23/02/2009

La stratégie de Moscou.

 

La stratégie de Moscou.

A bon entendeur...

En lien aux pourparlés de Genève, par Pavel Felgenhauer, spécialiste des questions de défense et journaliste russe. Extrait.

Ce qui semble déranger le plus l'Union européenne, ce sont les contradictions dans les messages de la diplomatie Russe lors des pourparlés de Genève. Moscou a forcé l'Abkhazie (récalcitrante) et l'Ossétie du Sud dans des concessions pendant les pourparlers. Mais de telles avancées peuvent s'avérer de peu de conséquence si Moscou poursuit une stratégie "diviser-et-conquérir" - le désir des Nations unies pour se charger de l'Abkhazie, l'OSCE pour traiter avec l' "Ossétie du Sud" et l'UE pour prendre la responsabilité de la Géorgie - ce qui pourrait sévèrement limiter l'efficacité de l'Ouest dans la région. 

Quelques cyniques pourraient dire que Moscou veut gagner du temps. En effet, Felgenhauer nous prédit une autre guerre Russie-Géorgie, une simple question de temps.

La première guerre - que Felgenhauer a prédit longtemps avant son apparition - a été perçue comme une récompense pour la Russie de l'antipathie envers le président géorgien Mikheil Saakashvili et son action résolue de l'adhésion à l'OTAN. Mais Felgenhauer dit qu'il y a plus à la stratégie à long terme de Moscou : "La Russie ne peut supporter Saakashvili, elle ne peut pas aimer l'OTAN, mais il y a aussi une autre chose : l'Arménie et des troupes russes en Arménie sont coupées de la Russie. Il n'y a aucun transit possible par la terre. Cela signifie que la technologie ne peut pas être exportée pour des réparations ou modernisation. Une telle situation ne peut pas durer longtemps."

Les bases arméniennes sont importantes pour Moscou, soutient Felgenhauer, comme un symbole des ambitions russes dans le Caucase du Sud. L'Arménie est un proche allié russe, mais son isolement pourrait pousser Erevan "à chercher dans l'autre sens", dit Felgenhauer. La domination par la Russie de la Géorgie enlèverait cette menace et isolerait à son tour l'Azerbaïdjan, qui résiste actuellement à la Russie et lance des ballons d'essai à l'UE et aux Etats-Unis.

Felgenhauer prédit que la prochaine attaque des russes en Géorgie sera une "guerre à une fin victorieuse." Il a dit aussi que son théâtre principal pourrait être la route entre Gori et Mtshketa, à 20 km de Tbilissi. Mais Felgenhauer dit aussi que Tbilisi ne serait pas en soi l'objectif stratégique supérieur de l'armée russe : "Ce qui est important n'est pas tant de Tbilisi. Mais à l'ouest de Tbilisi il y a l'aéroport international Tbilisi et beaucoup de terrains d'aviation. Cela est important, dit Felgenhauer, parce qu'actuellement en Ossétie du Sud, nous n'avons pas une seule piste permanente, le terrain étant très inégal. La plus proche base aérienne russe est actuellement à Beslan, en Ossétie du Nord...

Le meilleur temps pour la guerre, selon Felgenhauer, serait entre Juin et août, lorsque les cols de haute montagne sont déneigés. Il a ajouté que les forces russes auraient besoin d'au moins deux mois pour réduire progressivement les opérations avant le retour de l'hiver en octobre. 

Felgenhauer imagine l'éventualité d'une intervention de la part des Etats-Unis. Il note que le but principal du Président Barack Obama est la victoire en Afghanistan, et il aura besoin d'effectuer des transits pour les provisions et les hommes par la Russie et des pays dans sa sphère d'influence. En échange, l'idée de Moscou est que les Etats-Unis seront enclins à négocier son intérêt pour la Géorgie.

Ainsi, de l'avis de Felgenhauer, une guerre est presque inévitable. "La seule voie que vous pourriez imaginer pour l'éviter, dit-il, consiste en ce qu'il y ait un changement de régime à Tbilissi, ou le changement de régime à Moscou..."

Extrait de l'article paru sur Eurasianet.org

D.P.

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