15/12/2009

L'Europe et ses contradictions... stratégiques?

L'Europe et ses contradictions... stratégiques?

Les faiblesses que la Russie apprécie.

Depuis la guerre russo-géorgienne du mois d'août 2008, l'Europe s'est très fortement fragilisée face à la politique étrangère de messieurs Poutine, Medvedev et autre Lavrov. Ce que nous constatons au travers de nombreuses décisions, de nombreuses démarches entreprises par certains membres de la communauté européenne. Petit rappel historique :

Dès le début de 2008, le gouvernement géorgien, via le Conseil de l'Europe, a maintes fois averti la communauté internationnale de l'intention affichée par la Russie de renforcer ses troupes en présence dans les provinces séparatistes d' « Ossétie du Sud » et d'Abkhazie, en contradiction des accords de paix signés après la guerre civile de 1992, ainsi que d'autres infractions graves commises par le pouvoir russe dans le cadre de ses responsabilités en tant que « force de maintien de la paix » dans ces deux provinces.

La distribution de passeports russes aux citoyens légalement géorgiens des deux territoires fut sans aucun doute la plus grande provocation de la Russie non seulement vis-à-vis des géorgiens, mais surtout vis-à-vis de la communauté internationale. Mais, bien entendu, l'erreur commise par cette dernière a été d'admettre, en 1992, que seule les forces russes seraient présentes en Géorgie en tant que force d'interposition entre les séparatistes et Tbilissi. Une Russie pas très neutre, et dont tous connaissaient les intérêts dans le sud Caucase, ne pouvait qu'amener à une solution violente de règlement de ce conflit à leurs seuls profits.

Depuis 1992, la Russie, bien installée en Géorgie pour des années dans un statu-quo relatif, a uniquement joui de sa position pour envenimer la situation déjà explosive entre les parties. De provocations en provocations, sans autre réaction que la simple constatation des faits par les observateurs européens présents dans la région.

Lorsque Mikhaeil Saakashvili arrive au pouvoir en 2003, après la Révolution des Roses, il affiche clairement sa volonté de régler la « question des séparatismes » lors de son mandat, et très rapidement contraint le gouverneur pro-russe d'Adjarie de quitter le pouvoir. Ceci se passe sans aucune violence de la part de Tbilissi: c'est le peuple adjare qui réclame la démission d'Aslan Abashidzé à Batoumi, en mai 2004. Depuis, la province adjare, dont aucune infrastructure ne fut modernisée depuis la chute de l'empire soviétique, peut se venter d'être entrée au XXIème siècle dans l' « ère moderne », pour le plus grand bonheur de ses 400,000 citoyens. Mais pour l'Abkhazie et l' « ossétie du sud », qui ont une frontière commune avec la Russie, c'est nettement plus compliqué. La diplomatie russe, sous le contrôle de Lavrov, n'a aucun désir de voir le gouvernement pro-occidental de Tbilissi récupérer leurs territoires. Les provocations, d'un côté comme de l'autre, vont dès lors se multiplier en nombre et en intensité. Sous l'oeil des observateurs européens, impuissants. Mais, un fait est certain, l'Europe sait ce qui se passe, mais n'intervient pas. De toute façon, quoi qu'elle décide, la Russie ne respectera aucune de ses obligations. Tbilissi patiente.

Mais plusieurs événements vont contraindre les russes à intensifier leurs provocations envers la Géorgie. La Russie, dont l'économie repose essentiellement sur la vente des hydrocarbures à l'Europe, voit d'un très mauvais oeil le projet de contournement de leur territoire par le pipeline Nabucco, projet de multinationales européennes et américaines pour amener les hydrocarbures azerbaidjanais et irakiens de la Mer Caspienne vers l'Europe centrale et du sud via la Géorgie et la Turquie. Rendre le Caucase instable ruinerait ce projet, et la Russie aurait ainsi le quasi-monopole du gaz vendu à l'Europe, via l'Ukraine et via deux autres projets, russes ceux-là: Southstream et Northstream. Poutine, avec diabolisme et autres manipulations diverses, envoie les patrons de Gazprom recruter des investisseurs en Europe : Shröder, l'ex-chancelier allemand (engagé par Gazprom dès l'élection de Mme Merkel), Berlusconi et le groupe italien ENI, et Sarkozy via EDF, décident d'injecter des millions d'euros dans les projets russes, en totale contradiction avec les recommandations de la Communauté Européenne qui soutient Nabucco, plus désireuse de diversifier l'approvisionnement en gaz que d'empocher des dividendes de Gazprom.

Lorsque l'on sait tout cela, on comprend qu'on peut légitimement avoir de gros soupçons sur qui a provoqué qui dans le déclanchement de la guerre d'août 2008. Rappelons-le, outre de nombreuses victimes des génocides organisés par les milices ossètes et abkhazes soutenus par les « forces de paix » russes (voir rapport Tagliavini), cette guerre a vu des centaines de milliers de personnes déplacées : leurs villages entièrement détruits par l 'armée russe entre le 1 août et le 15 août ne leur donnant d'autres choix que de fuir vers Tbilissi. Les deux provinces séparatistes ont été totalement vidées de leurs citoyens autres que russes, abkhazes ou « sud-ossètes ».

La signature de cessez-le feu entre Sarkozy, Medvedev et Saakashvili a sans aucun doute sauvé l'état géorgien d'une totale annexion à la Russie - projet initial de Poutine - mais n'a rien résolu quant au fond. D'autant que Moscou, en reconnaissant l'Abkhazie et l' « ossétie du sud », se donne ainsi le droit de ne respecter aucun des points d'accords du cessez-le-feu en question, et laissant ainsi dans l'impunité totale les criminels de guerre russes, abkhazes, ossètes... (Pour pousser la provocation, nombre de ces criminels de guerre viennent d'être décorés par Medvedev...)

De toute manière, la Russie a toujours été la nation de l'impunité totale : les dizaines de millions de morts du soviétisme n'ont toujours pas été "vengés", contrairement à ceux de l'Allemagne nazie, ou du Rwanda, de Serbie, du Kosovo... Alors pourquoi s'en ferait-elle?

Ria Novosti, agence de presse sous la coupe de la propagande ex-soviétique, étant une des seules sources d'informations pour les agences occidentales, l'opinion publique européenne ne peut comprendre le conflit russo-géorgien que du point de vue russe, donnant raison à l'intervention de l'armée russe en ossétie sous couvert de « protection des citoyens russes », alors que ce sont les russes eux-même qui 1. ont distribué illégalement les passeports russes - de gré ou de force - aux ossètes, 2. ont attaqué les villages géorgiens d'ossétie - bien avant le 8 août, s'attendant à une riposte de l'armée géorgienne de maintien de la paix pour protéger ses citoyens, et 3. ont depuis des mois préparé cette intervention, amassant des milliers d'hommes et de matériels dans le Caucase Nord aux frontières géorgiennes, etc... (voir le documentaire du cinéaste russe Andrei Nekrasov « Russian Lessons »)

Le gouvernement géorgien, dont les seuls torts ont été de vouloir se rapprocher de l'Europe occidentale et se moderniser au même rythme que les autres pays démocratiques sortis de l'Empire Russe après la chute du mur de Berlin, et de permettre aux gazoducs européens BTC et Nabucco de passer sur son territoire en contournant la Russie, se voit à présent sanctionnée par ce même monde occidental auquel ils souhaitaient s'allier idéologiquement, culturellement et économiquement, et, pour se protéger de la folie des grandeurs russes, militairement.

L'allemagne, l'Italie et la France jouent à présent un très mauvais rôle pour la Géorgie. Sarkozy et Kouchner, les instigateurs de la « paix » entre Russie et Géorgie en 2008, souhaitent vendre des navires de guerre aux russes qui, bien entendu, jubilent de ce que leur propagande donne comme résultat inatendu ! Ceux qui ont « sauvé » la Géorgie vendant du matériel militaire de pointe aux aggresseurs... et ce n'est pas une blague! Une poignée de navires de la classe Mistral dans la Baltique et la mer Noire ferait une grande différence. «Dans le conflit en août dernier un navire comme cela aurait permis à la flotte de la mer Noire d' accomplir sa mission en 40 minutes, et non pas 26 heures, ce qui est le temps qu'il nous a fallu,"a récemment déclaré l'amiral commandant la marine russe Vladimir Vyssotski, se référant à l'invasion russe de la Géorgie en août 2008. (Blog du JDD)

Oui, l'Europe joue un drole de jeu! D'un côté ils fêtent la chute du mur de Berlin, et d'un autre ils sont muets face au nouveau mur soviétique séparant les provinces sécessionistes du reste de la Géorgie... Et ce n'est certes pas les nouveaux patrons de la CE - Van Rompuy en tête, qui vont changer quoi que ce soit. Imaginez un têtes à têtes Poutine/Lavrov/Medvedev - Van Rompuy/Baroso/Ashton ! Savent-ils seulement que la Géorgie existe?

Et les Etats-Unis, dans ce contexte, que fait-elle? Obama soutient, comme le reste de la communauté internationale sauf Nicaragua et Venezuela pro-russes, l'intégrité territoriale géorgienne, mais doit prendre en considération le besoin de rapprochement avec la Russie sur plusieurs dossiers, notamment le dossier Afghan (encore un problème créé par l'URSS en toute impunité). Mais l'aide américaine à la Géorgie est réelle. Des millions d'euros d'investissement pour la reconstruction du pays après les bombardement russes, l'envoi d'instructeurs et de matériels de défenses aériennes, etc....

D.P.

Pétition contre la vente de Mistrals à la Russie par la France : cliquez ICI

"Boycott LUKOIL" reste d'actualité !

Pour tout renseignement, n'hésitez-pas à me contacter !


 

15/11/2009

RÉACTION de la Géorgie à l'enquête indépendante internationale - RAPPORT SUR LA GUERRE D'AOUT 2008

Rapport Tagliavini : les conclusions biaisées de la propagande russe envahit les médias occidentaux 3 jours avant la remise officielle du rapport aux instances européennes. AFP n'y voit que du feu, la presse relaie massivement, les conclusions de Tbilissi sont passées sous silence.

Voici la réaction officielle de Tbilissi.

La Commission confirme que la Russie a envahi la Géorgie avant que la Géorgie ait pris des mesures militaires. Il confirme également que les civils géorgiens et les casques bleus ont été attaqués, sur le sol géorgien, avant le 7 août. Le rapport donne également de nombreuses preuves de renforcement militaire de la Russie dans les mois précédant août 2008, et des provocations politiques de la Russie qui a violé la souveraineté géorgienne et le droit international. En outre, la Commission confirme que les forces pro-russes ont entrepris un nettoyage ethnique des citoyens géorgiens.

Le rapport confirme également que l'opération militaire russe en 2008 semble bien avoir été planifiée, confirmant la plupart des analyses. La plan de l'opération a été validé dans la pratique au cours des exercices militaires russes « Kavkaz-2008 » (et les exercices précédents depuis 2005).

Le fait le plus important, documenté par la Commission, est que les armées régulières des forces russes et des mercenaires ont franchi illégalement la frontière géorgiennes avant le 8 août 2009. La Commission écrit: «Il semble y avoir eu un afflux de volontaires ou de mercenaires en provenance du territoire de la Fédération de Russie vers l'Ossétie du Sud par le tunnel de Roki et sur la chaîne du Caucase au début du mois d'août, ainsi que la présence de certaines forces russes en Ossétie du Sud, autre que le bataillon JPKF russe [maintien de la paix], avant 14.30 heures le 8 août 2008. "

Le gouvernement regrette que, bien que la Commission ait pu démontrer que les troupes russes ont été présentes illégalement en Géorgie, elle ne parvient pas à appeler cela une invasion. C'est pourtant cette invasion qui a déclenché le conflit. Le fait d'avoir prouvé la présence illégale sur le territoire souverain de la Géorgie de troupes russes ne faisant pas partie des forces de maintient de la paix, en violation de tous les accords internationaux, sans que cela soit nommé « invasion ».

Le rapport réfute les raisons que la Russie a données pour justifier l'invasion de la Géorgie. En particulier, la Russie a fait valoir que plus de 2.000 personnes avaient été tuées en Ossétie du Sud, et qu'il a ordonné l'invasion afin de prévenir le génocide, tel était le prétexte pour leurs actions. Mais le rapport confirme que ces réclamations des Russes étaient purement et simplement des mensonges.

La Commission n'a pu vérifier un autre prétexte de la Russie: que ses soldats auraient été attaqués. En revanche, les soldats de la paix géorgiens ont été visés et tués tôt le 7 août. L'invasion a par conséquent commencée avant que les forces de maintien de la paix russes aient été impliquées dans des hostilités armées.

Le rapport rejette également le concept de la Russie de protéger ses citoyens à l'étranger dans le cadre de ce conflit, un autre sous- prétexte pour justifier la guerre: il met en lumière la politique de passeports russes distrinués (dès 2007) en Ossétie du Sud, et dit clairement que les Ossètes du Sud ont reçu des passeports russes en violation de la souveraineté géorgienne. La Fédération de Russie a donc « fabriqué » des citoyens à protéger (prouvant la préméditation). Le rapport documente en détail le renforcement militaire russe dans les mois précédant l'invasion, ainsi que la fourniture par la Russie de l'assistance militaire et de sécurité vers l'Ossétie du Sud et les forces irrégulières abkhaze avant le 7 août 2008. Il documente également l'intensification des provocations politiques, économiques, juridiques et autres. Une citation caractéristique de ce rapport: "L'attribution massive de la citoyenneté russe aux ressortissants géorgiens et la fourniture de passeports à grande échelle sur le territoire géorgien, y compris ses provinces séparatistes, sans le consentement du Gouvernement géorgien ... constitue un défi ouvert à la souveraineté géorgienne et une ingérence dans les affaires intérieures de la Géorgie. "

Le rapport va dans les détails pour confirmer une chose évidente: la Russie a envahit la Géorgie, la Géorgie n'a pas attaqué la Russie ou de tout autre pays. Parmi ses principales conclusions :

  • La Commission a trouvé des preuves qu'au moins certaines unités des forces russes régulières ainsi que des milices ont pénétré en territoire géorgien souverain avant le 8 août. Ce qui constitue une intrusion illégale.

  • Plus précisément, comme mentionné précédemment, le rapport dit: "il semble y avoir eu un afflux de volontaires ou de mercenaires en provenance du territoire de la Fédération de Russie en l'Ossétie du Sud par le tunnel de Roki et sur la chaîne du Caucase au début d'août, ainsi que la présence de certaines forces russes en Ossétie du Sud, autre que le JPKF russe [maintien de la paix] bataillon, avant 14.30 heures le 8 août 2008. "

  • La Commission a également prouvé que les forces séparatistes ont été armées et entraînées par la Russie, au mépris du droit international et des obligations de maintien de la paix de la Russie.

  • Le rapport souligne également que les forces séparatistes pro-russe ont violé les lois internationales en attaquant des civils géorgiens dans les jours précédant le 7 août.

  • Le rapport conclut: «Le poids politique et militaire nettement supérieur de la Russie a renversé le bilan de ce qui aurait été possible autrement, en termes d'arrangements entre Tbilissi et ses deux provinces séparatistes. »

Le gouvernement est en désaccord avec la Commission qui écrit que la Géorgie a utilisé une force excessive et disproportionnée dans la défense des civils géorgiens, alors que la Commission démontre par ailleurs clairement que des attaques illégales sur ces civils ont eu lieu, et de plus, avant le 7 août. Aucun gouvernement démocratique ne peut survivre si, lorsque des forces étrangères envahissent son territoire, il ne parvient pas à défendre ses citoyens. La Géorgie a agi comme toute nation démocratique aurait agit: un fait qui est impossible pour un observateur raisonnable de nier.

Bien que le rapport reconnaisse que la Russie ait armé et soutenu et Tskhinvali et les séparatistes abkhazes, il évite d'en attribuer la responsabilité à la Fédération de Russie. Alors que les preuves extrêmement nombreuses démontrent le contrôle direct de la Russie sur les autorités séparatistes.

En outre, tout en reconnaissant le renforcement militaire et l'assistance aux séparatistes, et de même l'afflux de mercenaires attaquant des populations civiles, le rapport omet de mettre en évidence les violations flagrantes commises par les soldats de la paix russes - bien que toutes ces actions ont été strictement interdite par tous les accords internationaux. De plus, la Géorgie a fourni au Conseil les nombreuses preuves démontrant que des soldats de la paix russes ont directement coordonnés les attaques avec les forces irrégulières avant le 7 août, y compris la coordination d'attaques sur des villages contrôlés par le gouvernement géorgien.

En ce qui concerne l'invasion de l'Abkhazie et le reste de la Géorgie, le rapport confirme que la Russie n'a pas pris la peine de fabriquer un prétexte, et était en violation directe et flagrante du droit international.

Le rapport confirme aussi le nettoyage ethnique envers les citoyens géorgiens uniquement. Ce nettoyage ethnique a eu lieu sur le territoire géorgien tandis que gardiens de la paix russes, en vertu du droit international, sont responsables de la sécurité sur cette partie du territoire d' « ossétie du sud ».

En termes d'efforts de prévention, la Commission défend les efforts de la Géorgie pour tenter de prévenir le conflit. Le rapport a confirmé que le Gouvernement géorgien a exercé d'intenses efforts diplomatiques soutenus pendant de nombreux mois avant la guerre pour apporter une solution pacifique et éviter une invasion russe de la Géorgie. Malheureusement, ces demandes ont été bloquées par la Fédération de Russie et ses mandataires.

Le rapport indique clairement que la reconnaissance des régions géorgiennes d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud par la Russie est une violation flagrante du droit international.

Globalement, le rapport confirme que la Russie a commis des actes d'agression contre un État souverain, et de ce fait a gravement violé le droit international, y compris la Charte des Nations Unies, l'Acte final d'Helsinki, les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies ainsi que sa propre Constitution au Code criminel.

Aujourd'hui, l'occupation russe de la Géorgie se poursuit, en violation du droit international et de l'accord de cessez-le feu en six points signé le 12 août 2008, et, en particulier, défiant l'exigence que les forces russes ont de se retirer sur leurs positions ex ante.

La Russie est, en effet, à la poursuite de son plan visant à terme à annexer ces territoires géorgiens.

La présence de l'ONU ainsi que des missions de surveillance de l'OSCE ont été unilatéralement bloquées par la Russie. La Russie a également refusé d'autoriser le retour sûr et digne des personnes déplacées et des réfugiés; Pendant ce temps, ceux qui vivent encore en territoires occupés souffrent de l'oppression. Le nettoyage ethnique de Géorgiens dans les territoires occupés par la Russie se poursuit.

 

Interview de l'ambassadeur de Géorgie à Paris

Tbilissi négocie un accord d’Association avec l’UE et souhaite développer ses échanges économiques avec la France.

La diplomatie géorgienne fait feu de tout bois. Avec Bruxelles d’abord, un accord d’Association à l’Union européenne, facilitant la délivrance des visas dans un premier temps et permettant de constituer une zone de libre-échange dans un deuxième temps, est en cours de négociation. Avec Paris ensuite, une délégation de l’organisation patronale MEDEF International se rend à Tbilissi les 16 et 17 novembre 2009 pour engager le développement des échanges économiques bilatéraux.

Interview de l’ambassadeur de Géorgie en France, Mamuka Kudava, sur ces questions et sur d’autres :

Article original (et d'autres) paru sur Colisée.org

jeudi 12 novembre 2009, par Mirian Méloua

Ambiance. L'accueil est orchestré en parfait français par deux jeunes femmes géorgiennes, dont l'assistante de l'ambassadeur. Dans les couloirs, les conseillers se croisent silencieusement et viennent chercher leurs visiteurs, non sans avoir attardé leur regard dans le salon d'attente. Un poste récepteur de télévision y diffuse discrètement une chaîne géorgienne, caché parmi des tableaux du vieux Tiflis. Mamuka Kudava arrive, smartphone à la main. Il vous invite à entrer et vous reçoit dans son bureau personnel autour d'une table de travail garnie de documents. L'assistante et les conseillers seront appelés à tour de rôle pour apporter une précision, ou fournir une copie de tableau. Malgré la légendaire courtoisie géorgienne, et le café proposé, un coup d'oeil sera jeté de temps en temps sur le smartphone. L'entretien ne sera interrompu qu'une seule fois, Tbilissi, le Quai d'Orsay ou un important opportun ? Allez savoir. Une heure de temps d'ambassadeur, au coeur de la modernité du XXiéme siècle, c'est peu et c'est beaucoup pour défendre une culture vieille de plusieurs millénaires !

Question 1. Après 30 mois au poste d'ambassadeur de la Géorgie auprès de la France, quelles sont -d'après vous- les principales missions de l'ambassade ?

Je vois deux missions prioritaires, celle relevant de la politique étrangère et celle relevant du domaine économique.

Lors de la réunion annuelle des ambassadeurs de Géorgie à l'étranger, en septembre 2009, il est apparu clairement que nos objectifs étaient de consolider la non-reconnaissance par la communauté internationale de l'indépendance des territoires géorgiens sécessionnistes (1) et d'engager une nouvelle approche vers l'intégration européenne. Nous espérons que, fin 2009, les négociations sur la facilitation du régime des visas avec l'Union européenne seront concrétisées par la signature d'un Accord. La prochaine étape sera la conclusion d'un Accord d'Association (qui comprend un accord sur le libre échange) comme cela a été fait pour l'Ukraine, afin d'illustrer le Partenariat oriental. L'Union européenne, tout comme la communauté internationale, soutient l'intégrité territoriale de la Géorgie : c'est pour nous essentiel.

Nous sommes évidemment très reconnaissant à la France qui présidait l'Union européenne à l'époque de l'invasion russe. Le Président Sarkozy a joué un rôle très important pour arrêter la guerre et négocier un accord de cessez-le-feu en six points. L'Union européenne a déployé sa mission d'observation (EUMM) mais elle est malheureusement empêchée d'assurer sa mission sur les territoires des régions séparatistes occupées par les Russes. La mission constate également sur place le non-respect de cet accord par Moscou. Outre de nombreuses provocations qui ont lieu sur ces territoires, les organisations internationales ont condamné le nettoyage ethnique perpétré contre la population géorgienne forcée à quitter ses foyers (plus de 300 000 réfugiés suite aux conflits). A cause de cela, les deux provinces géorgiennes sont aujourd'hui quasiment dépeuplées (120 000 habitants en Abkhazie et 30 000 en Ossétie du Sud). D'ailleurs, la Russie n'entend pas s'arrêter là et continue à construire des bases militaires dans les régions annexées (deux bases par région) et y a déjà déployé près de 15 000 soldats selon des sources différentes. Ce qui fait que nous avons les deux régions (Abkhazie et Ossétie du Sud) les plus militarisées d'Europe !

Question 2. Et les missions économiques ?

L'ambassade en France essaie de contribuer au développement de la Géorgie et de sa prospérité, en projetant l'image d'un pays attractif pour les compagnies étrangères. La Banque mondiale classe aujourd'hui la Géorgie au 11 ème rang mondial en termes de facilitation des affaires et d'attractivité des investissements (2) : c'est grâce à sa législation, à ses dispositions de protection des investissements, à son niveau réduit de taxes, d'impôts et de droits de douanes, à ses zones franches comme Poti et Koutaïssi.

La France, historiquement, est moins présente dans les pays de l'Europe de l'Est et en Géorgie.

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Photo Tbilisite - D.P. - 2009               Tsinandali, caves du chateau (Kakhétie) Grands crus français du XIXème ...

Pourtant des fleurons de l'activité française y sont présents, comme Société Générale (Republic Bank), Pernod Ricard (vins et spiritueux), Areva (lignes électriques hautes tensions avec la Turquie), Thales (radars de l'aéroport de Tbilissi) ou Alstom (énergies hydrauliques).

Un forum économique est organisé, à Tbilissi, les 16 et 17 novembre 2009, pour une dizaine d'entreprises françaises du MEDEF, avec des entretiens au plus haut niveau et des entretiens ministériels afin de mieux faire connaître le potentiel économique de la Géorgie (3).

Question 3. Quelles autres missions remplit l'ambassade de Géorgie en France ?

Fort évidemment les missions culturelles sont importantes pour notre pays.

Après l'inscription par l'UNESCO au Patrimoine mondial de la ville de Mtskhéta, des cathédrales de Guélati et de Bagrati, de la vallée de Svanétie, nous travaillons sur différents projets de conservation et de mise en valeur de ces sites. Je souhaite également souligner que les chants polyphoniques géorgiens sont inscrits sur la liste du Patrimoine immatériel, et à cet effet l'UNESCO a fortement contribué à la création du Centre de polyphonie de Géorgie avec qui une coopération fructueuse et efficace est menée. La Géorgie prépare également l'inscription d'autres sites importants sur la liste du patrimoine mondial ; les projets Dmanissi et de la vieille ville de Tbilissi sont en cours d'élaboration avec les experts du Centre du patrimoine mondial de l'UNESCO.

Après l'accession de la Géorgie à l'Organisation internationale de la Francophonie au statut d'observateur, nous avons participé au sommet de Québec en novembre 2008 afin de mieux faire connaître les positions de la Géorgie, principalement aux pays d'Afrique. D'ailleurs dans la déclaration finale du sommet, adoptée par les pays membres, l'attachement à la souveraineté de la Géorgie au sein de ses frontières internationalement reconnues est fermement affirmé. La Géorgie compte aujourd'hui de 70 à 100 000 personnes francophones, selon les âges et les niveaux auxquels l'on se situe. Le français est enseigné dans 319 écoles et 18 universités géorgiennes. Il existe plusieurs partenariats entre établissements français et géorgiens, dont un filière francophone en informatique à Tbilissi avec l'Université Paris VIII, l'Université de Versailles Saint Quentin en Yvelines et l'INALCO (diplôme français), une convention entre la Sorbonne et l'Université d'Etat de Tbilissi, une convention entre l'Université de Versailles et l'Université Akaki Tsérétéli de Koutaïssi, une convention entre l'Institut de Nantes et celui d'Akhaltsikhé.

Nous continuons à développer différentes facettes de l'image culturelle de la Géorgie en France et nous avons pour projet d'organiser une saison culturelle géorgienne fin 2010 : concerts, expositions, cinéma, patrimoine et art moderne seront de la fête durant plusieurs semaines. L'année 2010 sera pour la France l'année de la Russie, et il est important que le message de la Géorgie soit également entendu.

Question 4. Une partie des universitaires et chercheurs (INALCO, EHESS,...) et des journalistes (Courrier international, Le Monde, Le Figaro, Regard sur l'Est,..) français s'intéressant à la Géorgie utilise le canal de la langue russe pour s'informer et passent souvent par Moscou. Ne pensez-vous pas que ce prisme donne une coloration particulière à leurs propos et influence l'opinion publique française ?

Cette analyse est correste. Elle s'explique à l'évidence par le passé et l'Union soviétique.

D'abord, nous essayons de communiquer en français : le site Internet et la lettre d'information de l'ambassade sont opérationnels depuis 2008 (4). Nous sommes présents auprès des médias français chaque fois qu'ils nous le demandent. D'ailleurs le Président Saakachvili donne l'exemple au plus haut niveau puisqu'il accorde régulièrement des entretiens en français.

Ensuite, lorsque la langue française ne peut pas être utilisée, la langue anglaise l'est. Les jeunes générations géorgiennes, scientifiques, chercheurs, artistes, hommes d'affaires et diplomates parlent aujourd'hui l'anglais, l'allemand, le français, ainsi que le russe, ce qui leur permet de communiquer directement avec les journalistes, les chercheurs et les scientifiques internationaux et de donner une idée plus exacte de la réalité géorgienne.

Enfin, et c'est le point fondamental de notre stratégie : sur décision de l'Etat géorgien, et avec le soutien de la Commission européenne, un projet d'ouverture à Tbilissi d'une Maison de l'Europe a été lancé, dans lequel des partenaires français pourraient être partie prenante.

Question 5. Quelles missions l'ambassade de Géorgie remplit-elle auprès des diasporas ?

Je dirais d'abord que nous côtoyons quotidiennement les différentes diasporas géorgiennes et que nous assurons les missions traditionnelles qui en découlent (5). Mais tout compte fait, elles assument plutôt seules leurs vies en France : moins d'un millier de Géorgiens s'était inscrit sur les listes électorales ouvertes à Paris aux dernières élections présidentielles et législatives !

L'Etat géorgien a pris récemment une décision importante pour les jeunes géorgiens, celle de financer leurs études supérieures aux Etats-Unis et en Europe sans contrainte de retour ou de remboursement de frais : deux étudiants sont déjà dans ce cas en France. Cette décision a été prise pour encourager les jeunes générations à une ouverture accentuée vers l'Occident : plus grand sera le savoir de ces jeunes générations, plus rapide sera l'intégration de la Géorgie à la famille européenne, qui est historiquement la sienne.

Notes :

(1) Aujourd'hui seuls la Russie, le Nicaragua et le Vénézuela ont reconnu l'indépendance des républiques auto-proclamées d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud. D'après Mamuka Kudava, la Russie ferait pression sur un certain nombre d'autres pays pour qu'ils s'engagent sur cette voie, en particulier auprès des pays francophones d'Afrique.

(2) Le classement de la Banque mondiale situait, en 2005, la Géorgie au 112ème rang en termes d'attractivité des investissements.

(3) Les principales entreprises du MEDEF présentes à Tbilissi les 16 et 17 novembre 2009 devraient être Alstom, BNP Paribas, Bouyghes, Cifal, Etde, Egis Bceom, Oberthur, Panhard, Sfeh, Société Générale, Systra, Thales et Veolia.

(4) Site Internet de l'ambassade de Géorgie en France http://www.ambassadegeorgie.fr

(5) Selon Mamuka Kudava, l'avenir de la résidence d'exil en 1922 des dirigeants de la Ière République de Géorgie (majorité parlementaire et opposition) à Leuville-sur-Orge avance lentement : si toutes les parties sont d'accord pour que le "château" revienne à l'Etat géorgien, les conditions juridiques ne sont pas encore réunies.


Merci encore à Mirian Melua.

D.P.

 

11/11/2009

Berlin

Alors que les médias commémorent la chute du mur de Berlin en présence de nombreux chefs d'états, un autre mur "soviétique" demeure aux portes de l'Europe, tout nouveau, le ciment à peine séché... le monde l'ignore. Un mur dressé par le même peuple que celui qui a dressé celui de Berlin, le même peuple que celui qui a installé des dictatures dans la moitié de l'Europe et de l'Asie.

La Géorgie est émiettée, fractionnée, fragmentée, meurtrie par la seule volonté de quelques uns, à la tête de cette Russie dite démocratique.

Ces quelques semaines passées, près de vingt personnes ont été enlevées par l'armée russe et les milices séparatistes abkhazes et "sud ossètes", dont 4 jeunes de 14 ans. A part les autorités géorgiennes bien sûr, et les quelques observateurs de l'EUMM qui tentent en vain depuis plusieurs jours d'arriver à un accord avec les autorités du gouvernement fantoche d'"Ossétie du sud", personne ne bouge.

Et la province d'Abkhazie coupée du reste de la Géorgie... Oui, sincèrement, c'est prodigieux de pouvoir fêter la chute du mur, celui de Berlin. Et penser à ceux qui sont tombés et ont lutté pour que cela soit possible. Mais qui va lutter pour faire tomber les nouveaux murs érigés honteusement en ce début de XXIème siècle?

Certains sont tellement fiers d'avoir pu "gagner" la guerre froide. Ceux-là même qui paradent à Berlin depuis deux jours. Ceux-là même qui ensuite ont marchandé la liberté de leurs citoyens à coup de centaines de millions de $ (je n'en savais rien jusqu'à hier...). Et ceux-là même qui aujourd'hui troquent la reconnaissance des territoires conquis en Géorgie contre quelques contrats d'armements lourds avec les insatisfaits (à juste titre, mais faut pas se tromper de cible!) d'Amérique du Sud...

Il y a vingt ans, nous aurions pu ne pas nous satisfaire de la seule chute du mur de Berlin. Nous n'avons pas « jugé utile » d'envoyer les décideurs soviétiques devant leurs responsabilités, comme nous l'avons fait à Nuremberg ou à Den Hage envers d'autres criminels de guerres ou de génocidaires. Les millions de morts, victimes de 70 ans de mensonges du Soviet Suprême, du KGB, et de tous les secrétaires généraux du PC, ne verrons jamais leurs bourreaux devant une court de justice. Impunis ils resteront, et donc ils ne s'arrêteront jamais. Autre doctrine, mêmes méthodes? Presque. La machine de propagande n'est plus dirigée vers son propre peuple, mais sert admirablement le ministère des affaires étrangères...

La Russie fête l'anniversaire de la chute d'un mur, d'un côté, et en construisent un autre, discrètement, à 4000 km de Berlin.

Il y a un peu plus d'un an, Moscou a lancé son offensive sur la Géorgie, planifiée depuis plusieurs années. Mais Moscou n'a pas réussi à s'emparer de la totalité du territoire géorgien. C'était leur but, pourtant. Les russes auraient-ils construit un mur le long de la frontière turque? Et l'Europe se serait-elle tue, dans ce cas-là aussi?

Contre quoi l'Europe a-t-elle troqué son silence? La Russie est cynique. La Russie est dangereuse. La Russie est la première puissance nucléaire. La Russie, c'est Gazprom. Autant de raisons. Mais personne n'est dupe.

La propagande russe a réussi à totalement retourner le rapport « Tagliavini » à son avantage, avec un cynisme rarement atteint auparavant, en utilisant tous les faits non-prouvés par ce rapport pour accuser la Géorgie d'avoir commencé la guerre. Ne dépendant que des preuves qu'ils n'ont pas accepté de fournir aux enquêteurs, leur mensonge n'en a été que plus aisé à diffuser auprès de ceux qui voulaient bien le répéter, telle une grande partie des médias francophones, occultant ainsi une vérité toute autre, celle d'un génocide, celle d'un nettoyage ethnique.

Dimanche soir, la télévision géorgienne diffusait un film du réalisateur russe Andrei Nekrasov

« Russian Lessons ». Ce film, projeté discrètement à Moscou, StPetersbourg, Londres, Bruxelles, ..., a été diffusé à la télévision pour la première fois par une chaîne géorgienne dimanche dernier. Visible via satellite, heureusement, et aussi par internet, ce qui a été rendu impossible le serveur ayant été bloqué, et tout téléchargement rendu impossible sur les sites spécialisés.... Ce film dénonce le cynisme avec lequel Moscou se joue du reste du monde, prenant la guerre Russie-Géorgie non comme exemple, mais comme preuve de ce cynisme.

Le film est finalement visible (en russe, sous-titres géorgiens) ici ou ici. Pour l'instant...

D.P.

 

24/10/2009

Medvedev persiste, et signera une loi illégale aux yeux du "reste du monde", autorisant l'armée russe à intervenir où bon lui semble...


Le parlement russe fait passer le projet de loi sur l'utilisation de forces militaires à l'étranger...

La Douma a donc adopté le projet de loi sur la défense de ses citoyens hors-frontières. Les modifications apportées au projet de loi impliquent l'utilisation de forces militaires russes au-delà des frontières du pays.

Selon le point 10 de la loi sur la défense, les Forces armées de la Fédération de Russie seront autorisées à repousser une attaque contre des unités militaires russes, sur d'autres forces ou organismes stationnés en dehors de la Russie; à repousser ou à prévenir une attaque armée contre un autre Etat suite à une demande d'aide; protéger les citoyens de la Russie à l'étranger à partir d'une attaque armée contre eux.

Le projet de loi a été présenté au Parlement à l'initiative du président russe Dmitri Medvedev. Jusqu'au vote, aucune question n'a été soulevée lors de la discussion. Les députés ont unanimement soutenu la proposition de Medvedev. Le projet de loi doit passer par les mêmes procédures à la Chambre haute du parlement, le président devra ensuite la signer, et la nouvelle loi entrera en vigueur dès la nouvelle année.

D.P. d'après Rustavi2 et Ria Novosti

 

 

 

13/10/2009

Václav Havel, critique de la politique russe

Václav Havel, critique de la politique russe.

Vingt ans après avoir dirigé la révolution de velours », ouvrant la voie à la montée de la démocratie en Europe orientale, Václav Havel, dramaturge et dissident, qui est devenu le premier président de la "Tchécoslovaquie libre", interviewé à Berlin par Newsweek (Michael Levitin) pour discuter de la "peur de la Russie", de l'importance de l'OTAN, et pourquoi certains de ses compatriotes sont encore nostalgiques de l'époque communiste.

"Notre attention envers la politique actuelle de la Russie a considérablement augmenté, et je pense qu'il ya des signes que la Russie cherche à étendre son influence de façon beaucoup plus sophistiquée qu'auparavant."

Interrogé sur les chances de la Géorgie et l'Ukraine à devenir membres de l'OTAN, Václav Havel a déclaré que l'OTAN et l'UE a besoin de déterminer les frontières géographiques. "L`OTAN, comme l'UE, se fonde sur certaines valeurs. Mais par la même occasion, les deux organisations ont besoin d'une définition géographique, et ils doivent être conscients de leurs limites géographiques. À mon avis, cette frontière longe la frontière de la Russie de l'Ouest avec l'Ukraine, la Biélorussie, etc, et la Géorgie est une partie de l'Europe dans ce sens. Toutefois, l'OTAN ne peut pas devenir une deuxième Conférence des Nations Unies."

Et donc... La Russie va construire 20 villes militaires en Ossétie du Sud...

L'Ossétie du Sud va bientôt se transformer en une base militaire de la Fédération de Russie: Moscou envisage de faire construire une vingtaine de villes militaires dans la région sécessionniste.

L'"ambassadeur" d'Ossétie, Dmitri Medoev, a confirmé le rapport envoyé aux agences de presses russes. Il a annoncé que les travaux de construction sont en cours et que ce sont surtout les Tchétchènes sont embauchés comme travailleurs.

Ni Medoev, ni les agences de presses précisent le nombre des soldats qui seront déployés en Ossétie du Sud par la Russie. Les constructions ont débuté suite aux accords de coopération signés par la Russie avec le régime fantoche de Kokoïty.

La décision a déjà été contestée par les habitants de la région. Le journaliste Teimuraz Tskhovrebov a dit que l'opposition et une partie de la population ne veut pas devenir les serviteurs du personnel militaire russe....

D.P. d'après Newsweek et Rutavi2


01/10/2009

Le rapport Tagliavini est arrivé.

Le rapport de Madame Tagliavini sur le déclenchement de la guerre d'août a été présenté à Bruxelles aujourd'hui.

Expo Rustaveli 08

« La Géorgie a provoqué la guerre en attaquant Tskhinvali. Mais tout au long du rapport, la responsabilité est partagée par les deux pays. Parce que, comme indiqué dans le rapport, les bombardements dans la nuit du 7 et 8 août n'était que le point culminant d'une série de provocations et d'incidents. Le rapport a eu un accueil positif, chacun l'interprétant à sa manière. » Heidi Tagliavini (CH), chef de la commission d’enquête.

Le document de près de 900 pages, préparé par un groupe d'experts indépendants sous la direction de la diplomate suisse Heidi Tagliavini, a été présenté aujourd'hui à Bruxelles et mis en ligne (ici). Et les commentaires vont bon train, que ce soit chez les politiques ou dans les titres des médias. Les titres principalement, parce que les articles sont, tout comme le rapport lui-même, nettement plus nuancés.

Exemple de titre, relayé à l'extrême par la plupart des quotidiens occidentaux (AFP): « Tbilissi responsable du déclenchement du conflit russo-géorgien ». .. A Moscou, cela faisait plusieurs jours qu'on l'affirmait... et c'est ce que tout le monde retiendra sans doute à propos de la guerre russo-géorgienne, s'il ne va pas plus loin que le titre ou que les commentaires de Lavrov et autre Tchourkine.

La représentante géorgienne auprès du Parlement européen, madame Samadashvili, commente :

« La conclusion de cette commission a confirmé tous les faits que la partie géorgienne a présentés depuis le début de la guerre. La Russie a menti à plusieurs reprises et toutes leurs explications quant à la nécessité de l'attaque menée sur la Géorgie, se sont avérées être des mensonges. Ce rapport a démontré que la guerre n'a pas commencé le 7 août, mais a été le résultat d'une agression à très long terme contre la Géorgie. Ce rapport a également confirmé que, malheureusement, la société internationale n'a pas été en mesure d'empêcher ce conflit ».

Aleksander Szyglo, ministre polonais de la défense : « Le rapport est conforme avec ce que je sais sur les exigences de certains États membres de l'UE, insistant pour que la responsabilité de cette guerre soit également répartie sur les deux parties (...). Je ne peux pas dire de qui ça vient, mais ce sont les pays qui voulaient que le rôle de la Russie dans ce conflit soit réduit.

Ce rapport m'a révélé que, même si la Géorgie a commencé cette guerre, il l'a fait sur son propre territoire, défendant sa souveraineté en réponse à la provocation russe.

L' Abkhazie et l' « Ossétie du Sud » ont été, et font dans la pratique aujourd'hui aussi, partie intégrante de la Géorgie.

La Pologne trop engagée du côté de la Géorgie dans ce conflit? Bien au contraire. Notre pays a justement pris le parti de Tbilissi. La Géorgie a eu hier, a aujourd'hui et aura encore le droit de défendre l'intégrité de son territoire, et la Pologne sera toujours engagée du côté des pays qui sont attaquées et dont le territoire est détruit. »

Dans Le Soir à paraître demain, mais déjà en ligne, nous lisons sous le titre "Tbilissi responsable du déclenchement du conflit russo-géorgien", toujours d'après AFP (extrait) : « Le rapport tord ainsi le cou à la thèse défendue jusqu'ici bec et ongles par le président géorgien Mikheïl Saakachvili, qui a présenté son offensive comme un acte de légitime défense. » 

Le fait d'écrire ces mots démontre combien il est difficile, pour un journaliste d'AFP comme du Soir ou du Monde, de lire 900 pages et d'en rédiger un résumé de 10 lignes, et cela en une heure... sans être influencé par les annonces des agences de presses russes relayant les « informations » du Kremlin depuis plusieurs jours.

Notons que le titre de l'afp d'où est tiré l'article est bien différent de celui du Soir, à savoir "Russian provoked Georgia into starting war"

Côté Russe, retenons (puis oublions) les déclarations faites par le ministère des affaires étrangères :

« Certaines parties «ambiguës» d'un rapport financé par l'UE pour la mission d'enquête sur la guerre d'août ne peuvent pas masquer "la conclusion majeure de la faute de Tbilissi par l'agression lancée contre la « pacifique Ossétie du Sud ».  A notre avis, les efforts de la Commission n'ont pas vains - toute personne pensante peut tirer du rapport publié ce 30 Septembre la principale conclusion que l'agression contre l'Ossétie du Sud pendant la nuit du 8 août 2008 a été déclenchée par les autorités actuelles de Géorgie. » (ndla : la boucle est bouclée, puisque ça fait 5 ans que Moscou souhaîte pendre le président géorgien)

Il a également dit que le rapport comprend un certain nombre d 'ambiguité, de formulations qui reflètent «les approches politisées de nombreux Etats membres de l'UE envers développements et leurs conséquences d' Août 2008. » La section du rapport sur l'utilisation disproportionée de la force par la partie russe soulève de nombreuses questions, mais en réalité il est facile de trouver de tels arguments dans le rapport, qui confirment le caractère artificiel de ces considérations...  Il a également déclaré que la Russie a dû recourir à la force au-delà de l'Ossétie du Sud, afin de « supprimer les postes » sur le territoire de la Géorgie, qui ont été utilisés pour attaquer l'Ossétie du Sud. »

Faut dire ça aux habitants des villages géorgiens au sud de Tskhinvali qui furent pilonnés, assassinés, pillés, comme à Gori, Senaki, Poti, Gali, Zugdidi, Borjomi et qui aujourd'hui encore sautent sur des mines russes au milieu de champs ou de prairies...

On peut imaginer que le Parlement européen, l'ONU et l'OSCE commenteront le rapport après une lecture approfondie de celui-ci, mais se feront-il entendre des journalistes...?

D'ici quelques jours (il faudra bien ça), vous pourez lire sur Tbilisite.skynetblogs un rapport sur le rapport.

D.P.

 

30/09/2009

Le rapport Tagliavini est arrivé.

 

Le rapport de Tagliavini sur le déclenchement de la guerre d'août a été présenté à Bruxelles aujourd'hui.

« La Géorgie a provoqué la guerre en attaquant Tskhinvali. Mais tout au long du rapport, la responsabilité est partagée par les deux pays. Parce que, comme indiqué dans le rapport, les bombardements dans la nuit du 7 et 8 août n'était que le point culminant d'une série de provocations et d'incidents. Le rapport a eu un accueil positif, chacun l'interprétant à sa manière. » Heidi Tagliavini (CH), chef de la commission d’enquête.

 

Le document de près de 900 pages, préparé par un groupe d'experts indépendants sous la direction de la diplomate suisse Heidi Tagliavini, a été présenté aujourd'hui à Bruxelles et mis en ligne (ici). Et les commentaires vont bon train, que ce soit chez les politiques ou dans les titres des médias. Les titres principalement, parce que les articles sont, tout comme le rapport lui-même, nettement plus nuancés.

Exemple de titre, relayé à l'extrême par la plupart des quotidiens occidentaux (AFP): « Tbilissi responsable du déclenchement du conflit russo-géorgien ». .. A Moscou, cela faisait plusieurs jours qu'on l'affirmait... et c'est ce que tout le monde retiendra sans doute à propos de la guerre russo-géorgienne, s'il ne va pas plus loin que le titre ou que les commentaires de Lavrov et autre Tchourkine.

La représentante géorgienne auprès du Parlement européen, madame Samadashvili, commente :

« La conclusion de cette commission a confirmé tous les faits que la partie géorgienne a présentés depuis le début de la guerre. La Russie a menti à plusieurs reprises et toutes leurs explications quant à la nécessité de l'attaque menée sur la Géorgie, se sont avérées être des mensonges. Ce rapport a démontré que la guerre n'a pas commencé le 7 août, mais a été le résultat d'une agression à très long terme contre la Géorgie. Ce rapport a également confirmé que, malheureusement, la société internationale n'a pas été en mesure d'empêcher ce conflit ».

Aleksander Szyglo, ministre polonais de la défense : « Le rapport est conforme avec ce que je sais sur les exigences de certains États membres de l'UE, insistant pour que la responsabilité de cette guerre soit également répartie sur les deux parties (...). Je ne peux pas dire de qui ça vient, mais ce sont les pays qui voulaient que le rôle de la Russie dans ce conflit soit réduit.

Ce rapport m'a révélé que, même si la Géorgie a commencé cette guerre, il l'a fait sur son propre territoire, défendant sa souveraineté en réponse à la provocation russe.

L' Abkhazie et l' « Ossétie du Sud » ont été, et font dans la pratique aujourd'hui aussi, partie intégrante de la Géorgie.

La Pologne trop engagée du côté de la Géorgie dans ce conflit? Bien au contraire. Notre pays a justement pris le parti de Tbilissi. La Géorgie a eu hier, a aujourd'hui et aura encore le droit de défendre l'intégrité de son territoire, et la Pologne sera toujours engagée du côté des pays qui sont attaquées et dont le territoire est détruit. »

Dans Le Soir à paraître demain, mais déjà en ligne, nous lisons, toujours d'après AFP (extrait) : « Le rapport tord ainsi le cou à la thèse défendue jusqu'ici bec et ongles par le président géorgien Mikheïl Saakachvili, qui a présenté son offensive comme un acte de légitime défense. »

Le fait d'écrire ces mots démontre combien il est difficile, pour un journaliste d'AFP comme du Soir ou du Monde, de lire 900 pages et d'en rédiger un résumé de 10 lignes, et cela en une heure... sans être influencé par les annonces des agences de presses russes relayant les « informations » du Kremlin depuis plusieurs jours.

Côté Russe, retenons (puis oublions) les déclarations faites par le ministère des affaires étrangères :

« Certaines parties «ambiguës» d'un rapport financé par l'UE pour la mission d'enquête sur la guerre d'août ne peuvent pas masquer "la conclusion majeure de la faute de Tbilissi par l'agression lancée contre la « pacifique Ossétie du Sud ».  A notre avis, les efforts de la Commission n'ont pas vains - toute personne pensante peut tirer du rapport publié ce 30 Septembre la principale conclusion que l'agression contre l'Ossétie du Sud pendant la nuit du 8 août 2008 a été déclenchée par les autorités actuelles de Géorgie. » (ndla : la boucle est bouclée, puisque ça fait 5 ans que Moscou souhaîte pendre le président géorgien)

Il a également dit que le rapport comprend un certain nombre d 'ambiguité, de formulations qui reflètent «les approches politisées de nombreux Etats membres de l'UE envers développements et leurs conséquences d' Août 2008. » La section du rapport sur l'utilisation disproportionée de la force par la partie russe soulève de nombreuses questions, mais en réalité il est facile de trouver de tels arguments dans le rapport, qui confirment le caractère artificiel de ces considérations...  Il a également déclaré que la Russie a dû recourir à la force au-delà de l'Ossétie du Sud, afin de « supprimer les postes » sur le territoire de la Géorgie, qui ont été utilisés pour attaquer l'Ossétie du Sud. »

Faut dire ça aux habitants des villages géorgiens au sud de Tskhinvali qui furent pilonnés, assassinés, pillés, comme à Gori, Senaki, Poti, Gali, Zugdidi, Borjomi et qui aujourd'hui encore sautent sur des mines russes au milieu de champs ou de prairies...

On peut imaginer que le Parlement européen, l'ONU et l'OSCE commenteront le rapport après une lecture approfondie de celui-ci, mais se feront-il entendre des journalistes...?

D.P.

 

23:55 Écrit par TbiliSite dans Coeur du Blog : les TEXTES | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

28/09/2009

Le Nord-Caucase est en proie à des meurtres de défenseurs des droits humains

Russie : Le respect des arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme est crucial pour que cessent les exactions.

Le Nord-Caucase est en proie à des meurtres de défenseurs des droits humains et à d’autres violences.

Lu sur le site de Human Rights Watch

Septembre 28, 2009

(Moscou, le 28 septembre 2009) - La Russie a ignoré une série de jugements prononcés par la Cour européenne des droits de l'homme sur la Tchétchénie, alimentant ainsi les violences non réfrénées dans le Nord-Caucase, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd'hui. A la suite des meurtres récents de défenseurs des droits humains qui s'y sont produits, l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe décidera le 28 septembre 2009 de programmer ou pas un débat pour examiner les conditions dangereuses pour les défenseurs des droits humains dans le Nord-Caucase.

Le rapport de 38 pages, « ‘Who Will Tell Me What Happened to My Son?': Russia's Implementation of European Court of Human Rights Judgments on Chechnya » (« ‘Qui va me dire ce qui est arrivé à mon fils ?' : L'exécution des arrêts de la Cour européenne des droits de l'homme sur la Tchétchénie »), examine les réactions de la Russie suite à des jugements rendus par la Cour européenne dans des affaires liées à la Tchétchénie. Dans la quasi-totalité des 115 décisions, la Cour a conclu que la Russie était responsable d'exécutions extrajudiciaires, de torture et de disparitions forcées, et que ce pays avait omis d'enquêter sur ces crimes. Dans les 33 affaires étudiées par les chercheurs de Human Rights Watch, la Russie n'a toujours pas traduit un seul coupable en justice, même dans les affaires où ceux qui ont participé ou ont commandé les opérations qui ont entraîné les violations sont désignés nommément dans les jugements de la Cour européenne.

« Les familles qui ont porté ces affaires au tribunal méritent justice pour les actes brutaux commis à l'encontre de leurs êtres chers », a déclaré Jane Buchanan, chercheuse senior sur la Russie pour Human Rights Watch et une des auteurs du rapport. « Chaque crime qui reste impuni envoie clairement à d'autres individus le message qu'ils peuvent commettre impunément des exactions tout aussi horribles. »

Au cours des derniers mois, il y a eu une série de violences et de menaces à l'encontre des défenseurs des droits humains en Tchétchénie. Le 15 juillet 2009, la militante éminente des droits humains en Tchétchénie, Natalia Estemirova, a été enlevée et assassinée. Moins d'un mois plus tard, le 10 août, Zarema Sadulayeva et son mari Alik Dzhabrailov, militants de l'organisation humanitaire locale Save the Generation, ont été enlevés à leur bureau de Grozny et retrouvés morts le lendemain. Des autorités locales des forces de l'ordre ont été impliquées dans ces meurtres, mais il n'y a eu aucune arrestation.

Plusieurs membres du personnel de Memorial, l'organisation russe éminente de défense des droits humains et groupe pour lequel Estemirova travaillait comme chercheuse, ont été l'objet de menaces, d'actes d'intimidation et de harcèlement au cours des dernières semaines par les services de sécurité, notamment des visites suspectes à leurs domiciles. Le 25 septembre, un tribunal de Moscou a entamé une procédure civile en diffamation suite à la plainte déposée par le président de Tchétchénie, Ramzan Kadyrov, contre le directeur de Memorial, Oleg Orlov, qui a déclaré en juillet que Kadyrov était responsable du meurtre d'Estemirova.

L'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, organisme primordial de l'Europe chargé de surveiller les droits humains, se réunit cette semaine pour sa session d'automne à Strasbourg, en France. Elle doit voter aujourd'hui pour décider de tenir ou pas ce qui est appelé « débat sur les affaires courantes » à propos des menaces contre les défenseurs des droits humains dans le Nord-Caucase.

L'un des cas décrits dans le rapport de Human Rights Watch concerne Khadzhi-Murat Yandiyev. Alors qu'elle regardait une émission d'actualités télévisées le soir du 2 février 2000, sa mère, Fatima Bazorkina, a vu une scène dans laquelle des soldats de l'armée fédérale le détenaient. La vidéo montrait un colonel-général de l'armée russe, Alexander Baranov, hurlant aux soldats en disant : « Allez, allez, allez, faites-le, emmenez-le, achevez-le, abattez-le, bon sang... ». On voit ensuite les soldats russes emmenant Yandiyev. On ne l'a pas revu depuis et son corps n'a jamais été retrouvé.
En 2006, la Cour européenne a déterminé que le gouvernement russe avait illégalement détenu et tué Yandiyev et n'avait pas mené d'enquête appropriée sur sa disparition. A ce jour, Fatima Bazorkina n'a reçu aucune information des autorités russes d'investigation quant au sort de son fils.

En tant que signataire de la Convention européenne des droits de l'homme, la Russie a l'obligation après un arrêt de la Cour européenne de verser les compensations financières et les honoraires juridiques décidés par la Cour - ce qu'elle a fait. Mais pour chaque affaire individuelle, la Russie doit aussi prendre des mesures pour porter remède aux violations, et adopter des changements légaux et de politique pour empêcher des violations similaires.

Les jugements de la Cour européenne au sujet de la Tchétchénie, prononcés entre 2005 et 2009, portent sur des violations perpétrées pendant les opérations de l'armée et des services de renseignement de la Russie en Tchétchénie de 1999 à 2004. Dans presque tous les cas, la Cour a conclu que la Russie avait régulièrement omis de mener de véritables enquêtes sur les crimes commis par les membres de son armée. L'une des mesures essentielles pour que la Russie corrige les violations dans de telles affaires est de mener des enquêtes à bonne fin et de traduire les auteurs présumés en justice. Toutefois, Human Rights Watch a constaté que la Russie n'avait pas mené de telles enquêtes, même après que les arrêts aient été rendus.

Suivant une nouvelle tendance préoccupante, dans plusieurs cas les autorités d'investigation ont carrément contesté les conclusions de la Cour portant sur la responsabilité de l'Etat dans les violations des droits humains en Tchétchénie, même dans les cas où les représentants de l'Etat participant aux opérations ayant entraîné des violations, ou bien leurs supérieurs, sont connus et nommés dans les jugements de la Cour.

« Il est profondément décevant pour les victimes et leurs familles que la Russie ignore ouvertement l'essentiel des jugements ainsi que ses obligations envers le Conseil de l'Europe », a déploré Jane Buchanan. « L'application complète des jugements rendus par la Cour européenne non seulement rendrait une véritable justice aux victimes et à leurs proches, mais elle aurait aussi un énorme potentiel pour produire des améliorations durables de la situation des droits humains en Tchétchénie et en Russie. »

Human Rights Watch a appelé les autorités russes à mener les enquêtes en cours sur ces affaires jusqu'à des conclusions significatives, notamment l'engagement de poursuites contre les coupables, ainsi qu'à coopérer avec les jugements à venir. Human Rights Watch a également exhorté les Etats membres du Conseil de l'Europe à faire de l'exécution des arrêts de la Cour européenne une question prioritaire dans leurs dialogues bilatéraux et multilatéraux avec la Russie.

Site de H.R.W. :  http://www.hrw.org/

26/09/2009

Saakashvili à l'ONU : un discours juste, pas juste un discours.

Saakashvili à l'ONU : un discours juste, pas juste un discours.

D'après UN.ORG

M. MIKHEIL SAAKASHVILI, Président de la Géorgie, a affirmé que la chute, il y a 20 ans, du Mur de Berlin était à juste titre apparue comme un des plus grands triomphes des principes de la Charte.  Elle avait mis fin à une ligne de séparation entre les nations et libéré les espérances, les aspirations et les talents de millions de citoyens vivant jusqu’alors sous la tyrannie de l’Union soviétique.  Nous pouvons aujourd’hui être fiers de ce que nous avons accompli, a-t-il ajouté.

Et pourtant, a aussitôt enchaîné M. Saakashvili, il nous faut bien admettre que le présent demeure amer.  En effet, a-t-il affirmé, tout le monde n’a pas tiré les mêmes leçons de la chute du Mur.  Alors que le souffle de la liberté emportait le Mur, peu de gens imaginaient que la répression et les menaces qu’il représentait réapparaîtraient.  Aujourd’hui encore, une Europe libre et en paix reste un objectif à atteindre, un défi non relevé, a ajouté le Président.  L’Europe d’aujourd'hui, a-t-il poursuivi, est coupée par un nouveau mur qui traverse la Géorgie en son milieu, défiant les progrès réalisés depuis 20 ans.

Il y a un an, mon pays a été envahi, a déclaré M. Saakashvili.  À cette heure, ces actes de brutalité sont restés sans réponse, en violation directe du droit international, des normes érigées par cette institution et des accords internationaux, a ajouté le Président, qui a parlé d’« agression armée », de « nettoyage ethnique », de « violations massives des droits de l’homme » et d’« occupation illégale ».

Rappelant les propos tenus hier devant l’Assemblée générale par le Président Medvedev de la Fédération de Russie, qui avait affirmé que son pays avait été « obligé » d’agir comme il l’a fait afin d’appliquer « le principe de l’indivisibilité de la sécurité » et pour « piétiner l’héritage du passé », M. Saakashvili a déclaré que « la seule chose qui avait été piétinée, c’était la frontière souveraine de son pays ».  « Ils ont dit qu’ils étaient contraints de le faire, comme leurs prédécesseurs l’ont dit quand ils ont envahi la Pologne en 1939, la Finlande en 1940, la Hongrie en 1956, la Tchécoslovaquie en 1968 et l’Afghanistan en 1978 », a-t-il lancé, avant de parler de la destruction de Grozny et de l’« extermination » du peuple tchétchène.

« Le peuple géorgien n’acceptera pas une nouvelle ligne de division dans son pays, c’est un engagement inamovible », a affirmé M. Saakashvili.  Appelant la communauté des nations à affirmer que le droit international n’autorise pas la modification des frontières par la force, il a ajouté: « Il nous appartient de faire tomber ce mur pacifiquement, avec le pouvoir de nos idées et la force de nos convictions ».  Mais il a reconnu que cela prendrait du temps.

Le Président a longuement remercié les nations qui ont soutenu le droit des déplacés à rentrer chez eux, refusé de reconnaître les « territoires géorgiens occupés par des forces étrangères », apporté une aide économique à son pays et  rejeté cette idée du XIXe siècle des zones d’influence ».  Il a remercié les Nations Unies pour « 16 années de contribution à la paix en Géorgie par une présence dans le pays, présence « brutalement arrêtée par l’action unilatérale d’un seul État Membre ».  Rappelant que l’Abkhazie est « le berceau de la culture et de la civilisation géorgienne », le Président a affirmé qu’elle « redeviendrait ce qu’elle a été: la partie la plus merveilleuse de la Géorgie ».

M. Saakashvili a ensuite énuméré les réformes démocratiques et économiques réalisées par son pays et celles qui le seraient dans les prochains mois, avant d’affirmer: « la Géorgie est en train de gagner la paix: Nous sommes-nous effondrés face à une invasion brutale? Non! Avons-nous réprimé l’opposition? Non! Avons-nous limité les libertés face à la récession? Non! »

Le Président a rappelé que son pays continuait à honorer ses engagements internationaux, y compris dans le combat contre les changements climatiques et dans la lutte contre le terrorisme, notamment par sa contribution militaire en Afghanistan.  Citant le Président Obama, l’ancien Président tchèque, Vaclav Havel, et la journaliste russe Anna Politkovskaya « si brutalement réduite au silence », M. Saakashvili a affirmé que le nouveau mur qui coupe la Géorgie a fait de celle-ci une idée et un test: « l’idée de la liberté et un test pour le monde que le monde doit réussir ».  Si ce test réussit, vous serez étonnés de la rapidité avec laquelle cette région développera son impressionnant potentiel! », a affirmé le Président de Géorgie.