01/07/2009

Tbilisite, le blog belge qui résume l'actualité géorgienne en français

Pour ceux qui n'auraient pas suivi....

L'actualité dans ce pays du Sud-Caucase aux portes de l'Europe, à l'histoire multi-millénaire, s'y vit chaque jour avec la même intensité, tant elle est enrichie par les provocations quotidiennes en provenance de Moscou...

L'été dernier, le monde a été secoué par l'invasion russe et les bombardements sur tout le territoire de Géorgie. Comment cela a-t-il pu se produire, sous les yeux des observateurs de l'OSCE et de l'ONU présents dans ces zones à risques depuis presque 20 ans, sans que quiconque ne puisse le prédise afin d'empêcher le pire de se produire? Mais les autorités géorgiennes ont maintes fois prévenu la communauté internationales de l'imminence d'un tel conflit, sans que l'Europe ne bouge, alors que la Géorgie fait partie du Conseil de l'Europe.

Les Etats-unis ont envoyé quelques instructeurs pour former les officiers géorgiens et aider à moderniser l'armée qui, jusqu'en 2003, ne bénéficiait que de financements très limités depuis des années. Durant ce conflit, c'est sans doute ce qui a aidé le plus efficacement à la survie de ces dizaines de milliers de réfugiés fuyant leurs villages incendiés et pillés par les milices.

La guerre éclair d'août 2008 a vu plus d'une centaine de milliers de personnes déplacées, la plupart vers Tbilissi, d'autre vers l'Ossétie du Nord. Un nouveau drame, moins de vingt ans après les premiers nettoyages ethniques de 1992-1994, la première guerre civile, où ils étaient plus de 300,000 géorgiens à fuir la province sécessionniste d'Abkhazie, dont la milice était à l'époque déjà soutenue par l'armée russe...

Présent en Géorgie à de nombreuses reprises entre 1998 et 2008 - et donc durant la guerre - j'ai vu ce pays aux infrastructures déplorables et à la corruption pourrissante, souvenir de l'ère soviétique, se muer rapidement en un état démocratique qui aurait pu être, j'ose le dire, idyllique... si Moscou n'y avait pas des intérêts considérables. Tous les enjeux géopolitiques importants pour l'administration de Poutine, puis de Medvedev, ont amené les Russes à tout entreprendre, surtout illégalement bien entendu, pour garder un pied en Géorgie: la manipulation des extrémistes séparatistes issus de la première guerre civile, leur financement, leur armement, et surtout le soutien politique de la Douma et du FSB ont transformé les deux provinces géorgiennes en un bouillon explosif où toute idée anti-raciale a été stigmatisée ces dix dernières années, facilité en cela par l'absence d'une force d'interposition neutre, pourtant demandée par la Géorgie depuis 1994, mais toujours, bien entendu, refusée par le côté russe, partie prenante du conflit, voire partie dirigeante du conflit.

Depuis la dernière offensive russe d'août dernier, et malgré l'accord en 6 points signé par Saakashvili, Medvedev et Sarkozy, la Russie a entrepris de s'installer définitivement sur le territoire géorgien, y construisant de nombreuses bases militaires, y organisant de grandes manoeuvres, tout en accusant les quelques dizaines de patrouilles de police géorgienne et les observateurs onusiens d'approcher « leurs frontières » de trop près... C'est que depuis, la Russie a reconnu l'indépendance des provinces séparatistes, et donc imagine que cela leur donne tous les droits sur ces territoires à présent totalement annexés à la Russie, faisant fi de toutes les accusations  émises à leur encontre, préférant noyer le poisson en accusant la Géorgie des mêmes "crimes". Les exemples ne manquent pas, tous l'ont constaté en suivant les informations ET russe ET géorgienne durant le conflit.

Cet été, officiellement, plus aucun observateur ne sera présent sur le territoire géorgien. La Russie et les séparatistes se retrouvent dès lors libres d'entreprendre de nouvelles avancées sur le territoire de Géorgie non encore occupé. La moindre étincelle pourrait mettre à nouveau le feu aux poudres, et les autorités géorgiennes ne peuvent que constater, dénoncer, prévenir encore et encore du danger. Comme au printemps 2008, comme depuis 20 ans. Il ne sera jamais question pour les russes de quitter les territoires qu'ils occupent de fait depuis bientôt 90 ans, si on compte les années soviétiques, et il n'est pas question pour la Géorgie d'abandonner ses provinces aux russes sous prétexte qu'ils les ont unilatéralement reconnues comme « indépendantes ».

Toutes les diplomaties du monde sont officiellement opposées à la politique de Poutine sur la « question géorgienne » à part le Nicaragua par solidarité avec l'administration russe, ainsi que la Transnitrie et le Haut Karabagh...

Pour résumer, car ce serait trop long et trop compliqué à détailler, c'est le commerce des hydrocarbures, dont dépendent un grand nombre de pays d'Europe et dans lesquels certains chefs d'états ont personnellement des intérêts financiers potentiellement très importants, tel Berlusconi ou l'ex-chancelier allemand Schreuder (mais ça c'est une autre histoire!), qui motive les russes dans leur tentative d'annexion.  Et l'Europe, quant à elle, a oublié que le Sud-Caucase est une alternative primordiale pour leur indépendance énergétique vis-à-vis de la Russie (il serait temps de se réveiller!). En effet, la route que doivent emprunter les gazoducs en provenance de la mer Caspienne passe par la Géorgie, et c'est la raison première, voire unique, des intérêts de Moscou vis-à-vis de son ancienne république: le contrôle de ce passage leur permettrait de contrôler la quasi-totalité de l'approvisionnement en hydrocarbures et en Gaz vers l'Europe... ce que l'Union Européenne a totalement sous-estimé. Une arme de chantage absolu pour la Russie et qui peut mener l'Europe entière en guerre (juste économique?) contre la très gourmande Russie post-soviétique.

Le combat pour l'empêchement de l'entrée de la Géorgie au sein de l'Alliance Atlantique (OTAN) est bien entendu logique dans ce contexte, car si la Géorgie fait partie de l'Alliance, l'Alliance aura l'obligation légale de forcer la Russie à quitter le territoire géorgien, de force s'il le faut, puisque l'ensemble des pays membres ont le devoir de défendre n'importe quel autre pays membre contre toute attaque étrangère, ce qui serait le cas de la Géorgie...

Dans ce même contexte, il est fort peu probable que la fédération de Russie dirigée par le clan Poutine et l'ex-KGB, devenu FSB, retire ses troupes des territoires occupés et fasse marche arrière pour rendre à César ce qui appartient - de droit - à César, ni pour la Géorgie d'accepter de quelconques concessions vis-à-vis de la Russie concernant l'indépendance des provinces séparatistes.

Aujourd'hui 1er juillet, la reprise des discussions entre toutes les parties (Russie, Géorgie ainsi que les représentants des territoires séparatistes) à Genève devrait logiquement aboutir... à rien du tout, la Russie refusant le terme « provinces géorgiennes » et les géorgiens refusant bien entendu toute autre dénomination pour qualifier ses provinces séparatistes.

D.P.

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