08/06/2009

L'interview d'un général russe Borisov démontre - s'il le fallait encore - que la Russie a effectivement programmé l'attaque sur la Géorgie longtemps avant le 7 août.

L'interview d'un général russe Borisov démontre - s'il le fallait encore - que la Russie a effectivement programmé l'attaque sur la Géorgie longtemps avant le 7 août.

Le Général Borisov a été en charge des troupes russes sur le terrain en Ossétie du Sud pendant la guerre du mois d'août et quelques temps après la guerre. Il a déclaré dans une interview à la station de radio Ekho Moskvy, le 6 Juin, tout en parlant de l'importance de la formation et de l'utilisation de l'expérience passée des forces armées de nos jours: « J'étais au commandement de l'Ossétie du Sud et de Géorgie. Comme vous le comprendrez, nous avons régulièrement des exercices dans ces régions, nos troupes ont reçu un entraînement à grande échelle, comme on avait procédé à des exercices dans ces régions (Abkhazie et Ossétie du Sud) à peine une semaine plus tôt et nous étions juste à gauche, c'est pourquoi nous avons marché sur Tskhinvali beaucoup plus efficacement que les unités sous le commandement central et de district. Pour nous, ce n'était pas difficile. »

"Si quelqu'un à ce jour conserve des doutes sur ce qui s'est réellement passé en août 2008, nous lui conseillons de se référer aux informations figurant dans ladite interview », le ministère géorgien des Affaires étrangères a déclaré ce 7 Juin. « Nous conseillons fortement à ceux qui, à ce jour ont des doutes quant à qui ce qui a inspiré et mis en action l'agression militaire contre la Géorgie en août dernier, et se référer à la partie susmentionnée de l'entretien du général de la Fédération de Russie. »

« Nous espérons que cette déclaration confessionnelle supplémentaire par un autre agresseur russe, aidera les commissions internationales à parvenir à des conclusions pour trouver la vérité sur la guerre non déclarée par la Russie contre la Géorgie depuis ces 18 dernières années, le dernier épisode ayant eu lieu le 7 août 2008. »

Gigi Ugulava, maire influent de Tbilisi, a dit qu'il espérait que cette confession accidentelle du général russe « purifierait les esprits de ces gens, principalement dans des partis politiques, pour qui les conclusions des missions d'enquête de l'UE sur la guerre amènerait un blâme sur les autorités géorgiennes « pour son lancement de la guerre d'Août ».

D'après Rustavi2, et d'après l'interview sur www.echo.msk.ru

Commentaire à l'attention de Josy Dubié, ex-journaliste et ex-sénateur écolo.

Cela fait des années qu'on le dit, que Poutine est quelqu'un d'extrêmement dangereux pour l'équilibre dans la région. Que le danger ne vient pas de la Géorgie et de ses aspirations européennes, ou à tout le moins occidentale, mais bien de Poutine et sa soif de puissance. De Poutine qui entretien les tensions dans le Caucase à son profit. Il faudrait sans doute cesser de nier les évidences, ou cesser de mentir pour tenter de barrer la route de l'OTAN à la Géorgie (et à l'Ukraine), en accusant les géorgiens de ce qu'ils ne sont pas, ou d'avoir fait ce qu'ils n'ont pas fait.

Sans aucun doute il y eut d'énormes erreurs commises par le gouvernement géorgien avant et pendant la guerre, et vous pourrez prendre connaissance de celles-ci, énumérées par la commission d'enquête du parlement géorgien, puisque je vous les livre à la suite. Mais une et une seule chose à retenir: la Géorgie n'a ni débuté ni provoqué le conflit, cette guerre ayant été préparée depuis des mois, voire des années, par Poutine. Chaque jour qui passe en révèle une preuve supplémentaire.

Par conséquent, il serait grand temps pour nos politiques, en Belgique principalement - étant un des seuls pays à bloquer le chemin vers l'adhésion de la Géorgie à l'OTAN - de revoir sa copie.

Monsieur Dubié, peut-être avez-vous (eu) raison de ne pas vouloir voir la Géorgie rejoindre l'OTAN. Sur ce point je ne discute pas. Mais, dans le but de discréditer la Géorgie, accuser cette dernière d'avoir préparé cette guerre, d'avoir préparé un nettoyage ethnique, et même des génocides contre les ossètes, c'est carrément dégueulasse, d'autant que votre « enquête », je le rappelle, n'a été menée qu'en ossétie du sud et du nord ainsi qu'à Moscou, puisque vous n'avez jamais mis les pieds ni à Tbilissi ni ailleurs en Géorgie non-occupée.

Mais aujourd'hui, oh bonheur, vous quittez vos fonctions de sénateur écolo pour une retraite loin d'ici. Vous aurez donc tout le temps pour y penser, et tout le temps pour voir combien vous avez eu tort dans vos accusations pour lesquelles l'état géorgien ferait bien de vous attaquer en justice mais ne le fera pas tellement l'insignifiance de vos déclarations, noyées parmis les déclarations de la Douma et des officiels russes, n'a touché que vous-même et votre parti écolo. Par ailleurs, j'espère que le petit frère Defossé pourra être plus intelligent, plus à l'écoute, plus impartial, mais qui s'étonnera du contraire...?

D.P.

La commission parlementaire qui étudie la Guerre d'Août, a publié un volumineux rapport qui soutien la version officielle du gouvernement sur les événements qui ont mené aux hostilités.

Le rapport, qui a été lu par le Président de la Commission, le député Paata Davitaia, en direct à la télévision géorgienne durant 3 heures, identifie un certain nombre de lacunes des organismes de l'Etat, qui ont été mis en évidence au cours des événements du mois d'août.

En voici le résumé paru sur Civil.ge.

En son début, le rapport affirme que l'agression de la Russie contre la Géorgie n'a pas commencé en août 2008 et rappelle la version officielle géorgienne des événements, de la manière dont les militaires ont commencé les hostilités en Abkhazie et en Ossétie du Sud, au début des années 90. Le rapport donne un calendrier détaillé des événements qui ont précédé la guerre du mois d'août, telle qu' elle l'a été par la plupart des hauts fonctionnaires lors de leurs témoignages devant la commission.

La partie du rapport traitant « des actions du gouvernement géorgien pendant la guerre et les défauts révélés » dit que l'on peut considérer l'échec des autorités à parvenir à délégitimer la présence de soldats de la paix russes comme étant le manquement majeur des autorités géorgiennes dans la période précédant le mois d'août. »

Le Ministre d'État chargé de la réintégration, Temur Iakobashvili, a déclaré à la commission dans son témoignage que Tbilissi envisageait de faire cesser le mandat des forces russes de maintien de la paix, mais que ça ne s'est pas concrétisé en raison de l'avis des partenaires occidentaux qui déconseillèrent la Géorgie d'agir en ce sens.

La Commission a déclaré que l'« approche constructive » initiée par Tbilissi sur la question n'a pas réussi à arrêter la Fédération de Russie. « La Fédération de Russie a modifié son « maintien de la paix » en participant pleinement à l'agression contre la Géorgie », a dit la commission dans le rapport. « D'une part, la Russie utilise « l' attaque » contre ses forces de « maintien de la paix » comme l'un des prétextes pour le lancement de l'agression alors que pendant ce temps, des attaques ont été réalisées sur les villages et les citoyens géorgiens à partir de leur quartier général de Tskhinvali. »

Le rapport indique que malgré les informations sur l'augmentation des tensions dans la zone de conflit en Ossétie du Sud (avant août), les autorités géorgiennes n'ont pas réussi à analyser correctement les menaces.

« Les auditions tenues par la commission montrent que les autorités géorgiennes ne s'attendaient pas et n'étaient pas prêtes pour cette agression qui a été déclenchée par la Russie contre la Géorgie en août 2008», dit-il. « Les autorités géorgiennes connaissaient l'existence d'importants exercices militaires russes à la frontière géorgienne fin Juillet, ainsi que d'attaques dans la zone de conflit, mais comme une vague de provocations traditionnelles. »

Dans ce contexte, le rapport critique le Conseil de sécurité nationale (NSC).

« Il est évident que le Conseil de sécurité n'a pas réussi à planifier les actions en temps opportun, ce qui aurait été adéquat pour la situation prévue et, par conséquent, le matin du 7 août, il a dû agir dans « un cas de force majeure. »

La Commission a déclaré que, bien que dans l'ensemble effectivement le gouvernement a du lutter contre diverses questions au cours de la guerre, les décisions des membres du gouvernement ont parfois manqué d'une bonne coordination. Le rapport affirme que le gouvernement n'a pas respecté les procédures formelles énoncées dans un décret spécial prévoyant la mise en place d'une commission gouvernementale en cas de situations d'urgence.

Tout en abordant, comme le rapport le dit lui-même, « les parties les plus faibles » de la Géorgie et du Ministère des Affaires étrangères, la commission a déclaré que «il n'y a pas de plan d'action ni d'instructions écrites pour les ambassadeurs sur la façon d'agir dans des situations d'urgence, les activités des ambassadeurs n'étant pas non plus contrôlée correctement. »

« Au cours de la guerre du mois d'août il y eut un cas, lorsque l'ambassadeur de Géorgie en République tchèque Lado Chipashvili a tout simplement volontairement cessé d'exercer ses fonctions», dit le rapport.

Le rapport accuse également l'ancien ambassadeur de Géorgie en Russie, Erosi Kitsmarishvili - dont le témoignage devant la commission diffère de la version officielle de Tbilissi sur les événements - de la «négligence» dans sa note d'informations envoyée au ministère des Affaires étrangères. Kitsmarishvili n'a pas informé sur les « menaces anticipées en provenance de la Russie ».

En ce qui concerne le témoignage de Kitsmarishvili, la commission a dit qu'elle a demandé au Bureau du Procureur général de procéder à des enquête sur les allégations de l'ancien ambassadeur selon lesquelles il y avait un groupe de hauts fonctionnaires parmi « les dirigeants géorgiens », qui à tort, a affirmé que les États-Unis avait donné son feu vert à Tbilissi pour le lancement des hostilités en Ossétie du Sud.

Le rapport indique également que « de graves lacunes» ont été révélées dans le système de défense.

Il s'est avéré sur base des informations communiquées par [l'ancien] chef d'état-major, que des problèmes persistent dans les systèmes de communication , et que la guerre a révélé «l'inadéquation» des troupes de réserve à tous les niveaux.

Le rapport indique que les remarques controversées de Mamuka Kurashvili sur le lancement de l'opération « pour restaurer l'ordre constitutionnel » en Ossétie du Sud, a été un motif de «manque de volonté du ministère de la Défense en termes de stratégie de communication et absence de stratégie de mise en liberté d'information pendant les premières heures des hostilités. »

« Les remarques de Kurashvili ont ensuite été utilisées dans campagne de propagande anti-Géorgie », a-t-il ajouté.

« Le ministère de la Défense n'a pas réussi à effectuer une planification stratégique adéquate», poursuit le rapport. « La perte d'une certaine partie de l'armement a été causée par des lacunes persistent dans la politique de recrutement d'officiers de l'armée. Il convient de noter qu'un contingent de policiers n'avaient accompli de formation que quelques semaines avant l'agression de la Russie. »

« Le personnel des forces armées n'a pas de plan de retraite préparé à l'avance ... Ce fait indique des faiblesses dans la planification des opérations militaires. »

La commission a également demandé au Bureau du Procureur général de mener une enquête sur le témoignage du chef du gouvernement abkhaze en exil, Malkhaz Akishbaia, en particulier ceux liés à son incapacité à arriver dans les Gorges de Kodori avant que celles-ci soient capturées par les russes soutenus par les milices abkhazes.

La commission a également demandé au Bureau du Procureur général de mener enquête sur la façon dont le ministère a réagi l'énergie à propos de l'information que des investisseurs russes - qui ne sont pas précisés - étaient disposés à investir dans le secteur de l'énergie en Géorgie. Intelligence chief, Gela Bezhuashvili, initially told the commission that his agency informed about it the Economy Ministry, but later the intelligence department said the Energy Ministry was informed about it not the Economy Ministry. Chef des services de renseignements, Gela Bezhuashvili, a d'abord dit à la commission que son organisme a informé à ce sujet le Ministère de l'économie, mais plus tard, le service de renseignement a déclaré que le ministère de l'énergie a été informé mais pas le ministère de l'économie.
La commission a également appelé le bureau du procureur général à enquêter sur tous les cas de violation du droit international humanitaire, indépendamment de qui a été commis des deux côtés. Selon le Bureau du Procureur général, une telle enquête a déjà été lancée .

Recommandations

La commission a dit que pour remédier aux lacunes relevées au cours de la guerre du mois d'août, la commission a élaboré plusieurs recommandations:

  • Le Conseil national de sécurité devrait revoir le concept de la sécurité nationale pour faire face aux risques existants de manière appropriée;

  • Le Conseil de sécurité nationale devrait développer un système d'alerte rapide;

  • Le Conseil de sécurité nationale et le gouvernement devraient élaborer et convenir d'un concept sur un modèle de centre de gestion de crise;

  • Le Conseil de sécurité nationale et les différents ministères doivent élaborer des inter-agences de communication et le partage des informations de stratégie;

  • Le Conseil de sécurité nationale et le gouvernement devraient revoir le concept de la défense civile et développer un plan de défense civile;

  • Le système des troupes de réserve doit être révisé;

  • Le ministère de la Défense doit effectuer les mesures pertinentes pour le bon fonctionnement du système des communications;

  • Le gouvernement devrait prendre toutes les mesures pour restaurer système de défense aérienne, les résultats devraient être communiqués régulièrement aux parlementaires du groupe de confiance;

  • Des instructions pour les activités des diplomates au cours de situations d'urgence devraient être élaborées;

  • Une attention particulière devrait être accordée à l'attrait des professionnels pour le service diplomatique;

  • Les commissions parlementaires doivent s'impliquer dans le suivi de la mise en œuvre de ces recommandations;

  • Les problèmes mentionnés ci-dessus soulèvent la nécessité de changements de personnel dans ces organismes, y compris parmi les responsables politiques et militaires.

 

14/04/2009

La guerre des médias n'a pas eu lieu.

 

Aujourd'hui, à Tbilissi, s'est tenu une réunion au ministère de la défense. L'administration géorgienne à invité les attachés militaires des délégations étrangères présentes dans la capitale à prendre connaissance du rapport géorgien sur les mouvements de troupes russes dans les territoires occupés.

L'attaché militaire Christian Fankode a déclaré après la réunion qu'ils étaient "préoccupés par les forces armées russes, ainsi que par la violation des eaux territoriales et de l'espace aérien géorgiens. Les informations que nous avons reçue de la partie géorgienne, coïncident avec les rapports de l'OSCE, l'ONU et l'UE" précise l'attaché militaire allemand.

Neuf mois après la fin de la guerre, on vous démontre que l'administration géorgienne n'exagère en rien la gravité des violations russes, et, ainsi nous démontre une nouvelle fois qu'elle ne nous ment pas. Chaque journée passée à écouter les déclarations du gouvernement ou d'un ministère géorgien avant, pendant et après la guerre (j'étais sur place du 21 juillet au 13 août) ont montré combien les autorités ont été honnêtes, jour après jour, envers leurs citoyens.

Les descriptions des événements relatés heure après heure depuis le 1er août, date du début des provocations des milices ossètes sous les ordres des russes, étaient aussi exactes que possible, peut-on prouver de plus en plus avec le temps. Des informations en constantes contradictions avec ce qui nous arrivait de Moscou, bien entendu. Et comme leurs diverses accusations (débiles pour ceux et celles qui connaissent la mentalité géorgienne) ne sont vérifiables qu'en enquêtant sérieusement dans les territoires séparatistes, les occupants russes empêchent les enquêteurs européens d'y accéder. L'UE laisse faire, trop heureuse de reprendre son business avec la Russie. (Détail : si abandon du projet Nabucco pour cause d'instabilité dans le Caucase, Schreuder et Berlusconi vont s'en mettre plein les poches, ayant de gros intérêts financiers privés dans Gazprom...)

Quand je pense à ce Dubié, sénateur belge, démocrate, etc... qui ose faire la leçon à Saakashvili parce qu'il est sois-disant tombé dans la provocation des russes, alors qu'il y est tombé lui-même les yeux grands ouverts et a osé ensuite répendre leurs inepties made in ussr, mensonges et manipulations russes sortant de sa bouche (sans s'en rendre compte ?!? A mon avis, il savait très bien ce qu'il faisait) et alimentant - grosse pub écolo - les médias anti-Bush/Cheney, et tout content d'ajouter son grain de sable dans les rouages de l'administration américaine et, surtout, de l'Otan... Pitoyable ! Mais tellement plus confortable que d'être journaliste anti-Poutine/Medvedev en Russie... (cfr Anna Politkovskaia, Dieu ait son âme)

Non, la guerre des médias n'a pas eu lieu. Il n'y eu que totale désinformation de la part des Russes, chaque info de leur part ayant été entièrement construite selon ce qu'ils voulaient qu'on croit, nous, occidentaux naïfs vis-à-vis du régime de Poutine. Il y a de (très très très) nombreux exemples, dont quelques-uns postés sur TbiliSite depuis presque 4 mois.

D.P.

31/03/2009

Compte-rendu de notre entrevue avec Isabelle Durant, sénatrice Ecolo, à propos du "rapport Dubié/Defraigne"

I Durant photo rtbf

Isabelle Durant :

à propos du "rapport Dubié/Defraigne".

Bruxelles, jeudi 26 mars, début d'après-midi. Nous arrivons à la maison des parlementaires un peu en avance, mais nous ne devons pas attendre trop longtemps madame la sénatrice: Isabelle Durant arrive presque à l'heure, accompagnée par Francisco PADILLA, son conseiller en affaires internationales.

Je suis nerveux, non pas à cause de cette entrevue, mais de peur de ne pas pouvoir me retenir quant aux gros mots qui me viennent en tête à propos de ce rapport, tant il y a de quoi. Mais après les présentations d'usages, lorsqu'il a fallu lancer la discussion, face à madame Durant, le calme qui me caractérise en temps normal reprend le dessus! Il faut dire qu'en exposant le point de vue géorgien et, bien entendu, tout en expliquant nos griefs contre Josy Dubié et sa visite partiale en Ossétie, je voyais Madame Durant nous écouter attentivement, sans beaucoup réagir sinon pour quelques précisions, corrections ou avis divergeants.

Ce qu'il en est sorti, après 50 minutes d'intérêts sincèrement réciproques pour nos positions, nos points de vues, c'est que les Ecolos ne connaissent pas grand chose ni de la situation en Géorgie, ni de l'histoire de Géorgie, ni de ce qui s'est réellement déroulé en août, mais ne demandent pas mieux que de connaître. Et 50 minutes, c'était très peu. Nous aurions pu discuter encore quelques heures.

Ce qui ressort de cette entrevue, finalement, c'est quoi..? Difficile de répondre. Nous pensons qu'il est positif que Ecolo, à travers Isabelle Durant et Francisco Padilla, souhaîte peut-être en savoir plus avant de "re-juger" les événements d'août différemment de Dubié, mais a besoin de preuves au moins aussi solides et fondées que les témoignages recueillis par Dubié en Ossétie. Mais, ce que je pense aussi, c'est que même avec ces preuves, jamais Ecolo ne fera machine arrière, pour plusieurs raisons:  

1. Il existe déjà tant de preuves accessibles, surtout pour des parlementaires, que s'ils le voulaient, ils auraient déjà fait leur erratum depuis longtemps.
2. Les intérêts européens pour la Russie sont incontournables, intérêts dans des relations étroites positives afin d'éviter un retour à la guerre froide (au moment où je vous écris, les Russes construisent des bases navales et aériennes en Géorgie!!!), et sans doute aussi intérêts gaziers, une erreur au moment où il est question de diversifier les sources d'approvisionnement en évitant la Russie, et notons aussi que justement Poutine, en s'attaquant à la Géorgie, rêve de ruiner le projet Nabucco ou de s'en emparer, et nous revoilà au point de départ à acheter du gaz uniquement aux russes !.  
3. Etant le seul parti politique à avoir autant critiqué la Géorgie, la part de la population qui croit la version pro-russe
(pro-russe non par choix, mais par conséquence) de Dubié,  trouvant certainement l'ex-journaliste vedette de la rtbf impartial puisqu'il le dit, ou qui a apprécié ce rapport parce que à contre-courant de ce que tout média rapportait des événements,  ou tout simplement pour avoir apprécié le côté "anti-Bush" des propos dudit Dubié, cette part non négligeable, à un jet de pierre des élections de juin, peut avoir un impact conséquent...
4. Pourquoi n'ont-ils jamais cherché à connaître le point de vue géorgien auparavant, sinon parce qu'ils n'y trouvaient aucun intérêt?  Il existe une ambassade de Géorgie à Bruxelles, à deux pas du Parlement. C'est la moindre des démarches qu'ils auraient pu faire. En cela, ils ont adopté la méthode Dubié: on ne questionne qu'un seul camp pour n'avoir qu'un seul avis, celui qui arrange (ou qui dérange, c'est selon ce qui arrange).

Bien sûr, l'écolo en moi depuis 25 ans me pousse à croire que le parti écologiste est capable de modifier son jugement avec raison, mais je ne suis pas certain qu'on parle de la même écologie... Par contre,  puisque les écolos n'ont pas hésité à croire Poutine, Medvedev, Lavrov ou Tchourkin, alors c'est certain, on peut croire en tout. Dossier à suivre, avec beaucoup d'intérêt.

D.P. - TbiliSite, avec M.M.

07/02/2009

Le journalisme vu par La Une.

 

Hier soir, en zappant d'un JT à l'autre, je tombe sur celui de la RTBF diffusant un résumé de la rencontre U.E.-Russie. Bon, on sait que la RTBF a toujours été très critique à l'égard de la Géorgie, très certainement sous l'influance de leur ex-reporter Josy Dubié dont l'âme plâne toujours dans les locaux de la rédaction de la chaîne généraliste belge. De là à passer sous silence dans leur résumé ce que tous les journaux occidentaux ont, eux, relayés à juste titre, à savoir les critiques directes de Barroso envers la politique des droits de l'homme de Poutine et Medvedev (voir plus bas l'article sur les assassinats d'un avocat et de journalistes à Moscou)... Les problèmes gaziers furent là relégués à l'info secondaire...

A la suite de cette "absence d'info", la rtbf diffuse un reportage sur la présence des observateurs européens en Géorgie. Un de leurs journalistes se trouve à la bordure Est de la province d'Ossétie du Sud, côté géorgien bien sûr puisque les milices ossètes interdisent toujours l'entrée à tout non-russe, et encore. Il accompagne donc une patrouille d'observateurs et de médecins géorgiens sécurisée par des gendarmes géorgiens. Interview d'une villageoise, une dame agée, qui nous dit que, petit à petit, ça va mieux, qu'il n'est plus nécessaire d'aller se cacher dans les vignes (pour échapper aux milices ossètes - ndlr). Magnifique. Interview d'un responsable de la mission d'observation européenne qui nous dit que oui, tout va bien puisqu'il n'y a eu que 4 morts depuis le début de leur mission (on ne dit pas qui sont ces 4 morts ni pourquoi ils sont morts, mais juste que tout va bien). On ne parle pas non plus des 11 gendarmes géorgiens tués par les russes, les ossétiens et les abkhazes. On ne rappelle pas non plus que les russes avaient l'obligation de laisser les observateurs faire leur boulot dans les territoires occupés, et que si les russes se sont empressés de reconnaîtres ces territoires séparatistes, c'est justement pour empêcher toute mission d'observation de constater quelles furent exactement les exactions commises par l'armée russe et les milices ossètes sur le peuple géorgien dans les villages géorgiens d'Ossétie et d'Abkhazie (et qui perdurent). On ne parle pas non plus des projets militaires russes dans ces régions "annexées de fait" à la Grande Russie... Toutes ces violations indiscutables dont la rtbf ne parle jamais.

Par contre, sur le ton de l'ironie, notre reporter insiste sur le fait qu'il soit mal venu de dire "frontière" et non "bordure" quand on parle de la limite entre la province d'Ossétie (ou d'Abkhazie) et le reste de la Géorgie. Oui, côté géorgien, on a le droit d'être susceptible sur ce point. Parce que la Géorgie ne demande qu'une chose : que les lois internationales soient respectées. C'est tout. Si notre journaliste avait été capable d'expliquer le contexte, tout le monde aurait compris la nuance. A moins que la Belgique soit le 3ème pays à reconnaître les provinces séparatistes, après la Russie et le Vénézuela?

D.P.

Voir le podcast du journal du 06/02 19h30 sur le site de la RTBF

 

15/12/2008

Aout 2008, récit de vacances... en Géorgie

Intro:

La Géorgie est un pays magnifique. Je ne pense pas m'avancer en écrivant que tout ceux qui un jour y ont été on eu envie d'y retourner. C'est ce que j'ai eu la chance de faire depuis dix ans, et j'ai eu le plaisir de publier les photographies (de Tbilissi principalement) sur la toile, et des expos à Bruxelles ont accueilli quelques tirages.

Mais si j'ai décidé de m' aventurer dans la création de ce blog, ce n'est pas pour vous exprimer mon attachement à ce pays, mais pour vous faire partager mon expérience de cet été lors des événements qui ont débuté au mois d'août, et ensuite exprimer quelques "coups de gueule" quant aux jugements hâtifs, manipulés, disproportionnés et/ou idiots de certains de mes compatriotes, journalistes, politiques ou simples citoyens, suite à ces mêmes événements.

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En Géorgie, cet été, ce fut chaud! Très chaud même.

Et mon voyage en Géorgie aussi, du coup.

En voici un résumé, chronologique, à l'intention de celles et ceux qui aimeraient savoir ce que c'est de se trouver en vacances dans un pays d'Europe orientale, et de se faire envahir par les Russes (en 2008 !!! Extraordinaire!)

Nous sommes partis à Tbilissi mon épouse et moi le 21 juillet, rejoindre ma fille déjà sur place depuis 15 jours. Voyage sans problème via Vilnius, si ce n'est la perte d'un de nos bagages à Vilnius, que nous récupérerons 2 jours plus tard.

A Tbilissi, il fait chaud, comme d'habitude en été. C'est la première fois que je reviens en Géorgie depuis la "révolution des roses", ou plutôt depuis la visibilité de ses effets sur la ville et sur la société en général. Beaucoup de routes ont été refaites, des squares et des places réaménagées, des fontaines, des bancs, des... poubelles, partout tout est propre... Si ce n'était la pollution des voitures et, surtout, des vieux camions et cars! Certains quartiers ont été complètement rénovés, mais en général les ruelles sont défoncées, et les façades lépreuses, comme il y a 3 ans. Ça et là de nouveaux bâtiments ont grignoté quelques terrains-vagues où auparavant s'amoncelaient des déchets en tous genres. Et de nombreux camions à ordures, modernes en plus!

Des vieux HLM repeints en bleu, vert ou mauve... Spécial.

Nous restons quelques heures à Tbilissi (le temps d'avoir des nouvelles du susdit bagage) puis nous partons pour la campagne où nous avons une maison bien plus "fraîche" que l'appartement de Tbilissi Nous passerons donc de 38 à 29°c. et c'est pas plus mal. L'été, Tbilissi, c'est chaud, surtout quand on vient de Belgique. Alors autant ne pas traîner, et monter 60 km plus haut. D'autant que notre fille nous attend avec impatience.

Bann Tbs cl1

La route est rapide entre la capitale et Mtskhêta. En fait, c'est une autoroute toute neuve, et de la voiture nous pouvons observer tous les 500 mètres de (vieilles) femmes balayer ou arroser la berne centrale et ses nombreuses fleurs. Beaucoup de petits boulots, mais aussi beaucoup de grands magasins, beaucoup de concessionnaires ont poussé à la sortie de Tbilissi Mercedes, BMW, Toyota, Peugeot... pas un ne manque. Impressionnant comme la Géorgie s'est modernisée en si peu de temps. Il y a des éclairages partout, et chaque quartier de la ville est alimentée en eau, en gaz et en électricité 24h/24...

Le pouvoir en place avait promis, lors des dernières élections, à ce qu'il y ait non seulement toutes les énergies, mais aussi un réseau gsm de qualité et un médecin pour chaque village du pays. En ce qui concernait la capitale, c'en est pas loin.

En tout cas, de ce point de vue-là. Car un des fléaux en Géorgie, reste la corruption. Après seulement deux jours sur place, c'est trop tôt pour avoir un avis, mais il semblerait que les géorgiens soient assez satisfaits de la situation dans l'ensemble. La police reçoit enfin un salaire et fonctionnerait correctement, ainsi que l'administration, mais la justice et certains ministères seraient encore corrompus ou simplement mal dirigés.

Le salaire moyen a augmenté, autant grâce aux entreprises étrangères que géorgiennes, grâce aussi aux dollars qui pleuvent suite au passage du pipeline BTC, mais ces entreprises ont pas mal soufferts de l'embargo russe de 2006 sur nombre de produits traditionnels, comme le vin et les eaux minérales, très réputés. Le taux de chômage est encore très élevé, les pensions beaucoup trop faibles. Les salaires très inégaux et les protections sociales à peine existantes malgré les traités signés. Mais bon, le monde ne s'est pas fait en un jour, et ça va mieux, mais pas (encore) pour tout le monde. D'où sans doute le gain de popularité pour l'opposition, fin 2007, vainement mais de justesse avec une confiance en Saakashvili renouvelée avec 53% des votes. Un résultat somme toute classique en pays démocratique.

Les problèmes abkhazes et ossètes sont au point mort. De temps en temps des tirs ossètes sur un village géorgien, suivis parfois de tirs géorgiens sur les tireurs ossètes, comme d'habitude. Ou un drone géorgien abattu par l'armée abkhaze, ou un survol de la Géorgie par des avions russes, bref, la routine.15 ans que c'est ainsi.

J'apprends quand même que les russes ont distribué des passeports russes aux habitants d'Ossétie et d'Abkhazie. Ah bon. Les deux provinces séparatistes de Géorgie deviennent de facto russes? Ils sont gonflés, mais bon, les géorgiens se disent que si c'est ainsi que les Ossètes et les Abkhazes veulent protéger leur culture de la Géorgie, en devenant russes ils prouvent qu'ils n'ont rien appris de leur histoire de ces 200 dernières années. Et quand on sait ce qui se passe en Russie sous Routine.

J'apprends aussi que les Russes ont terminé la reconstruction d'une voie de chemin de fer reliant la Russie à l'Abkhazie "pour faciliter l'aide humanitaire"disent-ils.

A part ça, tout va très bien. Je prends quelques jours de vraies vacances en famille. Soleil, montagnes, rivières, la pleine nature, presque inchangée depuis des milliers d'années, c'est magnifique. Le jardin d'une petite chapelle orthodoxe jouxte notre jardin, ce qui empli d' Histoire l'atmosphère des lieux. Et quel temps! Bien sûr, ce serait encore mieux si nous pouvions avoir l'eau courante et l'électricité 24h sur 24 ici aussi... mais nous avons la télé et le satellite, et le courant a fini par être plus stable, ce qui nous a permis de suivre les infos chaque jour (pendant que la piscine des enfants se remplissait lentement, lentement...).

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La guerre arrive. Elle sent déjà. Nous sommes le 1er août.

Aux infos, un soir vers le 1er août, sur une chaîne russe (RTP) on apprend que la population ossète du sud est évacuée vers l'Ossétie du nord (Russie) par autobus entiers. Des femmes, des enfants et des vieillards principalement. Des combats ont semble-t-il débutés entre forces de paix géorgiennes - en poste pour protéger les villages géorgiens en Ossétie du nord - et les milices ossètes (Forces de paix totale en Ossétie : 1/3 soldats russes, 1/3 soldats ossètes, 1/3 soldats géorgiens). La télévision géorgienne annonce la même chose, sans donner de raisons à ces mouvements de population, et pour cause: à priori, il n'y a pas de raisons. Pas plus que quelques mois plus tôt, quand quelques échanges de tir ont eu lieu. Pas plus que depuis 15 ans.

Dans notre village, pas très éloigné de Kaspi, le week-end se termine calmement, les mômes pataugent... en fin de semaine nous partons en Kakhétie, à Tsinandali, pour quelques jours. Magnifique chateau près de Telavi et de Gremi, entouré de vignes centenaires. Les meilleurs vins du monde nous attendent...!

Mercredi 6 août, nous entendons aux infos géorgiennes que des séparatistes ossètes ont attaqué un village géorgien en Ossétie, près de Tskhinvali (capitale de la province séparatiste). Les soldats géorgiens, ayant déjà perdu 3 hommes, répliquent vers les forces séparatistes, tout en demandant à rencontrer le président ossète et le responsable des forces russes d'Ossétie du sud. Ceux-ci ne déclinent pas la demande de discussion en vue d'un cesser-le-feu, mais se disent dans l'incapacité de se rendre à Tskhinvali pour rencontrer les responsables géorgiens: voiture en panne!

Ça commence à sentir mauvais, et les gens en parlent un peu, dans la rue. Mais ce n'est pas trop grave, finalement. Quand on a connu la guerre civile, en 1992, 93 et 94, ce ne sont pas ces quelques échanges de tirs qui font peur.

Le jeudi, 7 août, les forces de paix géorgiennes reçoivent des renforts de l'armée, quelques dizaines de chars et plusieurs centaines d'hommes sont dépêchés vers Tskhinvali, dans le but de déloger les tireurs de la milice ossète qui, entretemps, ont quitté les sous-bois pour rejoindre Tskhinvali. L'armée géorgienne renforce ses positions autour de la capitale ossète, se positionnant entre Tskhinvali et les villages géorgiens, au nord. Ces événements, dans les médias, occupent une place de plus en plus importante d'heure en heure. Ça craint.

Vendredi soir, 8 août, Tskhinvali est occupée à 90% par l'armée géorgienne. Elle avait été désertée de ses habitants (rappelez-vous, c'était il y a 7 jours) et la milice ossète a reculé vers le tunnel de Roki., attendant...

Les quelques chars géorgiens à proximité du tunnel voient alors des dizaines et des dizaines de chars qui en sortent, ainsi que des milliers d'hommes. L'armée russe intervient. C'est le 53ème régiment, bien connu en ex-urss pour avoir envahi l'Afghanistan d'abord, et la Tchétchénie ensuite. Aïe, la guerre commence vraiment... si on peut dire. Les chars géorgiens tirent bien quelques salves vers eux (dont, semblerait-il, des bombes à fragmentations), mais à 1 contre 100... Même les "orgues de Staline" sont impuissants contre une telle armada de blindés.

Les engins russes, appuyés par l'aviation, tirent vers Tskhinvali pour en déloger l'armée géorgienne qui y avait pris position depuis 24h. Le nombre de chars et d'avions engagés par les russes est impressionnant, en quelques heures des quartiers entiers de la ville sont pilonnés, bombardés, et les géorgiens sont contraints de se retirer, laissant derrière eux une ville à 20% détruite par les bombardements russes.

Dans une interview de la télé (russe), Poutine déclare vouloir tirer le président Saakashvili par les c... pour le sortir du pays une fois pour toute. C'est du joli. Il prévoit donc d'envoyer ses chars jusque Tbilissi...

Le samedi, Gori sort d'une nuit d'épouvante: la ville a été bombardée par l'aviation russe, touchant autant d'habitations que d'usines. C'est la panique et, lorsque les chars russes (j'ai toujours tendance à vouloir écrire "soviétiques"...) arrivent à Gori, la ville est déjà presque désertée entièrement. Les chars se positionnent rapidement, et bloquent chaque entrée de la ville. Des check-points sont immédiatement installés: il faut un visa russe pour entrer à Gori. Les milices, suivant toujours l'armée russe de quelques heures, pénètrent dans Gori. Pillages, assassinats, viols, etc... Gori, c'est 30 km au sud de Tskhinvali, en plein centre de la Géorgie. A 60 km de la capitale Tbilissi. Et à 20 km de ma famille. De moi.

Ils ont aussi bombardé d'autres villes de Géorgie, et quelques aérodromes militaires, désaffectés depuis 20 ans pour la plupart. Je n'ai pas les détails, mais j'apprendrai plus tard que les russes se dirigent à la fois vers Poti et et Gori.

De là où nous sommes, nous n'entendons rien de la guerre qui fait trembler la terre entre le Tunnel de Roki, et Gori. Beaucoup de villes et de villages sont bombardés, des forêts et des champs brûlés. Nous sommes entre Gori et Tbilissi, et c'est certains que les russes ont prévu d'aller jusqu'à Tbilissi afin de renverser Saakashvili. Nous hésitons à quitter notre maison de campagne pour Tbilissi où les gens sont tous dans la rue, face au parlement, à manifester leur soutient au président. J'ai très envie de rejoindre tout ce monde.

La télévision russe, pendant ce temps, annonce que "la Géorgie ayant attaqué l'Ossétie du sud, les forces de paix russes ont été contraintes d'intervenir afin d'empêcher un génocide de la part des Géorgiens sur le peuple ossète". Ils parlent aussi de l'aviation géorgienne qui aurait bombardé Tskhinvali avec des bombes à sous-munitions. Ça nous étonne.... Les Géorgiens n'ont pu faire décoller aucun de leurs avions, et pour cause, il n'y en n'a pas. A la télévision géorgienne, nous apprenons rapidement la décision des français de se rendre en Géorgie. Kouchner doit arriver d'ici quelques heures. Rapides. Je contacte l'ambassade de France pour savoir qui est responsable à Tbilissi pour les ressortissants belges. On me donne le numéro du seul officiel belge présent dans la région, qui me confirme ce que pensaient les français: c'est l'ambassade des Pays-Bas qui est chargée de nous rapatrier, au cas où. Je leur laisse nos coordonnées, au cas où.

Nous sommes dimanche matin, et les chars russes ont entièrement encerclé Gori. Des chars, des soldats russes blasés, ivres, et des snipers de-ci, de-là... Quand midi arrive, nous apprenons la mort de journalistes étrangers, un hollandais notamment. Sniper. Je ne sais que penser, nous nous sentons de moins en moins en sécurité. Les quelques soldats russes interviewés par la télé française se moquent des européens comme du reste du monde. Doigts d'honneur, insultes en tout genre destinées aux télévisions occidentales. Et pendant ce temps, la milice ossète nettoie. Grave.

J'appelle à nouveau l'ambassade de Hollande, endeuillée, afin de savoir s'ils organisent quelque chose pour ceux qui souhaiteraient être rapatriés. Je ne sais pourquoi, l'employée de l'ambassade ne cesse de rire. Mon accent anglais? Son accent français? Elle m'explique finalement qu'un autocar prêté par le ministère géorgien des affaires étrangères part vers Erevan ce soir ou demain matin, et qu'on me téléphonera pour m'avertir du lieu et du moment du départ. J'en parle à la famille. On ne sait pas s'il faut rire ou pleurer nous aussi: le voyage Tbilissi- aéroport d'Erevan est risqué, nous n'avons pas de visa pour l'Armenie (pro-russe) ce qui veut dire grosse "surtaxe" douanière. Et puis attente d'un hypothétique avion vers l'Europe... Deux jours? Trois jours? Le tout à nos frais, bien entendu. Quelle organisation...! Nous décidons de ne pas encore quitter le village, nous nous y sentons isolés, mais en sécurité... pour l'instant. Et puis nous sommes surtout optimistes. Surtout les Géorgiens. Je ne peux m'empêcher de penser au pire, mais j'acquiesse: mais tout ira bien. Sarko arrive dans 2-3 jours, Kouchner est là ce soir, les Russes ne tireront pas sur Tbilisi. Pas maintenant.

Nous zappons pendant que ma fille joue chez nos voisins et amis, à 500 m de chez nous. Un peu de détente. La nuit tombe doucement, les chauves-souris géantes sortent de leur abris sans un bruit, il fait bon... Le mot "vacances" semble reprendre du sens, quelques instants.

089Les cinq énormes hélicoptères, lorsqu'ils fondirent littéralement sur le village, venant du nord-ouest, ont fait sursauter toute la famille. Mon épouse risque un regard vers le ciel mais n'arrive pas à savoir s'ils sont russes ou géorgiens. Ils tournent autour de nous, et lorsqu'à mon tour je sors, tentant de les photographier et les identifier, l'un d'entre eux est juste au-dessus de la maison, stationnaire une trentaine de seconde. Je me dis "Si ça tombe (façon de parler) ce sera mon premier face à face avec l'armée russe" et, connaissant leur manière de procéder lorsqu'ils investissent un village, je dois bien avouer que j'en ai des sueurs froides. Bruyant. Ils finissent par repartir, survolant encore longtemps les forets aux alentours.

Même si nous avons appris ensuite qu'ils s'agissait de Géorgiens en retraite, cet événement m'a décidé à rentrer vers Tbilissi dès le lendemain. Ma fille, très impressionnée par son court séjour dans la cave de nos amis qui, ayant eu le reflexe de s'abriter, de protéger les enfants en y descendant rapidement, nous racontent "leur courage"!. Ma fille ne doit pas rester ici. Une expérience de guerre à son age...

Mardi matin, nous reprenons la route pour la capitale. Route très calme, pas beaucoup plus de circulation que d'autres jours. Nous n'apercevons plus les soldats chargés de la protection des ponts au-dessus de la rivière Mtkvari, nous ne croisons aucun blindé, pas même à Tbilissi. Tous ont eu l'ordre de rejoindre leurs bases.

Les Russes, pendant ce temps, bombardent encore Gori, au centre de la Géorgie. Et se déploient tout le long de la route nationale, entre Tskhinvali et Gori, puis entre Gori et Kaspi, au centre de la Géorgie, 45 km au sud de la frontière sud-ossète. En Abkhazie, un deuxième front s'ouvre contre la Géorgie: les chars russes arrivent par centaines via le chemin de fer "rouvert pour raison humanitaire" entre la Russie et la Géorgie Abkhazie quelques semaines plus tôt. De là, les Russes encerclent Poti. Poti, c'est le poumon économique de la Géorgie. Port maritime en Mer Noire situé à plus de 30 km au sud de l'Abkhazie, et à . Malgré les protestations des autorités de la ville, et de nombreuses manifestations des habitants et du maire devant les soldats russes, ces derniers ont fini par couler la totalité des bateaux se trouvant dans le port, rendant tout accès au port impossible, puis bombardé les terminaux pétroliers, ratant leur cible.

91 Mer Noire entre Poti et Batumi.

En Russie, la propagande tourne à plein "régime". Chaque accusation venant des responsables géorgiens (agression disproportionnée, populations pillées, assassinats, déportations et autre génocide) est systématiquement détournée, et à entendre les journalistes russes (ceux qui vivent encore, et qui donc sont aux ordres du pouvoir) les géorgiens sont tous des tueurs barbares sous les bottes des États-Unis. Les "Forces de Paix" russes ne faisant que leur devoir en sauvant les ossètes de la terrible invasion géorgienne! "Des russes sont mis en dangers sur notre territoire, nous avons le devoir politique et moral de les aider. C'est ce que nous faisons." C'est pas stupide. On distribue des passeports russes à tous les "ossètes du sud", on provoque les forces de paix géorgiennes en ossétie, puis on vient porter secours, violant toutes les lois internationales au passage, à la milice ossète. Avec 3.000 blindés et minimum 60.000 hommes à 6h de route, ce sera un jeu d'enfant d'aller "tirer les c... de Saakashvili" (sic Poutine).

Comme machine à diriger la population, l'armée russe est très bien organisée:  d'abord les chars entrent dans le village, pour neutraliser les forces géorgiennes qui s'y trouveraient, ensuite empêchent toute personne, géorgien ou étranger (journalistes ou observateurs OHCR) d'approcher de la zone en plaçant des barrages sur les routes et des snipers tout autour du village. Ils laissent alors entrer les milices ossètes et abkhaze (on y a vu quelques Tchetchenes aussi), qui se chargent des civils : nombreux meurtres, nombreux enlèvements, viols, etc... Et pillages systématiques.

Les observateurs comme les reporters sur place ont pu constater tout cela, et ont relayés ces infos, images à l'appui: des blindés russes quittant le territoire géorgien par le tunnel de Roki, surchargés de machines à laver, de radiateurs, de télévisions et autres objets de consommation. Assis sur leur butin, les militaires russes, bourrés à la Vodka, doigt d'honneur en direction des journalistes européens. Poutine, quant à lui, insulte toujours (ouvertement) le président Saakashvili. Bush n'a pas été aussi vulgaire avec Saddam ou Ben L.

Mardi 12 août, suite. La Belgique et la Hollande, qui ensemble ont une centaine de ressortissants en Géorgie, ne font toujours rien pour leur évacuation. Mais Sarko est là, avec deux avions du ministère des affaires étrangères. C'est finalement avec eux que nous rentrerons en Belgique. Les militaires français ont été d'une efficacité et d'une gentillesse à notre égard, merci à eux. Arrivés à Roissy, nous avons été accueillis par les autorité françaises avec la même attention, la même gentillesse. Médecins, psychologues, etc... Tous aux petits soins. D'accord, dans le contexte, ce sont des détails. Mais je vous assure qu'après tous ces événements, ça nous a fait beaucoup de bien. Un seul point "bof": le consul de Belgique chargé de prendre nos coordonnées à la sortie de l'avion était aussi accueillant et attentionné qu'un gardien de prison.... Fonctionnaire sorti trop tôt de son lit sans doute... C'est vrai, il est 5h du matin. A force, on ne sait plus très bien quoi.


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Saakashvili n'est certainement pas sans tort, c'est évident. Mais ses interventions face aux nombreuses agressions des miliciens et de l'armée russe avant le 7 août (et depuis plusieurs années) sur le territoire géorgien dans la province d'Ossétie ont toujours été minimes, prudentes, et contrôlées. C'est la réaction de Poutine qui fut totalement disproportionnée. De toute manière, même si les soldats géorgiens en Ossétie (rappel: eux aussi Force de Paix) avaient tirés avec un lance-pierre sur un chien errant, les russes en auraient profité de la même manière, envoyant les troupes venger la mort du chien. Le plus important, pour les russes, étaient d'envahir la Géorgie, de renverser Saakashvili pour le remplacer par un pantin semblable à Edouard Kokoïty ("président" ossète) ou Sergueï Bagapsh ("président" abkhase) ou Ramzan Kadyrov (président tchétchène) tous mis en place par Poutine, avant que la Géorgie ne rentre à l'OTAN décision qui devait être prise avant fin 2008.

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Mtskhêta. Vestiges du 1er siècle. Au sommet de la montagne, Djvari, église du 6ème siècle.

 

 

 

Au moment où j'écris ces lignes, 3 mois plus tard, les soldats de Poutine sont toujours présents sur 30% du territoire géorgien. La province d'Abkhazie est devenue russe de facto, pour le plus grand bonheur de la mafia locale (russe) et des propriétaires des villas de la riviera (russes). Quant à l'Ossétie du Sud, cette province inventée du temps de Staline, elle a été vidée de tous ses habitants géorgiens pour n'y laisser que les citoyens d'origine russe (d'Ossétie du Nord) et leurs descendants, installés là il y a 70 ans.

Faisant suite aux accords signés en août par Medvedev et Saakashvili, et sous les injonctions (timides) de l'Europe et des Etats-Unis, ainsi que de l'ONU, les autorités russes devraient permettre aux habitants déplacés durant le conflit de regagner leur maison (vide). Ce n'est toujours pas fait. Les différentes armées et milices devraient regagner leurs positions d'avant le 7 août. Ce n'est toujours pas fait côté russe: les régions frontalières avec l'Abkhazie sont encore occupées à ce jour, et des tirs de snipers sont régulièrement observés par l'OHCR, et ce jusqu'à Zugdidi, à 10 km de la province abkhaze. Une partie de la province mengrele est aussi contrôlée par les russes. Les observateurs européens devraient avoir accès aux régions séparatistes, mais au lieu de cela, ils sont refoulés aux frontières "devenues russes", au même titre que tout ceux n'ayant pas de visa russe.

Ce soir, je lisais encore un article sur les manifestations anti-gouvernement russes, ayant eu lieu aujourd'hui encore, manifestations évidemment interdites puis réprimées par Moscou. Et qui diabolisait les "répressions" de Saakashvili et de sa police, chargée d'empêcher les manifestants de commettre des actes violents, autour du Parlement lors des manifs d'opposants fin 2007? Ces mêmes personnes qui ont des intérêts en Russie, apparemment. Tant de choses sont critiquées par nombre de mécontents ou juste ignares: lorsque Saakashvili se fait élire avec 53% des voix, c'est assimilé à un échec plutôt qu'à un succès. Sarko s'est fait élire avec 53,06%, et Obama avec 52,6%. En 2004, Saakashvili avait obtenu plus de 90%, suite à la révolution des roses. Là, il a été critiqué en occident par nombre de journalistes: 90%, c'est louche!

Kasparov, le maître d'échecs, qui s'essaie à la formation d'un nouveau parti d'opposition, avec le soutien de nombreuses autres personalités. "Solidarité" qu'ils ont appelé ce nouveau parti. Poutine ne laissera pas faire. Affaire à suivre...

En octobre, un ex-journaliste de la rtbf devenu sénateur écolo, accompagné par une sénatrice MR, s'est rendu en Ossétie. De leur voyage, ils nous ont ramené un témoignage type, tel qu'on pouvait en entendre du temps de Brejnev lorsqu'un occidental revenait de Moscou. (Les soldats géorgiens ont rasé Tskhinvali, assassiné 2000 ossètes, etc...)

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Ce qu'il faut savoir : personne ne rentre en Ossétie, pas même (surtout pas, devrais-je écrire) les observateurs de l'OHCR. Les journalistes sont simplement refoulés, quand on ne leur tire pas dessus. Ce que ce sénateur a réussi à entreprendre, c'est de se faire guider par des militaires russes (seule possibilité pour visiter l'Ossétie), soutenus par les témoignages de quelques "civils" ossètes. Je pense que jamais ils n'ont demandé à connaître la version géorgienne. Tout ce qu'ils ont rapporté comme info n'est que la propagande russe circulant depuis des mois, voire des années, dans tous les journaux moscovites. Les maisons sois-disant ossètes, sois-disant pillées par les géorgiens...! Faites-moi rire! La moitié des maisons détruites qu'ils ont vues l'ont été lors de la première guerre séparatiste, et le reste sont des maisons d'habitants géorgiens chassés entre 1994 et 2008, et les maisons détruites par les milices ossètes après la retraite des soldats géorgiens, et pour cause puisque ces villages sont géorgiens. Les habitants, trop vieux pour partir ou ne sachant où aller et qui n'ont par conséquent pas fuit après la retraite de l'armée géorgienne ont eux, par contre, du subir la présence des russes, puis des milices diverses (Abkhazes et Ossètes, toujours sur les pas des blindés russes) et en effet, qui sait ce qu'ils et elles sont devenus. Réfléchissez... c'est clair qu'en 24h, sous le feu russe, ils n'avaient que ça à faire les soldats géorgiens. C'est bien connu aussi que les géorgiens sont des horribles tortionnaires sous les ordres du tyran Saakashvili, l'ami de Bush, et Poutine un grand bienfaiteur démocrate libéral qui a envoyé des missionnaires construire des routes, des écoles et des magasins de jouets en Tchétchénie depuis 10 ans !!! Même les géorgiens en rient, comme ils en riaient déjà sous Staline (rire jaune).

Militaires américains présents en Géorgie, c'est pas nouveau ! Les russes ont l'air de s'en offusquer depuis... le 10 aout!

Lien : http://www.regard-est.com/

Et la journaliste belge envoyée par la télévision vers le 14 août, et qui n'a pas quitté Tbilissi mais racontait des inepties basées sur les dires récoltés dans les rues de la capitale, au hasard de ses rencontres. Ce ne sera pas son témoignage qui aidera à contredire les deux autres clowns! Par contre, je tire mon chapeau à France 2 et France 24. Leurs journalistes ont été à Gori ou Poti dès les premiers jours du conflit, ont tenté de rentrer en Ossétie, ont interviewé des civils et des militaires des deux camps, et sont revenus en France avec des reportages qui, eux, étaient honnêtes, impartiaux.

Bien entendu, il y eut des fautes commises des deux côtés. Mais comme je l'expliquais plus haut, même si l'armée géorgienne n'était pas intervenue, Moscou aurait agit tôt ou tard. Cette guerre était planifiée depuis plus de 4 ans par Poutine: trop de vieux intérêts russes dans le Caucase du Sud, capitaux pour Moscou, et ce petit président géorgien de ce minuscule pays n'allait pas être plus difficile à renverser qu'un autre! Tout analyste vous expliquera aussi que l'engagement d'une telle armée sois-disant pour défendre les civils ossètes - rappel: devenus citoyens russes en territoire géorgien, par décision russe... - n'était pas destinée à la seule Ossétie, ni même à l'Abkhazie, mais aurait du envahir l'entièreté du territoire géorgien, ainsi que l'Azerbaidjan. Ils auraient pu y parvenir en quelques jours sans l'intervention ultra-rapide de l'Europe et des menaces étasuniennes. Ces soutiens, c'est le travail remarquable de Saakashvili ces dernières années qui les ont rendues possibles.

Moscou pensait aussi que l'opposition géorgienne allait les soutenir. Et bien non! Non seulement Saakashvili est soutenu par l'opposition, qui renoue ses relations avec le pouvoir, il l'est aussi des États-Unis, de l'Europe et... du reste du monde (sauf Shavez... et De Gucht!). Bien entendu, alors que la situation se "stabilise" un peu, l'opposition au président Saakashvili reprend ses vieilles habitudes, critiques diverses florissant à nouveau dans leurs discours. S'ils ne peuvent attaquer la présidence pour ses actions d'après le 7 août, ils s'en prennent à la cause du conflit en relayant ce que tout le monde peut croire: que c'est Saakashvili qui a ordonné cette guerre contre l'Ossétie. Comme vous l'aurez compris (j'espère), c'est pas si simple.

Vous l'aurez compris, à travers ce récit je tenais à remettre les événements à leur place, prenant parti sans aucun doute, sans aucune hésitation. Comment pourrait-il en être autrement? Au risque de me répéter, comment pouvez-vous imaginer une seule seconde qu'un petit pays (4,500,000 habitants sur un territoire grand comme le Benelux) puisse déclarer la guerre à la Russie, qui en comprend 200x autant, et avec une capacité militaire plus de 5000x supérieure?

J'aurai plaisir à tenter de répondre à vos interventions, éclaircir certains points. J'aurai le même plaisir à répondre à ceux qui doutent encore que la Russie, en 2008, soit capable d'engager une guerre contre un état souverain de la même manière qu'ils le firent en Tchétchénie. Poutine n'a pas de morale. Poutine est un kagébiste. Poutine est un assassin. Point.

Dans cette guerre, il aura fait des centaines de morts, mais aussi entre 120.000 et 150.000 personnes déplacées.


A lire aussi :

http://bruxelles2.over-blog.com/

http://www.europarl.europa.eu/


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