique ET de la Géorgie. C'est pas un hasard!

Sans doute aurait-il fallu, au lendemain de la chute de l'Urss, rétablir la monarchie rapidement... après un stage chez nous, histoire de comprendre comment deux peuples d'origines aussi éloignées que Wallons et Flamands n'ont pas (encore) déclenché de guerre civile! Mais est-ce que cela aurait empêché cette énième invasion russe de cet été? Quoi qu'il en soit, le débat reste ouvert... mais cela ne doit pas nous faire oublier combien la Géorgie est encore en souffrance, qu'il y a pas loin de 400.000 personnes déplacées par les deux guerres et n'ont que peu d'espoir de regagner leurs terres, eux ! 

(Pour la petite histoire, les provinces sécessionnistes, Abkhazie et "Ossétie du Sud", n'ayant jamais connu d'autres rois que les rois géorgiens, puisque eux-même géorgiens depuis presque toujours, ne pourront jamais compter sur un quelconque monarque pour les libérer du joug russe post-soviétique!)

Tiens, serais-je royaliste? Oui, de plus en plus! Je préfère que celui qui est responsable de nous soit un vieil arrivé plutôt qu'un arriviste parvenu, en général. Bien sûr, David Bagrationi, même si formé depuis quelques années pour cette éventualité, ne connait pas encore tous les rouages et les sensibilités de la société géorgienne. Il peut à présent  compter sur l'aide de son épouse...

Signalons aussi que le Patriarche Ilia II, qui les a marié dimanche, est le premier soutien de la monarchie géorgienne.


D.P.