26/04/2010

POLOGNE : L'ENQUÊTE RUSSE sur fond de conflit... d'intérêts.

POLOGNE :

Le dramatique crash de l’avion présidentiel : ce que la presse (libre ou pas) en dit, et ce qu'elle ne dit pas.

Cela fait plus de deux semaines qu’au massacre de Katyn, qui coûta la vie à plus de 22,000 officiers polonais*, nous devons ajouter celui de Smolensk, à quelques pas de Katyn. Ce 10 avril 2010, Le cœur de la Pologne a cessé de battre. 96 victimes. Le Président, son épouse, des responsables de l'état-major, des secrétaires d’états, ...

L’avion a décollé vers 6h50 de l’aéroport de Varsovie, puis s’est écrasé à quelques centaines de mètres de l’aéroport militaire de Smolensk, en Russie, 4h et 4 minutes plus tard.

Pour « faire la lumière » sur ce crash, Dmitri Medvedev a nommé son premier ministre Vladimir Poutine.

Dans les heures qui suivirent l'atterrissage « manqué » du président Lech Kaczynski, les russes ont trouvé les deux boites noires du Tupolev, qui sont actuellement à Moscou pour analyse par des experts russes, avec la collaboration distante d’un officier polonais. La totalité des corps des victimes ont été retrouvés et identifiés à Moscou. Pour 21 d’entre eux, l’identification n’a pas été facile, essentiellement à cause de l’incendie qui s’est déclaré lorsque l’avion a touché les arbres et s’est écrasé au sol.

Ce sont les faits, et ce sont les seules certitudes. Actuellement, toute autre information n’est que spéculation.

Cependant, depuis le début de l’enquête, nous pouvons constater, une fois encore, plusieurs discours sortant pour la plupart d’ « on ne sait où » et relayés par les médias sans autre investigation et sans trop de conditionnels.

Le discours de l’ancien chef du KGB (actuel FSB) Vladimir Poutine fut très clair quant aux causes de l’accident : en raison de l’épais brouillard présent dans la zone de l’aéroport militaire de Smolensk, la tour de contrôle a demandé au pilote du Tupolev d'atterrir à Moscou. Le pilote, malgré les avertissements, après trois tentatives, a manqué son atterrissage.

Quelques affirmations qui, nous le verrons par la suite, se trouvent êtres totalement fausses en plus d’être saugrenues. Mais jusque là, rien d’étonnant, nous connaissons le personnage.

Les jours passent, et la presse francophone travaille à informer ses lecteurs sur le sujet. Méthode classique : on prend les dépêches d’agences, on change quelques mots, et on colle l’article de Ria Novosti en troisième page avec des titres comme « Le président Kaczinski victime d’une erreur de pilotage ». Et depuis ces derniers titres accusant le pilote polonais, hautement expérimenté, qui a déjà posé son avion à Smolensk plus d’une fois auparavant, et notamment pour y déposer le premier ministre Donald Tusk 3 jours auparavant. Mais la presse polonaise ainsi que la presse de pays d’ex-Urss principalement, relayent bien d’autres informations, donnent d’autres détails que notre presse européenne occidentale, trop encline à respecter les versions officielles russes pour des raisons aussi diverses qu’évidentes, taisent. En voici un florilège:

Le Tupolev n’a pas, contrairement à ce qu’ont affirmés Poutine et les agences russes, donc nos journaux, tenté un atterrissage à 3 reprises, mais s’est écrasé dès sa première tentative. Une troisième boite noire a été rendue aux polonais (boite ajoutée par l’aviation militaire polonaise à tous ses avions) qui démontre non seulement qu’il n’y eut pas trois tentatives, mais aussi que, jusque quelques minutes avant que le Tupolev ne s’écrase, tout était absolument normal et dans la cabine des passagers, et dans le poste de pilotage. Par contre, les derniers moments avant le crash, on entend le pilote prier, et dire quelque chose comme « on est foutus ».

Plusieurs choses ont aussi pu être démontrées. L’avion, qui possédait toute la technologie moderne d’assistance à l'atterrissage (ILS), ainsi que tous les systèmes d’alarmes réagissant aux dangers liés à l’altitude de l’appareil (TAWS), n’avait aucune raison de s’écraser.

Mais Poutine, avec de la suite dans les idées, a alors déclaré que le pilote polonais ne connaissait pas le Russe, et qu’il y eut par conséquent un problème de communication entre le pilote et la tour. Nos journaux ont repris la dépêche de Ria Novosti, et d’autres sont allés à la conférence de presse organisée par l’état-major polonais qui, quant à eux, connaissant bien leur pilote, on confirmé que Mr Arkadiusz Protasiuk parle russe parfaitement, ainsi que l’anglais, langue internationale utilisée dans tout aéroport. Les capacités du pilote ne sont en tout cas pas en cause.

Ria Novosti a aussi écrit que le pilote avait été forcé par le président d'atterrir malgré le brouillard et la demande de la tour de se détourner vers Moscou, pour le forcer à atterrir à Smolensk coûte que coûte. Mais l’on sait déjà pourquoi cette thèse est loufoque.

Plusieurs autres hypothèses, et non des moindres, viennent s’ajouter à celles dont nous avons déjà connaissance grâce aux agences russes et occidentales. Pour commencer, il y a ce système précité TAWS. Les enquêteurs ont retrouvé le boitier de commande de ce système en position d’arrêt. S’il ne fonctionnait pas, le crash était difficilement évitable, surtout dans le cas où l’ILS ne fonctionne pas lui non plus, ou que la tour de contrôle russe ne donne pas les données correctes au pilote et/ou aux systèmes électroniques du Tupolev, lesdits systèmes installés par une société russe en décembre dernier..

De plus, des témoins polonais, des journalistes arrivés plus tôt accompagnés par quelques parents des victimes de Katyn, ont pu observer des russes changeant les ampoules de la piste d'atterrissage, peu après le crash. Pourquoi? Pas de réponses. Depuis lors, la Pologne demande des explications à Moscou. A ce sujet, et d’autres...

Enfin, certains quotidiens polonais rapportent deux épisodes pour le moins étranges, même si, une nouvelle fois, ils le sont moins lorsqu’on sait où le crash s’est produit.

Immédiatement après le crash, un témoin est parvenu sur les lieux même de l’accident, et a filmé à l’aide de son GSM les nombreux débris du Tupolev éparpillés autour de lui. Sur les images, rien de particulier: des hommes en uniforme qui marchent (calmement malgré la situation) entre les arbres arrachés et les pièces encore fumantes de l’avion, d’autres qui discutent entre eux. Quelques hommes en civil font pareil, certains, rares, courent. On entend les pas du vidéaste, le craquement des branches. Et dans cette ambiance lourde – et sans brouillard – des coups de feux. Cette vidéo, nous pouvons la visionner sur internet. Au-delà de l’horreur de cet acte qu’on imagine, la question est : à qui étaient destinés ces coups de feux? A un - ou des - survivant(s) du crash? Quelle ignominie... Difficile à croire. Quoique.


Le deuxième épisode passé sous silence par notre presse est la suite du premier épisode : le vidéaste à qui nous aimerions poser la question de la provenance et de la destination des tirs enregistrés, aurait été tellement tabassé qu’il se serait retrouvé à l'hôpital et y serait décédé quelques heures plus tard.

Tous ces éléments, qui devraient bien entendu faire l’objet d’enquêtes, n’ont pas été rapportés sur le site de Ria Novosti, et donc n’ont pas été relayés par nos médias. Vous pourrez, par contre, les retrouver dans les médias polonais, tchèques ou lituaniens.

Le contexte dans lequel ce drame a eu lieu est sans aucun doute important. Voire central.

Nous avons pu lire dans la presse internationale, d’Europe occidentale et de Russie avant tout, que le président Kaczynski n’était pas aimé par les citoyens polonais. C’est certainement pour cela qu’il s’est fait élire. Bien entendu, les positions du président, sur des dossiers capitaux comme le traité de Lisbonne (pour lequel, depuis sa mort, on l’accuse d’ »empêcheur de tourner en rond ») ou sur celui du système de défense de l’OTAN qui doit être installé prochainement en Pologne et qui, bien entendu, est autant destiné à défendre l’Europe contre l’Iran que contre la Russie, a-t-il avoué clairement, surtout suite à la guerre russo-géorgienne d’août 2008. C’est d’ailleurs lors de sa visite en Géorgie, accompagné par les président ukrainien et des pays baltes, qu’il a affiché son soutien au président Saakashvili, accusant justement la Russie d’avoir organisé cette guerre depuis des années, entre autres choses. Et le dossier « Géorgie », comme nous le savons, est LE dossier sensible à Moscou. Voici de quoi alimenter l’imagination de certains hauts responsables russes, si nous ne pouvions douter qu’au 21ème siècle, ce genre de chose n’est plus possible....

Oui, Monsieur Kaczynski était un empêcheur de tourner en rond. Par rapport à la Russie bien entendu, mais également pour l’Allemagne ou la France dans leurs projets en association avec la Russie. Le gazoduc Gazprom dont nous parlons régulièrement ici, Nord Stream, qui contourne la Pologne par la Mer Baltique était critiqué par Varsovie. Bien entendu, pour raisons économiques, mais ce que Lech Kaczynski dénonçait aussi, c’était l’aveuglement de l’Europe face au pouvoir que Moscou aurait sur notre région si la Russie devait devenir le quasi-unique fournisseur en Gaz de l’Europe. Une arme redoutable, qui fut déjà une des raisons fondamentales de la guerre en Géorgie: contrer le concurrent européen de gazoduc reliant la Caspienne au sud de l’Europe en contournant le territoire russe, en passant par la Géorgie (Nabucco) de l’autre projet russe South Stream, passant sous la Mer Noire, au large de... l’Abkhazie. La France participe, via GDF-Suez, au projet russe, tout comme l’Italie. La présidence polonaise a également critiqué le gouvernement français à propos de la vente de navires de guerre de classe Mistral à la Russie... Ces navires capables de transporter du matériel lourd, chars, hélicoptères, péniches de débarquement, des centaines d’hommes... seront basés en Mer Noire, probablement en Abkhazie où les forces d’occupation construisent un tout nouveau port, à moins qu’ils ne les basent à Sébastopol, port pour lequel Moscou a obtenu récemment une prolongation de son bail en échange d’une réduction conséquente du prix du gaz russe vendu à l’Ukraine par Gazprom...

A l’image de son parti, « droit et justice », Lech Kaczynski était quelqu’un de concerné par les injustices de l’Histoire, ce qui ne pouvait que déplaire à Moscou, et à l’Europe désireuse de conquérir le marché russe, au prix de l’oubli de toutes les atrocités commises par le passé, à l’époque de l’occupation soviétique. La commémoration de Katyn, initiée par lui et organisée par la Pologne, aurait du voir Poutine, en personne, avouer au monde que les 22,800 victimes de la barbarie n’était pas un crime nazi, comme ont voulu le faire croire les russes en maquillant la « scène du crime », mais bien un crime de guerre organisé par le mentor de Vladimir Poutine, Staline.

Avec le crash de l’avion présidentiel à Smolensk, Poutine ne s’est pas rendu à Katyn avec le même devoir. Et justice n’a pas été rendue aux victimes de Katyn. Ni, d’ailleurs, à aucune des victimes du communisme, laissant la porte ouverte aux dirigeants actuels pour manipuler son peuple et le reste du monde avec les mêmes méthodes qu’auparavant, pour les mêmes buts qu’auparavant : renforcer le pouvoir et s’en mettre plein les poches.

Nous avons le droit, sans aucun doute, d’espérer connaître un jour la vérité sur ce crash qui coûta la vie à des hommes et à des femmes, hauts responsables ou simples citoyens, ces polonais qui se rendaient pour prier sur la tombe de leurs parents assassinés. L’enquête fera, sans aucun doute, la lumière sur ce drame. Nos journaux nous disent qu’à présent, Moscou et Varsovie se rendent compte combien ils sont proches, frères slaves. Que les relations, « grâce à l’accident », se sont réchauffées. Que la présence de Medvedev lors des funérailles en était une preuve supplémentaire. (C’est vrai, Medvedev a bravé le nuage de cendre - qui n’était pas présent entre Moscou et Varsovie – pour assister aux funérailles.) Mais quel est le journal qui fit savoir qu’un autre président, VRAI ami de la Pologne et de son défunt président, qui était bloqué à Washington, a décollé pour le Portugal, puis pour l’Italie, puis la Turquie, pourfinalementnt arriver à Cracovie juste à temps pour se recueillir sur la tombe de Lech Kaczynski, dans la crypte du châteauau WAWEL? Ce président atypique n’était autre que le président géorgien, Mikheil Saakashvili. Bravo. Même Sarkozy, pourtant collègue européen du président polonais, a préféré vaquer à d’autres occupations.

Medvedev, absolument, n’avait aucune alternative. Il avait à se rendre à Cracovie. Ne pas y aller aurait signifié bien plus qu’un divorce entre Varsovie et Moscou, c’eut été un aveu, une déclaration de guerre. Impossible, donc, pour Medvedev, de contourner ce devoir. Et c’est un rôle qui lui va bien. Alors pourquoi cette insistance de la presse européenne pour une mise en avant, par la seule présence du président russe, d’un soi-disant réchauffement des relations russo-polonaises? C’est ridicule. Tant que l’enquête sur le crash de Smolensk n’aura pas abouti, tout « réchauffement » n’est même pas imaginable. Et la presse nous ment, une fois de plus.

Le colonel de la cour suprême militaire, Zbigniew Rzepa, depuis le début de l’enquête, demande aux autorités russes de rapatrier en Pologne les deux premières boites noires du Tupolev. Il demande aussi à avoir accès à l’entièreté des données rassemblées durant l’enquête, demandes vaines à ce jours.

Ria Novosti a annoncé qu’un enquêteur polonais est associé à l’enquête sur les boites noire qui a lieu à Moscou sous l’autorité des experts russes. C’est exact, il y a bien un expert polonais à Moscou, mais celui-ci n’a aucun contrôle sur lesdites boites, son accès étant limité aux comptes-rendus écrits par les officiels russes.

Si Moscou n’avait rien eu à cacher durant cette enquête qui est, et c’est le moins que l’ont puisse écrire, bien moins transparente qu’il peut paraître, les autorités russes n’auraient eu aucune raison de refuser le rapatriement de toutes les pièces du puzzle en Pologne afin qu’elles soient étudiées par les spécialistes polonais, assistés éventuellement par des représentants et experts de l’aviation russe. D’autant qu’il s’agit d’un avion militaire, et non civil, et que les personnalités ayant péri lors du crash étaient les plus hauts représentants du peuple polonais. Une enquête absolument transparente était indispensable pour dissiper LE MOINDRE doute sur la responsabilité de la Russie. Le moindre.

Mais il est déjà trop tard.

Il est à noter que depuis le 13 avril, plus aucun article n’a été écrit sur le site de Ria Novosti à propos de l’enquête en cours sur les causes du crash de l’avion présidentiel.

Ce mercredi, un premier compte-rendu de la part des autorités polonaises est attendu. Nous pourrons constater le travail des experts... du FSB?

 

D.P.

Sources diverses, dont http://swietapolska.com/news

Vos commentaires sont toujours les bienvenus.

Les commentaires sont fermés.