26/05/2011

Rencontre avec son excellence Gega Mgaloblishvili, ambassadeur auprès de l'OTAN à Bruxelles

Aujourd'hui, 26 mai, c'est un jour particulier pour la Géorgie. Non pas pour son actualité - les manifestations récurentes des opposants au régime du Président Saakashvili pour lesquelles j'ai déjà consacré plusieurs articles par le passé - mais parce qu'il y a juste 20 ans, après une tentative réprimée par Moscou dans le sang en 1989, la Géorgie s'est libérée de la Russie pour enfin, après plus de 70 ans de soumission et d'exactions diverses et variées, accéder à son indépendance.

Alors que la Russie soviétique n'a pu réagir vis-à-vis des nations européennes - Pologne, Tchékoslovaquie, Hongrie, Roumanie, Pays Baltes etc... - lorsqu'elles ont "fuit" l'influence de Moscou pour rejoindre ce qu'elles n'auraient jamais du quitter : l'Europe démocratique de l'Ouest, nombreux pays, nombreuses républiques "autonomes" plus éloignées de l'influence géopolitique de l'occident ont du subir les foudres de Moscou, parfois extrêmement violemment, comme en Tchéchénie par exemple (200.000 morts et disparus, mise en place d'un régime maffieux extrêmement violent totalement sous contrôle de Moscou).

La "petite" Géorgie n'a pas échappé à ces répressions de la part des dirigeants ex-soviétiques. Les vieux conflits gelés depuis des années que ce soit au Sud ou au Nord Caucase, en Transnitrie ou ailleurs, sont soigneusement "entretenus", et d'une manière plus perverse, plus insidieuse aves l'Abkhazie ou l'Ossétie du Sud dont le point culminant fut la guerre qui opposa Moscou à Tbilissi en août 2008. Et, sur ce sujet O combien brûlant, beaucoup de questions se posent à propos de la politique menée par Poutine et ses prédécesseurs.

Depuis décembre 2008, TbiliSite a tenté d'expliquer, de commenter pour les lecteurs francophones les événements en rapport avec l'agression et l'occupation russes en Géorgie, afin de combler le vide médiatique sur le sujet dans notre presse traditionnelle. En fait, l'élément déclencheur de la création de ce blog fut la visite de notre sénateur "écolo" Josy Dubié en Russie et en "Ossétie du Sud" un mois après les hostilités de 2008, démontrant combien nos politiques sont ignorants sur le sujet, agravant une situation déjà pas des plus simples. Le "témoignage" de Dubié (et Defraigne - MR) a fortement dégradé l'image de la Géorgie auprès de l'opinion du public belge et étranger, à tort, et lorsque j'ai rencontré Mme Durand, co-présidente du parti Ecolo, afin de lui faire part de notre indignation (mot faible) à propos du rapport de Dubié, elle n'a pu que nous faire part de son ignorance en la matière, ce qui n'était pas fait pour me rassurer sur l'avenir de la politique que mènerait Bruxelles dans ses relations avec Tbilissi et avec Moscou. Craintes confirmées par ailleurs.

Il reste du chemin à parcourir encore pour que la Géorgie, qui a tant besoin de l'Europe pour atteindre ses aspirations de vraie démocratie à l'occidentale, parvienne à ses fins. Moscou, aux yeux des dirigeants occidentaux, représente un tel marché et aussi un tel danger qu'il vaut mieux s'en faire un ami qu'un ennemi... et préfère par conséquent carresser Poutine dans le sens de son poil...

L'interview que j'ai pu réaliser avec Son Excellence l'Ambassadeur de Géorgie auprès de l'Otan - et je l'en remercie très vivement une fois encore ainsi que son premier conseillé, Mr Bessarion JGHENTI- éclairera sans nul doute le lecteur sur ces questions, et d'autres...

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30/06/2010

Pour ceux qui restent... Cadeau !

25/06/2010

La Russie ne respecte pas ses engagements.

Ce n'est pas nouveau... mais une fois encore c'est dit, et non-relayé par nos médias.

"La Russie ne respecte pas ses engagements en Géorgie"

d'après le blog Europe de la Défense BXL2.

Irakli Porchkhidze, le secrétaire général adjoint du Conseil national de sécurité de Géorgie : « La Russie bloque l'exécution complète du mandat d'EUMM (la mission d'observation de l'UE), alors que le mandat de l’EUMM s’exerce normalement sur l’ensemble du territoire géorgien dans ses frontières reconnues internationales. Les conséquences sont désastreuses sur le terrain : nous assistons à une dépopulisation, une militarisation des 2 enclaves, et une menace à la souveraineté géorgienne. ».

"Epuration ethnique"

« La Russie occupe un territoire qu’elle ne contrôlait pas avant 2008. Et on assiste sur les territoires occupés à une véritable épuration ethnique » affirme-t-il. « Environ 400.000 géorgiens ne peuvent rentrer chez eux. Mais il n'y a pas que les Géorgiens: il y a aussi quelques minorités comme des Estoniens ou Grecs. Les Russes ont rasé des villages en Ossétie, afin de porter atteinte à l’équilibre démographique. On retrouve la même situation en Abkhazie. Il n’y a plus que 10.000 personnes (alors qu’avant 40.000 habitants). Il y a un processus de dépeuplement en cours. »

"Une forteresse militaire"

Ce n'est pas tout ! « En violation flagrante du cessez-le-feu, 10.000 soldats russes sont stationnés sur les territoire occupés. Les Russes en ont fait une forteresse militaire. Nous sommes à 40 Kms de Tbilissi. C'est un endroit stratégique. Car l'autoroute Est Ouest qui relie les deux parties de la Géorgie, est un lien vital pour son équilibre, sa sécurité et le commerce. La présence militaire exerce une véritable pression psychologique. L'État géorgien se trouve en état de siège. » explique-t-il. « Il y a des coûts humains mais aussi environnementaux. Les Russes extraient en Abkhazie des pierres, du sable, des métaux, pour exporter des matériaux en Russie, notamment pour les travaux des J.O. de Sotchi. On menace ainsi l'équilibre géologique et environnemental. »

"EUMM doit rester et aller en Ossétie et en Abkhazie"

Et le responsable géorgien de lancer un appel au maintien de la mission européenne EUMM. « Elle est nécessaire. C'est la seule force internationale présente dans la région. (...) La Russie a toujours pensé que la présence d’observateurs internationaux en Géorgie n'était pas nécessaire. Elle a utilisé le mécanisme consensuel de l’OSCE pour bloquer la présence de l’OSCE, tout comme de l’ONU. L’EUMM est la seule présence internationale sur lequel la Russie n’a pas de veto. Cette présence sur le terrain est le préalable nécessaire à la stabilité à venir. Il est essentiel d’étendre la mission EUMM et d’avoir accès aux territoires occupés. »

23/02/2010

L E S G R O S T I T R E S D E L A V R O V

L E S   G R O S   T I T R E S   D E   L A V R O V

Sergueï Lavrov, lors de son interview à la station de radio Ekho Moskvy la semaine dernière, a une nouvelle fois diffusé les contre-vérités usuelles concernant l'agression de la Russie en août 2008. Niant les faits rapportés dans le rapport Tagliavini de l'Union Européenne, lequel est, rappelons-le, clair quant aux accusations de fortes provocations de la part des russes, que ce soit en Abkhazie ou en « Ossétie du sud », les jours précédant le 07 août.

Rappelons qu'avant d'intervenir et de déclencher ce qui deviendra une (tentative d') invasion totale de la Géorgie (en prenant soin de continuer le nettoyage ethnique débuté il y a près de 20 ans dans les deux provinces séparatistes, de piller, d'assassiner, de raser les villages géorgiens et de bombarder des civils dans tout le pays...) il a été clairement établi que Moscou n'a jamais considéré son rôle de « force de maintien de la paix » comme tel, mais bien comme une force d'abord de préparation à l'annexion de l'Abkhazie et de l' « ossétie du sud », ensuite de russification massive et intensive des populations par le FSB, empêchant en cela toute idée d'un retour à la mère-patrie géorgienne, avec en « récompense » l'octroi d'un passeport russe, de force pour certains, sur le territoire géorgien, bafouant les lois plus élémentaire du droit international. Et enfin la remise en état des infrastructures leur permettant de faire pénétrer très rapidement leurs armées et leurs blindés stationnés juste de l'autre côté des frontières géorgiennes depuis plusieurs mois... Tout cela sans sanctions, sans même d'avertissements de la part de la communauté internationale. L'Europe a laissé faire, sans doute trop occupée à se demander quel serait le prix à payer pour... sa prochaine facture de Gaz russe.

Je cite Lavrov : « Moscou n'avait pas de plans pour s'emparer de Tbilissi en août 2008. C'est M. Saakachvili qui parle toujours de cela », ajoutant que « une idée comme celle-ci ne peut provenir que de son imagination malade. (Le journaliste a répondu en disant que Saakachvili parle quand il n'a aucune cravate dans sa bouche. Haha.) Notre tâche [en août 2008] a été facile: elle était de défendre les citoyens pacifiques et nos casques bleus. Comme pour les actions hors des frontières de l'Ossétie du Sud, sur le territoire de la Géorgie, nous avons travaillé uniquement sur les points d'où provenaient les tirs visant l'Ossétie du Sud », a donc déclaré le ministre russe, ajoutant que, lorsque cette tirs ont cessé, les troupes russes étaient de retour sur territoire sud-ossète.

« Rien n'était prévu », a- t-il encore ajouté. Quel cynisme... Les troupes russes, suivies par des milices et mercenaires divers, tout en bombardant Poti, Gori, Tbilissi, Kutaisi, Telavi, Batumi, Bakuriani et 36 villages répartis dans toute la Géorgie, sont descendues jusque Kaspi... 30 km de Tbilissi. Sans l'intervention (10 ans trop tard) de l'Europe et de Sarkozy (qui a très mal géré cette crise, soi dit en passant), Là aussi, ce sont des faits depuis longtemps dénoncés, mais pour lesquelles la force de la propagande russe a réussi à jeter le discrédit aux yeux des médias occidentaux.

Le Rapport Tagliavini... Parlons-en. Incomplet bien que déjà pas mal documenté, un résumé tendancieux, probablement tronqué par maintes fausses preuves (notons que les éléments fournis par Tbilissi étaient accompagnés de nombreuses preuves en images satellites et autre enregistrement, ce que les russes étrangement n'ont pu faire). Sa remise au parlement européen eu lieu le 30 septembre 2009, et déjà à partir du 26 septembre les russes faisaient courir le bruit - via Lavrov notamment - que c'étaient les géorgiens qui avaient commencé la guerre, et que Moscou n'avait fait que son devoir en tentant de protéger « sa population » (des russes donc, depuis la distribution généreuse de passeports russes en ossétie du sud). Quatre jours avant que Mme Tagliavini remette ce rapport... Le lavage de cerveaux, ceux de nos journalistes en premier, ceux de nos élus en second, ont pour beaucoup été convaincus de la véracité de ce discours. Pour preuve, les titres des articles parus à l'époque. Sans équivoque, c'est Tbilissi qui attaqua le premier! Sans équivoque? D'accord, les titres le disent. Il ne faut pas fâcher Moscou. Mais lisez les articles jusqu'au bout, ces articles que la plupart des lecteurs ne prennent la peine de lire, ni même le FSB apparemment, et déjà le journaliste un peu pus scrupuleux nous nuance son titre,expliquant ce que moi-même je vous explique ici : LE mensonge russe.

Un jour sera diffusé sur nos ondes le film de Sir Andrei Nekrasov, cinéaste-documentariste russe présent en Ossétie et en ossétie du sud avant, pendant et après la guerre. "Les Leçons Russes", un reportage. Pas une fiction comme celle sortie des studios du FSB. Du vécu, et par un russe qui plus est!

Lavrov devrait en chiquer ses boutons de manchettes... mais vu l'aisance avec laquelle il trompe le monde, je doute qu'un seul sourcil ne fronce.

 

D.P.

 

22/02/2010

Manifestation / commémoration de la déportation des Tchétchènes et des Ingouches par Staline en 1944.

COMMUNIQUÉ

 

Bruxelles, le 21 février 2010

 

Manifestation / commémoration de la déportation des Tchétchènes et des Ingouches par Staline en 1944.

 

Ce mardi 23 février, comme chaque année, une manifestation est organisée pour marquer l'anniversaire de la déportation des Tchétchènes et Ingouches par Staline en 1944.


Cette année cependant, à cause des nombreux événements qui secouent le Caucase Nord, en Tchétchénie et en Ingouchie, mais aussi en Ossétie, au Daguestan, où Poutine et Medvedev agissent de manière très stalinienne avec les nombreux opposants - meurtres, disparitions, purges y sont quotidiens - nous devons ensemble dénoncer non seulement ces agissements inhumains contre les peuples du Caucase, mais aussi les carences des institutions internationales face aux abus massifs des droits de l'homme et des innombrables violations du droit international aux portes de l'Europe.


De même, nous nous devons de dénoncer les atrocités perpétrées en Géorgie par les forces d'occupation russes, et, en victimes ou en témoins, rappeler à tous qu'une guerre a encore cours en Géorgie, ce qui explique le soutien d'une grande partie de la diaspora géorgienne et sa présence lors de cette manifestation.

Depuis la « fin » de la guerre d'août 2008 durant laquelle la Russie s'est emparée de vingt pour-cent du territoire géorgien (intégrité territoriale reconnue par la totalité des membres de l'ONU y compris par la Russie en 1991), les abus des forces d'occupations russes et des régimes séparatistes soutenus par Moscou depuis 20 ans, restent très... préoccupants, et l'existence même de ces événements semble démontrer combien l'Europe démocratique est impuissante face à une Russie déterminée à recouvrer son hégémonie passée, au détriment des peuples qu'elle soumet, au détriment de l'Europe qu'elle manipule.


Date, heure : le 23 FEVRIER à 15 HEURES

Lieu de la manifestation : PLACE SHUMAN, 1040 BRUXELLES

Pour info : Nicolas Werth, Les crimes de masse sous Staline (1930-1953), Encyclopédie en ligne des violences de masse, [en ligne], publié le 28 décembre 2009, consulté le 22 février 2010, URL : http://www.massviolence.org/Les-crimes-de-masse-sous-Stal...-1930-1953, ISSN 1961-9898

Personne de contact : mail via ce blog (bouton « couriel » à gauche!)

 

Derek Prager

Tbilisite.skynetblogs

 

 

19/02/2010

Résumé de la situation en Abkhazie

Après sa rencontre avec Dmitri Medvedev, Sergueï Baghapsh, le chef du régime séparatiste pro-Russe de la province géorgienne occupée d’Abkhazie, résume sa dernière visite à Moscou en parlant du déploiement des forces militaires russes sur le territoire abkhaze qui aurait été une décision prise par son gouvernement, et non par l’occupant russe. Dans les bureaux de l'agence de presse Itar Tass, le chef du régime séparatiste a aussi rencontré le président de la diaspora géorgienne Mikheil Khubutia. Mr Khubutia a déclaré aux journalistes, après la réunion, qu'ils ont parlé du problème de l`intégrité territoriale de Géorgie, que leurs positions divergeaient, mais toutefois, il estime que le dialogue doit être poursuivi. Medvedev, quant à lui, vient de déclarer le président géorgien Mikheil Saakashvili « persona non grata en Russie »... belle démonstration d’ouverture et de démocratie pour la Russie!

L'OTAN dénonce la signature mercredi d'un accord russo-abkhaze sur le déploiement d'une base militaire russe dans la province abkhaze. "L'OTAN considère les accords passés entre la Russie et les territoires géorgiens comme illégitimes, la position de l'OTAN à ce sujet reste inchangée", a indiqué Mme Romero citée par les médias internationaux. Elle a fortement critiqué la Russie d’avoir signer cet accord avec le régime fantoche de l'Abkhazie séparatiste, impliquant la construction d'une base militaire. La porte-parole de l'OTAN a aussi exprimé la position officielle de l'alliance concernant la coopération de la Fédération de Russie avec les séparatistes. Elle dit que l'accord signé viole les accords existants et a appelé Moscou à revenir sur la décision. «L'Alliance appelle la Russie à retirer ses troupes à la ligne où elles se trouvaient avant le conflit d'août 2008 et insiste sur l'accès des observateurs "à l'ensemble du territoire géorgien" ». L'accord porte sur une durée de 49 ans avec prorogation automatique tous les 15 ans, en contradiction avec les accords précédemment signés par Moscou, notamment le document de Sarkozy signé à la fin de la guerre de 2008.

A Gali, village géorgien et ethniquement géorgien situé en Abkhazie le long de la frontière avec la Mengrelie, où les soldats de la force d’occupation russe enlèvent et rançonnent nombre d’habitants chaque semaine, la situation est catastrophique : un mur de séparation, avec postes de gardes, tours d’observations etc..., se construit, pareil à celui de Berlin, sous l’oeil incrédule des observateurs européens présents en face... impuissants face aux enlèvements, face au nettoyage ethnique qui, tant que les soldats russes seront présents sur la terre géorgienne, ne cesseront jamais.

« L’indépendance » tant souhaitée par les abkhazes, ce ne sera jamais les russes qui la leur offriront, la Russie n’y ayant aucun intérêt. L’Abkhazie ne les intéressant que pour sa situation géopolitique, le peuple, comme depuis plusieurs siècles, n’ayant aucune valeur à leurs yeux, aucun effort d’aucune sorte n’est réalisé par les forces d’occupations en vue d’améliorer les conditions de vie des Abkhazes. Ils sont dépouillés de leurs terres au profit des oligarques et autres amis du régime de Poutine qui y construisent des datchas tout le long de la côte, de Sukhumi jusque Sochi, quand ce n’est des bases militaires, base navale, etc... La langue abkhaze n’étant plus la langue officielle, remplacée de plus en plus par le russe, alors même que le prétexte des abkhazes pour se séparer du reste de la Géorgie est basé sur leur besoin – légitime et toujours soutenu et guaranti par Tbilissi – de protéger leur culture.

A Sochi, ancienne ville géorgienne offerte par Staline à la Russie soviétique, les travaux continuent en préparation aux jeux olympiques d’hiver de 2014, faisant beaucoup de dégats sur les terres abkhazes, à croire qu’ils utilisent l’Abkhazie comme réservoir de matières premières naturelles tels les gravats du fond des rivières, dragués puis envoyés à Sochi, créant d’importants dégats écologiques, par exemple. La réserve de main d’oeuvre n’est pas Abkhaze, par contre,, ce qui crée quelques tensions parmis les citoyens abkhazes dont bon nombre est sans travail depuis... 20 ans.

15/01/2010

Le FSB (ex-KGB) ne fait plus recette...

 

Article complété le 17/01/2010 à 3h10 par D.P.

Le vice-ministre de l'Intérieur russe a accusé la Géorgie d'héberger des « militants ». L’accusation arrive deux semaines après que le Service Fédéral de Sécurité russe (FSB) ait déclaré, à propos de ces mêmes militants, qu'ils recevaient des fonds de la part non seulement de la Géorgie, mais aussi des Emirats Arabes, de la Turquie et de l'Azerbaïdjan.

Citant le vice-ministre de l'Intérieur Arkadi Yedelev, Ria Novosti insiste : "Les groupes terroristes sont entraînés dans des bases militaires en Géorgie par des instructeurs étrangers, pour commettre des actes terroristes sur le territoire de la Fédération de Russie." Paroles prononcées lors d’un discours à Vladikavkaz, en Ossétie (du nord).

Il y a quelques semaines encore, l’état-major de l’armée russe a déclaré « craindre que Saakashvili ne profite de l’absence de communications du à la neige entre l’armée russe présente en Ossétie (du nord) et celle dans la province d’ « ossétie du sud »(Géorgie occupée) pour "attaquer à nouveau Tskhinvali", et même les journalistes de l'Echo de Moscou en rient encore... C’est que plus grand monde ne peut encore croire les mensonges en provenance du FSB ou des ministères. Depuis des décénies, c'est la même méthodologie de propagande, les mêmes effets d'annonces sous la direction de Vladimir Poutine qu'à l'époque de Brejnev. Depuis que Poutine a déclaré qu’assassiner des journalistes faisait plus de bruit que de les laisser parler, finalement, quelques langues et quelques plumes se délient, se libèrent dans la presse d'opposition ET dans quelques médias proches du pouvoir, mais bien entendu, ne sont pas encore suffisemment relayés par les grands médias occidentaux, toujours à l’écoute, précisément, de Ria Novosti...

Alors en effet, si le KGB ne fait plus recette en Russie, leur technique ne semble pas encore coutumière pour nos journalistes peu méfiants, voir naïfs... Pour résumer le "problème", il faut se rendre compte d'où proviennent les informations diffusées par notre presse. En général, pour des raisons de budget, un journal comme Le Soir ou La Libre utilisera les dépêches d'agences officielles ou "indépendantes", comme Reuter ou AFP. Ces agences reprenant elles-mêmes trop souvent les dépêches provenant des services de presses gouvernementaux, Le Soir ou La Libre auront par conséquent relayé les nouvelles rédigées dans un bureau du FSB sous l'autorité de V. Poutine entre autre, sans prendre la peine d'y ajouter un avis éclairé: d'où viendrait-il?

Sans doute nos journalistes - non pas reporters, en voie de disparition - ne prennent pas la peine ne fut-ce que de creuser un peu plus loin dans l'information reçue. Si c'était le cas, nombre d'erreurs de jugement commis par nos élus ou simples citoyens aurait pu être évité. Et sans doute ce qui fut un énorme succès pour le FSB, ce fut de très très largement diffuser le fait que, dans le rapport Tagliavini, oui, c'est bien la Géorgie qui a attaqué Tskhinvali le premier (c'eût été un comble que ce ne soit les Russes) ommettant bien entendu d'en préciser les raisons, et ommettant surtout d'ajouter que, dans ce même rapport, on peut y lire les pires des accusations à l'encontre de Moscou, leur cupabilité de Génocide et de Nettoyage Ethnique, leurs provocations en attaquant durement les villages géorgiens des jours avant la contre-attaque géorgienne, la liste est imptressionante, je vous assure, j'en ai lu les 900 pages contrairement aux journalistes sus-nommés!

Même pour les plus ignorants, tenter de faire croire au monde que la Géorgie, avec ces 4 millions d'habitants et ces quelques milliers de soldats, ne rêve que de se battre contre l'armée rouge...vous y croyez?

Mais nous en reparlerons : un dossier est en préparation, qui mettra en parallèle les informations belges, russes, géorgiennes, françaises et... chinoises. Un vrai régal.

D.P.

 

15/12/2009

L'Europe et ses contradictions... stratégiques?

L'Europe et ses contradictions... stratégiques?

Les faiblesses que la Russie apprécie.

Depuis la guerre russo-géorgienne du mois d'août 2008, l'Europe s'est très fortement fragilisée face à la politique étrangère de messieurs Poutine, Medvedev et autre Lavrov. Ce que nous constatons au travers de nombreuses décisions, de nombreuses démarches entreprises par certains membres de la communauté européenne. Petit rappel historique :

Dès le début de 2008, le gouvernement géorgien, via le Conseil de l'Europe, a maintes fois averti la communauté internationnale de l'intention affichée par la Russie de renforcer ses troupes en présence dans les provinces séparatistes d' « Ossétie du Sud » et d'Abkhazie, en contradiction des accords de paix signés après la guerre civile de 1992, ainsi que d'autres infractions graves commises par le pouvoir russe dans le cadre de ses responsabilités en tant que « force de maintien de la paix » dans ces deux provinces.

La distribution de passeports russes aux citoyens légalement géorgiens des deux territoires fut sans aucun doute la plus grande provocation de la Russie non seulement vis-à-vis des géorgiens, mais surtout vis-à-vis de la communauté internationale. Mais, bien entendu, l'erreur commise par cette dernière a été d'admettre, en 1992, que seule les forces russes seraient présentes en Géorgie en tant que force d'interposition entre les séparatistes et Tbilissi. Une Russie pas très neutre, et dont tous connaissaient les intérêts dans le sud Caucase, ne pouvait qu'amener à une solution violente de règlement de ce conflit à leurs seuls profits.

Depuis 1992, la Russie, bien installée en Géorgie pour des années dans un statu-quo relatif, a uniquement joui de sa position pour envenimer la situation déjà explosive entre les parties. De provocations en provocations, sans autre réaction que la simple constatation des faits par les observateurs européens présents dans la région.

Lorsque Mikhaeil Saakashvili arrive au pouvoir en 2003, après la Révolution des Roses, il affiche clairement sa volonté de régler la « question des séparatismes » lors de son mandat, et très rapidement contraint le gouverneur pro-russe d'Adjarie de quitter le pouvoir. Ceci se passe sans aucune violence de la part de Tbilissi: c'est le peuple adjare qui réclame la démission d'Aslan Abashidzé à Batoumi, en mai 2004. Depuis, la province adjare, dont aucune infrastructure ne fut modernisée depuis la chute de l'empire soviétique, peut se venter d'être entrée au XXIème siècle dans l' « ère moderne », pour le plus grand bonheur de ses 400,000 citoyens. Mais pour l'Abkhazie et l' « ossétie du sud », qui ont une frontière commune avec la Russie, c'est nettement plus compliqué. La diplomatie russe, sous le contrôle de Lavrov, n'a aucun désir de voir le gouvernement pro-occidental de Tbilissi récupérer leurs territoires. Les provocations, d'un côté comme de l'autre, vont dès lors se multiplier en nombre et en intensité. Sous l'oeil des observateurs européens, impuissants. Mais, un fait est certain, l'Europe sait ce qui se passe, mais n'intervient pas. De toute façon, quoi qu'elle décide, la Russie ne respectera aucune de ses obligations. Tbilissi patiente.

Mais plusieurs événements vont contraindre les russes à intensifier leurs provocations envers la Géorgie. La Russie, dont l'économie repose essentiellement sur la vente des hydrocarbures à l'Europe, voit d'un très mauvais oeil le projet de contournement de leur territoire par le pipeline Nabucco, projet de multinationales européennes et américaines pour amener les hydrocarbures azerbaidjanais et irakiens de la Mer Caspienne vers l'Europe centrale et du sud via la Géorgie et la Turquie. Rendre le Caucase instable ruinerait ce projet, et la Russie aurait ainsi le quasi-monopole du gaz vendu à l'Europe, via l'Ukraine et via deux autres projets, russes ceux-là: Southstream et Northstream. Poutine, avec diabolisme et autres manipulations diverses, envoie les patrons de Gazprom recruter des investisseurs en Europe : Shröder, l'ex-chancelier allemand (engagé par Gazprom dès l'élection de Mme Merkel), Berlusconi et le groupe italien ENI, et Sarkozy via EDF, décident d'injecter des millions d'euros dans les projets russes, en totale contradiction avec les recommandations de la Communauté Européenne qui soutient Nabucco, plus désireuse de diversifier l'approvisionnement en gaz que d'empocher des dividendes de Gazprom.

Lorsque l'on sait tout cela, on comprend qu'on peut légitimement avoir de gros soupçons sur qui a provoqué qui dans le déclanchement de la guerre d'août 2008. Rappelons-le, outre de nombreuses victimes des génocides organisés par les milices ossètes et abkhazes soutenus par les « forces de paix » russes (voir rapport Tagliavini), cette guerre a vu des centaines de milliers de personnes déplacées : leurs villages entièrement détruits par l 'armée russe entre le 1 août et le 15 août ne leur donnant d'autres choix que de fuir vers Tbilissi. Les deux provinces séparatistes ont été totalement vidées de leurs citoyens autres que russes, abkhazes ou « sud-ossètes ».

La signature de cessez-le feu entre Sarkozy, Medvedev et Saakashvili a sans aucun doute sauvé l'état géorgien d'une totale annexion à la Russie - projet initial de Poutine - mais n'a rien résolu quant au fond. D'autant que Moscou, en reconnaissant l'Abkhazie et l' « ossétie du sud », se donne ainsi le droit de ne respecter aucun des points d'accords du cessez-le-feu en question, et laissant ainsi dans l'impunité totale les criminels de guerre russes, abkhazes, ossètes... (Pour pousser la provocation, nombre de ces criminels de guerre viennent d'être décorés par Medvedev...)

De toute manière, la Russie a toujours été la nation de l'impunité totale : les dizaines de millions de morts du soviétisme n'ont toujours pas été "vengés", contrairement à ceux de l'Allemagne nazie, ou du Rwanda, de Serbie, du Kosovo... Alors pourquoi s'en ferait-elle?

Ria Novosti, agence de presse sous la coupe de la propagande ex-soviétique, étant une des seules sources d'informations pour les agences occidentales, l'opinion publique européenne ne peut comprendre le conflit russo-géorgien que du point de vue russe, donnant raison à l'intervention de l'armée russe en ossétie sous couvert de « protection des citoyens russes », alors que ce sont les russes eux-même qui 1. ont distribué illégalement les passeports russes - de gré ou de force - aux ossètes, 2. ont attaqué les villages géorgiens d'ossétie - bien avant le 8 août, s'attendant à une riposte de l'armée géorgienne de maintien de la paix pour protéger ses citoyens, et 3. ont depuis des mois préparé cette intervention, amassant des milliers d'hommes et de matériels dans le Caucase Nord aux frontières géorgiennes, etc... (voir le documentaire du cinéaste russe Andrei Nekrasov « Russian Lessons »)

Le gouvernement géorgien, dont les seuls torts ont été de vouloir se rapprocher de l'Europe occidentale et se moderniser au même rythme que les autres pays démocratiques sortis de l'Empire Russe après la chute du mur de Berlin, et de permettre aux gazoducs européens BTC et Nabucco de passer sur son territoire en contournant la Russie, se voit à présent sanctionnée par ce même monde occidental auquel ils souhaitaient s'allier idéologiquement, culturellement et économiquement, et, pour se protéger de la folie des grandeurs russes, militairement.

L'allemagne, l'Italie et la France jouent à présent un très mauvais rôle pour la Géorgie. Sarkozy et Kouchner, les instigateurs de la « paix » entre Russie et Géorgie en 2008, souhaitent vendre des navires de guerre aux russes qui, bien entendu, jubilent de ce que leur propagande donne comme résultat inatendu ! Ceux qui ont « sauvé » la Géorgie vendant du matériel militaire de pointe aux aggresseurs... et ce n'est pas une blague! Une poignée de navires de la classe Mistral dans la Baltique et la mer Noire ferait une grande différence. «Dans le conflit en août dernier un navire comme cela aurait permis à la flotte de la mer Noire d' accomplir sa mission en 40 minutes, et non pas 26 heures, ce qui est le temps qu'il nous a fallu,"a récemment déclaré l'amiral commandant la marine russe Vladimir Vyssotski, se référant à l'invasion russe de la Géorgie en août 2008. (Blog du JDD)

Oui, l'Europe joue un drole de jeu! D'un côté ils fêtent la chute du mur de Berlin, et d'un autre ils sont muets face au nouveau mur soviétique séparant les provinces sécessionistes du reste de la Géorgie... Et ce n'est certes pas les nouveaux patrons de la CE - Van Rompuy en tête, qui vont changer quoi que ce soit. Imaginez un têtes à têtes Poutine/Lavrov/Medvedev - Van Rompuy/Baroso/Ashton ! Savent-ils seulement que la Géorgie existe?

Et les Etats-Unis, dans ce contexte, que fait-elle? Obama soutient, comme le reste de la communauté internationale sauf Nicaragua et Venezuela pro-russes, l'intégrité territoriale géorgienne, mais doit prendre en considération le besoin de rapprochement avec la Russie sur plusieurs dossiers, notamment le dossier Afghan (encore un problème créé par l'URSS en toute impunité). Mais l'aide américaine à la Géorgie est réelle. Des millions d'euros d'investissement pour la reconstruction du pays après les bombardement russes, l'envoi d'instructeurs et de matériels de défenses aériennes, etc....

D.P.

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15/11/2009

RÉACTION de la Géorgie à l'enquête indépendante internationale - RAPPORT SUR LA GUERRE D'AOUT 2008

Rapport Tagliavini : les conclusions biaisées de la propagande russe envahit les médias occidentaux 3 jours avant la remise officielle du rapport aux instances européennes. AFP n'y voit que du feu, la presse relaie massivement, les conclusions de Tbilissi sont passées sous silence.

Voici la réaction officielle de Tbilissi.

La Commission confirme que la Russie a envahi la Géorgie avant que la Géorgie ait pris des mesures militaires. Il confirme également que les civils géorgiens et les casques bleus ont été attaqués, sur le sol géorgien, avant le 7 août. Le rapport donne également de nombreuses preuves de renforcement militaire de la Russie dans les mois précédant août 2008, et des provocations politiques de la Russie qui a violé la souveraineté géorgienne et le droit international. En outre, la Commission confirme que les forces pro-russes ont entrepris un nettoyage ethnique des citoyens géorgiens.

Le rapport confirme également que l'opération militaire russe en 2008 semble bien avoir été planifiée, confirmant la plupart des analyses. La plan de l'opération a été validé dans la pratique au cours des exercices militaires russes « Kavkaz-2008 » (et les exercices précédents depuis 2005).

Le fait le plus important, documenté par la Commission, est que les armées régulières des forces russes et des mercenaires ont franchi illégalement la frontière géorgiennes avant le 8 août 2009. La Commission écrit: «Il semble y avoir eu un afflux de volontaires ou de mercenaires en provenance du territoire de la Fédération de Russie vers l'Ossétie du Sud par le tunnel de Roki et sur la chaîne du Caucase au début du mois d'août, ainsi que la présence de certaines forces russes en Ossétie du Sud, autre que le bataillon JPKF russe [maintien de la paix], avant 14.30 heures le 8 août 2008. "

Le gouvernement regrette que, bien que la Commission ait pu démontrer que les troupes russes ont été présentes illégalement en Géorgie, elle ne parvient pas à appeler cela une invasion. C'est pourtant cette invasion qui a déclenché le conflit. Le fait d'avoir prouvé la présence illégale sur le territoire souverain de la Géorgie de troupes russes ne faisant pas partie des forces de maintient de la paix, en violation de tous les accords internationaux, sans que cela soit nommé « invasion ».

Le rapport réfute les raisons que la Russie a données pour justifier l'invasion de la Géorgie. En particulier, la Russie a fait valoir que plus de 2.000 personnes avaient été tuées en Ossétie du Sud, et qu'il a ordonné l'invasion afin de prévenir le génocide, tel était le prétexte pour leurs actions. Mais le rapport confirme que ces réclamations des Russes étaient purement et simplement des mensonges.

La Commission n'a pu vérifier un autre prétexte de la Russie: que ses soldats auraient été attaqués. En revanche, les soldats de la paix géorgiens ont été visés et tués tôt le 7 août. L'invasion a par conséquent commencée avant que les forces de maintien de la paix russes aient été impliquées dans des hostilités armées.

Le rapport rejette également le concept de la Russie de protéger ses citoyens à l'étranger dans le cadre de ce conflit, un autre sous- prétexte pour justifier la guerre: il met en lumière la politique de passeports russes distrinués (dès 2007) en Ossétie du Sud, et dit clairement que les Ossètes du Sud ont reçu des passeports russes en violation de la souveraineté géorgienne. La Fédération de Russie a donc « fabriqué » des citoyens à protéger (prouvant la préméditation). Le rapport documente en détail le renforcement militaire russe dans les mois précédant l'invasion, ainsi que la fourniture par la Russie de l'assistance militaire et de sécurité vers l'Ossétie du Sud et les forces irrégulières abkhaze avant le 7 août 2008. Il documente également l'intensification des provocations politiques, économiques, juridiques et autres. Une citation caractéristique de ce rapport: "L'attribution massive de la citoyenneté russe aux ressortissants géorgiens et la fourniture de passeports à grande échelle sur le territoire géorgien, y compris ses provinces séparatistes, sans le consentement du Gouvernement géorgien ... constitue un défi ouvert à la souveraineté géorgienne et une ingérence dans les affaires intérieures de la Géorgie. "

Le rapport va dans les détails pour confirmer une chose évidente: la Russie a envahit la Géorgie, la Géorgie n'a pas attaqué la Russie ou de tout autre pays. Parmi ses principales conclusions :

  • La Commission a trouvé des preuves qu'au moins certaines unités des forces russes régulières ainsi que des milices ont pénétré en territoire géorgien souverain avant le 8 août. Ce qui constitue une intrusion illégale.

  • Plus précisément, comme mentionné précédemment, le rapport dit: "il semble y avoir eu un afflux de volontaires ou de mercenaires en provenance du territoire de la Fédération de Russie en l'Ossétie du Sud par le tunnel de Roki et sur la chaîne du Caucase au début d'août, ainsi que la présence de certaines forces russes en Ossétie du Sud, autre que le JPKF russe [maintien de la paix] bataillon, avant 14.30 heures le 8 août 2008. "

  • La Commission a également prouvé que les forces séparatistes ont été armées et entraînées par la Russie, au mépris du droit international et des obligations de maintien de la paix de la Russie.

  • Le rapport souligne également que les forces séparatistes pro-russe ont violé les lois internationales en attaquant des civils géorgiens dans les jours précédant le 7 août.

  • Le rapport conclut: «Le poids politique et militaire nettement supérieur de la Russie a renversé le bilan de ce qui aurait été possible autrement, en termes d'arrangements entre Tbilissi et ses deux provinces séparatistes. »

Le gouvernement est en désaccord avec la Commission qui écrit que la Géorgie a utilisé une force excessive et disproportionnée dans la défense des civils géorgiens, alors que la Commission démontre par ailleurs clairement que des attaques illégales sur ces civils ont eu lieu, et de plus, avant le 7 août. Aucun gouvernement démocratique ne peut survivre si, lorsque des forces étrangères envahissent son territoire, il ne parvient pas à défendre ses citoyens. La Géorgie a agi comme toute nation démocratique aurait agit: un fait qui est impossible pour un observateur raisonnable de nier.

Bien que le rapport reconnaisse que la Russie ait armé et soutenu et Tskhinvali et les séparatistes abkhazes, il évite d'en attribuer la responsabilité à la Fédération de Russie. Alors que les preuves extrêmement nombreuses démontrent le contrôle direct de la Russie sur les autorités séparatistes.

En outre, tout en reconnaissant le renforcement militaire et l'assistance aux séparatistes, et de même l'afflux de mercenaires attaquant des populations civiles, le rapport omet de mettre en évidence les violations flagrantes commises par les soldats de la paix russes - bien que toutes ces actions ont été strictement interdite par tous les accords internationaux. De plus, la Géorgie a fourni au Conseil les nombreuses preuves démontrant que des soldats de la paix russes ont directement coordonnés les attaques avec les forces irrégulières avant le 7 août, y compris la coordination d'attaques sur des villages contrôlés par le gouvernement géorgien.

En ce qui concerne l'invasion de l'Abkhazie et le reste de la Géorgie, le rapport confirme que la Russie n'a pas pris la peine de fabriquer un prétexte, et était en violation directe et flagrante du droit international.

Le rapport confirme aussi le nettoyage ethnique envers les citoyens géorgiens uniquement. Ce nettoyage ethnique a eu lieu sur le territoire géorgien tandis que gardiens de la paix russes, en vertu du droit international, sont responsables de la sécurité sur cette partie du territoire d' « ossétie du sud ».

En termes d'efforts de prévention, la Commission défend les efforts de la Géorgie pour tenter de prévenir le conflit. Le rapport a confirmé que le Gouvernement géorgien a exercé d'intenses efforts diplomatiques soutenus pendant de nombreux mois avant la guerre pour apporter une solution pacifique et éviter une invasion russe de la Géorgie. Malheureusement, ces demandes ont été bloquées par la Fédération de Russie et ses mandataires.

Le rapport indique clairement que la reconnaissance des régions géorgiennes d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud par la Russie est une violation flagrante du droit international.

Globalement, le rapport confirme que la Russie a commis des actes d'agression contre un État souverain, et de ce fait a gravement violé le droit international, y compris la Charte des Nations Unies, l'Acte final d'Helsinki, les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies ainsi que sa propre Constitution au Code criminel.

Aujourd'hui, l'occupation russe de la Géorgie se poursuit, en violation du droit international et de l'accord de cessez-le feu en six points signé le 12 août 2008, et, en particulier, défiant l'exigence que les forces russes ont de se retirer sur leurs positions ex ante.

La Russie est, en effet, à la poursuite de son plan visant à terme à annexer ces territoires géorgiens.

La présence de l'ONU ainsi que des missions de surveillance de l'OSCE ont été unilatéralement bloquées par la Russie. La Russie a également refusé d'autoriser le retour sûr et digne des personnes déplacées et des réfugiés; Pendant ce temps, ceux qui vivent encore en territoires occupés souffrent de l'oppression. Le nettoyage ethnique de Géorgiens dans les territoires occupés par la Russie se poursuit.

 

Interview de l'ambassadeur de Géorgie à Paris

Tbilissi négocie un accord d’Association avec l’UE et souhaite développer ses échanges économiques avec la France.

La diplomatie géorgienne fait feu de tout bois. Avec Bruxelles d’abord, un accord d’Association à l’Union européenne, facilitant la délivrance des visas dans un premier temps et permettant de constituer une zone de libre-échange dans un deuxième temps, est en cours de négociation. Avec Paris ensuite, une délégation de l’organisation patronale MEDEF International se rend à Tbilissi les 16 et 17 novembre 2009 pour engager le développement des échanges économiques bilatéraux.

Interview de l’ambassadeur de Géorgie en France, Mamuka Kudava, sur ces questions et sur d’autres :

Article original (et d'autres) paru sur Colisée.org

jeudi 12 novembre 2009, par Mirian Méloua

Ambiance. L'accueil est orchestré en parfait français par deux jeunes femmes géorgiennes, dont l'assistante de l'ambassadeur. Dans les couloirs, les conseillers se croisent silencieusement et viennent chercher leurs visiteurs, non sans avoir attardé leur regard dans le salon d'attente. Un poste récepteur de télévision y diffuse discrètement une chaîne géorgienne, caché parmi des tableaux du vieux Tiflis. Mamuka Kudava arrive, smartphone à la main. Il vous invite à entrer et vous reçoit dans son bureau personnel autour d'une table de travail garnie de documents. L'assistante et les conseillers seront appelés à tour de rôle pour apporter une précision, ou fournir une copie de tableau. Malgré la légendaire courtoisie géorgienne, et le café proposé, un coup d'oeil sera jeté de temps en temps sur le smartphone. L'entretien ne sera interrompu qu'une seule fois, Tbilissi, le Quai d'Orsay ou un important opportun ? Allez savoir. Une heure de temps d'ambassadeur, au coeur de la modernité du XXiéme siècle, c'est peu et c'est beaucoup pour défendre une culture vieille de plusieurs millénaires !

Question 1. Après 30 mois au poste d'ambassadeur de la Géorgie auprès de la France, quelles sont -d'après vous- les principales missions de l'ambassade ?

Je vois deux missions prioritaires, celle relevant de la politique étrangère et celle relevant du domaine économique.

Lors de la réunion annuelle des ambassadeurs de Géorgie à l'étranger, en septembre 2009, il est apparu clairement que nos objectifs étaient de consolider la non-reconnaissance par la communauté internationale de l'indépendance des territoires géorgiens sécessionnistes (1) et d'engager une nouvelle approche vers l'intégration européenne. Nous espérons que, fin 2009, les négociations sur la facilitation du régime des visas avec l'Union européenne seront concrétisées par la signature d'un Accord. La prochaine étape sera la conclusion d'un Accord d'Association (qui comprend un accord sur le libre échange) comme cela a été fait pour l'Ukraine, afin d'illustrer le Partenariat oriental. L'Union européenne, tout comme la communauté internationale, soutient l'intégrité territoriale de la Géorgie : c'est pour nous essentiel.

Nous sommes évidemment très reconnaissant à la France qui présidait l'Union européenne à l'époque de l'invasion russe. Le Président Sarkozy a joué un rôle très important pour arrêter la guerre et négocier un accord de cessez-le-feu en six points. L'Union européenne a déployé sa mission d'observation (EUMM) mais elle est malheureusement empêchée d'assurer sa mission sur les territoires des régions séparatistes occupées par les Russes. La mission constate également sur place le non-respect de cet accord par Moscou. Outre de nombreuses provocations qui ont lieu sur ces territoires, les organisations internationales ont condamné le nettoyage ethnique perpétré contre la population géorgienne forcée à quitter ses foyers (plus de 300 000 réfugiés suite aux conflits). A cause de cela, les deux provinces géorgiennes sont aujourd'hui quasiment dépeuplées (120 000 habitants en Abkhazie et 30 000 en Ossétie du Sud). D'ailleurs, la Russie n'entend pas s'arrêter là et continue à construire des bases militaires dans les régions annexées (deux bases par région) et y a déjà déployé près de 15 000 soldats selon des sources différentes. Ce qui fait que nous avons les deux régions (Abkhazie et Ossétie du Sud) les plus militarisées d'Europe !

Question 2. Et les missions économiques ?

L'ambassade en France essaie de contribuer au développement de la Géorgie et de sa prospérité, en projetant l'image d'un pays attractif pour les compagnies étrangères. La Banque mondiale classe aujourd'hui la Géorgie au 11 ème rang mondial en termes de facilitation des affaires et d'attractivité des investissements (2) : c'est grâce à sa législation, à ses dispositions de protection des investissements, à son niveau réduit de taxes, d'impôts et de droits de douanes, à ses zones franches comme Poti et Koutaïssi.

La France, historiquement, est moins présente dans les pays de l'Europe de l'Est et en Géorgie.

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Photo Tbilisite - D.P. - 2009               Tsinandali, caves du chateau (Kakhétie) Grands crus français du XIXème ...

Pourtant des fleurons de l'activité française y sont présents, comme Société Générale (Republic Bank), Pernod Ricard (vins et spiritueux), Areva (lignes électriques hautes tensions avec la Turquie), Thales (radars de l'aéroport de Tbilissi) ou Alstom (énergies hydrauliques).

Un forum économique est organisé, à Tbilissi, les 16 et 17 novembre 2009, pour une dizaine d'entreprises françaises du MEDEF, avec des entretiens au plus haut niveau et des entretiens ministériels afin de mieux faire connaître le potentiel économique de la Géorgie (3).

Question 3. Quelles autres missions remplit l'ambassade de Géorgie en France ?

Fort évidemment les missions culturelles sont importantes pour notre pays.

Après l'inscription par l'UNESCO au Patrimoine mondial de la ville de Mtskhéta, des cathédrales de Guélati et de Bagrati, de la vallée de Svanétie, nous travaillons sur différents projets de conservation et de mise en valeur de ces sites. Je souhaite également souligner que les chants polyphoniques géorgiens sont inscrits sur la liste du Patrimoine immatériel, et à cet effet l'UNESCO a fortement contribué à la création du Centre de polyphonie de Géorgie avec qui une coopération fructueuse et efficace est menée. La Géorgie prépare également l'inscription d'autres sites importants sur la liste du patrimoine mondial ; les projets Dmanissi et de la vieille ville de Tbilissi sont en cours d'élaboration avec les experts du Centre du patrimoine mondial de l'UNESCO.

Après l'accession de la Géorgie à l'Organisation internationale de la Francophonie au statut d'observateur, nous avons participé au sommet de Québec en novembre 2008 afin de mieux faire connaître les positions de la Géorgie, principalement aux pays d'Afrique. D'ailleurs dans la déclaration finale du sommet, adoptée par les pays membres, l'attachement à la souveraineté de la Géorgie au sein de ses frontières internationalement reconnues est fermement affirmé. La Géorgie compte aujourd'hui de 70 à 100 000 personnes francophones, selon les âges et les niveaux auxquels l'on se situe. Le français est enseigné dans 319 écoles et 18 universités géorgiennes. Il existe plusieurs partenariats entre établissements français et géorgiens, dont un filière francophone en informatique à Tbilissi avec l'Université Paris VIII, l'Université de Versailles Saint Quentin en Yvelines et l'INALCO (diplôme français), une convention entre la Sorbonne et l'Université d'Etat de Tbilissi, une convention entre l'Université de Versailles et l'Université Akaki Tsérétéli de Koutaïssi, une convention entre l'Institut de Nantes et celui d'Akhaltsikhé.

Nous continuons à développer différentes facettes de l'image culturelle de la Géorgie en France et nous avons pour projet d'organiser une saison culturelle géorgienne fin 2010 : concerts, expositions, cinéma, patrimoine et art moderne seront de la fête durant plusieurs semaines. L'année 2010 sera pour la France l'année de la Russie, et il est important que le message de la Géorgie soit également entendu.

Question 4. Une partie des universitaires et chercheurs (INALCO, EHESS,...) et des journalistes (Courrier international, Le Monde, Le Figaro, Regard sur l'Est,..) français s'intéressant à la Géorgie utilise le canal de la langue russe pour s'informer et passent souvent par Moscou. Ne pensez-vous pas que ce prisme donne une coloration particulière à leurs propos et influence l'opinion publique française ?

Cette analyse est correste. Elle s'explique à l'évidence par le passé et l'Union soviétique.

D'abord, nous essayons de communiquer en français : le site Internet et la lettre d'information de l'ambassade sont opérationnels depuis 2008 (4). Nous sommes présents auprès des médias français chaque fois qu'ils nous le demandent. D'ailleurs le Président Saakachvili donne l'exemple au plus haut niveau puisqu'il accorde régulièrement des entretiens en français.

Ensuite, lorsque la langue française ne peut pas être utilisée, la langue anglaise l'est. Les jeunes générations géorgiennes, scientifiques, chercheurs, artistes, hommes d'affaires et diplomates parlent aujourd'hui l'anglais, l'allemand, le français, ainsi que le russe, ce qui leur permet de communiquer directement avec les journalistes, les chercheurs et les scientifiques internationaux et de donner une idée plus exacte de la réalité géorgienne.

Enfin, et c'est le point fondamental de notre stratégie : sur décision de l'Etat géorgien, et avec le soutien de la Commission européenne, un projet d'ouverture à Tbilissi d'une Maison de l'Europe a été lancé, dans lequel des partenaires français pourraient être partie prenante.

Question 5. Quelles missions l'ambassade de Géorgie remplit-elle auprès des diasporas ?

Je dirais d'abord que nous côtoyons quotidiennement les différentes diasporas géorgiennes et que nous assurons les missions traditionnelles qui en découlent (5). Mais tout compte fait, elles assument plutôt seules leurs vies en France : moins d'un millier de Géorgiens s'était inscrit sur les listes électorales ouvertes à Paris aux dernières élections présidentielles et législatives !

L'Etat géorgien a pris récemment une décision importante pour les jeunes géorgiens, celle de financer leurs études supérieures aux Etats-Unis et en Europe sans contrainte de retour ou de remboursement de frais : deux étudiants sont déjà dans ce cas en France. Cette décision a été prise pour encourager les jeunes générations à une ouverture accentuée vers l'Occident : plus grand sera le savoir de ces jeunes générations, plus rapide sera l'intégration de la Géorgie à la famille européenne, qui est historiquement la sienne.

Notes :

(1) Aujourd'hui seuls la Russie, le Nicaragua et le Vénézuela ont reconnu l'indépendance des républiques auto-proclamées d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud. D'après Mamuka Kudava, la Russie ferait pression sur un certain nombre d'autres pays pour qu'ils s'engagent sur cette voie, en particulier auprès des pays francophones d'Afrique.

(2) Le classement de la Banque mondiale situait, en 2005, la Géorgie au 112ème rang en termes d'attractivité des investissements.

(3) Les principales entreprises du MEDEF présentes à Tbilissi les 16 et 17 novembre 2009 devraient être Alstom, BNP Paribas, Bouyghes, Cifal, Etde, Egis Bceom, Oberthur, Panhard, Sfeh, Société Générale, Systra, Thales et Veolia.

(4) Site Internet de l'ambassade de Géorgie en France http://www.ambassadegeorgie.fr

(5) Selon Mamuka Kudava, l'avenir de la résidence d'exil en 1922 des dirigeants de la Ière République de Géorgie (majorité parlementaire et opposition) à Leuville-sur-Orge avance lentement : si toutes les parties sont d'accord pour que le "château" revienne à l'Etat géorgien, les conditions juridiques ne sont pas encore réunies.


Merci encore à Mirian Melua.

D.P.