15/11/2009

RÉACTION de la Géorgie à l'enquête indépendante internationale - RAPPORT SUR LA GUERRE D'AOUT 2008

Rapport Tagliavini : les conclusions biaisées de la propagande russe envahit les médias occidentaux 3 jours avant la remise officielle du rapport aux instances européennes. AFP n'y voit que du feu, la presse relaie massivement, les conclusions de Tbilissi sont passées sous silence.

Voici la réaction officielle de Tbilissi.

La Commission confirme que la Russie a envahi la Géorgie avant que la Géorgie ait pris des mesures militaires. Il confirme également que les civils géorgiens et les casques bleus ont été attaqués, sur le sol géorgien, avant le 7 août. Le rapport donne également de nombreuses preuves de renforcement militaire de la Russie dans les mois précédant août 2008, et des provocations politiques de la Russie qui a violé la souveraineté géorgienne et le droit international. En outre, la Commission confirme que les forces pro-russes ont entrepris un nettoyage ethnique des citoyens géorgiens.

Le rapport confirme également que l'opération militaire russe en 2008 semble bien avoir été planifiée, confirmant la plupart des analyses. La plan de l'opération a été validé dans la pratique au cours des exercices militaires russes « Kavkaz-2008 » (et les exercices précédents depuis 2005).

Le fait le plus important, documenté par la Commission, est que les armées régulières des forces russes et des mercenaires ont franchi illégalement la frontière géorgiennes avant le 8 août 2009. La Commission écrit: «Il semble y avoir eu un afflux de volontaires ou de mercenaires en provenance du territoire de la Fédération de Russie vers l'Ossétie du Sud par le tunnel de Roki et sur la chaîne du Caucase au début du mois d'août, ainsi que la présence de certaines forces russes en Ossétie du Sud, autre que le bataillon JPKF russe [maintien de la paix], avant 14.30 heures le 8 août 2008. "

Le gouvernement regrette que, bien que la Commission ait pu démontrer que les troupes russes ont été présentes illégalement en Géorgie, elle ne parvient pas à appeler cela une invasion. C'est pourtant cette invasion qui a déclenché le conflit. Le fait d'avoir prouvé la présence illégale sur le territoire souverain de la Géorgie de troupes russes ne faisant pas partie des forces de maintient de la paix, en violation de tous les accords internationaux, sans que cela soit nommé « invasion ».

Le rapport réfute les raisons que la Russie a données pour justifier l'invasion de la Géorgie. En particulier, la Russie a fait valoir que plus de 2.000 personnes avaient été tuées en Ossétie du Sud, et qu'il a ordonné l'invasion afin de prévenir le génocide, tel était le prétexte pour leurs actions. Mais le rapport confirme que ces réclamations des Russes étaient purement et simplement des mensonges.

La Commission n'a pu vérifier un autre prétexte de la Russie: que ses soldats auraient été attaqués. En revanche, les soldats de la paix géorgiens ont été visés et tués tôt le 7 août. L'invasion a par conséquent commencée avant que les forces de maintien de la paix russes aient été impliquées dans des hostilités armées.

Le rapport rejette également le concept de la Russie de protéger ses citoyens à l'étranger dans le cadre de ce conflit, un autre sous- prétexte pour justifier la guerre: il met en lumière la politique de passeports russes distrinués (dès 2007) en Ossétie du Sud, et dit clairement que les Ossètes du Sud ont reçu des passeports russes en violation de la souveraineté géorgienne. La Fédération de Russie a donc « fabriqué » des citoyens à protéger (prouvant la préméditation). Le rapport documente en détail le renforcement militaire russe dans les mois précédant l'invasion, ainsi que la fourniture par la Russie de l'assistance militaire et de sécurité vers l'Ossétie du Sud et les forces irrégulières abkhaze avant le 7 août 2008. Il documente également l'intensification des provocations politiques, économiques, juridiques et autres. Une citation caractéristique de ce rapport: "L'attribution massive de la citoyenneté russe aux ressortissants géorgiens et la fourniture de passeports à grande échelle sur le territoire géorgien, y compris ses provinces séparatistes, sans le consentement du Gouvernement géorgien ... constitue un défi ouvert à la souveraineté géorgienne et une ingérence dans les affaires intérieures de la Géorgie. "

Le rapport va dans les détails pour confirmer une chose évidente: la Russie a envahit la Géorgie, la Géorgie n'a pas attaqué la Russie ou de tout autre pays. Parmi ses principales conclusions :

  • La Commission a trouvé des preuves qu'au moins certaines unités des forces russes régulières ainsi que des milices ont pénétré en territoire géorgien souverain avant le 8 août. Ce qui constitue une intrusion illégale.

  • Plus précisément, comme mentionné précédemment, le rapport dit: "il semble y avoir eu un afflux de volontaires ou de mercenaires en provenance du territoire de la Fédération de Russie en l'Ossétie du Sud par le tunnel de Roki et sur la chaîne du Caucase au début d'août, ainsi que la présence de certaines forces russes en Ossétie du Sud, autre que le JPKF russe [maintien de la paix] bataillon, avant 14.30 heures le 8 août 2008. "

  • La Commission a également prouvé que les forces séparatistes ont été armées et entraînées par la Russie, au mépris du droit international et des obligations de maintien de la paix de la Russie.

  • Le rapport souligne également que les forces séparatistes pro-russe ont violé les lois internationales en attaquant des civils géorgiens dans les jours précédant le 7 août.

  • Le rapport conclut: «Le poids politique et militaire nettement supérieur de la Russie a renversé le bilan de ce qui aurait été possible autrement, en termes d'arrangements entre Tbilissi et ses deux provinces séparatistes. »

Le gouvernement est en désaccord avec la Commission qui écrit que la Géorgie a utilisé une force excessive et disproportionnée dans la défense des civils géorgiens, alors que la Commission démontre par ailleurs clairement que des attaques illégales sur ces civils ont eu lieu, et de plus, avant le 7 août. Aucun gouvernement démocratique ne peut survivre si, lorsque des forces étrangères envahissent son territoire, il ne parvient pas à défendre ses citoyens. La Géorgie a agi comme toute nation démocratique aurait agit: un fait qui est impossible pour un observateur raisonnable de nier.

Bien que le rapport reconnaisse que la Russie ait armé et soutenu et Tskhinvali et les séparatistes abkhazes, il évite d'en attribuer la responsabilité à la Fédération de Russie. Alors que les preuves extrêmement nombreuses démontrent le contrôle direct de la Russie sur les autorités séparatistes.

En outre, tout en reconnaissant le renforcement militaire et l'assistance aux séparatistes, et de même l'afflux de mercenaires attaquant des populations civiles, le rapport omet de mettre en évidence les violations flagrantes commises par les soldats de la paix russes - bien que toutes ces actions ont été strictement interdite par tous les accords internationaux. De plus, la Géorgie a fourni au Conseil les nombreuses preuves démontrant que des soldats de la paix russes ont directement coordonnés les attaques avec les forces irrégulières avant le 7 août, y compris la coordination d'attaques sur des villages contrôlés par le gouvernement géorgien.

En ce qui concerne l'invasion de l'Abkhazie et le reste de la Géorgie, le rapport confirme que la Russie n'a pas pris la peine de fabriquer un prétexte, et était en violation directe et flagrante du droit international.

Le rapport confirme aussi le nettoyage ethnique envers les citoyens géorgiens uniquement. Ce nettoyage ethnique a eu lieu sur le territoire géorgien tandis que gardiens de la paix russes, en vertu du droit international, sont responsables de la sécurité sur cette partie du territoire d' « ossétie du sud ».

En termes d'efforts de prévention, la Commission défend les efforts de la Géorgie pour tenter de prévenir le conflit. Le rapport a confirmé que le Gouvernement géorgien a exercé d'intenses efforts diplomatiques soutenus pendant de nombreux mois avant la guerre pour apporter une solution pacifique et éviter une invasion russe de la Géorgie. Malheureusement, ces demandes ont été bloquées par la Fédération de Russie et ses mandataires.

Le rapport indique clairement que la reconnaissance des régions géorgiennes d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud par la Russie est une violation flagrante du droit international.

Globalement, le rapport confirme que la Russie a commis des actes d'agression contre un État souverain, et de ce fait a gravement violé le droit international, y compris la Charte des Nations Unies, l'Acte final d'Helsinki, les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies ainsi que sa propre Constitution au Code criminel.

Aujourd'hui, l'occupation russe de la Géorgie se poursuit, en violation du droit international et de l'accord de cessez-le feu en six points signé le 12 août 2008, et, en particulier, défiant l'exigence que les forces russes ont de se retirer sur leurs positions ex ante.

La Russie est, en effet, à la poursuite de son plan visant à terme à annexer ces territoires géorgiens.

La présence de l'ONU ainsi que des missions de surveillance de l'OSCE ont été unilatéralement bloquées par la Russie. La Russie a également refusé d'autoriser le retour sûr et digne des personnes déplacées et des réfugiés; Pendant ce temps, ceux qui vivent encore en territoires occupés souffrent de l'oppression. Le nettoyage ethnique de Géorgiens dans les territoires occupés par la Russie se poursuit.

 

Interview de l'ambassadeur de Géorgie à Paris

Tbilissi négocie un accord d’Association avec l’UE et souhaite développer ses échanges économiques avec la France.

La diplomatie géorgienne fait feu de tout bois. Avec Bruxelles d’abord, un accord d’Association à l’Union européenne, facilitant la délivrance des visas dans un premier temps et permettant de constituer une zone de libre-échange dans un deuxième temps, est en cours de négociation. Avec Paris ensuite, une délégation de l’organisation patronale MEDEF International se rend à Tbilissi les 16 et 17 novembre 2009 pour engager le développement des échanges économiques bilatéraux.

Interview de l’ambassadeur de Géorgie en France, Mamuka Kudava, sur ces questions et sur d’autres :

Article original (et d'autres) paru sur Colisée.org

jeudi 12 novembre 2009, par Mirian Méloua

Ambiance. L'accueil est orchestré en parfait français par deux jeunes femmes géorgiennes, dont l'assistante de l'ambassadeur. Dans les couloirs, les conseillers se croisent silencieusement et viennent chercher leurs visiteurs, non sans avoir attardé leur regard dans le salon d'attente. Un poste récepteur de télévision y diffuse discrètement une chaîne géorgienne, caché parmi des tableaux du vieux Tiflis. Mamuka Kudava arrive, smartphone à la main. Il vous invite à entrer et vous reçoit dans son bureau personnel autour d'une table de travail garnie de documents. L'assistante et les conseillers seront appelés à tour de rôle pour apporter une précision, ou fournir une copie de tableau. Malgré la légendaire courtoisie géorgienne, et le café proposé, un coup d'oeil sera jeté de temps en temps sur le smartphone. L'entretien ne sera interrompu qu'une seule fois, Tbilissi, le Quai d'Orsay ou un important opportun ? Allez savoir. Une heure de temps d'ambassadeur, au coeur de la modernité du XXiéme siècle, c'est peu et c'est beaucoup pour défendre une culture vieille de plusieurs millénaires !

Question 1. Après 30 mois au poste d'ambassadeur de la Géorgie auprès de la France, quelles sont -d'après vous- les principales missions de l'ambassade ?

Je vois deux missions prioritaires, celle relevant de la politique étrangère et celle relevant du domaine économique.

Lors de la réunion annuelle des ambassadeurs de Géorgie à l'étranger, en septembre 2009, il est apparu clairement que nos objectifs étaient de consolider la non-reconnaissance par la communauté internationale de l'indépendance des territoires géorgiens sécessionnistes (1) et d'engager une nouvelle approche vers l'intégration européenne. Nous espérons que, fin 2009, les négociations sur la facilitation du régime des visas avec l'Union européenne seront concrétisées par la signature d'un Accord. La prochaine étape sera la conclusion d'un Accord d'Association (qui comprend un accord sur le libre échange) comme cela a été fait pour l'Ukraine, afin d'illustrer le Partenariat oriental. L'Union européenne, tout comme la communauté internationale, soutient l'intégrité territoriale de la Géorgie : c'est pour nous essentiel.

Nous sommes évidemment très reconnaissant à la France qui présidait l'Union européenne à l'époque de l'invasion russe. Le Président Sarkozy a joué un rôle très important pour arrêter la guerre et négocier un accord de cessez-le-feu en six points. L'Union européenne a déployé sa mission d'observation (EUMM) mais elle est malheureusement empêchée d'assurer sa mission sur les territoires des régions séparatistes occupées par les Russes. La mission constate également sur place le non-respect de cet accord par Moscou. Outre de nombreuses provocations qui ont lieu sur ces territoires, les organisations internationales ont condamné le nettoyage ethnique perpétré contre la population géorgienne forcée à quitter ses foyers (plus de 300 000 réfugiés suite aux conflits). A cause de cela, les deux provinces géorgiennes sont aujourd'hui quasiment dépeuplées (120 000 habitants en Abkhazie et 30 000 en Ossétie du Sud). D'ailleurs, la Russie n'entend pas s'arrêter là et continue à construire des bases militaires dans les régions annexées (deux bases par région) et y a déjà déployé près de 15 000 soldats selon des sources différentes. Ce qui fait que nous avons les deux régions (Abkhazie et Ossétie du Sud) les plus militarisées d'Europe !

Question 2. Et les missions économiques ?

L'ambassade en France essaie de contribuer au développement de la Géorgie et de sa prospérité, en projetant l'image d'un pays attractif pour les compagnies étrangères. La Banque mondiale classe aujourd'hui la Géorgie au 11 ème rang mondial en termes de facilitation des affaires et d'attractivité des investissements (2) : c'est grâce à sa législation, à ses dispositions de protection des investissements, à son niveau réduit de taxes, d'impôts et de droits de douanes, à ses zones franches comme Poti et Koutaïssi.

La France, historiquement, est moins présente dans les pays de l'Europe de l'Est et en Géorgie.

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Photo Tbilisite - D.P. - 2009               Tsinandali, caves du chateau (Kakhétie) Grands crus français du XIXème ...

Pourtant des fleurons de l'activité française y sont présents, comme Société Générale (Republic Bank), Pernod Ricard (vins et spiritueux), Areva (lignes électriques hautes tensions avec la Turquie), Thales (radars de l'aéroport de Tbilissi) ou Alstom (énergies hydrauliques).

Un forum économique est organisé, à Tbilissi, les 16 et 17 novembre 2009, pour une dizaine d'entreprises françaises du MEDEF, avec des entretiens au plus haut niveau et des entretiens ministériels afin de mieux faire connaître le potentiel économique de la Géorgie (3).

Question 3. Quelles autres missions remplit l'ambassade de Géorgie en France ?

Fort évidemment les missions culturelles sont importantes pour notre pays.

Après l'inscription par l'UNESCO au Patrimoine mondial de la ville de Mtskhéta, des cathédrales de Guélati et de Bagrati, de la vallée de Svanétie, nous travaillons sur différents projets de conservation et de mise en valeur de ces sites. Je souhaite également souligner que les chants polyphoniques géorgiens sont inscrits sur la liste du Patrimoine immatériel, et à cet effet l'UNESCO a fortement contribué à la création du Centre de polyphonie de Géorgie avec qui une coopération fructueuse et efficace est menée. La Géorgie prépare également l'inscription d'autres sites importants sur la liste du patrimoine mondial ; les projets Dmanissi et de la vieille ville de Tbilissi sont en cours d'élaboration avec les experts du Centre du patrimoine mondial de l'UNESCO.

Après l'accession de la Géorgie à l'Organisation internationale de la Francophonie au statut d'observateur, nous avons participé au sommet de Québec en novembre 2008 afin de mieux faire connaître les positions de la Géorgie, principalement aux pays d'Afrique. D'ailleurs dans la déclaration finale du sommet, adoptée par les pays membres, l'attachement à la souveraineté de la Géorgie au sein de ses frontières internationalement reconnues est fermement affirmé. La Géorgie compte aujourd'hui de 70 à 100 000 personnes francophones, selon les âges et les niveaux auxquels l'on se situe. Le français est enseigné dans 319 écoles et 18 universités géorgiennes. Il existe plusieurs partenariats entre établissements français et géorgiens, dont un filière francophone en informatique à Tbilissi avec l'Université Paris VIII, l'Université de Versailles Saint Quentin en Yvelines et l'INALCO (diplôme français), une convention entre la Sorbonne et l'Université d'Etat de Tbilissi, une convention entre l'Université de Versailles et l'Université Akaki Tsérétéli de Koutaïssi, une convention entre l'Institut de Nantes et celui d'Akhaltsikhé.

Nous continuons à développer différentes facettes de l'image culturelle de la Géorgie en France et nous avons pour projet d'organiser une saison culturelle géorgienne fin 2010 : concerts, expositions, cinéma, patrimoine et art moderne seront de la fête durant plusieurs semaines. L'année 2010 sera pour la France l'année de la Russie, et il est important que le message de la Géorgie soit également entendu.

Question 4. Une partie des universitaires et chercheurs (INALCO, EHESS,...) et des journalistes (Courrier international, Le Monde, Le Figaro, Regard sur l'Est,..) français s'intéressant à la Géorgie utilise le canal de la langue russe pour s'informer et passent souvent par Moscou. Ne pensez-vous pas que ce prisme donne une coloration particulière à leurs propos et influence l'opinion publique française ?

Cette analyse est correste. Elle s'explique à l'évidence par le passé et l'Union soviétique.

D'abord, nous essayons de communiquer en français : le site Internet et la lettre d'information de l'ambassade sont opérationnels depuis 2008 (4). Nous sommes présents auprès des médias français chaque fois qu'ils nous le demandent. D'ailleurs le Président Saakachvili donne l'exemple au plus haut niveau puisqu'il accorde régulièrement des entretiens en français.

Ensuite, lorsque la langue française ne peut pas être utilisée, la langue anglaise l'est. Les jeunes générations géorgiennes, scientifiques, chercheurs, artistes, hommes d'affaires et diplomates parlent aujourd'hui l'anglais, l'allemand, le français, ainsi que le russe, ce qui leur permet de communiquer directement avec les journalistes, les chercheurs et les scientifiques internationaux et de donner une idée plus exacte de la réalité géorgienne.

Enfin, et c'est le point fondamental de notre stratégie : sur décision de l'Etat géorgien, et avec le soutien de la Commission européenne, un projet d'ouverture à Tbilissi d'une Maison de l'Europe a été lancé, dans lequel des partenaires français pourraient être partie prenante.

Question 5. Quelles missions l'ambassade de Géorgie remplit-elle auprès des diasporas ?

Je dirais d'abord que nous côtoyons quotidiennement les différentes diasporas géorgiennes et que nous assurons les missions traditionnelles qui en découlent (5). Mais tout compte fait, elles assument plutôt seules leurs vies en France : moins d'un millier de Géorgiens s'était inscrit sur les listes électorales ouvertes à Paris aux dernières élections présidentielles et législatives !

L'Etat géorgien a pris récemment une décision importante pour les jeunes géorgiens, celle de financer leurs études supérieures aux Etats-Unis et en Europe sans contrainte de retour ou de remboursement de frais : deux étudiants sont déjà dans ce cas en France. Cette décision a été prise pour encourager les jeunes générations à une ouverture accentuée vers l'Occident : plus grand sera le savoir de ces jeunes générations, plus rapide sera l'intégration de la Géorgie à la famille européenne, qui est historiquement la sienne.

Notes :

(1) Aujourd'hui seuls la Russie, le Nicaragua et le Vénézuela ont reconnu l'indépendance des républiques auto-proclamées d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud. D'après Mamuka Kudava, la Russie ferait pression sur un certain nombre d'autres pays pour qu'ils s'engagent sur cette voie, en particulier auprès des pays francophones d'Afrique.

(2) Le classement de la Banque mondiale situait, en 2005, la Géorgie au 112ème rang en termes d'attractivité des investissements.

(3) Les principales entreprises du MEDEF présentes à Tbilissi les 16 et 17 novembre 2009 devraient être Alstom, BNP Paribas, Bouyghes, Cifal, Etde, Egis Bceom, Oberthur, Panhard, Sfeh, Société Générale, Systra, Thales et Veolia.

(4) Site Internet de l'ambassade de Géorgie en France http://www.ambassadegeorgie.fr

(5) Selon Mamuka Kudava, l'avenir de la résidence d'exil en 1922 des dirigeants de la Ière République de Géorgie (majorité parlementaire et opposition) à Leuville-sur-Orge avance lentement : si toutes les parties sont d'accord pour que le "château" revienne à l'Etat géorgien, les conditions juridiques ne sont pas encore réunies.


Merci encore à Mirian Melua.

D.P.

 

11/11/2009

Berlin

Alors que les médias commémorent la chute du mur de Berlin en présence de nombreux chefs d'états, un autre mur "soviétique" demeure aux portes de l'Europe, tout nouveau, le ciment à peine séché... le monde l'ignore. Un mur dressé par le même peuple que celui qui a dressé celui de Berlin, le même peuple que celui qui a installé des dictatures dans la moitié de l'Europe et de l'Asie.

La Géorgie est émiettée, fractionnée, fragmentée, meurtrie par la seule volonté de quelques uns, à la tête de cette Russie dite démocratique.

Ces quelques semaines passées, près de vingt personnes ont été enlevées par l'armée russe et les milices séparatistes abkhazes et "sud ossètes", dont 4 jeunes de 14 ans. A part les autorités géorgiennes bien sûr, et les quelques observateurs de l'EUMM qui tentent en vain depuis plusieurs jours d'arriver à un accord avec les autorités du gouvernement fantoche d'"Ossétie du sud", personne ne bouge.

Et la province d'Abkhazie coupée du reste de la Géorgie... Oui, sincèrement, c'est prodigieux de pouvoir fêter la chute du mur, celui de Berlin. Et penser à ceux qui sont tombés et ont lutté pour que cela soit possible. Mais qui va lutter pour faire tomber les nouveaux murs érigés honteusement en ce début de XXIème siècle?

Certains sont tellement fiers d'avoir pu "gagner" la guerre froide. Ceux-là même qui paradent à Berlin depuis deux jours. Ceux-là même qui ensuite ont marchandé la liberté de leurs citoyens à coup de centaines de millions de $ (je n'en savais rien jusqu'à hier...). Et ceux-là même qui aujourd'hui troquent la reconnaissance des territoires conquis en Géorgie contre quelques contrats d'armements lourds avec les insatisfaits (à juste titre, mais faut pas se tromper de cible!) d'Amérique du Sud...

Il y a vingt ans, nous aurions pu ne pas nous satisfaire de la seule chute du mur de Berlin. Nous n'avons pas « jugé utile » d'envoyer les décideurs soviétiques devant leurs responsabilités, comme nous l'avons fait à Nuremberg ou à Den Hage envers d'autres criminels de guerres ou de génocidaires. Les millions de morts, victimes de 70 ans de mensonges du Soviet Suprême, du KGB, et de tous les secrétaires généraux du PC, ne verrons jamais leurs bourreaux devant une court de justice. Impunis ils resteront, et donc ils ne s'arrêteront jamais. Autre doctrine, mêmes méthodes? Presque. La machine de propagande n'est plus dirigée vers son propre peuple, mais sert admirablement le ministère des affaires étrangères...

La Russie fête l'anniversaire de la chute d'un mur, d'un côté, et en construisent un autre, discrètement, à 4000 km de Berlin.

Il y a un peu plus d'un an, Moscou a lancé son offensive sur la Géorgie, planifiée depuis plusieurs années. Mais Moscou n'a pas réussi à s'emparer de la totalité du territoire géorgien. C'était leur but, pourtant. Les russes auraient-ils construit un mur le long de la frontière turque? Et l'Europe se serait-elle tue, dans ce cas-là aussi?

Contre quoi l'Europe a-t-elle troqué son silence? La Russie est cynique. La Russie est dangereuse. La Russie est la première puissance nucléaire. La Russie, c'est Gazprom. Autant de raisons. Mais personne n'est dupe.

La propagande russe a réussi à totalement retourner le rapport « Tagliavini » à son avantage, avec un cynisme rarement atteint auparavant, en utilisant tous les faits non-prouvés par ce rapport pour accuser la Géorgie d'avoir commencé la guerre. Ne dépendant que des preuves qu'ils n'ont pas accepté de fournir aux enquêteurs, leur mensonge n'en a été que plus aisé à diffuser auprès de ceux qui voulaient bien le répéter, telle une grande partie des médias francophones, occultant ainsi une vérité toute autre, celle d'un génocide, celle d'un nettoyage ethnique.

Dimanche soir, la télévision géorgienne diffusait un film du réalisateur russe Andrei Nekrasov

« Russian Lessons ». Ce film, projeté discrètement à Moscou, StPetersbourg, Londres, Bruxelles, ..., a été diffusé à la télévision pour la première fois par une chaîne géorgienne dimanche dernier. Visible via satellite, heureusement, et aussi par internet, ce qui a été rendu impossible le serveur ayant été bloqué, et tout téléchargement rendu impossible sur les sites spécialisés.... Ce film dénonce le cynisme avec lequel Moscou se joue du reste du monde, prenant la guerre Russie-Géorgie non comme exemple, mais comme preuve de ce cynisme.

Le film est finalement visible (en russe, sous-titres géorgiens) ici ou ici. Pour l'instant...

D.P.