29/07/2009

La diplomatie américaine et russe hausse le ton.

Loin du langage diplomatique adopté par Obama avec la Russie, Joe Biden, lors d'une rencontre avec des jeunes réfugiés d'ossétie et d'abkhazie, a déclaré que « la Russie utilisé un prétexte pour envahir votre région, dans l'espoir de détruire l'économie et convaincre le peuple que la démocratie ne fonctionne pas. » En accusant la Russie de l'invasion après utilisation d'un «prétexte», Biden réitère la position qu'il a prise lorsqu'il s'est rendu en Géorgie au cours de la guerre en tant que candidat à la présidentielle. Une version condamnant une nouvelle fois la Russie non seulement d'avoir organisé le conflit mais aussi de ne pas respecter les accords de cessez-le-feu.

Il ajoute par ailleurs que les Etats-Unis soutiendront économiquement non seulement l'Ukraine et la Géorgie qu'il a visité la semaine dernière, mais aussi tous les pays de l'ancienne URSS qui le désirent, et qu'il soutiendrait toute demande d'adhésion à l'OTAN. « La Russie s'est elle-même isolée des pays qui l'entourent, y compris parmi ses plus fidèles alliés qui commencent à dire des choses très dures contre la Russie... » a-t-il ajouté.

Les Etats-Unis n'ont pas confirmé la demande du gouvernement géorgien pour l'achat d'armes de défense anti-aérienne et de munitions anti-chars, mais a par contre confirmé l'envoi de formateurs pour l'armée géorgienne, et d'observateurs non-armés pour seconder les effectifs européens dont le mandat a été prolongé pour une durée d'un an.

La réaction de la Russie ne s'est pas faite attendre. Rogozine a immédiatement déclaré qu'il empêcherait toute vente d'armes à la Géorgie, et sanctionnerait tout pays qui ne tiendrait compte de cet avertissement. Le président Saakashvili, quant à lui, souhaite vivement avoir les moyens de se défendre contre une nouvelle attaque russe « tout à fait envisageable » et que le refus éventuel des Etats-Unis de lui fournir du matériel de défense aboutirait sans doute à une nouvelle tentative du Kremlin d'envahir son pays.

La diplomatie internationale ne peut, sous aucun prétexte, effacer les crimes perpétrés par la Russie ces dix dernières années pour des raisons commerciales (gaz/pétrole). Mais elle se doit aussi de maintenir des « relations normales » avec le Kremlin qui, ne l'oublions pas, possède le plus grand arsenal d'armes de destruction massive, et c'est pas peu dire. Le Kremlin le sait, et « joue » avec cette idée. Le « bouton reset » de madame Clinton ne fut qu'un jouet dans les mains de Lavrov... Ce que les pays européens ayant appartenu à la sphère soviétique comprennent et dénoncent depuis longtemps, mais que l'"ancienne Europe" ne peut réellement comprendre, ce qui implique une diplomatie extrêmement frileuse de la part de cette dernière, et des médias trop confiants en la "Nouvelle Russie" de Poutine (et Medvedev).

Avez-vous déjà visité la Russie, ces dernières années? Non pas uniquement Moscou ou Saint-Petersbourg, vitrines de cette "nouvelle Russie capitaliste" mise en avant par le Kremlin (villes extraordinaires brûlant sous les néons de l'occident), mais les campagnes ou les petites villes de province. Là où, déjà du temps de Staline et de ses successeurs soviets on ne mangeait que des pommes de terre en remerciant le pouvoir de ne pas les laisser crever de faim, ils n'ont même plus de pommes de terre! C'est aussi cela, la "nouvelle Russie"! Alors que ces dix dernières années, le pouvoir a amassé des milliards de pétro-roubles jamais réinvestis dans de quelconques infrastructures pourtant indispensables dans les campagnes...

Pendant ce temps-là... A Gali encore, une femme enceinte qui voulait rejoindre le seul hôpital de la région et devait passer par le fameux pont contrôlé par les miliciens abkhazes et les russes, après avoir payé son « droit de passage » de 500 Laris (+/- 250$) aux miliciens, s'est vue refuser le passage par les soldats russes à l'autre extrêmité du pont, n'ayant plus les moyens de les payer. Je n'ai pas pu obtenir de ses nouvelles depuis, mais on peut imaginer dans quelles conditions elle a du accoucher, chez elle, sans assistance médicale. Pourrait-on imaginer un seul instant qu'un tel acte se produise dans nos pays « civilisés »? Ceci n'est qu'un exemple parmi tant d'autres relatés chaque jour par les habitants des régions bordant les « frontières » administratives ossètes et abkhazes.

En Moldavie (pro-russe) où des élections ont eu lieu ce week-end, les observateurs géorgiens présents parmi les délégations d'observateurs internationaux, ont été empêchés de faire leur travail et ont été enfermés dans un local, sans aucune assistance - nourritures ou boissons, etc... C'est dire que les méthodes russes n'ont pas changé depuis Staline...

N'étant à Tbilissi que pour quelques heures, je n'ai hélas pas le temps de vous énumérer la totalité des nouvelles que nous avons ici, mais dès mon retour à Bruxelles, je vous promet un billet très complet sur la situation dans le pays, et bien d'autres choses encore dont je vous laisse la surprise.

Bonnes vacances à tous,

D.P.

 

23/07/2009

Joe Biden en Géorgie : Soutien inconditionnel des USA et de l'Europe.


Toujours absents de la presse belge (RTBF, Le Soir et La Libre), ces informations sont primordiales pour l'avenir de la Géorgie, bien entendu, mais non seulement : à travers elles  toute l'Europe, au minimum du point de vue énergiétique, est concernée par la visite du Vice Président Biden. La semaine dernière, une autre info capitale a été ignorée par cette même "presse": les critiques virulentes adressées par la Communauté Européenne et par l'administration américaine à la Russie, suite à la visite de Medvedev dans la "capitale" abkhaze, Sukhumi. Une provocation gravissime de plus de la part de Moscou qui, de son côté, critique ouvertement la visite de Biden à Kiev et à Tbilissi, comme si elle avait enconre son mot à dire pour ce qui est des politiques menées par ces deux pays en recherche de liberté et de démocratie, mots que les Russes n'ont pas encore intégrés dans leur dictionnaire d'australopithèques (merci Gad!) post-staliniens.

Mais voici ce que la presse rapporte de la première journée de Biden à Tbilissi :

Le Vice President des Etats-Unis, Joe Biden, a déclaré à Tbilissi que sa visite visait à envoyer « un message simple, clair et sans équivoque à tous ceux qui écoutent et ceux qui ne veulent pas écouter, que l'Amérique est avec vous et restera avec la Géorgie. »

Biden a pris la parole lors d'un banquet tenu en son honneur organisé par le Président Saakashvili peu de temps après son arrivée à Tbilissi, ce mercredi soir.

Le Vice President Biden a déclaré que le États-Unis appuient la Géorgie, car « nous avons été inspirés par votre recherche d'indépendance, que la révolution de la rose a été la voix des "gens épris de liberté, que vous avez étendu bien au-delà des frontières de la Géorgie".
Biden a déclaré que les Etats-Unis ont un « partenariat avec la Géorgie, en cause nombre de défis sécuritaires, la sécurité énergétique et les valeurs partagées de démocratie ».

« Vous êtes dans le processus de construction institutionnelle, de ces attributs dont le pays a besoin pour maintenir la démocratie. Beaucoup d'autres peuples dans le monde cherchent, grâce à vous, de voir s’ils pouvent bénéficier de la révolution de la rose à pleine maturité et des racines très profondes de la démocratie ».

Le président Saakashvili, qui a accordé à Biden l'une des plus importantes décoration de Géorgie, la médaille de l’ordre de la Sainte Victoire, a dit que le Vice President a été l'un des plus ardents défenseurs de son pays. « Comme vous le savez, nous avons réussi à construire ici quelque chose qui n'a jamais existé dans cette région - un pays moderne et qui fonctionne », a-t- dit. « Nous pouvons être fiers d'avoir réalisé cela, mais nous savons qu'il reste encore beaucoup à faire » et a ajouté que, à cette fin il a décrit les propositions pour plus de réformes démocratiques, texte révélé au Parlement plus tôt cette semaine.

Il a également déclaré que l'opposition continue ses protestations de rue, ce qui fait partie de la démocratie.
Saakashvili a aussi déclaré que son palais présidentiel (inauguré il y a une semaine), où le dîner officiel avait lieu, « est à seulement 40 kilomètres des territoires occupés» - en se référant à Akhalgori en Ossétie du Sud sécessionniste, « mais je ne veux en rien vous effrayer! Je sais qu'il est très difficile de vous faire peur!», a ajouté Saakashvili, rappelant la visite en Géorgie de Biden le 18 août 2008, environ une semaine après la fin des hostilités militaires.

Saakashvili a déclaré que malgré les attaque de grande envergure par la Russie, « le peuple géorgien fier et ne renoncera jamais. Alors que nous sommes à portée d’arme ... nous croyons que la démocratie est plus que jamais nécessaire, permettez-moi d'être clair sur ce point: pour nous il n'y a pas de compromis entre la démocratie et de la sécurité. Notre environnement de sécurité ne peut être résolu que par l'investissement dans notre démocratie », at-il dit, et a ajouté que ce serait « un chemin long et difficile et la Géorgie a besoin de l'aide de ses amis à cet égard. »

À la fin de son discours, Saakashvili a rappelé à Biden, que lorsque «vous m'avez dit [après la guerre du mois d'août]: « Misha, de nombreuses personnes vous appellent ces jours-ci, mais beaucoup plus tard, cesseront de le faire, c'est inévitable, mais je ne vous abandonnerai jamais, je serai toujours là pour votre pays ». Vous avez été toujours là pour nous et le serez toujours. »

Le dîner, auquel ont également participé des membres de la délégation américaine, le gouvernement géorgien et des hauts fonctionnaires parlementaires, a été suivit par un concert d’artistes géorgiens, chants et danses folkloriques (superbes), Nino Katamadze, et la soprano d’origine abkhaze (je pense) entre autres.

D'après Civil.ge


Pendant ce temps, à Gali, ce village à la "frontière" abkhaze peuplé par 100% de géorgiens où décidément les soldats russes ne savent plus qu'inventer, les habitants qui souhaîtent traverser l'unique pont situé au centre du village doivent leur payer 500 roubles. D'un côté c'est compréhensible puisque ces soldats ne sont pas ou peu payés par Moscou... Avant-hier, onze personnes ont été enlevées contre rançon. Autre manière de se payer. Comme au 19ème siècle, quand ces mêmes soldats n'avaient que le pillage des zones conquises comme solde. Les policiers abkhazes (pas très méchants, contrairement aux milices séparatistes et aux soldats russes) ont été désarmés par les russes, ce qui a été considéré comme une trahison supplémentaire par les abkhazes. Certains d'entre eux, ayant refusé, ont quitté leurs postes pour rejoindre le maquis, si j'ose dire, dans les forêts avoisinantes. Mais leurs maisons ont directement été perquisitionnées et leurs familles interrogées par les autorités russes. C'est clair, les abkhazes commencent à "voir rouge"....

Comme je suis actuellement à Tbilissi pour quelques heures et qu'ailleurs en Géorgie je n'ai que très péniblement accès à un réseau internet, je n'ai pas beaucoup l'occasion de tenir mon blog à jour, et je m'en excuse auprès de vous. Sachez seulement que je suis très fier des géorgiens qui souffrent beaucoup de la présence des Russes sur leur territoire mais ne perdent pas espoir de revoir un jour leur pays uni, grâce à Saakashvili pour l'instant, avec ses qualités comme avec ses défauts parfois (il est souvent impulsif comme peut l'être un Sarkozy, mais, j'en suis convaincu, seul à pouvoir actuellement diriger le pays dans la direction souhaîtée par la majorité du peuple géorgien).

Dernière chose avant de repartir vers la fraîcheur des montagnes géorgiennes : quelques photos de lieux que je ne suis pas prêt d'oublier tellement c'est magique :

Géo 2009_0185Sur la route menant vers Tusheti.

Géo 2009_0224

Tusheti, après 70 km de sentiers tortueux et périlleux : un cadeau de la nature à quelques km de la Russie (frontières Daguestan/Tchétchénie/Géorgie)

Géo 2009_0304

Tusheti, vue du village côté "hiver", pris du village côté "été". Seul un couple y vit toute l'année. L'unique route qui y mène étant très dangereuse, et totalement fermée les mois d'hiver, seul un hélico peut leur venir en aide en cas de pépin...

Géo 2009_0680

Cignari, ville entièrement (ou presque) restaurée par le gouvernement géorgien. Une perle perchée au-dessus de la vallée qui borde la chaîne du Caucase. Bien plus impressionnant que la Côte d'Azur!

Géo 2009_0574

Tsinandali, le chateau du prince Tchavtchavadze donné aux russes vers 1850 en paiement d'une rançon. Abrite actuellement le musée dédié à la famille princière. Somptueux (à l'échelle géorgienne), entouré d'un parc qui fait face au Caucase. Le prince Alexandre Tchavtchavadze était un poète éminent, mais aussi un grand amateur de vins. Il fut le premier à utiliser les méthodes de vinifications à la française en Géorgie, pourtant pays du vin depuis plus de 5000 ans. Dans la cave, ont peut encore y trouver des crus de l'époque napoléonienne.... (Les occupants soviétiques, qui n'y connaissaient rien, en ont laissés quelques uns!)

 

Bonnes vacances à tous!

D.P. (photos et textes)