15/11/2009

RÉACTION de la Géorgie à l'enquête indépendante internationale - RAPPORT SUR LA GUERRE D'AOUT 2008

Rapport Tagliavini : les conclusions biaisées de la propagande russe envahit les médias occidentaux 3 jours avant la remise officielle du rapport aux instances européennes. AFP n'y voit que du feu, la presse relaie massivement, les conclusions de Tbilissi sont passées sous silence.

Voici la réaction officielle de Tbilissi.

La Commission confirme que la Russie a envahi la Géorgie avant que la Géorgie ait pris des mesures militaires. Il confirme également que les civils géorgiens et les casques bleus ont été attaqués, sur le sol géorgien, avant le 7 août. Le rapport donne également de nombreuses preuves de renforcement militaire de la Russie dans les mois précédant août 2008, et des provocations politiques de la Russie qui a violé la souveraineté géorgienne et le droit international. En outre, la Commission confirme que les forces pro-russes ont entrepris un nettoyage ethnique des citoyens géorgiens.

Le rapport confirme également que l'opération militaire russe en 2008 semble bien avoir été planifiée, confirmant la plupart des analyses. La plan de l'opération a été validé dans la pratique au cours des exercices militaires russes « Kavkaz-2008 » (et les exercices précédents depuis 2005).

Le fait le plus important, documenté par la Commission, est que les armées régulières des forces russes et des mercenaires ont franchi illégalement la frontière géorgiennes avant le 8 août 2009. La Commission écrit: «Il semble y avoir eu un afflux de volontaires ou de mercenaires en provenance du territoire de la Fédération de Russie vers l'Ossétie du Sud par le tunnel de Roki et sur la chaîne du Caucase au début du mois d'août, ainsi que la présence de certaines forces russes en Ossétie du Sud, autre que le bataillon JPKF russe [maintien de la paix], avant 14.30 heures le 8 août 2008. "

Le gouvernement regrette que, bien que la Commission ait pu démontrer que les troupes russes ont été présentes illégalement en Géorgie, elle ne parvient pas à appeler cela une invasion. C'est pourtant cette invasion qui a déclenché le conflit. Le fait d'avoir prouvé la présence illégale sur le territoire souverain de la Géorgie de troupes russes ne faisant pas partie des forces de maintient de la paix, en violation de tous les accords internationaux, sans que cela soit nommé « invasion ».

Le rapport réfute les raisons que la Russie a données pour justifier l'invasion de la Géorgie. En particulier, la Russie a fait valoir que plus de 2.000 personnes avaient été tuées en Ossétie du Sud, et qu'il a ordonné l'invasion afin de prévenir le génocide, tel était le prétexte pour leurs actions. Mais le rapport confirme que ces réclamations des Russes étaient purement et simplement des mensonges.

La Commission n'a pu vérifier un autre prétexte de la Russie: que ses soldats auraient été attaqués. En revanche, les soldats de la paix géorgiens ont été visés et tués tôt le 7 août. L'invasion a par conséquent commencée avant que les forces de maintien de la paix russes aient été impliquées dans des hostilités armées.

Le rapport rejette également le concept de la Russie de protéger ses citoyens à l'étranger dans le cadre de ce conflit, un autre sous- prétexte pour justifier la guerre: il met en lumière la politique de passeports russes distrinués (dès 2007) en Ossétie du Sud, et dit clairement que les Ossètes du Sud ont reçu des passeports russes en violation de la souveraineté géorgienne. La Fédération de Russie a donc « fabriqué » des citoyens à protéger (prouvant la préméditation). Le rapport documente en détail le renforcement militaire russe dans les mois précédant l'invasion, ainsi que la fourniture par la Russie de l'assistance militaire et de sécurité vers l'Ossétie du Sud et les forces irrégulières abkhaze avant le 7 août 2008. Il documente également l'intensification des provocations politiques, économiques, juridiques et autres. Une citation caractéristique de ce rapport: "L'attribution massive de la citoyenneté russe aux ressortissants géorgiens et la fourniture de passeports à grande échelle sur le territoire géorgien, y compris ses provinces séparatistes, sans le consentement du Gouvernement géorgien ... constitue un défi ouvert à la souveraineté géorgienne et une ingérence dans les affaires intérieures de la Géorgie. "

Le rapport va dans les détails pour confirmer une chose évidente: la Russie a envahit la Géorgie, la Géorgie n'a pas attaqué la Russie ou de tout autre pays. Parmi ses principales conclusions :

  • La Commission a trouvé des preuves qu'au moins certaines unités des forces russes régulières ainsi que des milices ont pénétré en territoire géorgien souverain avant le 8 août. Ce qui constitue une intrusion illégale.

  • Plus précisément, comme mentionné précédemment, le rapport dit: "il semble y avoir eu un afflux de volontaires ou de mercenaires en provenance du territoire de la Fédération de Russie en l'Ossétie du Sud par le tunnel de Roki et sur la chaîne du Caucase au début d'août, ainsi que la présence de certaines forces russes en Ossétie du Sud, autre que le JPKF russe [maintien de la paix] bataillon, avant 14.30 heures le 8 août 2008. "

  • La Commission a également prouvé que les forces séparatistes ont été armées et entraînées par la Russie, au mépris du droit international et des obligations de maintien de la paix de la Russie.

  • Le rapport souligne également que les forces séparatistes pro-russe ont violé les lois internationales en attaquant des civils géorgiens dans les jours précédant le 7 août.

  • Le rapport conclut: «Le poids politique et militaire nettement supérieur de la Russie a renversé le bilan de ce qui aurait été possible autrement, en termes d'arrangements entre Tbilissi et ses deux provinces séparatistes. »

Le gouvernement est en désaccord avec la Commission qui écrit que la Géorgie a utilisé une force excessive et disproportionnée dans la défense des civils géorgiens, alors que la Commission démontre par ailleurs clairement que des attaques illégales sur ces civils ont eu lieu, et de plus, avant le 7 août. Aucun gouvernement démocratique ne peut survivre si, lorsque des forces étrangères envahissent son territoire, il ne parvient pas à défendre ses citoyens. La Géorgie a agi comme toute nation démocratique aurait agit: un fait qui est impossible pour un observateur raisonnable de nier.

Bien que le rapport reconnaisse que la Russie ait armé et soutenu et Tskhinvali et les séparatistes abkhazes, il évite d'en attribuer la responsabilité à la Fédération de Russie. Alors que les preuves extrêmement nombreuses démontrent le contrôle direct de la Russie sur les autorités séparatistes.

En outre, tout en reconnaissant le renforcement militaire et l'assistance aux séparatistes, et de même l'afflux de mercenaires attaquant des populations civiles, le rapport omet de mettre en évidence les violations flagrantes commises par les soldats de la paix russes - bien que toutes ces actions ont été strictement interdite par tous les accords internationaux. De plus, la Géorgie a fourni au Conseil les nombreuses preuves démontrant que des soldats de la paix russes ont directement coordonnés les attaques avec les forces irrégulières avant le 7 août, y compris la coordination d'attaques sur des villages contrôlés par le gouvernement géorgien.

En ce qui concerne l'invasion de l'Abkhazie et le reste de la Géorgie, le rapport confirme que la Russie n'a pas pris la peine de fabriquer un prétexte, et était en violation directe et flagrante du droit international.

Le rapport confirme aussi le nettoyage ethnique envers les citoyens géorgiens uniquement. Ce nettoyage ethnique a eu lieu sur le territoire géorgien tandis que gardiens de la paix russes, en vertu du droit international, sont responsables de la sécurité sur cette partie du territoire d' « ossétie du sud ».

En termes d'efforts de prévention, la Commission défend les efforts de la Géorgie pour tenter de prévenir le conflit. Le rapport a confirmé que le Gouvernement géorgien a exercé d'intenses efforts diplomatiques soutenus pendant de nombreux mois avant la guerre pour apporter une solution pacifique et éviter une invasion russe de la Géorgie. Malheureusement, ces demandes ont été bloquées par la Fédération de Russie et ses mandataires.

Le rapport indique clairement que la reconnaissance des régions géorgiennes d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud par la Russie est une violation flagrante du droit international.

Globalement, le rapport confirme que la Russie a commis des actes d'agression contre un État souverain, et de ce fait a gravement violé le droit international, y compris la Charte des Nations Unies, l'Acte final d'Helsinki, les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies ainsi que sa propre Constitution au Code criminel.

Aujourd'hui, l'occupation russe de la Géorgie se poursuit, en violation du droit international et de l'accord de cessez-le feu en six points signé le 12 août 2008, et, en particulier, défiant l'exigence que les forces russes ont de se retirer sur leurs positions ex ante.

La Russie est, en effet, à la poursuite de son plan visant à terme à annexer ces territoires géorgiens.

La présence de l'ONU ainsi que des missions de surveillance de l'OSCE ont été unilatéralement bloquées par la Russie. La Russie a également refusé d'autoriser le retour sûr et digne des personnes déplacées et des réfugiés; Pendant ce temps, ceux qui vivent encore en territoires occupés souffrent de l'oppression. Le nettoyage ethnique de Géorgiens dans les territoires occupés par la Russie se poursuit.

 

31/03/2009

Compte-rendu de notre entrevue avec Isabelle Durant, sénatrice Ecolo, à propos du "rapport Dubié/Defraigne"

I Durant photo rtbf

Isabelle Durant :

à propos du "rapport Dubié/Defraigne".

Bruxelles, jeudi 26 mars, début d'après-midi. Nous arrivons à la maison des parlementaires un peu en avance, mais nous ne devons pas attendre trop longtemps madame la sénatrice: Isabelle Durant arrive presque à l'heure, accompagnée par Francisco PADILLA, son conseiller en affaires internationales.

Je suis nerveux, non pas à cause de cette entrevue, mais de peur de ne pas pouvoir me retenir quant aux gros mots qui me viennent en tête à propos de ce rapport, tant il y a de quoi. Mais après les présentations d'usages, lorsqu'il a fallu lancer la discussion, face à madame Durant, le calme qui me caractérise en temps normal reprend le dessus! Il faut dire qu'en exposant le point de vue géorgien et, bien entendu, tout en expliquant nos griefs contre Josy Dubié et sa visite partiale en Ossétie, je voyais Madame Durant nous écouter attentivement, sans beaucoup réagir sinon pour quelques précisions, corrections ou avis divergeants.

Ce qu'il en est sorti, après 50 minutes d'intérêts sincèrement réciproques pour nos positions, nos points de vues, c'est que les Ecolos ne connaissent pas grand chose ni de la situation en Géorgie, ni de l'histoire de Géorgie, ni de ce qui s'est réellement déroulé en août, mais ne demandent pas mieux que de connaître. Et 50 minutes, c'était très peu. Nous aurions pu discuter encore quelques heures.

Ce qui ressort de cette entrevue, finalement, c'est quoi..? Difficile de répondre. Nous pensons qu'il est positif que Ecolo, à travers Isabelle Durant et Francisco Padilla, souhaîte peut-être en savoir plus avant de "re-juger" les événements d'août différemment de Dubié, mais a besoin de preuves au moins aussi solides et fondées que les témoignages recueillis par Dubié en Ossétie. Mais, ce que je pense aussi, c'est que même avec ces preuves, jamais Ecolo ne fera machine arrière, pour plusieurs raisons:  

1. Il existe déjà tant de preuves accessibles, surtout pour des parlementaires, que s'ils le voulaient, ils auraient déjà fait leur erratum depuis longtemps.
2. Les intérêts européens pour la Russie sont incontournables, intérêts dans des relations étroites positives afin d'éviter un retour à la guerre froide (au moment où je vous écris, les Russes construisent des bases navales et aériennes en Géorgie!!!), et sans doute aussi intérêts gaziers, une erreur au moment où il est question de diversifier les sources d'approvisionnement en évitant la Russie, et notons aussi que justement Poutine, en s'attaquant à la Géorgie, rêve de ruiner le projet Nabucco ou de s'en emparer, et nous revoilà au point de départ à acheter du gaz uniquement aux russes !.  
3. Etant le seul parti politique à avoir autant critiqué la Géorgie, la part de la population qui croit la version pro-russe
(pro-russe non par choix, mais par conséquence) de Dubié,  trouvant certainement l'ex-journaliste vedette de la rtbf impartial puisqu'il le dit, ou qui a apprécié ce rapport parce que à contre-courant de ce que tout média rapportait des événements,  ou tout simplement pour avoir apprécié le côté "anti-Bush" des propos dudit Dubié, cette part non négligeable, à un jet de pierre des élections de juin, peut avoir un impact conséquent...
4. Pourquoi n'ont-ils jamais cherché à connaître le point de vue géorgien auparavant, sinon parce qu'ils n'y trouvaient aucun intérêt?  Il existe une ambassade de Géorgie à Bruxelles, à deux pas du Parlement. C'est la moindre des démarches qu'ils auraient pu faire. En cela, ils ont adopté la méthode Dubié: on ne questionne qu'un seul camp pour n'avoir qu'un seul avis, celui qui arrange (ou qui dérange, c'est selon ce qui arrange).

Bien sûr, l'écolo en moi depuis 25 ans me pousse à croire que le parti écologiste est capable de modifier son jugement avec raison, mais je ne suis pas certain qu'on parle de la même écologie... Par contre,  puisque les écolos n'ont pas hésité à croire Poutine, Medvedev, Lavrov ou Tchourkin, alors c'est certain, on peut croire en tout. Dossier à suivre, avec beaucoup d'intérêt.

D.P. - TbiliSite, avec M.M.