26/05/2011

Rencontre avec son excellence Gega Mgaloblishvili, ambassadeur auprès de l'OTAN à Bruxelles

Aujourd'hui, 26 mai, c'est un jour particulier pour la Géorgie. Non pas pour son actualité - les manifestations récurentes des opposants au régime du Président Saakashvili pour lesquelles j'ai déjà consacré plusieurs articles par le passé - mais parce qu'il y a juste 20 ans, après une tentative réprimée par Moscou dans le sang en 1989, la Géorgie s'est libérée de la Russie pour enfin, après plus de 70 ans de soumission et d'exactions diverses et variées, accéder à son indépendance.

Alors que la Russie soviétique n'a pu réagir vis-à-vis des nations européennes - Pologne, Tchékoslovaquie, Hongrie, Roumanie, Pays Baltes etc... - lorsqu'elles ont "fuit" l'influence de Moscou pour rejoindre ce qu'elles n'auraient jamais du quitter : l'Europe démocratique de l'Ouest, nombreux pays, nombreuses républiques "autonomes" plus éloignées de l'influence géopolitique de l'occident ont du subir les foudres de Moscou, parfois extrêmement violemment, comme en Tchéchénie par exemple (200.000 morts et disparus, mise en place d'un régime maffieux extrêmement violent totalement sous contrôle de Moscou).

La "petite" Géorgie n'a pas échappé à ces répressions de la part des dirigeants ex-soviétiques. Les vieux conflits gelés depuis des années que ce soit au Sud ou au Nord Caucase, en Transnitrie ou ailleurs, sont soigneusement "entretenus", et d'une manière plus perverse, plus insidieuse aves l'Abkhazie ou l'Ossétie du Sud dont le point culminant fut la guerre qui opposa Moscou à Tbilissi en août 2008. Et, sur ce sujet O combien brûlant, beaucoup de questions se posent à propos de la politique menée par Poutine et ses prédécesseurs.

Depuis décembre 2008, TbiliSite a tenté d'expliquer, de commenter pour les lecteurs francophones les événements en rapport avec l'agression et l'occupation russes en Géorgie, afin de combler le vide médiatique sur le sujet dans notre presse traditionnelle. En fait, l'élément déclencheur de la création de ce blog fut la visite de notre sénateur "écolo" Josy Dubié en Russie et en "Ossétie du Sud" un mois après les hostilités de 2008, démontrant combien nos politiques sont ignorants sur le sujet, agravant une situation déjà pas des plus simples. Le "témoignage" de Dubié (et Defraigne - MR) a fortement dégradé l'image de la Géorgie auprès de l'opinion du public belge et étranger, à tort, et lorsque j'ai rencontré Mme Durand, co-présidente du parti Ecolo, afin de lui faire part de notre indignation (mot faible) à propos du rapport de Dubié, elle n'a pu que nous faire part de son ignorance en la matière, ce qui n'était pas fait pour me rassurer sur l'avenir de la politique que mènerait Bruxelles dans ses relations avec Tbilissi et avec Moscou. Craintes confirmées par ailleurs.

Il reste du chemin à parcourir encore pour que la Géorgie, qui a tant besoin de l'Europe pour atteindre ses aspirations de vraie démocratie à l'occidentale, parvienne à ses fins. Moscou, aux yeux des dirigeants occidentaux, représente un tel marché et aussi un tel danger qu'il vaut mieux s'en faire un ami qu'un ennemi... et préfère par conséquent carresser Poutine dans le sens de son poil...

L'interview que j'ai pu réaliser avec Son Excellence l'Ambassadeur de Géorgie auprès de l'Otan - et je l'en remercie très vivement une fois encore ainsi que son premier conseillé, Mr Bessarion JGHENTI- éclairera sans nul doute le lecteur sur ces questions, et d'autres...

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22/09/2009

L'Europe réagit... via les "anciens"

 

Lettre ouverte à propos de l'inactivisme européen qui permet la construction d'un MUR entre l'Abkhazie et le reste de la Géorgie, signée par des anciens ministres ou présidents de nations européennes, ainsi que Daniel Cohn-Bendit, Timothy Garton Ash, André Glucksmann entre autres.

Expo Rustaveli 07

Il leur aura fallu du temps, mais leur lettre devrait peser quelque peu sur la conscience des dirigeants européens, et ceci juste avant le sommet du G20 aux Etats-Unis cette semaine.

Le présedent géorgien Mikheil Saakashvili s'est d'ailleurs entretenu avec Hilary Clinton aujourd'hui, cette dernière rassurant à nouveau quant à son soutien inconditionnel. Mais la nouvelle de l'abandon du projet de radars et de missiles de défense en Pologne et en Tchéquie démontre que l'administration américaine peut encore céder du terrain, mettant en avant le besoin de collaboration à propos de l'Iran : la Russie, alliée technologique (nucléaire!) et militaire (ventes et/ou livraisons d'armes et de missiles) de l'Iran devra faire preuve de moins de cynisme dans ce dossier.

Quant au dossier géorgien, il sera vraissemblablement sur la table de Medvedev dès la remise de l'enquête sur la guerre d'août 2008 par la Commission dirigée par la diplomate suisse Heidi Tagliavini, quoi qu'en pense Mr Lavrov (lire sur ria novosti).

D.P.

Voici le texte en question :

Alors que l’Europe commémore la honte du Pacte germano-soviétique et des Accords de Munich et s’apprête à célébrer le vingtième anniversaire de la chute du Mur de Berlin, une question s’impose : avons-nous retenu les leçons de l’Histoire ? Autrement dit : sommes-nous capables de ne pas répéter aujourd’hui les erreurs qui ont à ce point assombri le 20e siècle ?

Déplorer ou célébrer des événements passés ne présente aucun intérêt si nous restons sourds à leurs enseignements. De telles commémorations seront utiles seulement si elles nous permettent d’apprendre à agir autrement dans le présent et l’avenir.

En Europe même, force est de constater que l’Histoire n’est pas finie et qu’elle demeure tragique. vingt ans après l’émancipation de la moitié de notre continent, un nouveau Mur se construit en Europe : sur le territoire souverain de la Géorgie.

Il s’agit d’un défi majeur pour les citoyens, les institutions et les gouvernements européens : acceptera-t-on que les frontières d’un petit pays soient changées par la force et de manière unilatérale ? Tolérera-t-on l’annexion de facto de territoires étrangers par une grande puissance ?

Pour que les commémorations historiques qui s’annoncent aient un sens, nous appelons solennellement les leaders des 27 démocraties, qui composent l’Union européenne, à définir une stratégie plus active pour aider la Géorgie à recouvrer pacifiquement son intégrité territoriale et à obtenir le retrait des forces russes présentes illégalement sur son sol.

Nous n’appelons pas ici à une quelconque confrontation avec Moscou, ni ne souhaitons le moindre retour à l’atmosphère hostile de la guerre froide, nous disons juste qu’il est primordial de ne pas se tromper dans les signaux envoyés au pouvoir russe actuel.

Alors qu’une commission, mise en place par l’Union européenne et dirigée par la diplomate suisse Heidi Tagliavini, s’apprête à rendre son rapport sur les causes de la guerre russo-géorgienne, nous appelons les dirigeants européens à se remémorer quelques vérités héritées d’un passé pas si lointain.

Tout d’abord une grande puissance trouve toujours des prétextes pour envahir un voisin dont elle n’accepte pas l’indépendance. Souvenons-nous : Hitler accusa les Polonais d’avoir ouvert le feu les premiers en 1939 et Staline imputa aux Finlandais la responsabilité de la guerre qu’il déclencha contre eux en 1940. La question fondamentale est de savoir quelle est la nation occupée et quelle est la nation occupante? Qui a envahi qui, plutôt que qui a tiré la première balle ?

Ensuite, l’absence de réaction claire des démocraties occidentales face à l’agression et au démembrement d’une nation amie, aussi petite soit-elle, peut avoir des conséquences globales très graves.

L’Union européenne fut fondée en réaction à l’esprit de capitulation de Munich et face à l’érection du Rideau de fer. Il serait catastrophique aujourd’hui qu’elle paraisse avaliser le retour de conduites, qui plongèrent l’Europe dans la guerre et la division au siècle passé. Il en va de l’avenir de cette aventure, à laquelle nous avons consacré nos vies et nos œuvres, la réunification pacifique du continent européen.

Vaclav Havel, Valdas Adamkus, Mart Laar, Vytautas Landsbergis, Otto de Habsbourg, Daniel Cohn-Bendit, Timothy Garton Ash, André Glucksmann, Mark Leonard, Bernard-Henri Lévy, Adam Michnik, Josep Ramoneda.