12/06/2009

« Il n'ya pas de crise politique en Géorgie »

Ce mercredi les nouvelles se bousculent à Tbilissi. Sans faire de tri profond, en voici un résumé.

Philip H. Gordon, le Secrétaire d'État adjoint pour les affaires européennes et eurasiennes, est arrivé des Etats-Unis avant-hier soir à Tbilissi où il s'est entretenu d'abord avec trois leaders de l'opposition. Mr Gordon a insisté pour que le processus de contestation puisse aboutir à un dialogue démocratique entre le parlement et l'opposition qui, de son côté, a confirmé qu'il n'y aura pas de dialogue possible tant que Saakashvili n'admet pas l'idée qu'il y a "crise politique" en Géorgie, et qu'il n'accepte pas de démissioner. Têtus. Alors les manifestations continuent.

Insistant par ailleurs sur l'importance d'une stabilité politique, bonne pour l'aspiration de la Géorgie à rejoindre les institutions euro-atlantiques, il a aussi ajouté, à l'adresse des journalistes présents : "Nous apprécions aussi l'exemple que le gouvernement a montré en traitant ces protestations sans intervenir. (...)

Mikheil Saakashvili : "Il n'y a aucune crise politique en Géorgie," a-t-il dit à une réunion télévisée en direct avec des membres de cabinets. "Quels sont les signes de crise politique? C'est le cas lorsque le gouvernement est désagrégé, comme cela fut le cas à l'époque Shevardnadze. Alors, le gouvernement ressemblait à un cirque, avec ses membres se disputant les uns les autres et incapables de prendre des décisions. Rien de tout cela n'arrive plus maintenant ; on consolide le gouvernement. Ce signe de crise politique est absent. Le deuxième signe de crise politique: quand l'économie s'effondre totalement, avec le gouvernement qui ne peut distribuer les pensions et les salaires. Nous n'avons pas ce signe non plus."

Home Freedom squarefreedom square - Tbilissi - 10 août 2008

Pour revenir sur les leaders de l'opposition radicale, il y a un texte à lire, incontournable. Il s'agit d'un exposé que Nino Burjanadze (féroce opposante proche des russes, selon ...) a commis à Ottawa à l'époque où elle était présidente du parlement géorgien, en 2007. Comme il fait 5 ou 6 pages, en voici le lien et un extrait :

"Notre conférence a pour thème clé la démocratie et la promotion du développement démocratique dans le monde. Permettez-moi de souligner d’entrée de jeu que la Géorgie, pays en transition situé dans une région turbulente, aux jeunes institutions démocratiques encore fragiles, connaît mieux que quiconque toute l’importance de la démocratie pour bien orienter le développement d’un pays, pour établir un système d’affaires internationales juste et pour garantir la sécurité de tout petit État.

En cette ère de mondialisation, il est évident que l’instabilité dans une région du globe aura inévitablement des retombées négatives à l’échelle internationale. Dans de telles conditions, on ne peut arriver à un environnement sûr et stable qu’en élargissant l’espace démocratique commun. À cette fin, la communauté internationale ne devrait ménager aucun effort pour aider les États en transition qui veulent faire partie intégrante du monde démocratique. Bien entendu, ce processus est très difficile, car les jeunes démocraties sont pour la plupart fragiles. Mais c’est justement ce pourquoi des acteurs extérieurs ont probablement un rôle crucial à jouer pour ce qui est de faciliter la transformation démocratique de pays en transition."

La suite est de plus en plus intéressante, surtout sachant qu'à présent, elle agit dans le but d'obtenir ce qu'elle dénonçait il y a deux ans, avec les moyens qu'elle considérait elle-même comme très dangereux pour la stabilité non seulement du pays, mais de toute la région, au mieux, refusant tout dialogue avec la majorité parlementaire. Je pense sincèrement que cette "honorable Nino Burjanadze" est dangereuse.

Dans un pays civilisé quelconque, France Japon ou Argentine, de telles provocations auraient déjà été sévèrement sanctionnées. Mais ici, Burjanadze et les autres leaders de l'opposition radicale, jouant le jeu des russes sans jamais l'avouer, sait qu'elle est libre d'agir contre le gouvernement tant que celui-ci n'intervient pas, ne peut intervenir.

Les occupants russes sont prêts, à moins de 200 km de la capitale, pour intervenir, eux! D'autant que les observateurs de l'ONU doivent se retirer le 15 juin puisqu'aucun ordre de prolongation n'a été décidé à l'heure où j'écris ces lignes.

" Ce n'est pas un bon signe quand la Russie envoie ses chars T-90 et ses hélicoptères en Ossétie du Sud et en Abkhazia. C'est soit une tentative de pression soit une préparation pour une nouvelle guerre. Dans cette situation il est très important que des forces politiques réussissent à s'unir." (ancien représentant de l'Union Européenne en Géorgie, Denis Corboy, en connaisseur)

Extrait vidéo : les Russes en villégiature à Poti, 13.08.2008


Mais le Parlement géorgien reprend ses sessions aujourd'hui, sous l'ordre du Président, après deux mois de blocage par les mouvements de l'opposition radicale. La démocratie reprendrait-elle enfin ses droits?

D.P.

20/05/2009

Madame Bourdjanadzé se sent personnellement visée...

Madame Bourdjanadzé se sent personnellement visée et compte porter plainte à Strasbourg contre Saakashvili.

La leader du parti d'opposition "Mouvement démocratique-Uni" Nino Bourdjanadze, qui est aussi ancienne présidente du Parlement, accuse le président Saakashvili d'avoir tenté de nuire à sa dignité et sa réputation, et compte porter plainte en justice, à Strasbourg.

Sic : "Au cours de la réunion entre les autorités et l'opposition (le 11 mai dernier, en huis-clos), Saakashvili a imaginé des allégations totalement absurdes que moi, Nino Burjanadze, je suis une exécutrice de l'intérêt de la Russie et un leader politique financé par la Russie", a dit Burjanadze. "La société a appris cela de Salome Zourabichvili (autre leader d'un parti d'opposition radicale, qui a assisté à ces mêmes entretiens avec Saakachvili), qui a révélé les allégations du Président lors de sa conférence de presse."

Dans ses discours publics ou ses remarques, le président Saakashvili n'a pas révélé d'accusations de ce type contre Nino Burjanadze. Il a uniquement répondu lors d'une interview accordée à Newsweek, il y a quelques semaines, je cite: " Qui parraine l'opposition géorgienne?" -
" La plupart de l'argent, des millions de dollars, provient de l'oligarchie russe. Je possède les documents qui le prouvent, que je n'ai pas encore rendus publiques. La question de savoir si l'argent est envoyé de Russie sous la supervision du gouvernement russe, cela je ne le sais pas encore." Bien entendu, Madame
Bourdjanadze a du se sentir visée !

Les leader radicaux, décidément, ne parviennent plus à mobiliser toute l'attention dont ils auraient tant besoin pour continuer leurs manifestations. Les membres de l'opposition parlementaire, quant à eux, ayant accepté le dialogue avec le gouvernement, ont de quoi faire. Ils ont une constitution à modifier, des lois électorales à refaire... Voilà qui est plus constructif !

Quelle sera l"étape suivante, pour la Russie? Personne n'est pressé de le savoir. Mais on en reparle bientôt.

D.P.